‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle ... BotaniqueChapitre 20 sur 258 · TIGE. BOIS · texte numérisé non relu

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branche, dis dans telle autre, l’arbre avait vingt ans quand il a produit la première, quarante quand il a produit la seconde.

§ 61. Mais comment ces couches, composées des mêmes éléments, peuvent-elles être distinguées entre elles? C’est parce que dans chacune les éléments divers ne sont pas disséminés uniformément dans toute l’épaisseur, mais se distribuent d’une certaine manière constante. Qu’on prenne, par exemple, une bûche de Chêne [fîg. 100 et loi) ou d’Orme, etqu’après avoir coupé nettement une certaine portion de la surface de sa tranche, on examine ses zones : on verra que le bord interne de chacune est dessiné par une ou plusieurs lignes de petits trous qui manquent dans tout le reste de la zone. Ce sont les ouvertures d’autant de gros vaisseaux qui se trouvent seulement vers ce bord interne, tandis que la couche est formée plus en dehors par des fibres serrées, à parois assez épaisses pour paraître pleines et pour que le canal qui les parcourt dans leur longueur échappe à l’œil nu. Dans une bûche de Charme, de Tilleul ou d’Érable, on n’observe pas ces gros vaisseaux , dont la large ouverture dessine si nettement le bord interne de la zone annuelle; mais elle est presque tout entière criblée par celles de vaisseaux plus petits et plus égaux' entre eux. Toujours cependant ils cessent vers le bord externe, exclusivement formé par plusieurs rangs de libres qui, en approchant de ce bord, deviennent de plus en plus grêles, serrées, colorées; et il en résulte une ligne de démarcation entre cette couche et la suivante, quelquefois fortement teintée, quelquefois pale et assez indécise.

Dans plusieurs bois, la ligne de démarcation est marquée par un rang circulaire de cellules analogues à celles des rayons médullaires ; plus rarement ce tissu cellulaire, interposé aux couches de bois, acquiert plus d’épaisseur, dans le Sumac, par exemple, où ses cellules, disposées sur plusieurs rangées concentriques, sont grandes et colorées comme la moelle. Cette observation avait servi de base à une théorie ingénieuse, celle d’après laquelle chaque cercle produit après la première année aurait lui-même une moelle représentée par celte zone cellulaire placée en dedans de son bois, et jouant, relativement à lui , le même rôle que la moelle centrale joue par rapport au cercle ligneux qui l’entoure. Mais, oulre l’objection qu’on peut tirer de ce qu'on voit manquer le plus habituellement ces zones médullaires, l’absence de l’étui médullaire dans toute couche postérieure à la première année établirait encore une différence essentielle.

§ 63. Nous avons vu (§ 32) que le nombre des faisceaux ligneux s’augmente parce qu’il s’en développe de nouveaux dans l’inter-

valle cellulaire d’abord large qui les séparait et qui a servi d'origine aux rayons médullaires (fig. 94 et 95). Ces faisceaux se multiplient plus tard, d’après un autre mode, pour ainsi dire inverse,

puisque ce sont des rayons médullaires nouveaux qu’on voit s’interposeraux éléments ligneux [fig. 101).

Nous savons que, dans la production de chaque année, sur chaque tissu déjà existant vient s’appliquer, en se formant, un tissu analogue : des utricules sur des utricules, pour continuer les rayons médullaires; des fibres et des vaisseaux suides fibres et des vaisseaux, pour continuer les faisceaux ligneux. Mais le faisceau nouveau, ainsi appliqué sur l’ancien, n’est pas simple comme lui ; il est double ou triple, coupé ainsi en plusieurs par des rangées cellulaires qui commenceront de nouveaux rayons ( rm rm”\ n»’”j, différents des premiers ( rm ’) en ce qu’ils ne partent pas du centre. Dans la nouvelle zone, plus grande que celles qui l’ont précédée, puisqu’elle leur est extérieure et concentrique, il s’est naturellement formé un plus grand nombre de faisceaux et •de rayons interposés.

