FORMATION I)U ROIS
faible rameau latéral, continue à vivre tout en s’atrophiant à un certain degré? On expliquerait par celte hypothèse (qui a besoin d'être vériüée par l'observation) comment, au-dessous d une décortication annulaire, la tige s'entretient vivante, produit des racines et même, dans quelques cas, de minces couches ligneuses. On a cherché à expliquer cette dernière production par l'existence, au-dessous de la décortication, de bourgeons adventifs desquels proviendrait une certaine proportion de filets ligneux. Ce n’est qu'en se développant en un certain nombre et à un certain degré qu'ils ont pu amener ce résultat, et, en ce cas, ils ont pu être vus. C’est encore à l’observation à décider sur la valeur de celte explication.
§ 344. M. Dutrochet a signalé ce fait curieux , que les troncs de certaines espèces de Sapins [VAbics excelsa et surtout VA. pectin ata ) , coupés à quelques pieds de terre, continuent à vivre et à s’épaissirde couches successives pendant unelongue suite d’années. Il ne peut être question dans ce cas de faisceaux descendants. L’action a incontestablement lieu de bas en haut, et cette direction est prouvée par l’existence d'un bourrelet assez épais qui surmonte ces couches formées postérieurement à la section du tronc. 11 faut donc que dans cet arbre la sève ascendante puisse, sans le secours des feuilles, acquérir un degré d'organisation suffisant pour la formation de ces couches annuelles, qui , au reste, sont toujours extrêmement minces, n’atteignant pas un millimètre, ou souvent même un demi-millimètre d'épaisseur.
Ce fait, qui semblait échapper à toutes les explications précédentes, en a récemment reçu une fort vraisemblable. On a observé que ces souches , dont la croissance persiste ainsi malgré leur troncature , croissent dans le voisinage d'autres arbres de même espèce on pleine végétation , et , en fouillant sous terre , on a trouvé quelques unes de leurs racines ont regreffées. Ce seraient donc celles des arbres entiers qui nourriraient les autres en leur portant des sucs tout organisés : ce que confirme le plus grand développement des couches ligneuses du côté de la souche correspondant aux racines greffées. Celle réunion de racines entre des arbres voisins de même espèce ou même d’espèces un peu différentes n’est pas rare chez ceux de la famille des Conifères, ni probablement aussi chez ceux de quelques autres familles, les Hêtres par exemple. Elle peut rendre compte de la vie que conservent souvent les racines des arbres laissées en terre, longtemps après la suppression complète de leur système aérien.
§ 345. Pour nous résumer au sujet de l’accroissement en épaisseur des tiges et des racines, on est d’accord en ce qui concerne la formation de la partie purement cellulaire : on ne l’est pas en-
corc en ce qui concerne celle des faisceaux iibro-vasculaires du bois el de l’écorce. Deux théories sont proposées : l’une considère ces faisceaux comme les racines des bourgeons, et par conséquent comme développés de bas en haut : l'autre considère leurs éléments comme répandus à la fois, en forme d'une gelée demi-fluide (le cambium), sur toute la surface interne de l’écorce, et se développant là en place. Cependant nous pensons que ces deux théories ne sont peut-être pas si opposées qu’elles le paraissent. Elles le seraient sans doute si l’on admettait des faisceaux ascendants allant produire les bourgeons à leur extrémité. Mais celte doctrine a-t-elle cours maintenant? Nous avons admis que les feuilles n'ont dans le principe avec le rameau (§147 ), ni le bourgeon ( § 171) avec la tige qui les porte, aucune continuité vasculaire; qu’élaborés dans ces feuilles et ces rameaux , les sucs descendent de là jusqu’à l'extrémité des racines par l’écorce, sur la surface interne de laquelle se dépose une matière demi-fluide où s’organisent les tissus. M. Gaudichaud , de son côté, admet que «des sucs élaborés et en » partie organisés (le cambium), des tissus fluides encore se forment » et se solidifient en descendant des bourgeons sur les rameaux , des » rameaux sur les tiges, et des tiges sur les racines, par un mode » d’allongement analogue à celui des racines, s'il n'est entièrement » le même. » Entre ces tissus descendants à l’état demi-fluide et nos tissus formés dans une matière demi-fluide que fournissent des sucs descendants, peut-on établir une distinction assez nette , assez fondamentale pour qu elle puisse constituer deux doctrines opposées ?
§ 346. Nous avons dû nous arrêter à l’examen desdicotylédonées, et par la plus grande facilité de les étudier, et parce que, dans les arbres monocotylédonés , 1 accroissement des tiges en épaisseur s’arrête en général de très bonne heure, par défaut de bourgeons latéraux. D'ailleurs l’absence de véritable écorce, ainsique l’union permanente des laticifères et des fibres analogues au liber avec les vaisseaux et les fibres du bois dans un même faisceau , et la course tortueuse de ces faisceaux dans l'intérieur de la tige, eussent rendu 1 exposition des faits beaucoup plus compliquée et obscure. Nous renverrons donc simplement à ce que nous avons dit antérieurement a ce sujet (§ 96 ) ainsi que sur l’accroissement des arbres acotvlédonés ( § 107).
KÉSUMÉ.
