Le bulbe, qu’on classait autrefois à tort parmi les ra
cines, est une autre modification de la tige des plantes vivaces propre aux monocotylédonées. Cette lige, dans sa portion enterrée, produit latéralement un bourgeon épais et charnu à son centre, et couvert de feuilles plus ou moins nombreuses. De ces feuilles, les' extérieures, qui s’insèrent nécessairement plus bas, sont réduites' à leur gaîne à l’état d écaillés, et représentent ce que nous avons appelé de ce mémo nom dans les bourgeons aériens. Tantôt ces' gaines minces enveloppent chacune complètement la base de la
tige ( fuj . I 67 e), comme on le voit dans les Jacinthes, lesSafrans.etdans- 'Oignon, d’après lequel on a nommé vulgairement plantes à oiqnon toutes celles qui présentent ce caractère : les botanistes nomment cesmômes bulbes tuniques.
D'autres fois, au lieu de ces tuniques membraneuses enveloppant tout
le bourgeon , on trouve des appendices plus étroits imbriqués em grand nombre (/?(/. I 68 e) sur tout le contour du bulbe, qu’on nomme alors écailleux, parce que ces appendices ressemblent beaucoup aux écailles, dont ils ne diffèrent que par leur consistance très> charnue : le lis blanc en offre un bon exemple (/if/. 1 68). D'autresfois enfin on ne trouve qu’un très petit nombre de tuniques; et comme alors la masse du bulbe est presque entièrement formée par r son axe très renflé, on lui donne l’épithète de solide (fiy. 169). A l’aisselle de ces feuilles ainsi métamorphosées , on observe desbourgeons secondaires beaucoup plus petits, qu’on appelle des cayeux, et dont le nombre plus ou moins grand semble en rapport avec celui des feuilles. De ces bourgeons, les uns pourront se développer sur le bulbe même et, dans quelques plantes, pendant plusieurs années; les autres pourront à leur tour devenir bulbes, et , comme ils n’adhèrent que faiblement au bulbe-mère , qui finit
167. Bulbe tunique, celui du poireau [Allium porruvi), vu dans son cnticrl, et dans sa coupe verticale 2. — r Racines. — p Plateau intermédiaire aux racines et au renflement bulbeux. — e Écailles ou feuilles inférieures modifiées. — /Feuilles supérieures développées qu’on a coupées vers leur base. — b Bourgeon situé dans l’aisselle d’une écaille et qui forme un nouveau bulbe.cn se développant.
RAMIFICATION. li,',
4 ailleurs par se flétrir, ils s'en détacheront en général à uno certaine époquo, et toutes les plantes ainsi formées, quoique appartenant dans 1 origine au même pied, seront plus tard autant de pieds différents.
Dans les bulbes solides, souvent sur l'un des côtés se développe un seul bourgeon [fig. I 69 , a") qui prend à son tour la forme de I celui dont il émane , et produit de même en son temps un bourgeon [a'") latéral , mais situé le plus souvent sur lo côté opposé , d’après la loi d alternation des feuilles et des bourgeons. De cette manière : il se produit un pied chaque année; et si le second naît à droite du
' premier , le troisième naîtra à gauche du second , le quatrième à ; droite du t roisième : de sorte que l’on trouvera la plante toujours à da même place, oscillant seulement un peu chaque année de droite à gauche et de gauche à droite alternativement. C'est ce qu’on voit i très bien dans le Colchique.
Dans chaque bulbe, au-dessous des tuniques, est un court espace en forme de plateau [fig. I 67, p), sur la surface inférieure duquel se forment les racines fasciculées. Intermédiaire aux feuilles
168. Bulbe écailleux, celui du Lis blanc. — r Racines. — ce Écailles. — 1 1 Tige coupée.
169. Bulbe solide, celui du Colchique ( Colchicum. aulumnnle). — r Racines.
— /Feuille. — a’ Axe primaire déjà flétri, appartenant à l’année précédente.
— a" Axe secondaire ou tige bulbiforrr.e de l’année. — «”' Point où se dévelop ipera celui de l’année suivante.
tige ;
mais il doit l’êtn
et aux racines, il est considéré comme la plutôt comme la partie inférieure d'une branche, puisque ce n’est autre chose que le bas d’un bourgeon latéral : seulement ce bourgeon s’est détaché ; il est devenu comme une bouture naturelle de la plante-mère.