§ 66. L’accroissement de chaque zone s’achève dans le courant de l’année : étendue jusqu’à une certaine limite', elle s’y arrête, et pose ainsi une base fixe sur laquelle s’appuiera la zone de l’année suivante. Les changements ultérieurs qu’elle subit ne dépendent plus que de ceux qui se passent dans l’intérieur de ses organes élémentaires. .leunës, leurs cavités, revêtues de parois plus minces, étaient toutes remplies desucs liquides. À mesure qu'ils vieillissent, la proportion des liquides diminue relativement aux solides, tant parce que les parois de chaque organe s’épaississent par l’addition de couches emboîtées les unes dans les autres [vmj. p. 8) que

101. Coupe horizontale de deux faisceaux ligneux de Chêne-liége , sur une branche de plusieurs années. On voit que ces faisceaux, séparés par le rayon médullaire rm’, se sont chacun divisés les années suivantes en plusieurs faisceaux secondaires d'autant plus nombreux et séparés par des rayons d’autant plus courts (rm” rm’” rm”’’) que ces rayons ont pris naissance d’un cercle plus extérieur, et par conséquent plus tard. — m Moelle. — ec Enveloppe cellulaire. — p Enveloppe subéreuse qui, dans cette espèce de Chêne, prend un développement extrême.

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parce que les matières contenues, par suite de l'évaporation de leur partie fluide ou de nouvelles combinaisons chimiques, s’épaississent aussi et durcissent de plus en plus. C’est ainsi que se l'orme le ligneux, matière qui vient augmenter la densité de la paroi fibreuse en la pénétrant dans presque toute son. épaisseur. Tandis (pie la libre est de même nature dans toutes les espèces de bois, c’est ce ligneux qui, variant suivant chacune, lui donne ses qualités particulières. Il doit enfin arriver un moment où les libres ainsi soliditiées cessent d’ètre perméables aux fluides.

si 67. Puisque c’est l’àge qui amène ces modifications, elles devront être beaucoup plus avancées dans les cercles les plus intérieurs, dont le tissu sera plus plein, plus dur, plus sec, que dans les extérieurs. Dans les bois colorés, c’est le centre qui le sera d’abord, et la coloration ira, comme la dureté, en s’avançant vers la circonférence. C’est de là qu’est venue, dans beaucoup de bois, la distinction de deux portions : 1° l’une extérieure, qui conserve encore les qualités du jeune bois, c’est-à-dire qui reste imprégnée des sucs liquides auxquels elle est perméable, plus tendre par conséquent, et pâle ou blanche, ce qui lui a fait donner le nom d 'aubier [alburnum) ; 2° l’autre intérieure, desséchée, durcie et colorée, qu’on nomme vulgairement le cœur ou bois parfait ( duramen ).

Dans les bois d’une couleur foncée, ceux qu’emploie en général l’ébénisterie, ces deux régions sont, extrêmement distinctes : on conçoit, sans l’avoir vu, coriibien dans l’ébène, le palissandre ou l’acajou, le cœur, qui sert à faire nos meubles, tranche sur l’aubier encore blanc. Il est inutile d’énumérer ici ces nuances naturelles, si diverses dans les divers bois, que chacun se rappellera pour ceux qu’il connaît déjà, et dont il pourra chercher dans les collections des exemples moins connus et bien plus variés. Quoique cette intensité de couleur se fasse surtout remarquer dans les arbres des climats chauds, quelques-uns des nôtres la présentent à uu degré assez remarquable. Dans la plupart cependant le changement est lent, et la transition plus ou moins sensiblement graduée de l’aubier au bois. Dans plusieurs, comme dans le peuplier ou l(> saule, par exemple, où il ne se colore pas, et qu’on nomme en conséquence bois blancs, l’œil n’aperçoit pas de différences. La dureté est en général en raison directe de la coloration ; on cite les bois les plus foncés, l’ébène, le bois de fer, comme les plus compactes et les plus durables. Les bois blancs sont aussi les plus tendres, et se détruisent plus vite et plus facilement ; car ils ont. conservé en partie la nature de l’aubier. La mauvaise qualité de celui-ci est une connaissance tout à fait populaire, et pourrait d’ailleurs, sans le soit.

