de la fleur du Coriaria myrlijolia
de manière qu’elles se trouvent en nombre double des folioles du calice ou de la corolle : on dit alors que la fleur est diplostémone (Su rXoïïç, double; rcr^fxcüv, étamine); on la dirait isostèmone (laoç, égal) si les étamines étaient en nombre égal aux pétales.
Néanmoins la displostémonie peut avoir lieu sans que le nombre des verticilles soit véritablement augmenté. Expliquons celte sorte d’énigme par des exemples. La fleur du Redoul ( Curiaria myrtifolia, fig. 236) offre cinq folioles calicinales, cinq petits pétales courts et épais alternant avec elles, puis dix étamines sur deux rangs, le plus extérieur opposé au calice, le plus intérieur aux pétales, enfin cinq carpelles alternant avec ceux-ci ; nous avons donc bien addition d’un verticille d’étamines qui est venu s’intercaler entre les cinq premiers et les carpelles, et qui a dù occuper la situation normale de ceux-ci vis-à-vis les pétales : la règle générale se maintient, les verticilles successifs alternent entre eux. Examinons comparativement une fleur de Sedum (fig. 235) presque semblable à celle du Crassula [fig. 234); elle ne diffère que par l’addition d'un cercle de cinq étamines, et par conséquent présentant en apparence absolument le même nombre de verticilles et de parties que la fleur du Coriaria. Néanmoins, si nous recherchons avec plus d’attention la situation relative de ses parties, nous reconnaissons que des dix étamines, les cinq qui se trouvent placées un peu extérieurement par rapport aux autres sont précisément devant les pétales, et même soudées avec eux tout à fait à leur base. Nous aurions ainsi deux verticilles successifs opposés, contrairement à la règle. Nous nous trouvons donc conduits à nous demander s’il y a en effet ici double verticille, ou si plutôt nous ne devons pas en reconnaître un seul composé de parties doublées, de manière que cette fleur se trouverait ramenée au type primitif, celui que composent un verticille de cinq folioles calicinales, un de cinq pétales, un de cinq étamines, un de cinq carpelles; seulement les pétales seraient doublés chacun d’une étamine. Cette conclusion est justifiée nonseulement, par une considération que nous avons déjà eu occasion de répéter plusieurs fois, savoir : que le guide le plus sûr pour déterminer la véritable nature des parties végétales, si variables par leur forme, se trouve dans la détermination même de leurs rapports constants de position; elle l’est encore par la fréquence d’un phénomène que nous ferons connaître tout à l’heure, celui du dédoublement des organes végétaux.
§ 376 bis. La multiplication des parties de la fleur par l’augmentation du nombre des verticilles ne se borne pas toujours à ce que celui d’un ou de plusieurs d’entre eux devienne double : il
peut devenir triple, quadruple, etc. C’est ce qu’on observe souvent pour les étamines, plus rarement pour le calice et la corolle, plus rarement encore pour le pistil. Mais en général, lorsque ce nombre s’élève beaucoup, les parties ne se groupent plus par verticilles alternant régulièrement entre eux ; Indisposition la plus commune par l’insertion des feuilles verticillées , l’insertion spirale, reparaît sur un torus ou étendu en largeur ou prolongé en axe. C’est ce que nous avons vu dans les pétales et les étamines du Nymphæa, dans les carpelles du Magnolia, ce qu’on peut observer dans les tleurs d’un assez grand nombre de Renoneulacées, dans celles des Cactus, des Camellias, etc., etc.
§377. Par dédoublement. — Les parties de la ileurpeuventencore se multiplier d’après un autre mode. Que dans une Heur de Renoncule, on regarde la base de chaque pétale en dedans, on en verra partir un petitcorps de même couleur et de tissu analogue, qui en est comme un repli [fiy. 237, a). Dans celles de Crassula, de Sedum , de Sempervivum que nous avons citées, en dehors et à la base de chaque carpelle on peut observer une petite écaille verdâtre ( fig . 223, a) insérée au même point que lui et qui parait en dépendre.
Il semble que, dans ces deux cas, parmi les faisceaux vasculaires qui se rendent à ces feuilles modifiées et destinées à former les pétales ou les carpelles, plusieurs se sont détachés pour aller former, sur un plan antérieur ou postérieur, ces petits corps accessoires. On peut supposer que ces corps ne s’arrêtent pas à ces proportions minimes, mais se développent assez pour égaler presque la partie de la fleur à laquelle ils sont accolés, et alors elle devra paraître double, comme cela a lieu dans les pétales des Erythroxijlon. Ceux de beaucoup de Sapindacées, de plusieurs Caryophyllées ( Silene , Lychnis [fig. 298 et 265 a], Cucubalus) offrent quelque chose d’analogue dans le repli qui vient doubler une partie de leur surface interne. C’est ce genre de production qu’on a nommé dédoublement ou churizè (de yojpiÇeiv, séparer), et c’est vraisemblablement la cause à laquelle est due , dans un assez grand nombre de cas, une multiplication des parties de la (leur indépendante de celle des verticilles.
Ce dédoublement, que nous venons de voir substituer deux parties à une seule, peut en substituer un plus grand nombre. Ainsi,
237. Un péta'e de la Ficaire [Fie aria ranunculoides) , vu en dedans — l Limbe. — « Petit appendice à sa base.
dans les Heurs des Luhea [fig. 235) les cinq étamines alternant
avec les pétales sont remplacées par cinq faisceaux composés chacun d’étamines nombreuses; dans les fleurs de certaines Myrtacées il y a cinq étamines seulement; dans celles de certaines autres, des Melaleuca , par exemple, on trouve à leur place cinq groupes d’étamines pressées les unes contre les autres et soudées ensemble inférieurement.