§ 183. Les branches latérales se substituant à la tige, dont le développement vertical s'arrête , et produisant ainsi l’extension de la plante-mère dans la direction horizontale , peuvent naître audessus de la surface du sol. On leur donne ordinairement le nom .
de tige rampante. Le plus souvent grêle et flexible, cette prétendue lige parcourt un certain espace sans produire de feuilles , ou n’en produit qu’un très petit :
nombre de loin en loin , ou même habituellement une seule au plus - [fig. 1 70 a" f) , dont le bourgeon peut se développer, mais avorte fréquemment, puis elle se termine par une rosette dirigée naturellement en haut [fig. 1 70 r); au-dessous de cette rosette se produisent alors des racines qui s'enfoncent en terre, et de l'aisselle de ses feuilles inférieures partent de nouvelles branches (a") qui se terminent plus loin de même. Tout le monde connaît cette organisation du Fraisier commun [fig. 170), de la Renoncule rampante et de tant de plantes auxquelles on a donné ce dernier no*m spécifique.
Le plus souvent ces jets latéraux , qu’on nomme vulgairement des coulants [(lagellum) , finissent par se flétrir, se désarticuler ; et les touffes enracinées qu'ils unissaient, par devenir autant de pieds distincts. Les jardiniers imitent cette opération de la nature lorsqu’ils marcottent une plante, c’est-à-dire couchent sur la terre une branche qui , légèrement enterrée à un certain point , produit là en haut des feuilles et en bas des racines, et développe ainsi un pied qui ne tarde pas à végéter pour son propre compte , et peut enfin être détaché.
170. Portion de Fraisier. — a’ Un premier axe qui a produit une rosette r de feuilles, les supérieures r vertes , les inférieures/ rudimentaires. De l’aisselle de l’une de celtcs-ei est sorti un second axe a” ou jet , portant lui-même vers son milieu une feuille rudimentaire en /, et à son extrémité une rosette r semblable a la première, d’où part un troisième axere’”,
Dans les plantes grasses, dont les feuilles peuvent suffire quelque temps à leur nourriture, on n’a pas besoin d'attendre que la rosette produite sur le rejet ait formé des racines, pour la séparer et la planter séparément. On appelle propagule ( propagulum ) cette modification du coulant.
§ 184. A tous les cas précédents, dans lesquels nous observons une si grande tendance des bourgeons et de leurs produits à dovenir définitivement indépendants de la tige-mère, et les uns des autres, il faut ajouter cette modification du bourgeon aérien, qu’on connaît sous le nom de bulbille ( bulbillus ), diminutif du bulbe, avec lequel il a en effet les plus grands rapports. 11 prend alors cette consistance charnue propre à tout organe ou ensemble d'organes qui pourra vivre quelque temps aux dépens de sa propre substance. Ses écailles sont en petit nombre et épaisses, et quelquefois, soudées ensemble en partie ou en totalité, forment une seule petite masse. 11 n’adhère que faiblement à l'aisselle de la feuille, finit par s'en détacher, peut être conservé ainsi quelque temps, et enfin, replanté, reproduire la plante qui lui a donné naissance. C’est un véritable passage entre le bourgeon et l'embryon. Le Lis [fig. 171) et la Dentaire bulbifères en fournissent des exemples.
§ 185. Dans tous les cas précédents , la branche chargée de continuer et représenter la tige conservait, par rapport à celle-ci, sa position latérale. Mais il peut arriver que, plus forte qu’elle, elle ( la rejette de côté en se redressant elle-même, et usurpe sa place.
| C’est par la position relative des parties qu’on arrive alors à déterminer leur vraie nature. Quand, par exemple, dans la Vigne (/ty. 172 ) on voit la tige produire, de distance en distance , d’un côté une feuille sans bourgeon axillaire ( I ) , de l’autre , sans feuille , i un petit rameau herbacé et rameux connu vulgairement sous le nom i de vrille, on doit penser que la continuation de la tige située entre la feuille et la vrille, par conséquent à l'aisselle de la première, n’est autre chose que le produit du bourgeon axillaire qui , dans
171 . Un bout de tige du Lis bulbifèrc (Lilium bulbi/ertim), avec trois feuilles /, et trois bulbilles axillaires b.
(1) 11 existe souvent en dedans de cette feuille un bourgeon simple eu double ,
! mais un peu latéral , etnon au milieu même de l'aisselle.