RÉSUMÉ
ment la lymphe? Cela est fort vraisemblable, et paraît pouvoir se conclure de la fréquente résorption des tissus végétaux qu’on a pu observer. Mais néanmoins on ne peut rien affirmer, tant est grande la confusion des voies ouvertes à la circulation des sucs dans le végétal.
En effet, si de l’examen de la fonction en général et de ses produits nous passons à celui des organes par lesquels elle s’exerce , toute similitude cesse. Les végétaux ne nous présentent pas ces systèmes de vaisseaux régulièrement ramifiés qu'offrent les animaux, et qui indiquent clairement le cours du fluide nourricier; ni de centre où il vienne recevoir l'impulsion qui détermine son mouvement. L’absence de tout tissu contractile y entraîne une différence essentielle dans la cause et la nature de ce mouvement circulatoire.
§ 352. Nous avons déjà (§ 289) comparé la respiration dans les deux règnes, et montré comment elle s’exerce en sens inverse dans l’un et dans l'autre. Nous avons exposé comment ses organes se modifient suivant qu'elle a lieu sous l'eau (§ 290) ou à l’air, et signalé sous ces rapports une certaine analogie des végétaux avec les animaux, suivant qu'ils respirent dans l’un ou dans l’autre milieu , comparant les feuilles submergées aux branchies , les feuilles aériennes au poumon, ou mieux encore au corps des insectes (§279) parcouru par leurs trachées, qui communiquent au-dehors au moyen de pores. Nous avons trouvé dans les stomates les analogues do ces porcs; mais dans le reste de l'appareil respiratoire existe une différence essentielle, puisque dans les animaux l’air parcourt une suite de vaisseaux ramifiés ( bronches ou trachées ), et agit à travers leurs parois sur le sang contenu dans des vaisseaux capillaires qui rampent à leur surface, tandis que dans les végétaux il parcourt une suite de cavités formées par l'intervalle des cellules plus ou moins écartées entre elles (§ 127), et agit sur le fluide contenu dans ces cellules. On pourrait comparer à cette disposition celle de la portion de l’appareil respiratoire des oiseaux, qui s'étend des poumons à toutes les parties du corps, et les met en rapport avec l’air circulant par une suite de grandes lacunes creusées dans le tissu cellulaire. Nous avons appelé aussi l’attention sur une autre différence fondamentale que présente la respiration des végétaux comparée à celle des animaux : c’est que celle-ci s’exerce sans intcr-# mission pendant toute la vie, et dans l’obscurité comme au jour, tandis que la première ne s’exerce qu’à la lumière ( § 283), dont les rayons chimiques semblent même prendre part aux combinaisons nouvelles formées sous son influence (§ 284).
§ 353. Quant à l’exhalation à la superficie du corps , nous avons trouvé qu’il y en avait une générale sur toute celle du végétal , mais peu considérable, et dépendant pour la plus grande partie des circonstances extérieures, la transpiration insensible, qui se compare naturellement à l’exhalation à la surface du corps animal ; puis une autre plus active qui accompagne la respiration et a lieu seulement par les mômes voies , et que nous avons comparée à l’exhalation pulmonaire (§ 291).
§ 354. Pour les sécrétions, nous retrouvons celte même différence si fréquente entre les tissus des organes dans les animaux et dans les végétaux, formés dans les premiers par un lacis de vaisseaux , dans les seconds par un amas de cellules. C’est cette dernière structure que nous ont montrée les glandes des végétaux, comparables seulement aux plus simples entre celles des animaux , dont la plupart sont d'ailleurs pourvues de conduits excréteurs qui ne s’observent pas dans les premières. Nous n’avons pas trouvé dans les plantes certaines excrétions existant constamment, ainsi que cela a lieu dans les animaux; mais celles dont l’existence est aussi générale dans la majorité de ces animaux semblent se lier surtout à la digestion , fonction qui manque chez les végétaux. Et, du reste, à cause de la grande uniformité du tissu végétal, il est tellement difficile de distinguer tous ceux qui peuvent sécréter un fluide particulier, et de suivre la marche ultérieure de ces fluides au milieu des autres, qu'il règne encore une grande incertitude au sujet des sécrétions et excrétions végétales ( § 317).
§ 355. Concluons donc que s’il résulte une certaine analogie dans la suite des grands actes qui constituent les fonctions de nutrition chez les animaux et les végétaux , elle disparaît presque entièrement dans les appareils organiques qui en sont chargés, appareils nettement définis chez les premiers et très confusément chez les seconds; que les forces qui y président sont en grande partie différentes; qu’enfin, dans les produits qui en résultent on remarque des différences tellement combinées que les deux règnes puissent faire entre eux de continuels échanges; contre-poids toujours prêt pour maintenir un admirable équilibre au milieu du désordre que le mouvement de la vie de celle grande foule d’êtres organisés tendrait autrement à jeter sans cesse dans la nature.