PLANTES SOCIAL KS
§ 893. Ces | >1 a ii les , appartenant à des familles variées el dont les espèces varient elles-mêmes suivant les contrées , donnent par leurs combinaisons diverses la physionomie propre au paysage de eliaettne d’elles. Mais celle-ci dépend en même temps d’nnc autre cause tpte nous n'avons pas encore examinée, du nombre îles individus d’une même espèce dans une étendue donnée. Dans tout pays, celui qui considérera avec quelque attention la végétation qui l’entoure, et, ne se contentant pas d’un coup d’œil vague jeté sur l’ensemble, cherchera à en analyser h-s divers détails, reconnaîtra de suite que, parmi les végétaux «lui le composent, les uns se répètent un nombre infini de fois, et que telle espèce couvre de grands espaces de ses individus pressés les uns contre les autres, tandis que ceux de telle autre ne se montrent que de loin eu loin. De la multiplicité d’espèces diverses réunies sur un même point ou de la multiplication d’une même tpti croit à l’exclusion de la plupart des autres, dépend la sensation de variété ou tle monotonie que l’œil transmet à l'esprit. On a nommé plantes sociales celles tpti vivent ainsi en société, comme certains animaux pargrands troupeaux : si l’on en rencontre quelques pieds isolés à (;rande distance de tout attire, ce n’est qu’une rare exception. Leur présence indique toujours une même nature dans le terrain qu'elles couvrent; la ligne où elles s’arrêtent, un changement dans la nature du terrain. C’est ce qu'on peut clairement vérifier sur le boni de certains cours d'eau. Le Ion;; des canaux oit le niveau reste a peu près constant, les berges, il différentes hauteurs, offrent des conditions différentes dans le degré d'humidité et souvent aussi dans la nature du sol qui les forme : aussi voit-on certains végétaux, certaines espèces de Jnncces, de Cy/.éiacees, de Graminées, se superposer régulièrement par bandes étroites et parallèles, composées chacune d’une même espèce, el qui dessinent les diverses assises de cette paroi végétale. Cette superposition régulière s’observe sur une bien plus grande échelle le long de fleuves considérables, par exemple de ceux de l'Amérique équatoriale, où le navigateur, pendant îles jours entiers, a le spectacle monotone de lignes continues de grands arbres dont chaque espèce occupe invariablement un étage différent. Certains Joncs, certains Carer couvrent des marais tout entiers ; et, sur le bord de nos étangs, se pressent des Arunrln phra/jmites, des Scir/ms lacustris, formant une certaine zone au delà de laquelle le fond devient d’une part trop profond, de l’autre trop sec, pour leur permettre de prospérer. Les Ajoncs [l ie r enropceus) qui couvrent les landes, les Bruyères, qui ont donné leur nom à ces friches stériles si nombreuses et si étendues dans le nord de l’Europe, soit dans les plaines, soit sur les montagnes, que couvrent à perte de vue les lap s rougeâtres d'une seule espèce (1 ’Erica vu Irjaris) , ou les lail is bas d’une autre beaucoup moins répandue (l’ Ericu scoparin), sont des exemples familiers sans doute à la plupart de nos lecteurs. Celle végétation, formée par une seule espèce, indique nécessairement dans celle-ci une grande facilité et une grande force de vie et de reproduction : dans le terrain une grande stérilité, c’est-à-dire l’absence des conditions propres à la nourriture de plantes variées. Si quelques autres s'y développent, elles finissent par être étouffées et remplacées par ia piaule sociale, dont c’est le domaine, ou ne s'y rencontrent que rares et éparpillées. Nous avons cité quelques-unes des plus communes dans notre pavs ; mais presque tous les autres ont les leurs qui envahissent ainsi certains espaces désignés par des noms qui varient avec le
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pays cl la pUiute ; souvent plusieurs su montrent concurremment, et il en est beaucoup tpti, tout eu formant le fotul île la végétation, souffrent au milieu d'elles uu assez grand nombre d’autres espèces nourries par un sol moins exclusif,
§ 89(>. Nous lions trouvons ici naturellement amenés à l’examen d'nue in- Hueuee, celle du sol, cpie nous avons dû jusqu'à présent laisser de cote, pttisipie lions avons considéré les j;randcs régions du globe dans l’ensemble de leur végétation, et que les variations résultant de celles du terrain sont beaucoup plus locales, plus morcelées , et se multiplient dans chacune de ces régions , souvent sur des espaces assez bornés. Par ce nom général du sol , nous devons entendre tout milieu où peut croître une plante, et par eonséipicul les eaux s’y trouvent elles-mêmes comprises.
