‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 57 sur 262 · AIGUILLONS · texte numérisé non relu

AIGUILLONS

immédiatement au-dessous de la feuille; mais s'il se redresse en une double pointe, la distinction deviendra moins facile. Il n’est pas besoin d’expliquer comment l’origine des piquants se détermine par leurs rapports de position avec les autres parties de la plante , ainsi que pour les vrilles.

§ 239. Il nous reste à examiner quelques organes qui eussent peut-être dû prendre place au chapitre du tissu cellulaire ou à celui de 1‘ écorce, puisqu'ils ne sont autre chose qu’une forme de ce tissu, et particulièrement du cortical, mais que nous avons mieux aimé rejeter ici, pour ne pas interrompre , en l’allongeant, l’examen général de ces tissus , où leur existence est loin d’être constante , et où, lorsqu'ils y apparaissent, elle est tout-à-fait locale.

aiguillons ( aculei).

§ 210. Nous commencerons par les aiguillons, transition naturelle après les épines, dont nous venons de nous occuper, et avec lesquelles on les avait longtemps confondus. Celles du Rosier, ainsi qu'on les nomme vulgairement, peuvent nous servir d’exemple. Si nous les considérons extérieurement, nous voyons de suite qu’elles n’occupent aucune place (ixe sur la branche, tantôt écartées , tantôt rapprochées sans ordre ; nous voyons aussi qu’ejles n’y tiennent que faiblement et s'en détachent par un léger effort sans rupture. Leur examen microscopique les montre toutes composées d'un tissu cellulaire analogue à celui de l’enveloppe subéreuse, comme lui bientôt sec, et ne conservant la vie qu’à sa base, par laquelle il peut continuer à s’accroître, épais et durci sur toute la superficie. Ces épines du Rosier ne peuvent donc être assimilées à celles qui résultent de la métamorphose d’un organe fondamental ou d’une de ses parties, et qui par cela môme affectent une position régulière et une texture fibro-vasculaire. On les comparerait avec plus de raison aux poils , dont ils diffèrent seulement par la plus grande épaisseur et par l’agglomération des cellules plus nombreuses qui les composent. Les aiguillons se montrent non i seulement sur la tige et ses ramifications , mais sur les feuilles et sur les parties mêmes de la fleur qui conservent le plus le caractère de celles-ci , mais presque exclusivement sur les pétioles et les nervures. Leur forme est généralement celle d’un cône, quel- ■ quefois droit, le plus souvent recourbé en crochet, ordinairement ! aplati dans un sens.

POILS (pi fi).

§ 241. Nous avons ou déjà plusieurs fois occasion de parler des poils, mais seulement à leur plus grand état de simplicité , lorsqu'ils résultent chacun de rallongement d'une seule cellule épidermique [fig. 87). Cette cellule , enfoncée par sa base au milieu des autres , fait par ic reste de son corps saillie au-deliors, dirigée tantôt perpendiculairement à la surface de l’épiderme [fig. 209, I ), .

aspérités [fig. 208, 4); sa forme la plus ordinaire est celle d’uni cône long et grêle [fig. 209, I ), d'une aiguille ; mais elle peut quelquefois être à peu près cylindrique et même se rentier en massue à son sommet. Enfin elle peut se diriger à la fois dans deux oi plusieurs directions ( fig. 209, 2 ) , devenir rameuse ( /?r/.‘209, 3 ) quoique présentant toujours à l'intérieur une seule cavité continue Ce n'est pas toujours dès sa base, ce n’est quelquefois qu’à un< certaine hauteur qu’elle se ramifie ainsi.

Beaucoup de poils sont formés, non plus par une cellule unique mais par une suite de cellules unies bout à bout ; et. comme le surfaces en contact par lesquelles se superposent ou s’unissent ce cellules semblent interrompre la continuité du poil par autant d cloisons, on le dit alors cloisonné. Du reste , ces formes diverse sont alors à peu près les mêmes que lorsqu’il est formé par uu cellule unique, celles d’un cône où les cellules superposées von en diminuant de bas en haut [fig. 210, 1 ), ou d’un cylindre c elles sont d’égal diamètre , ou d’une massue où les supérieure s’élargissent, ou d’un petit arbre plus ou moins ramifié [fig. 2 I 0, 2-’ Lorsque plusieurs poils partent d’un centre commun, ils former un pinceau [pili penicillati ) ou une étoile [p. stellali ou radia [fig. 210,3]), suivant qu’ils se dirigent obliquement ou parallèh ment à la surface de l’épiderme. Ces dernières dispositions so

