ZONE TORRIDE
un nombre d’espèces plus ou moins considérable, se trouvent entre les tropiques représentées par d’autres plus nombreuses encore (comme les Euplior biaeées , Convolvulacées, etc., etc.,); mais quelques-unes de formes différentes, comme par exemple les Bambous , ou autres Graminées arborescentes, les Orchidées épiphytes; d’autres distinguées par des caractères particuliers propres à constituer des tribus tout entières (par exemple les Mimosëes et les Ceesalpiniées dans les I éjjumineuses, les Cordiacées dans les Borraginées, les Rubiacées proprement dites). Citons enfin plusieurs familles caractéristiques, parce que, parmi leurs espèces , sont ces parasites d’une végétation si curieuse (les l.orantacées , Rafflesiacées , Balanophorées) ; et surtout plusieurs de ces Lianes dont nous avons plus d’une fois fait mention (les Malpi- (jhiacées, Sapindaeées, Mcnispermées , Bignoniacées, Apocinées, Asclèpiadées).
§ SGI. Jusqu’ici, nous avous parlé de la zone intertropicale comme jouissant, sur toute son étendue, d’un climat identique. Mais ou conçoit qu’il n’en peut être tout à fait ainsi. La marche de la terre autour du soleil, qui, pour nous, amèue les extrêmes de l’Iuver et de l’été, ramène au contraire, pour les régions situées immédiatement sous l’équateur, des conditions exactement semblables, et toute différence tend à s’y effacer de plus en plus dans le passage du soleil d’un tropique à l’autre. Il n’y existe donc pas de distinction de saisons; la température moyenne si- trouve être en même temps celle de toute l’année; c’est aussi la température du sol à une certaine profondeur, celle où se passent les phénomènes de la vie dans les parties souterraines des végétaux. L.a durée constamment égale des jours et des nuits tend à compléter cette uniformité constante dans les conditions auxquelles ils se trouvent soumis. Quelques degrés de latitude changent à peine ces conditions ; mais à mesure qu’on s’en éloigne, la distinction des saisons doit se laisser de plus en plus apercevoir. Cette différence, il est vrai, si l’on se contente d’une apparence générale et qu’on excepte certains points où des influences locales dé» j terminent d’assez notables variations, est toujours assez faible, et les lignes I isothermes , tout eu s’abaissant de quelques degrés de chaleur, s’éloignent peu des isochimènes et des isothères, toutes conservant un certain parallélisme I avec l'équateur, et l’intérieur du sol maintenant à une certaine profondeur une température constante qui n’est autre que la moyenne. Quoi qu'il en soit,
! il en résulte dans la végétation des différences appréciables; et l’on peut sous ce rapport subdiviser cetté grande zone en équatoriale , comprenant à peu j près 15 degrés des deux côtés de l’équateur, et tropicale, étendue du 15e j au 24". Pour nous contenter de quelques traits principaux choisis parmi ceux que nous avons réunis jdus liant, la première se caractérise par la présence plus exclusive des Palmiers et des Scitaminées ; la seconde, par celle des Fougères en arbre, des Melastomacées, des Piperacées. La première se maintient depuis le niveau de la mer jusqu’à une hauteur de 600 mètres environ; si ou s’élève plus haut sur ces montagnes et jusqu’à la limite de 1,200 mètres, ou j trouvera une zone correspondant à la seconde. Il est clair qu'il ne peut y avoir de limite tranchée entre l’une et l’autre, soit par la température , soit par les productions naturelles, et que les différences ne se font bien sentir que si l’on se place a des points suffisamment éloignés en latitude ou en hauteur.
$. 865. Les grandes zones qu’on nomme vulgairement tempérées, et qui des tropiques s’étendent jusqu’aux cercles polaires, présentent nécessairement
d’une de ces limites à l’autre des différences de climat et de végétation tout autrement tranchées que celles qui ont été signalées jusqu’ici. On doit doue, dans l’examen qui nous occupe, les subdiviser en plusieurs, dont les bornes se trouvent déterminées moins par les latitudes que par les lignes isothermes, qui, ainsi que nous l’avons annoncé, en deviennent de plus en plus indépendantes.