§ 3 47. En résumant tout ce que nous avons précédemment exposé sur les fonctions de la végétation, nous pourrons sommairement comparer ce qui se passe dans les végétaux et ce qui se passe dans les animaux. Pour cette comparaison , nous devons laisser de côté ceux qui, dans l’un et dans l'autre règne, présentent l’organisation la plus imparfaite et où ces fonctions sont incomplètes et le plus ordinairement fort obscures.
§ 348. 1° Le végétal absorbe par l'extrémité de ses racines des corps venant du dehors à l’état liquide, corps qui sont purement inorganiques, savoir, de l’oxygène, de l'hydrogène, du carbone et de l'azote, sous forme d’eau, d’acide carbonique, d’ammoniaque, ainsi que quelques autres de nature métallique ; 2" ces derniers conservent leur nature dans l’intérieur des tissus ; mais les premiers y forment diverses combinaisons, d'où résultent d’autres corps plus composés et qu’on peut appeler organiques , propres à devenir les matériaux constitutifs du végétal, la fécule, par exemple; 3° ces matériaux sont à leur tour modifiés, sous l’influence de la respiration et des sécrétions, de manière à donner naissance à tous les produits de l’organisme. 11 faut bien concevoir toutes ces combinaisons comme ayant lieu , non entre les quatre corps élémentaires que nous avons nommés, mais entre les composés organiques qu’une fois introduits dans le végétal ils ont formés sous l’influence de la vie. Ces composés sont ce qu’on nomme les principes immédiats des végétaux.
§ 349. Dans la nutrition des animaux, ces premières opérations préparatoires sur les aliments n’ont pas lieu, puisque ce sont toujours des substances végétales ou animales, par conséquent déjà plus ou moins organisées. Le nouveau degré d’élaboration qu’elles subissent dans le corps animal continue l'acte végétal commencé par les plantes , mais en parcourant en quelque sorto un cercle ; car l’animal détruit ces substances en les employant, et celles qu’il rejette par sa respiration ( § 239 ) et ses excrétions ( § 310) se trouvent précisément les matières brutes, premier aliment du végétal.
§ 350. Le végétal absorbe scs aliments dans la terre par l’extrémité des dernières ramifications radiculaires ; l’animal absorbe les siens par les dernières ramifications des vaisseaux veineux et
lymphatiques dans le tube intestinal. Mais auparavant ils ont subi dans ce tube une première préparation par l’acte de la digestion , acte qui doit manquer complètement, ainsi que ses organes, dans t la vie végétale (1 ), puisque toutes les opérations par lesquelles les ( matières se trouvent dans le sein de la terre a 1 état de dissolution , propres à être absorbées par les racines, sont tout-à-fait en dehors ' du domaine de la vie.
§ 351. Mais si nous passons aux actes subséquents de la nutri- < t ion , nous trouverons un certain parallélisme dans les deux règnes. I Dans l’animal , ces matières absorbées à l’état liquide par les vais- : seaux en contact avec le tube intestinal sont portées dans la masse i
du sang, et avec lui dans les organes respiratoires, où, au contact i
de l'air, elles subissent certaines modifications par suite desquelles le fluide devient propre à la nutrition, et est reporté suivant un cours rétrograde dans toutes les parties du corps où elle a lieu. Dans le végétal , les fluides absorbés par les racines sont portés (2) . à travers les parties centrales à la périphérie, siège de la respiration, et subissent au contact do l’air de nouvelles modifications à la suite desquelles, doués de nouvelles propriétés essentiellement nutritives, ils vont aussi, par une marche rétrograde, se distribuer à toutes les parties. Ainsi donc, dans l’un comme dans l’autre cas, transport des matières venant du dehors vers l'organe respiratoire, puis de celui-ci vers tous les points du corps à nourrir. Les liquides rapportés par l’écorce, et surtout circulant dans les laticifèrcs , peuvent donc être comparés jusqu’à un certain point au sang artériel ; ceux qui sont apportés des racines parle centre ligneux, au liquide fourni par le chyle. Quant à la partie du fluide nourricier dépouillée de matériaux qui ont servi à la nutrition , revientelle dans les végétaux se mêler à la masse circulatoire, comme cela a lieu dans les animaux, où elle forme le sang veineux et probable-
(1) Quelques auteurs considèrent comme digestifs la plus grande partie des phénomènes que nous avons décrits sous les titres de nutrition et de respiration. Dans leur point de vue, les stomates et les extrémités radiculaires représenteraient autant de bouches donnant entrée aux aliments , et l’élaboration qu’ils subissent ensuite à l’intérieur du corps végétal, notamment la fixation du carbone, représenterait une sorte de digestion ; la respiration se bornerait à la fixation de l’oxygène pris à l’atmosphère et serait entièrement semblable à celle des animaux. Ainsique nous l’avons déjà dit (§ 289), la vérité de ces théories dépend tout-àfait des définitions qu’on voudra adopter pour chacune de ces fonctions. Mais il faudrait alors donner à l’idée de digestion un sens beaucoup plus étendu que celui qu’on y attache chez les animaux , savoir, la première préparation subie par les aliments dans le tube intestinal.
(2) Us subissent dans cette marche un premier degré d’élaborati n qui commence à les organiser et dont nous ne devons pas chercher l’analogue chez les animaux , où les particules alimentaires se trouvent organisées d’avance.