209. Poils formés d’une seule cellule sortant de l’épiderme c. — 1 . Poil simp — 2. Poil bifurqué pris sur le Sisymbrium snphia. — 3. Poil rameux pris s la feuille de VArabis alpina.

tantôt, obliquement, soit le plus souvent de bas en haut, soit en sens contraire [pili relrorsi[fig . 87]), lantôtenfin presque parallèlement [pili adpressi [fg. 214]). Sa surface est lisse ou assez souvent toute hérissée de petites'

roi LS. 203

caractéristiques dans des familles entières de plantes ( par exemple, dans les Malvacées). Les cellules unies bout à bout peuvent ne pas offrir, chacune dans leur longueur, un diamètre égal ou graduellement décroissant , mais se rétrécir soit vers le milieu , soit le plus souvent vers leurs extrémités , et par là le poil prend l'aspect d’un petit chapelet (p. monili formes [fig. 210, 4]).

Le poil composé ne l'est pas toujours d'une seule rangée de cellules ; mais on peut quelquefois en trouver plusieurs juxta- , posées à la même hauteur. C'est un premier passage à l’état d’aiguillon, qui en diffère néanmoins en tant que venant d'une couche plus profonde.

L'examen microscopique fait voir les cellules des poils comme composées d'une double membrane. C'est, qu ainsi que nous l’avons vu (§ 48, fig. 03), la pellicule épidermique s’étend sur les poils comme sur le reste de l'épiderme , et leur forme autant de gaînes par lesquelles la membrane propre de chaque poil se trouve revêtue d'une autre membrane plus extérieure.

§ 242. Les poils qui rayonnent d'un centre commun viennent quelquefois à se réunir entre eux, probablement au moyen de

210. Poils composés, formés par la reunion de plusieurs cellules. — r Épirlerme d’où naît le poil. — 1. Poil cloisonné simple, pris sur la tige de la Bryone [Bryonia albn). — 2. Poil rameux , pris sur la fleur du Nicandra nnnmnln. — 3. Poil en étoile , pris sur la feuille de la rose trémière ( Alhtea rosea). — 4. Poil moniliforme, pris sur le Lychnis chalcednnica ; on vi it sa surface toute hérissée de petites aspérités.

•2(j'i BOTANIQUE.

cette pellicule qui enveloppe leur ensemble , et alors, au lieu cl une étoile, ils figurent une sorte de plaque membraneuse (fig. 211 )

adhér ntc seulement par son centre à la surface qui les porte et s’en détachant facilement , comme les petites écailles qu’on voit se détacher de la peau par desquamation. On a donc nommé ces poils écailleux ou en écusson Ipili squamosi seu scutati, ou d’un seul mot emprunté au grec , lepis). Ils ont en général un reflet brillant et souvent comme métallique , comme par exemple 211. sur les feuilles des Elœagnées.

On peut citer auprès d’eux d’autres petites expansions squamiformes ou membraneuses qui , au lieu de tenir à la surface par un point central , lui adhèrent par tout leur bord le plus large. C’est comme un repli de l’épiderme, ou, si l’on aime mieux, comme un poil composé formé de la réunion d’un assez grand nombre de cellules, et tiré en largeur au lieu d’être en longueur. On leur donne le nom de poils scarieux ( pili ramentacei , ou en un seul mot, rameuta seu vaginellœ ). On les trouve particulièrement développés sur les pétioles et les limbes des feuilles de la plupart des Fougères. Leur couleur devient généralement brunâtre.