Si cette multiplication résultait de celle des verticilles ou d’une série de parties disposées en spirale, ces parties devraient, dans l’un comme dans l’autre cas, se distribuer sur toute la zone intermédiaire entre le pistil et les pétales, et non se concentrer dans cinq points ayant une relation constante avec ces pétales. On en conclut donc que chacun de ces groupes répond à une des étamines que nous avons vues solitaires dans le premier cas , et que c’est par dédoublement qu’on en a plusieurs. Certains Millepertuis et certaines Malvacées [fig. 239) présenteraient des exemples analogues et plus faciles à se procurer.
238. 1 Fleur du Luhea paniculala. — ccc c Calices. — p p Pétales, — ce Étamines groupées par faisceaux qui alternent avec les pétales. — s Stigmate composé de cinq parties.
2 Un des faisceaux précédents grossi. On voit que tous les filets se soudent en une masse unique à la base, puis se séparent supérieurement ; quelcs intérieurs fa, plus longs, se terminent chacun par une anthère; les extérieurs fs, plus courts et stériles, ne portent rien.
239. Un des cinq faisceaux d’étamines pris dans la fleur d’une Mauve ( Malva miniata).
FLEUR EN GÉNÉRAL. — DÉDOUBLEMENTS. 2t)ô
On conçoit maintenant comment nous avons pu considérer un pétale et une étamine naissant immédiatement devant lui et souvent accolée par sa base, comme résultant d’un dédoublement du même genre. 11 est vrai que les parties ainsi substituées à une seule doivent naturellement être de la même nature. Mais le rapport intime qui existe entre celle des pétales et celle des étamines ressortira bientôt de leur examen plus détaillé, et nous avons déjà pu le pressentir en voyant le passage presque insensible des unes aux autres dans le Nymphœa (§356).
Dans tous les exemples précédents, les parties dédoublées sont situées sur plusieurs plans, l’une devant l’autre; mais elles peuvent aussi naître sur le même, l’une à côté de l’autre. La fleur du jonc fleuri (Butomus umbellatus, fiy. 240) présente du dehors en dedans un verticille de trois folioles calicinales; un de trois autres plus intérieures colorées ; un cercle de six étamines opposées deux par deux aux folioles calicinales extérieures; un second cercle concentrique de trois étamines alternant au contraire avec ces mêmes folioles; enfin six carpelles.il est évident que, dans le cercle de six étamines, chaque paire occupe la place où l’on voit ordinairement une étamine unique. On en a donc ici, au lieu d’une seule, deux situées l’unc à côté de l’autre, par un dédoublement qu'on peut nommer collatéral, et dont on est averti en rencontrant ainsi un verticille exact, où le nombre des parties est multiple de celui des autres. Dans le Butomus, le nombre des carpelles est six au lieu de trois, le plus ordinaire dans les fleurs monocotylédonées ; mais, de ces six, trois sont alternativement sur un rang un peu plus intérieur. 11 y a donc ici multiplication par addition d’un verticille, et non par dédoublement.
Nous devons avouer que cette faculté de dédoublement des parties de la fleur s’observe peu dans les feuilles véritables auxquelles nous les avons assimilées. Sans doute la composition des feuilles, qui semble en substituer plusieurs à une seule, offre quelque chose d’analogue : or, les folioles d’une même feujlle se présentent sur un même plan et, par conséquent peuvent au plus se comparer aux dédoublements collatéraux. Mais c’est vainement qu’on chercherait plusieurs feuilles nées à la place d’une seule, par touffes, comme celles des pétales ou des étamines dédoublées. On aurait trouvé ces touffes dans les feuilles qu’on appelait autrefois fasc-icu- Iées, si l’observation moderne n’avait constaté que ce sont celles d’un rameau entier rapprochées par l’extrême raccourcissement dex
l’axe. Quelques stipules, celles que nous avons nommées axillaires (§145),' et qui se montrent sur un plan antérieur à la feuille dont elles font partie, pourraient passer pour un dédoublement, et l’on serait confirmé dans cette manière de voir par l’examen des Erxjthroxijlum où à la base de chaque feuille s’accole une de ces stipules, de même qu’à chaque pétale s’accole une expansion pétaloïde. Cependant Ces faits sont bien peu nombreux : en suivant le développement de la stipule axillaire, on peut se convaincre qu’elle résulte de l’union de deux latérales parties des bords et par conséquent du plan même du pétiole.
La fréquence des dédoublements est donc un caractère de plus qui distingue les parties de ‘la fleur des feuilles véritables. Aussi plus elles se rapprochent de celles-ci par leur nature (comme les folioles calicinales et les carpelles), plus il est rare de les voir se dédoubler; plus elles s’en éloignent (comme les pétales et surtout les étamines) et plus, au contraire, ce mode de multiplication s’observe souvent.
§ 378. Réduction dans le nombre des parties de la fleur. — -
Après avoir examiné les différences que peut apporter à un certain type de la fleur, choisi comme point de comparaison générale, la multiplication des parties qui la composent , et qui peut avoir lieu de diverses manières, recherchons celles qui résultent de la cause contraire, la diminution en nombre de ces mêmes parties.
Le nombre des verticil— les restant le même, celui des parties dont chacun d’eux est formé peut être également diminué. Ainsi la Rue commune ( Huta
241-244. Diagrammes de fleurs régulières où chaque verticille est diminué d’une ou plusieurs parties.