‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle ... BotaniqueChapitre 146 sur 258 · CHALEUR PROPRE DES VEGETAUX · texte numérisé non relu

CHALEUR PROPRE DES VEGETAUX

viennent également d’un bleu foncé sur tous les points qu’on vient à blesser ou froisser, et en séchant elles prennent cette même teinte qui va jusqu’au noir. La dessiccation détermine un changeaient en noir sur toute la surface de la plupart des plantes de cette famille des Orchidées; et on en observe une analogue sur celles de plusieurs autres, notamment celle des Rhinanthacées , où tous ceux qui font des herbiers ont pu observer cette propriété, qui devient presque un caractère de famille. Cette modification est due dans quelques cas à la présence du principe colorant de l’indigo, qui, gris ou blanchâtre pendant la vie, prend, en se combinant avec l’oxygène, la couleur par laquelle nous sommes habitués à le désigner. Sans doute le tanin, si fréquent dans certaines parties du végétal, l’acide gallique qui s’y trouve, les sels de fer qu’on y a souvent reconnus en proportions assez notables et qui, mêlés avec cet acide, forment de l’encre, jouent un rôle dans beaucoup d’autres cas où nous observons cette coloration après la vie. Mais alors la détermination de ces matières, les modifications et les combinaisons nouvelles dont elles sont susceptibles, appartiennent à une autre science.

CIIALF.ua PROPRE DES VÉGÉTAUX.

§ 640. Les végétaux ont-ils, comme les animaux , une chaleur qui leur soit propre , qui par conséquent ne soit pas celle de l’atmosphère dont ils sont environnés? Cette chaleur est-elle constante ou bien intermittente, et dans quelles occasions acquiertelle le plus d’intensité? Le raisonnement suffit pour répondre, jusqu’à un certain point, à ces questions, puisque la cause de la chaleur dans les animaux est connue; que celte cause réside dans certaines combinaisons chimiques toujours accompagnées d’un dégagement calorifique, notamment de celle du carbone avec l’oxygène ; que des combinaisons analogues ont lieu dans le végétal , mais que ces actions bien plus faibles et plus lentes ne s’exercent pas d’ailleurs d’une manière continue, pas de même sous l'influence et en l'absence de la lumière du jour, ni dans les différentes saisons, ni dans les différentes parties d’une même plante. On en conclut que les végétaux devront en effet posséder une chaleur produite par l’acte de la vie, mais qu’elle sera en général peu sensible ; qu’elle ne le deviendra davantage que dans certaines phases de la végétation; qu’oile sera concentrée dans certaines régions et nulle dans les autres. C’est ce que nous apprend en effet l’expérience.

§ 641. C’est dons des fleurs et an moment de la floraison qu’on a constaté un dégagement particulier de chaleur. Dans celles de la famille des Aroïdes il est assez fort pour être reconnu par le tact seul, et leur disposition se prête d’ailleurs merveilleusement aux observations de ce genre. Elles sont en effet accumulées sur un axe épais et allongé qu’enveloppe une grande spathe en forme de cornet (fig. 185), qui concentre la chaleur produite par toutes les fleurs à la fois, et dans lequel il est facile d’introduire un thermomètre. Les pistils, dont chacun constitue une fleur femelle , se trouvent d’ailleurs séparés des étamines, dont chacune constitue, une fleur mâle; et on peut ainsi, en retranchant alternativement les uns et les autres, déterminer pour quelle proportion ces deux ordres d’organes entrent dans le total de la chaleur.

Lorsque le spadice s’épanouit il devient pendant quelques jours le siège d’une sorte de fièvre, qui établit entre lui et l’air environnant une différence d’un plus ou moins grand nombre de degrés; cette fièvre est intermittente et quotidienne, car chaque jour la chaleur commence à croître graduellement: puis, après avoir atteint un maximum, à décroître jusqu’à ce qu’elle revienne à peu près au point de départ, point qui reste un peu au-dessus de la température de l’air environnant. L’accès, faible au début de la floraison, devient plus fort les jours suivants, puis s’affaiblit et cesse au bout de | eu de temps. Il ne revient pas chaque jour à la même heure précisément, mais avance ou retarde sur le jour précédent. Dans notre Arum commun, le maximum de la chaleur ainsi développée, c’est-à-dire au-dessus de la chaleur atmosphérique, est de 8 à 10° : on en a remarqué une plus élevée dans les Arum ilalicum et l 'Arum dracunculus, qui appartiennent à des pays plus chauds ; dans le Colocasia odora, le Caladium pinnatifidum, qu’on cultive en serre. Mais le phénomène paraît acquérir une tout autre intensité dans les climats où ces plantes croissent spontanément, puisque dans une des plus anciennes observations faites à Dourbon cinq spadices de l’Arum cordifolium , liés autour du thermomètre, le firent monter de 25°; douze le firent monter de plus de 30".

§ 642. Le spadice des Ajoïdes diverses sur lesquelles ont été faites ces observations se compose d’un axe entouré inférieurement d’un certain nombre de pistils; plus haut, d’anthères fertiles; supérieurement, d’anthères plus ou moins complètement avortées : le tout enveloppé par la spathe en forme de cornet; la chaleur développée pendant la floraison est la résultante générale de la température à laquelle sont élevées alors ces régions différentes. Mais, si l’on recherche ce qui appartient à chacune d’elles en partieu-

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