CHALEUR PROPRE DES VÉGÉTAUX
lier, on trouve que la chaleur s’v trouve très-inégalement distribuée ; que la plus forte proportion vient en général des anthères fertiles; que les stériles paraissent quelquefois les égaler ou les surpasser même , mais rester fort au-dessous lorsque leur avortement et leur métamorphose sont complets ; que la température des pistils est toujours comparativement beaucoup plus faible, et celle de la spathe bien davantage encore.
§ 643. Pendant cette floraison, comme pendant celle des fleurs en général , il y a une certaine quantité d’oxygène prise par elles dans l’air environnant; une certaine quantité d’acide carbonique exhalée, par conséquent une quantité proportionnelle du carbone de la fleur brûlée. Or M. de Saussure a constaté que cette proportion est considérable dans les Aroïdes pendant le dégagement de chaleur, extrêmement supérieure à celle qu’on observe tant que la fleur reste froide, et qu’elle est fort inégale pour les diverses parties séparées du spadice ; que, par exemple, dans les Arum maculatum et dracunculus , pendant que les anthères absorbent plus de 130 fois leur volume d’oxygène, la massue terminale, formée par les anthères stériles, n’en absorbe qu’environ 30 fois son volume, la réunion des pistils que 10 fois, le cornet que de 5 à La chaleur développée par les parties différentes se trouvant d’ailleurs à peu près en rapport avec ces nombres, on en conclut nécessairement qu’elle est due à cette combustion si active pendant certaines phases de la floraison.
§ 644. Il était naturel de penser que ce phénomène, si intense chez les Aroïdes, doit se retrouver à un certain degré dans les autres fleurs qui, comme nous venons de le rappeler, se comportent d’une manière analogue relativement à l’air, en combinant avec son oxygène une certaine proportion du carbone qu’elles contenaient. Des expériences délicates ont fait reconnaître dans certaines fleurs, en effet, un certain développement de chaleur pendant la floraison, mais toujours très-faible; il atteignait dans les unes au plus un degré au-dessus de la température atmosphérique, moins dans un plus grand nombre d’autres, et restait complètement insensible dans la plupart. Il est vrai que la fleur est souvent à ce moment même, ainsi que nous l’avons vu, le siège d’une exhalation et par suite d’une évaporation, qui, par le froid qu’elle produit, doit tendre à dissimuler d’autant la chaleur développée. En comparant la quantité d’oxygène absorbée par une fleur simple, c’est-àdire munie de ses étamines, et la même fleur doublée, c’est-à-dire où ces étamines se sont changées en pétales, par les fleurs mâles d’une espèce dicline et par les fleurs femelles de la même, on peut
se convaincre qu’ici , comme dans les Aroïdes , les anthères con- , somment plus que les pétales et que les pistils. Il est donc permis j d’expliquer par la même cause le même effet. Cependant remarquons qu’on ne doit pas admettre cette combustion comme la cause unique de la faible chaleur développée par ces fleurs , puisque j celle-ci ne se trouve pas dans un rapport constant avec la proportion d’oxygène détruit, et que certaines fleurs en consomment plus, i quoique ne manifestant aucune élévation de température, que d’autres fleurs qui en présentent une bien appréciable.
§ 545. Nous savons que dans la germination la graine s’empare | de l’oxvgène de l’air, et forme une quantité assez grande d’acide carbonique. On est porté à en conclure qu’il doit y avoir dans cet acte de la vie végétale, comme dans celui de la floraison, un développement de chaleur. On en peut observer en effet un assez considérable, si l’on introduit un thermomètre au milieu d’un amas de graines germant : par exemple, des monceaux de graines d’orge ' auxquelles on fait subir un commencement de germination pour la préparation de la bière. Néanmoins M. Dutrochet pense que cet j échauffement n’est pas un phénomène vital, qu’il est dû aux mêmes causes qui déterminent une grande élévation de température dans un amas de foin humide ou de toutes autres matières végétales ] amoncelées de même, soit vivantes, soit mortes, et qui ne sont, selon lui, aulres que les combinaisons chimiques opérées entre les ] vapeurs organiques s’élevant de ces matières, condensées dans les 1 vides qu’elles laissent entre elles, et subissant une décomposition plus ou moins rapide.
§ 646. Le même auteur s’est occupé de déterminer la chaleur qui peut êlre produite dans les autres parties du végétal, et a appliqué à cette recherche un appareil thermo-électrique, c’est.-à- ! dire mesurant la chaleur au moyen du développement de l’électricité qui l'accompagne, et ayant ce double avantage que les 1 moindres quantités sont indiquées beaucoup plus clairement que : par les thermoscopes les plus délicats, et que toute partie végétale peut être assez facilement explorée, puisqu’il suffit d’v enfoncer deux pointes faisant partie de cet appareil simple et très-maniable.
Déjà on avait aperçu une différence de température entre les végétaux et l’air environnant. Ces expériences s’étaient portées principalement sur les troncs des arbres , dans lesquels il est facile, au moyen d’un forage, de faire pénétrer un thermomètre à la profondeur dont on veut constater la température; et celle-ci, en général , s'était trouvée tantôt un peu plus élevée que celle de ;