S 866. Une première zone étendue des tropiques jusque vers le 34e ou 36' degré, qui serait mieux définie comme parcourue vers son milieu par l’isotherme de -20 degrés et qu’on pourrait nommer juxtalropicale, nous montre la transition de la végétation tropicale à celle des climats essentiellement tempérés. On y observe encore beaucoup des plantes et des formes que nous avons précédemment énumérées, mais bien plus clairsemées, et mêlées en grande proportion à celles de notre pays. Les Palmiers, les grandes Monocotylédonées et les Foiujères en arbre, s’y montrent encore; les Melastornacées y sont nombreuses; les Myrtacées, Laurinées , Diosmées, Protéacées , Magnoliacées y acquièrent leur plus grand développement numérique. A côté l’on y voit paraître des représentants des familles que nous avons à nommer dans la zone suivante, et naturellement dans une proportion croissante à mesure qu’on s’approche de celle-ci; on y trouve des genres européens, et même un certain nombre d’espèces identiques. Ce mélange de productions bien diverses et la possibilité d’emprunter à la fois à des climats tout à fait différents la plupart de celles qui peuvent être utiles ou agréables à l’homme, placent cette zone dans des conditions particulièrement favorables. Aussi comprend-elle les pays que le genre humain a les premiers habités, et ces îles que les anciens décoraient du nom de Fortunées.
§ 867. La portion de la zone tempérée située en dehors de la précédente peut elle-même, d’une manière générale, être partagée sur chaque hémisphère en trois zones secondaires : une première ou tempérée chaude, parcourue par les isothermes de 15 à 10 degrés; une intermédiaire ou tempérée froide, par celles de 10 à 5 degrés; une dernière, par celle de 5 à 0 degrés. Celle-ci ne mérite pas le nom de tempérée et peut prendre celui de sous-arctique à cause du voisinage du cercle polaire, dont elle se rapproche, au delà duquel elle s’avance même sur un petit nombre de points, ceux qui correspondent aux rivages occidentaux de l’Europe et de l’Amérique , tandis que sur tout le reste des continents elle reste plus ou moins en deçà. Paris, où la température moyenne est de 10°, 8; Londres, où elle est de 10°, 4; Vienne, où elle est de 10°, 1, sont à peu près situés sur la limite commune des deux premières.
§ 868. L’examen de ces trois zones secondaires et même de celles qui les suivent n’offre p'us à notre examen les mêmes difficultés que celui des précédentes, pour lequel nous étions obligés de nous borner à citer des végétaux dont le nom n’apporte à notre esprit que des idées un peu vagues, puisque nous ne les connaissons en général qu’amoindris dans nos serres, réduits en fragments dans nos herbiers, et qu’il ne nous est le plus souvent possible de saisir leur physionomie que d’après des descriptions ou des peintures. Une fois arrivés aux climats véritablement tempérés, nous nous trouvons en pays de connaissance, et nous pouvons poursuivre notre étude sur la nature, qui vaut bien mieux que tous les livres. Pour cela même nous n’avons pas besoin de voyager jusqu’aux pôles et de sortir de notre pays, puisque le midi de la
ZON'KS ÏEMPKKKKS. o«J3
France appartient a la zone cliaiule, et <|ii<* nos montagnes peuvent nous montrer toutes celles qu’il nous reste à parcourir, jusqu’aux neiges éternelles, où cesse toute végétation. Celui qui pourra gravir les Pyrénées en partant îles plaines du lUmssillon, ou de la Provence s’élever jusqu’au sommet des Alpes, qui s’avancent là si près du rivage, verra dans cette courte excursion s’opérer rapidement sous ses veux tous les changements qu’il observerait en parcourant l'Kurope du midi au nord jusqu’aux derniers contins de la Laponie. C’est donc cette marche que nous suivrons de préférence. Nous signalerons encore chemin faisant les familles qui fournissent à chaque végétation ses traits principaux; mais nous nous aiderons aussi de quelques végétaux remarquables, familiers à a plupart de nos lecteurs, et qui nous serviront comme de ja'ons; puis nous jetterons un coup d’œil sur les autres parties du globe comprises dans la même zone, où les modifications de la végétation seront plus facilement comprises, quand il ne s’agira plus que de la comparer à celle que nous connaissons par nous-mêmes.