cours (Je l’expérience, être conclue directement de ce que nous avons dit précédemment à ce sujet, la plus grande proportion de liquides et la moindre de solides dans son tissu Or, outre la diminution qui en résulte pour la portion qui doit seule se conserver et se travailler, on conçoit que l’abondance des liquides amène, par leur évaporation ou par les combinaisons nouvelles que leur état favorise, des altérations nombreuses dans le volume et dans la composition même de ce bois imparfait, et surtout y appelle des ennemis toujours prêts, les insectes, attirés par l’amas des matières qui étaient destinées à la nourriture même du tissu végétal.

§ 68. Les couches annuelles sont d’une épaisseur fort inégale, beaucoup plus larges dans les bois tendres, qui, comme on le sait, ont un accroissement très-rapide, beaucoup moins dans les bois durs. Elles varient d’ailleurs, sous ce rapport, dans une même espèce d’arbres, suivant les circonstances où il s’est trouvé placé. Ainsi un arbre grossira moins lorsqu'il est environné d’autres arbres serrés contre lui , s’il croît dans un sol moins favorable, s’il est dans un climat plus rude où l’hiver dure plus long-temps. Dans les derniers arbres qu’on trouve en se rapprochant des pôles, les couches annuelles peuvent se distinguer encore, mais elles sont d'une extrême ténuité. On trouvera, par la même raison, entre les couches successives d’un même arbre une fréquente inégalité, qui tient aux différences qu’ont présentées les saisons dans les années correspon dantes.

Une autre cause d’inégalité des couches qu'il est difficile d’apprécier est dans l'âge de l’arbre. Un arbre plus vieux grossit plus régulièrement, mais moins vite que dans sa' jeunesse; et dans celle-ci il y a une période où il grossit plus que dans une antre : par exemple, le chêne do vingt à trente ans. D’une autre part, la moindre épaisseur des couches, de quelque cause qu’elle résulte, s’allie ordinairement avec la plus grande densité du bois. La science du forestier est la connaissance de ces habitudes de chaque espèce d’arbre; il pourra les favoriser ou les combattre ; il saura choisir pour les coupes régulières, dans lesquelles on a principalement égard à la quantité du bois, l’année où sa croissance commence à se ralentir; si c’est au contraire la qualité qu’on recherche de préférence, une autre époque conviendra mieux.

Une même zone n a pas toujours dans toute sa circonférence une épaisseur égale, et, lorsqu’il y a inégalité, elle, se fait ordinairement sentir dans un grand nombre de couches successives et du même côté, de sorte qu’il devient clair qu’elle est due à une cause permanente agissant dans ce sens. On avait cru d’abord que cette

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cause était la diversité d’exposition pour les différents côtés de l’arbre, qui croîtraient plus au midi qu’au nord. Mais on s’est assuréde la nullité de cette influence, qui d’ailleurs devrait agir généralement et régulièrement; et on a constaté que le phénomène est dû à des influences purement locales : par exemple, à ce que l'arbre est gêné et masqué d’un côté, libre de l’autre et exposé à la lumière , surtout à ce que ses racines trouvent un meilleur sol de l’un que de l’autre.

§ 69. Nous avons présenté l’alternance des saisons comme dé-

I terminant la formation des couches annuelles, par l’interruption et la reprise régulière du travail qui y préside. Que se passe-t-il donc sous les tropiques, où les hivers sont trop chauds pour interrompre le travail de la végétation? 11 semblerait qu’elle doit se continuer

I incessamment, et que le bois formé à toute époque ne doit pas se séparer en zones distinctes. Elles le sont moins en effet dans beaucoup d’arbres de ces contrées, quoiqu’on général elles le soient encore. C’est que dans la plupart la végétation est soumise aussi à un repos périodique : la saison de la sécheresse, qui pour beaucoup d’arbres amène la chute des feuilles, supplée là jusqu’à un certain point à notre hiver Des observations suivies dans des climats aussi peu semblables au nôtre ne pourraient du reste manquer de nous apprendre et de nous expliquer beaucoup de faits différents de ceux auxquels nous sommes habitués.