§ 897. Commençons par celles de la mer où nous avons \u (§ 715:2) vivre une partie des Algues, celles qu'on connaît vulgairement sous le nom de Fut us et qui cramponnées, mais non enracinées sur les fonds ou les ruchers, absorbent leur nourriture dans l'eau salée tpti les environne. Quelques-uns même flottent librement : telle est celte curieuse espèce qu’on appelle Raisin îles Tropiques , à cause de ses renflements ramassés en grappes, et qui se montre aux navigateurs sous la forme île bancs d'une vaste étendue, entre les 22° et 15b" degrés de latitude boréale, entre les 25° et 45° de longitude. Parmi les phanérogames, les Zosterucées seules (tableau 11) sont îles plantes marines.
§ 897 Lis- Parmi celles d’eau douce, nous trouvons une autre partie des Algues (S 732), quelqiies-uues librement flottantes, la plupart enracinées aux fonds, les Cliaracées, Uliiiacarpecs , quelques Mousses et Hépatiques ; des phanérogames, presque toutes les espèces de monocolvlédonées a graine dépourvue de périsperme et à périauthe uu! ou herbacé (tableau U); d'autres à graine périspertnée, comme les Pisliucces et certaines TypLinécs ; des dicotv édonées , les Céralopliy liées, Nymphæasées , Nelumbonées , Cnbombées, la plupart des Hulonujées, U trie u< urinées , etc., etc.
§ 898. La plupart de ces plantes élèvent au-dessus de l'eau leurs sommités portant (leurs et fruits, et nous fournissent ainsi un passage presqu’inseusihle à celles de marais ou de rivages, qui n’ont que leur partie inférieure sous l’eau, leurs inflorescences et souvent une partie de leurs feuilles au-dessus : \esJuneaijinèes, Alismacées , Bu tombes , sont dans ce cas. Les Graminées, Joicées,Cypéracées en fournissent de nombreux exemples. Citons encore les Oronliaçées , Ponted cri tuées , quelques Lyi opndiacée.s , I ridées , Orchidées , Palytjimées , Cnryopliyllées , Crucifères , Renoue u lacées , l.ythrariées , Rosacées, Onatjruriées , Onibcllifcres, Plnntaifinées, Scrof'ularinées , Labiées et Composées. 11 en est qui préfèrent les eaux stagnantes, les unes étendues en étangs plus ou moins considérables, les autres resserrées dans des mares et des fossés : d’autres veulent des eaux courantes ; quelques-unes, l'eau glacée qu'entretient la fonte des neiges perpétuelles, comme les jolies espèces de Saxifrages cl autres plantes alpines qui tapissent le bord des ruisseaux dans ces liantes régions.
L’eau salée, mortelle pour la plupart des plantes, est au contraire nécessaire à la vie de plusieurs qu’on voit pulluler dans les sables du rivage de la mer, et dont quelques-unes s’avancent même nu peu plus loin et y baignent leur piril à une certaine profondeur : tels sont, par exemple, les Avicennia et les Man- <j tiers (Rlmophorées, tableau XI) , ces arbres éminemment sociaux, communs
INFLUKNCK DU SOL. 711
sur 1rs nvajjcs de toutes 1rs mrrs tropicales, au\([iirls ils impriment uur singulière physionomie par feins fortes rarinrs s'élevant au-dessus «le l'eau ri formant eommc aillant d'arcs-boutants sur lr centre ilrsipirls s'élève la li||r.