S 8ti9. Nous avons nommé la Provence et le Roussillon. Tous les pays baignes par la Méditerranée offrent avec ceux-là les rapports les plus frappants dans leur végétation jusqu’à une certaine distance du rivage, et forment dans leur ensemble une région botanique presque uniforme. Quelques-unes des familles tropicales s’avancent jusque-là, mais n’y sont plus représentées que par un petit nombre d’espèces: comine les Palmiers, par le Dattier et le Cliamœrops; les Térébinthacées, par le I.entisf/iic et le Pistachier; les Myrta. cées, par le Myrte e t le Grenadier ; les Lanrinées, par le Laurier des poètes ; les Apocinées arborescentes, par le Laurier-rose. D’une autre part, d’autres familles jusque-là peu nombreuses multiplient leurs représentants, comme les Caryopln liées j les Cistinées , les f-ahiées qui, couvrant tous les terrains sers et abandonnés , remplissent l’air de leurs exhalaisons aromatiques. Les Crucifères commencent aussi à se montrer. Parmi les Conifères on trouve les Cyprès, les Pins piquons , d'Alçp, la ri cio , etc.; parmi les A ni enta cées , les Chênes verts, le Liège, les Platanes, etc. Un arbre cultivé, l’O livier, est partitulièreiueut propre à caractériser cette région, où ou le retrouve à peu près partout et hors de laquelle on le rencontre à peine.
q 870. La végétation des environs de Paris peut nous donner une idée générale de celle d’une grande partie de la zone tempérée froide. Les familles que nous venons de nommer s’v montrent aussi dans une grande proportion, mais moindre pour les Lu h ires et Caryophy liées, croissante au contraire pour les Ombellifi-res et les Crucifères. Ce sont encore les mêmes familles d’arbres, mais représentées par d'autres espèces: les Conifères, par le Pin commun, les Sapins, le Mélèze, etc.; les Amentacées, par les Chênes, Coudriers, Hêtres, Rouleaux, Aunes, Saules, tous sujets à perdre leurs feuilles pendant l’hiver; et de là une physionomie toute différente dans le paysage et variable suivant les saisons. Ces divers végétaux varient eux-mêmes soit par leur nombre proportionnel, soit par leurs espèces même, suivant le point de la zone où l’on est placé.
^ 871. Supposons le spectateur au pied des Alpes, vis-à-vis d’un de ces grands massifs que couronnent les neiges éternelles, lin portant ses regards sur la montagne, il remarquera facilement que cette végétation qui l'environne immédiatement, et qui caractérise le centre et le nord de la France, disparaît à certaine hauteur pour faire place à une attire, qui subit elle-même des
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une
6üi GÉOGRAPHIE BOTANIQUE.
changements successifs à mesure qu’elle s’élève; et comme à une certaine dis lance son œil ne pourra saisir que les masses dessinées par les grands végétaux au milieu desquels se cachent d'autres plus humides, il verra comme une suite de handes superposées les unes aux autres : d’abord celle des arbres à feuilles caduques, qui se distingue à sa verdure plus tendre; puis celle des Conifères à verdure foncée et presque noire ; puis enfin une bande dont le vert plus indécis est interrompu, çà et là par des plaques d’autre couleur, et vase dégradant jusqu'à la ligne sinueuse où commence la neige ; elle est due à ce que les arbres dont les cimes se confondaient plus nu moins rapprochées, et coloraient ainsi uniformément les espaces recouverts par eux, ont cessé et ont fait place à des arbrisseaux ou herbes de plus eu plus voisins du niveau du sol et rabougris.
Si , du point où les objets s’offraient ainsi massés , il s’avance vers la montagne et la gravit , il pourra d'abord recueillir les plantes de nos champs, puis sur les premières pentes il en verra apparaître d'autres plus ou moins différentes et qu’on désigne sous le nom d'alpestres , tles Aconits, des Astrantia , certaines espèces (V Armoises, de Séneçons, de Prenantlies , d’ Achillèes, de Saxifrages, de Potentillcs, etc., etc. Après avoir cotoyé des Noyers, traversé des bois de Châtaigniers, il aura vu ceux-ci cesser, et les bois se composeront de Clictics, de Hêtres, de lioulean.x. Mais les Chênes cesseront les premiers (vers 800 mètres), les Hêtres un peu plus tard (vers 1000 mètres). Ensuite les bois seront formés presque exclusivement par les arbres verts (le Sapin, le Mélèze, le Pin commun), qui s’arrêtent eux-inémes à des étages successifs (jusque vers 1800 mètres). Le Bouleau monte encore un peu plus haut (jusque vers 12000 mètres). Une Conifère, le Pin cembro, s’observe encore quelquefois pendant une centaine de mètres. Au delà de cette limite, les arbres s’abaissent pour former d’Iuimh'es taillis, celui me par exemple d’une espèce d’Aunc ( Alnus viridis). C’est à peu près alors qu’il se verra entouré par ceux de cet arbrisseau qui caractérise si bien une région des Alpes dont on l’appelle la llose, le Rhododendron , qui cesse plus haut à son tour pour faire place à d’autres plantes plus basses encore, dépassant peu le niveau du sol, et qu’on désigne par l’épithète d 'alpines: ce sont des espèces de