§ 70. ün conçoit que si, dans une môme année, un végétal se trouvait soumis à des conditions telles que sa végétation fût alternativement suspendue et activée, plusieurs zones partielles pourraient se dessiner dans la couche générale qui est le produit de cette année. C’est ce qu’on voit en effet quelquefois dans nos plantes, particulièrement dans les herbacées, dont la croissance plus rapide peut subir et manifester l’influence d’alternatives auxquelles un bois plus dur, plus lentement et mieux formé, reste insensible. Nous verrons à l’article des feuilles et des bourgeons une explication que peut recevoir celte multiplicité de cercles concentriques concourant à la formation du cercle ligneux ordinairement simple.

§71. Le défaut de zones distinctes dans un bois de plusieurs années est un fait inverse beaucoup plus fréquent et constant même dans un assez grand nombre de plantes ligneuses. On serait d’abord tenté de l’expliquer par l’action d'un climat où l’alternative des saisons ne se fait pas sentir, d’autant plus que ce fait se montre assez souvent pour les arbres cultivés dans nos serres, où les différences de saisons sont supprimées artificiellement autant qu'il

dépend de nous : les zones ligneuses ne sont pas distinctes 'dans quelques-uns, et dans beaucoup d’autres, quoique distinctes, cessent de correspondre exactement au nombre des années. Cependant comme l’unité de saison, durant le cours entier d’une même année, est une condition qui parait rare, même sous les tropiques, ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure; comme auprès de ces végétaux il en croit d’autres qui, quoique nécessairement soumis aux mêmes inlluences, présentent une succession de zones concentriques ; comme d’ailleurs c’est toujours dans certaines espèces, dans certains genres, et même dans certaines familles tout entières, que se montre celte organisation particulière, il est à croire qu elle tient à la nature même de ces plantes. Nous en citerons comme exemple les Cactus et les Poivres.

Il en est enfin où l’on observe plusieurs cercles , mais dont chacun est le produit de plusieurs années. Le Cijcas est dans ce cas, qui rentre dans celui que nous citions pour les arbres ou arbrisseaux cultivés en serre.

§ 72. Rayons médullaires. — NOUS UV011S 6U occasion , dans

tous les articles précédents, de parler fréquemment des rayons médullaires ; nous avons exposé leur composition , comment ils se forment et se multiplient. Ceux qui, existant dès l’origine de la tige, se continuent sans interruption de la moelle à l’écorce, ont été nommés grands rayons ( fig . 101 rm’); ceux qui ne se sont montrés que dans les années suivantes, et, ont leur point de départ dans les couches correspondantes à ces années, ont été nommés petits rayons ( fig . 101 rm”. rm’’. rm””). Ceux-ci se présentent même dans les bois où la distinction des couches n’est pas manifeste, et indiquent ainsi, quoique obscurément, des formations successives que l’homogénéité de toute la masse ligneuse ne permet pas d’apercevoir autrement.

Si l’on examine les rayons, non plus seulement sur la tranche horizontale, mais sur la tige fendue dans sa longueur, on voit que les cellules qui les composent, placées les unes au-dessus des autres sur un on plusieurs rangs, forment des lames minces (/ ig \ 02 r m). Si la marche des faisceaux est parfaitement rectiligne, comme dans la Clématite, par exemple, les lames formées par les rayons s’étendentsans interruption d’un boutdela tige à l’autre : c’est suivant elles que le bois se fend, et cela avec une extrême facilité. Mais le plus souvent les faisceaux partiels sont plus ou moins flexueux dans leur trajet vertical ; et alors là où ils dévient les lames s’interrompent. C’est ce qu’on constate clairement, soit en examinant la surface du bois écorcé, soit encore mieux sur des tranches vcrli-

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