§ 243. On conçoit, si les poils ne sont qu’une cellule allongée, saillante au-dehors des autres , qu’on peut en rencontrer partout où une telle saillie est possible; et, en effet, on en observe dans les cavités intérieures de quelques végétaux , par exemple dans les lacunes de la tige ou du pétiole du Nymphéa et d’autres plantes aquatiques. Mais cette production interne est presque exceptionnelle, et c’est sur 1 épiderme des diverses parties du végétal qu’on les trouve généralement, principalement sur les parties exposées à l’air, quoiqu’on en voie aussi quelquefois sur d’autres qui en sont abritées, comme sur les graines ou sur la surface de la cavité ou loge du fruit qui les renferme, et assez habituellement sur les jeunes racines , ainsi que nous l’avons dit autre part ( § 1 15).'

Us abondent souvent sur les rameaux et sur les feuilles , et dans celles-ci se montrent beaucoup plus fréquemment et plus copieusement sur la face inférieure et sur les nervures et les pé-

211. Écaille ou poil en écusson p:is sur la feuille d’une Élæagnée [Hippophae rhamnoicles).

POILS. 2i>5

tioles. Leur existence et leurs fonctions paraissent être en rapport avec la jeunesse de ces parties, avec l’aftlux des liquides dont elles sont, alors' gorgées et l'activité de l'évaporation (pii en est la suite naturelle, et que probablement ils sont destinés à modérer. A mesure que les surfaces s’étendent par l’extension des parties qui vieillissent, il n'y a pas toujours production proportionnelle de nouveaux poils. Ceux qui les revêtaient d’un enduit épais, écartés l’un de l'autre par un espace qui grandit, finissent par le recouvrir incomplètement. C’est la cause qui fait que les poils, souvent si abondants sur les jeunes pousses, semblent avoir disparu après qu’elles ont acquis un certain développement. Quelquefois ils se détachent, en effet, ou se dessèchent, et il est rare d'en trouver sur l'écorce des branches adultes dans les plantes ligneuses.

§ 21 1. Nous avons indiqué les formes les plus générales des poils considérés isolément. En général, dans les descriptions , on s’arrête à celles qui s’aperçoivent à l’œil nu ou à la loupe, et on dit que les poils sont simples ou rameux de telle ou telle manière, sans chercher s’ils sont uniccllulaires ou multicellulaires; ce qui, en effet, peut n’avoir pas une grande importance, puisqu’on en trouve des deux sortes les uns à côté des autres.

Mais la description s'attache à représenter l’aspect qui résulte de la réunion de poils plus ou moins nombreux sur une partie du végétal , et il nous reste à faire connaître quelles sont les principales modifications qu’on observe sous ce rapport et par quels mots on les désigne. Ces mots, les voici :

Glabre (< jlaber ), état d'une surface dépourvue de tout poil. Glabratus, qui a perdu son poil.

Poilu ( pilosus ), garni de poils.

Pubescent ( pubescens ), garni de poils mous, assez courts et un peu clair-semés, d’un duvet ( pubes ) comparé à celui du menton d’un adolescent.

Velu (villosus ), garni de poils longs , doux, un peu obliques.

Soyeux ( sericeus ), garni de poils couchés, soyeux, à reflet plus ou moins brillant.

Hispide ( hispidus , hirlus ), hérissé de poils roides, non couchés. Ilirsulus tient le milieu entre cet état et celui qu'on exprime par villosus.

Velouté ( relui inus ), couvert d'un duvet court, ras, comme du velours.

20fi BOTANIQUE.

Cotonneux ( tomenlosus ), couvert de poils crépus comme le coton, entremêles en une sorte de feutre ( tomentum ). C’est l’état qui résulte en général de l’accumulation de poils en pinceaux ou rayonnants.

Laineux (lanalus, lanuginosus), couvert de poils longs, mous, entre-croisés , comme la laine.

Lepülotus, couvert d’écussons écailleux.

Ramentaccus , parsemé de poils scarieux.

Lorsqu’on considère les poils, non plus sur une surface, mais sur son bord qu’ils dépassent , et lorsqu’ils sont un peu roides et écartés entre eux, ils prennent le nom de cils ( ciliœ ). S'ils sont disposés par touffes, ce sont des houppes ( barba ), d'où l'on tire l’épithète barba tus.

Nous n'avons pas besoin de définir les nuances qu’on exprime par les diminutifs glabriusculus , pilosiusculus , villosulus , tomentellus , hispidulus, ciliolulatus , pour indiquer l’état d'une surface où les poils sont comparativement plus courts, plus clair-semés.

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