quelques-unes de ces familles qu’il observait à son point de départ , des Crucifères, Caryophy liées. Renonça lucres, llosacccs, Légumineuses, Composées, , Cypéracées, Graminées , mais des espèces différentes; ce sont aussi de nombreux et nouveaux représentants d’autres familles qui ne se montrent que plus rarement dans la plaine: des Saxifrages , des Gentianes, etc. Les plantes an miel les manquent presque entièrement, et c’est ce qu’on devait prévoir, puisqu'il su! Ht pour détruire leur race qu’une année défavorable ail empêché la maturation complète de leurs graines, et que ce cas doit se présenter assez souvent dans ifn climat aussi rigoureux. Les plantes vivaces ou ligneuses au contraire se conservent sous le sol maintenu à une température beaucoup moins basse, soustraites ainsi à l’influence mortelle de l'atmosphère, et se développant toutes les fois qu’elle s’adoucit ou si’ réchauffe à un degré suffisant : mais ce n’est que pendant une bien courte saison, et sur certains points qu’une fois en plusieurs années. Il en résulte que les tiges s'élèvent à peine, que celles qui sont frutescentes ordinairement rasent le sol , tantôt rampantes , tantôt courtes, raides, enchevêtrées, formant de loin en loin des p'aques épaisses et compactes, comme deviendrait un arbrisseau qu’on taillerait chaque
SUCCESSION DES ZONES. f,9;,
année très-près de terre. La physionomie propre à ehuipie famille s’efface eu quelque sorte, remplacée par la physionomie générale île plante alpine, cl ou retrouve celle-ci jusque dans îles {[cures à espèces ordinairement arborescentes, par exemple dans des Saules, tpti ici rampent cramponnés sur le sol. •Sur le bord des eaux, là où la croupe des moutajjtfcs forme une peule adoucie, ou s’aplatit en {[radius sur lesquels puisse s’arrêter une couche d’Iuimus, la végétation forme des lapis étendus; mais le plus souvent ce tapis est déchiré par les accidentsdit terrain, et lavcrtlure ne se montre que par lambeaux dans les intervalles, les tentes ou les anfractuosités des rochers. l’Ius ou s’élève, plus elle s’éparpil’e et s’appauvrit, jusqu’à ce qu’enfin ces rochers ne mollirent plus d’autre végétation que celle des Lichens, dont les croûtes varient un peti'la teinte monotone de leur surface. On est arrivé aux neifjes éternelles, où les êtres organisés ne peuvent plus accomplir leur vie, mais ne se montrent qu’eu passant.
§871. Comparons maintenant ce qu’on observe eu s’avançant du centre de l;t E rance vers le pôle, à ce qu’on a observé dans l’ascension îles Alpes. Ou voit de même graduellement diminuer le nombre absolu des espèces et le nombre relatif lie celles de certaines familles : Labiées, Ombellijéres , Hul/inaies, etc., disparaître complètement celles de plusieurs autres ( Matunrées, Cistinées, làtpltoibituées, etc.). En prenant pour points de comparaison certains végétaux caraclérisqnes, ces arbres que nous avons suivis sur la pente des Alpes, nous trouvons leur distribution à peu près analogue, si ou la con- I sidère d’une manière générale, un peu différente cependant si on se livre à un examen phu, détaillé et |>lus rigoureux. Ainsi, sur les côtes occidentales de la Scandinavie, le Hêtre s'arrête à CO", un peu plus tôt que le Chêne, qui s’avance jusqu’à (il°. C'est la limite septentrionale de la zone froide tempérée. Nous entrons dans la zone sous-arctique, au milieu des forêts d’arbres verts, de S<i/>in qui cesse vers (>8°, de Pin qui cesse vers 70°, mats où le Mélèze manque entièrement. Le linulenu commun s’avance encore un peu plus loin. Ce sont donc les mêmes végétaux dont nous avons vu l’ ensemble caractériser ccs diverses zones déterminées par les diverses hauteurs des montagnes, mais ici ils se dépassent dans un ordre différent et quelquefois inverse. Ou ne rencontre plus ensuite que des arbrisseaux bas, et, vers l’extrémité de la Laponie, nous entrons dans la région polaire. Mais celle-ci peut elle-même se subdiviser en deux : l’une nrctii/ue, analogue à celle des Alpes que nous avons vue nue d’arbres, mais revêtue encore d'Immbles arbrisseaux. Ici le Uiuilenu nain, jusqu’au 71”, remplace l'Aune vert des montagnes, et le Ithn- (Indeiulrnu se repté<eule par une espèce particulière (/î. Inponiciim). Au Spilzberg, enfin, nous sommes dans la région des plantes alpines, dans l'autre zone qu'on peut appeler proprement polaire, oit la végétation, réveillée quelques semaines seulement, dort ensevelie sous la neige le reste de l’année, et tu; produit plus que des végétaux vivaces et sous-frutcsccnts, chétifs, clairsemés, les mêmes, pour la plupart, que nous avons signalés vers la limite des glaces éternelles. Mais faisons bien remarquer que dans le parallèle précédent des diverses zones de végétation, suivant les altitudes et suivant les latitudes, nous avons pour ces dernières choisi la portion de la terre la plus favorisée comparativement , celle où les lignes isothermes se relèvent le plus vers le pôle, la cille occidentale de l’Europe. En suivant d'autres méridiens, nous au-
r,!)<; GÉOGRAPHIE BOTANIQUE.