On iiiiuinu! tourbières rrrlains marais il'uiir nalurr particulière, couverts <lo piaules sociales iloul 1rs rarinrs entremêlées iutinirnicnl mire elles liuisseul par former une surir île terrain spongieux el tuuuvaiil , ilunt le fonil est snuvrut rempli par les espères d’un jjeurr i^e Mousses, le Siiliutjnuiu , oi'l se plaisrnl rrrlamr.s piaules ( Drosera, Oxjt.occus , linéiques Saules, ele. ; et quelques Loitjjèris , roiume \'()smuiuln rt’ifalis ). La végétation de i liaque année, en s'élevant , exhausse le fond , et relie îles années précédentes s'enfouir ainsi el s'enterre de plus eu plus, cesse de vivre, mais, à l'abri de l'action de l'air, ne sr décompose pas et liuil par constituer, avec le limon qui lie ses différentes parties dans leur position primitive, une masse compacte susceptible d’étre exploitée comme combustible sous le nom de tourbe.
Certaines piaules se rencontrent à peu près éjjalement sur la terre recouverte d’eau ou desséchée, beaucoup de relies des marais sont dans ce cas el ou les nomme timjilulfies. Quelques-unes qu'on désigne par l'épithète particulière tV inondées , croissent sur les terrains alternativement recouverts el abandonnés par l'eau. Les feuilles de ces Amphibies sont sujettes à varier de formes suivant qu'elles se sont développées dans le milieu aquatique ou dans l’atmosphère : celles du Itanii lieu lus uijuuiilis méritent d’étre étudiées sous ce rapport.
$ 89!). Nous avons parlé autre part ($ 31 1-310) de l'influence que la nature du sol solide diversement modifiée exerce sur la végétation; mais nous avons du uotis occuper seulement du rôle qu’elle joue dans la nutrition des végétaux , et il nous reste à chercher maintenant celui qu’elle peut avoir dans la distribution de leurs espèces ou familles. Les terrains de composition chimique différente présentent dans leurs productions spontanées quelques différences, mais assez peu appréciables «laits l’ensemble de la flore. Ainsi, les terres calcaires, ou siliceuses ou argileuses, montrent sans doute quelques plantes «pti sont propres à chacune d’elles, mais ce n’est pas eu un nombre ou avec une constance tels «pic la flore de l’une se «listiiijjne nettement de celle «le toutes les autres ]>ar des traits généraux. Il en est autrement des terrains salés: ils se couvrent de certaines espèces, et beaucoup d’entre elles prennent des formes assez caractéristiques dans leur feuillage court et épaissi, comme les Sulsolu , Sulironiiu . D’autres A tri/iUcées , quelques Crucijères ( Crninbe cl Cuhile ) , quelques l’rimulacérs (Stimulus ci (iltinx ) , «les Sla hue , abondent aussi sur les bords de la mer, el nous avons déjà fait remarquer ( § 315) «pt’on retrouve'les mêmes v «'-{pilaux ou d'autres analogues dans l’intérieur des terres toutes les fois «pie leur composition est saline.
Mais, en général, la composition du sol a(]it surtout en modifiant ses propriétés physupies, en le rendant plus meuble ou plus compacte, plus ou moins perméable à l’eau et à l’air, plus propre à retenir ou à laisser passer la première; tellement que le même terrain pourra être favorable ou nuisible à la même plante sous deux climats de nature opposée, et que réciproquement la même plante demandera «les terrains de nature différente «lans l’un et l’autre «le ces climats différents. Ainsi , Kirvvan a montré «pie , dans celui <pii est see , le blé préfère les terres alumineuses parce qu’elles sont plus hyyroscopiques ; les terres siliceuses parce qu'elles le sont moins, dans celui «pii est humide.
