LÉGUMINEUSES
fruits, et c’est ce qui permet de manger les cosses de plusieurs de ces gousses encore jeunes.
Quant aux graines, elles sont de plusieurs sortes : les unes à cotylédons minces et foliacés, non alimentaires; les autres à cotylédons épais, qui le sont fréquemment. Ce sont celles qui en naissant se remplissent d’une abondante fécule, comme les haricots, fèves, lentilles, petits pois, vesecs, etc., çt beaucoup d’autres moins communes ou exotiques, dont les noms ne nous rappelleraient pas des objets aussi familiers. Remarquons que cette fécule est mêlée de principes azotés très-abondants et qui en font encore un aliment beaucoup plus substantiel ; remarquons aussi qu’elle ne se forme et s’accumule que graduellement dans la graine qui, dans son premier âge, bornée pour sa plus grande partie à ses téguments, offrait des cellules remplies de ces principes et d’un mucilage sucré, et, par conséquent, donnait, à cette époque, une nourriture différente de celle qu’elle doit donner plus tard. Des pois, par exemple, petits et nouveaux, ou vieux et gros, sont deux mets aussi différents pour l’alimentation que par la saveur. Dans d’autres les cotylédons sont charnus -oléagineux, comme par exemple dans 1 ’Araçhis hi/pogœa (vulgairement Pistache de terre), qui peut fournir une grande proportion d’huile, et, sous ce rapport, est devenue, dans ces derniers temps, un objet de spéculation. D’autres fois c’est une huile essentielle qui aromatise la graine, et c’est ainsi que celle du Coumarouna odorata (vulgairement la fève de Tonka) sert à parfumer le tabac. Les graines à cotylédons foliacés ont souvent des propriétés toutes contraires et deviennent purgatives : par exemple , celles du Baguenaudier, de plusieurs Genêts et Cytises, etc., etc. Il faut donc user do précautions dans les essais auxquels on serait tenté de se livrer, par la ressemblance extérieure des fruits avec nos légumes les plus familiers.
Mais ces propriétés purgatives se retrouvent dans d’autres parties : dans les feuilles, dans les péricarpes, surtout ceux qui sont foliacés. Le médicament le plus connu sous ce rapport est le séné (feuilles et principalement fruits des Cassia senna et acutifolia, qui nous viennent de l’Orient) : on en extrait une substance particulière, la catarthine, qui paraît être là le principe actif ; mais c’en est sans doute un différent que contient la pulpe qui remplit la cavité du fruit dans la casse en bâton ( Cathartocarpus fistula), dans le Tamarin, le Caroubier, et dont l’action est infiniment plus douce. Les propriétés précédentes s’observent surtout dans les Cæsalpiniécs. Daus les Mimosées, c’en sont d’autres, toniques et
astringentes, dont nous ne citerons qu’un exemple, le cachou, suc d’un Acacia [A. cathecu ) qu’on obtient par extrait, c’est-à-dire en faisant bouillir le cœur de son bois, puis laissant évaporer, épaissir et sécher la dissolution obtenue. La présence abondante du tanin rend compte de ces propriétés, et donne à l’écorce de plusieurs autres de ces plantes une grande valeur pour la préparation des cuirs.
Parmi d’autres produits de certaines Légumineuses, on trouve quelques résines, comme l’une de celles qu’on appelle sangdragon, extraite ici du Pterocarpus draço ; quelques-unes, encore liquides, parce qu’elles retiennent une portion de l’huile volatile qui les tenait en dissolution dans le végétal, comme le Baume de Copahu (fourni par plusieurs espèces de Copaïfera, notamment Yofjicinalis ) ; quelques autres , associées à de l’acide benzoïque, et constituant par conséquent de véritables baumes, comme ceux du Pérou [Myrospermum peruiferum), de Tolu (AL toluiferum).
C’est encore cette famille qui produit les gommes les plus estimées : Y arabique (fournie par divers Acacias, et surtout le nilotica) , celle du Sénégal (fournie par d'autres Acacias) , Vadragante (faussement attribuée à un sous-arbrisseau du midi de l’Europe, V Astragalus tragacantha, mais provenant d’especes orientales du même genre : les A. gummifer, verus , creticus ).
Enfin, la teinture emprunte aux Légumineuses plusieurs matières précieuses, comme le boisdecampèche ( Hœmatoxylum campechianum), d’un rouge-brun, cédant facilement à l’eau et à l’alcool sa couleur, due à un principe particulier qu’on appelle Yhématine; et surtout Yindigo, dont nous avons déjà signalé le principe colorant ou indigotine dans des familles bien éloignées, mais qu’on extrait surtout de celle-ci et de plusieurs espèces du genre Indigofera. Ces plantes bisannuelles sont cueillies dès la première année, plongées dans l’eau, où on les laisse fermenter, qu'on soutire ensuite, et qu’on agite au contact de l’air jusqu’à ce quelle soit devenue bleue par la combinaison de son oxygène avec l’indigotine ; puis on aide la précipitation de la matière en suspension par un mélange d’eau de chaux, et on fait, par l’évaporation, sécher le précipité.
§ 809. Rosacées. — Voici encore une famillequ’on peut considérer comme une association de plusieurs qu'il est impossible d’éloigner les unes des autres, tout en les dissociant. Son étude est instructive, en nous montrant comment certains caractères peuvent varier dans un même groupe naturel ; comment, en suivant ces variations d’un état extrême à un autre, par une suite d’intermédiaires, nous ne pou-
ROSACÉES. ft.iô
vons conserver de doutes sur le lien qui les unit ; comment enfin, voyant un autre caractère immuable à côté ainsi, nous apprenons à lui attribuer relativement plus de valeur. Le pistil d’un Pommier se compose d’un ovaire adhérent au calice dans toute son étendue, et renfermant au milieu d’une chair épaisse cinq petites loges; celui d’un Fraisier, d’une foule de petits carpelles distincts à la surface d'un axe épaissi, saillant au-dessus du calice libre : nous avons l’exemple d’un fruit syncarpé dans le premier, apocarpé dans le second au plus haut degré. Mais si nous prenons un Spirœa, où cinq carpelles distincts
de celui qui change
662-669. Organes de la fructification d’une espèce de Ronce [Rulius strigosus ).