PLANT RS SOCIALES
§ 895. Ces piaules, appartenant à «les familles variées et clone les espèces varient elles-mêmes suivant les contrées , donnent par leurs combinaisons diverses la physionomie propre au paysage de chacune d’elles. Mais celle-ci dépend en même temps d’une autre cause que nous n’avons pas encore examinée, ilu nombre des individus d’une même espèce dans" une étendue donnée. Dans tout pays, celui qui considérera avec quelque attention la végétation oui l’entoure, et, ne se coutciilaut pas d’un coup d’oeil vague jeté sur l’ensemble, cherchera à en analyser les divers détails, reconnaîtra de suite que, parmi les végétaux qui le composent, les uns se répètent un nombre infini de fois, et que telle espèce couvre de grands espaces de ses individus pressés les uns contre les autres, tandis que ceux de telle autre ne se mollirent que de loin eu loin. De la multiplicité d’espèces diverses réunies sur un même point ou de la multiplication d'une même qui croit à l’exclusion de la plupart des autres, dépend la sensation de variété ou de monotonie que l’œil transmet à l’esprit. On a nommé plantas sociales celles qui vivent ainsi en société, comme certains animaux pargrauds troupeaux : si l’on en rencontre quelques pieds isolés à grande distance de tout autre, ce n’est qu’une rare exception. Leur présence indique toujours une même nature dans le terrain qu’elles couvrent; la ligne où elles s’arrêtent, tnt changement dans la nature du terrain. C’est ce qu’on peut clairement vérifier sur le boni île certains cours d’eau. Le long des canaux oit le niveau reste à peu près constant, les berges, à différentes hauteurs, offrent des conditions différentes dans le degré d’Immidité et souvent aussi dans la nature du sol qui les forme : aussi voit-on certains végétaux, certaines espèces de Joncées, de C) /ci accès, de Graminées, se superposer régulièrement par bandes étroites et parallèles, composées chacune d’une même espèce, et qui dessinent les diverses assises de celte paroi végétale. Cette superposition régulière s’observe sur ttue bien plus grande échelle le long de fleuves considérables, par exemple de ceux de l'Amérique équatoriale, où le navigateur, pendant des jours entiers, a le spectacle monotone de lignes continues de grands arbres dont chaque espèce occupe invariablement un étage différent. Certains Joncs, certains Garer couvrent des marais tout entiers; et, sur le bord de nos étangs, se pressent des Arutulo phra</mites, des Scirpus lacustris, formant une certaine zone au delà de laquelle le fond devient d’une part trop profond, de l’autre trop sec, pour leur permettre de prospérer. Les Ajoncs (t 1er europæus ) qui couvrent les landes, les Bruyères, qui ont donné leur nom à ces friches stériles si nombreuses et si étendues dans le nord de l'Europe, soit dans les plaines, soit sur les montagnes, que couvrent à perle de vue les tap’s rougeâtres d’une seule espece ( l'Erica vultjaris), ou les t ai I is bas d’une autre beaucoup moins répandue (1 ’Erica scoparia ), sont des exemples familiers sans doute à la plupart de nos lecteurs. Cette végétation, formée par une seule espèce, indique nécessairement dans celle-ci une grande facilité et une grande force de vie et de reproduction : dans le terrain une grande stérilité, c’est-à-dire l’absence des conditions propres à la nourriture de plantes variées. Si quelques antres s’v développent, elles finissent par être étouffées et remplacées par ia plante sociale, dont c’est le domaine, on ne s’y rencontrent que rares et éparpillées. Nous avons cité quelques-unes des plus communes dans notre pays ; mais presque tous les autres ont les leurs qui envahissent ainsi certains espaces désignés par des noms qui varient avec le
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pays et la plante; souvent plusieurs se montrent eoueurreinment, et il en est beaucoup qui, tout en fonnaiil le fond de la végétation, souffrent au uiilieu d’elles un assez grand nombre d'autres espèces nourries par un sol moins exc’usif.
§ 89(i. Nous nous trouvons ici naturellement amenés à l'examen d’une influence, celle du sol, que nous avons dû jusqu'à présent laisser de côté, puisque nous avons considéré les grandes régions du globe dans l’ensemble de leur végétation , et que les variations résultant de celles du terrain sont beaucoup plus locales, plus morcelées , et se multiplient dans chacune de ces régions . souvent 'sur des espaces assez bornés. Par ce nom général du sol , nous devons entendre tout milieu où peut croître une plante, et par conséquent les eaux s’y trouvent elles-mêmes comprises.
^ 897. Commençons par celles de la mer où nous avons vu (§ 732) vivre une partie des Algues, celles qu’on connaît vulgairement sous le nom de l'ucus et qui cramponnées, mais non enracinées sur les fonds ou les rochers, absorbent leur nourriture dans l’eau salée qui les environne. Quelques-uns même flottent librement : telle est cette curieuse espèce qu’on appelle Raisin des Tropiifues , à cause de ses renflements ramassés en grappes, et qui se montre aux navigateurs sous la forme de bancs d’une vaste étendue, entre les 22" et 3f>" degrés de latitude boréale, entre les 25° et 45° de longitude. Parmi les phanérogames, les Xosteraeées seules (tableau II) sont des plantes marines.
5^ .897 iis • Parmi celles d’eau douce, nous trouvons une autre partie des Algues (§ 732), quelques-unes librement flottantes, la plupart enracinées aux Fonds, les Chu racées, Rliitocarpées , quelques Mousses et Hépatiques ; des phanérogames, presque toutes les espèces de laouorolvlédonées à graine dépourvue de péris- ] ternie et à périaulhe ntt' ou herbacé (tableau 11) ; d’autres à graine périspermée, comme les Pistiacées et certaines Typhinées ; des dicoty étlouées , les Cérati Jphy liées, Nympluea' ces , Nelunil/oiiées , Cabonibées, la plupart des Huloragées, U triai! avinées , etc., etc.
^ 898. La plupart de ces plantes élèvent au-dessus de l’eau leurs sommités portant fleurs et fruits, et nous fournissent ainsi un passage presqu’iuseusihle à celles de marais ou de rivages, qui n’ont que leur partie inférieure sous l’eau, leurs inflorescences et souvent une partie de leurs feuilles au-dessus : les Juucatfinées, Alismacées , Ru lamées, sont dans ce cas. Les G ruminées, Jni cées, C\ péraiées en fournissent de nombreux exemples. Citons encore les Orontiaeées , PontcileriacéeS, quelques l.yt opodim ées , / ridées , Orchidées , Pnhjg nuées , Caryopliyllées , Crucifères , Renonça lacées , l.ythrariées , Rosacées, Onagraviées , Ombellifères, Pluntaginées, Scrnf'ularinées , Labiées et Composées. Il en est qui préfèrent les eaux stagnantes, les unes étendues en étangs plus ou moins considérab'es, les autres resserrées dans des mares et des fossés : d’autres veulent des eaux courantes ; quelques-unes, l'eau glacée qu’entretient la fonte des neiges perpétuelles , comme les jolies espèces de Su vif, rages et autres plantes alpines tpti tapissent le bord des ruisseaux dans ces hautes régions.
L'eau salée, mortelle pour la plupart des plantes, est au contraire nécessaire à la vie de plusieurs qu'on voit pulluler dans les sables du rivage de la mer, et dont quelques-unes s’avancent même un peu plus loin et y baignent leur pied à une certaine profondeur : tels sont, par exemple, les Avicennia et les Mantj lier s (Rhizophorées, tableau XI) , ces arbres éminemment sociaux, communs