§ 000. On peut ru dire à peu près autant sur les rapports de la constitution géologique du terrain avec sa végétation. Comme c’est clans les couches superficielles et à une petite profondeur que celle-ci se prépare et s’élabore, la Géologie, en nous apprenant quelles sont l'origine de celle couche, sa nature cl celle de l’inférieure sur laquelle elle repose, nous donne sans doute des indications précieuses dans beaucoup de cas; niais elle ne peut et ne doit pas en général entrer dans des détails purement locaux, qui viennent changer souvent les circonstances physiques. Ainsi, par exemple, les caries géologiques désignent par la même couleur plusieurs des plateaux des environs de Paris , sur lesquels s’étend une couche de meulière. Cependant, qu’on compare celui de Montmorency, couvert de moissons , avec celui de Sannois , couvert d’un gazon court et stérile, ou avec celui de Meudon , couvert de bois secs, de châtaigniers principalement, au milieu desquels pullulent l 'Aira fiuxunsu, le Melampyrum syluaticuin , le Pleris ar/ttilina , on sera frappé de la différence complète de res végétations; différence qui résulte de ce que tantôt la meulière est accompagnée de glaise , et que tantôt sa couche très-mince repose immédiatement sur le sable, souvent lui-même à découvert. Il n’est pas douteux néanmoins que les excellentes cartes géologiques, telles que plusieurs pays de l'Europe, et notamment notre France, en possèdent actuellement, puissent être d'un très-utile usage dans les herborisations et aident à constater un jour des rapports qu’on n’aperçoit encore que trop vaguement.
§ 901. I.a proportion d'eau retenue dans le sol joue le rôle le plus important dans la végétation; si l’une est nulle, l’autre l’est également. Ainsi, l’intérieur de l’Afrique est occupé par de grands déserts nus en toute saison : car les cours d'çaux y manquent , et sons celte latitude les vapeurs de l'atmosphère, raréfiées subitement au contact de ces sables brûlants, ne se condensent pas en pluie. Mais dans les points rares où quelques sources viennent à humecter le sol, il se couvre de végétaux et forme une oasis, sorte d’île au milieu de la mer de sable. Dans des climats plus éloignés de l'équateur ou un peu tempérés par le voisinage de grands massifs de montagnes, la pluie peut se former et fournir de l’eau aux grandes plaines, qui ne sont pas autrement arrosées. Aussi , après avoir pendant la sécheresse offert l’aspect du désert, se couvrent-elles d’une végétation rapidement développée, composée eu général de plantes herbacées et sociales.
Nous avons cité (§ S(>2 ) les Pampas et l.lanos du centre de l’Amérique méridionale. Les savanes ou prairies de l'Amérique du Nord, les steppes de la Sibérie et de la Tarlarie, leur sont comparables, avec les différences que détermine leur situation dans la zone tempérée qui les soumet aux allcrnatives de nos saisons, et celles qui résultent de végétations originaires de centres aussi éloignés entre eux. Parmi ces déserts du centre de l’Asie, il y a de vastes étendues imprégnées de sel, et celles-là produisent des végétaux particuliers analogues à ceux du rivage de la mer, qui sans doute les a couvertes a une autre époque. Les Landes et les Bruyères chez nous représentent, sur une échelle heureusement beaucoup moindre, ces espaces secs et stériles. Sur certains rivages bas, le vent qui souffle le plus habituellement de mer, pousse vers la terre le sable qui s’amoncelle en petits monticules , dont les chaînes parallèles s’avancent peu à peu et gagnent chaque année sur le sol végétal qu’elles enfouissent. Ainsi se forment les dunes; mais leur stérilité n’est pas •rreméd-dde . grâce à la fraVlieur de l’intérieur de ce sol etitre'emi par le