rions vu 1rs /nues successives s'arrêter à îles latitudes l>eauroii|) moins élevées , d’autant moins (jne nous nous serions avancés davantage vers ceux qui traversent le centre des grands continents ou se rapprochent de leurs cotes orientales.
§ 872. Rappelons aussi ce que nous avons annonce (§ 85‘2) : c’est que la température moyenne exerce moins d’influence sur la végétation que la température extrême des hivers, et surtout celle des étés, ainsi que de leur durée, Car beaucoup de végétaux, échappant sous la terre ou sous la neige qui les recouvre à l’action de l'atmosphère , peuvent braver ainsi celle des hivers les plus rigoureux et reparaître au jour pendant l’été, en parcourant même toutes les phases de la floraison et de la fructification , s’il est assez chaud et assez long. Ces mêmes conditions permettent également la conservation d’un certain nombre d’espèces annuelles. 11 peut donc eu résulter de notables différences dans la végétation de deux points situés sur une même isotherme : celui oit les températures estivale et hivernale diffèrent peu, et celui où elles diffèrent beaucoup, comme à l’Ouest et dans l'intérieur îles continents, chacun d’eux excluant un certain nombre de plantes que l’autre admet. Ko conséquence, les lignes isothermes ne peuvent, non plus que celles des latitudes ni celles des altitudes, définir rigoureusement une zone végétale : les isocliimènes et les isolhères n'y suffiraient pas davantage. La végétation d’un pays plus ou moins borné est une résultante de ces influences combinées et de beaucoup d’autres encore, bien plus complexe par conséquent que le climat auquel elle ne se subordonne que d’une manière générale. On ne peut donc prétendre circonscrire ses variations si nombreuses dans certaines lignes continues, ou les formuler dans un petit nombre de lois. Ou conçoit par là combien est imparfaite et incomplète l’esquisse que nous avons tracée, obligés de nous reserrer dans quelques pages et d'éviter la multiplicité des détails ici pourtant si nécessaire. Aussi dans cette exposition avons-nous eu recours moins aux préceptes qu’aux exemples. Nous avons naturellement pris le nôtre dans l’Europe, et surtout dans la France, pour que le lecteur ait au moins le terme de comparaison à défaut de la comparaison tout entière. Cherchons cependant à en montrer encore quelques points.
§ 873. Dans cette comparaison, nous suivrons une marche inverse, nous redescendrons du sommet des montagnes vers leur base, du pôle vers l'équateur.
Si dans les massifs situés à des latitudes diverses et sur des parties du globe bien différentes, nous considérons la zone de végétation la plus élevée, celle qui confine à la limite des neiges, et que nous avons nommée polaire, nous trouverons que partout elle présente la même physionomie, celle dont nous avons cherché à donner une idée bien incomplète, il est vrai, dans les plantes alpines (§ 870). Sur les hauteurs du Caucase, de l’Altaï, de l’Ilimalava, des Andes Mexicaines, comme des Andes Péruviennes ou Chiliennes, les botanistes voyageurs nous décrivent ce même aspect d’une végétation arrêtée à pende distance du sol, formée par les pousses herbacées de plantes vivaces que développe un court été, par les rameaux roides des espèces ligneuses dont la direction tend à l’horizontale au lieu de la verticale, enchevêtrés en plaques compactes, qui quelquefois ne peuvent être entamées qu’à l’aide de la hache. Les espèces que nous avons signalées sur le principal massif de l’Europe, les Alpes, se retrouvent pour la plupart sur ses autres montagnes, celles de ht