TIGE DES VÉGÉTAUX M O ISO COT Y L É D 0 N É S
§91. Nous avons suivi l’embryon monocotviédoné, comme le dicotylédoné, dans les premières phases de sa vie, depuis sa première apparition (/?</. 74, 76, 79). Comme lui, il est composé entièrement de tissu cellulaire (dont une couche extérieure, d’une forme un peu différente du reste, constitue l’épiderme), jusque vers l’époque de la maturité, ou en général jusqu’à la germination. Ce n’est qu’alors qu’on y voit apparaître des fibres et des vaisseaux, qui se groupent en faisceaux. Ceux-ci sont d’abord disposés en cercle, et, jusque-là, rien ne distingue nettement cette petite tige de celle qui proviendrait d’un embryon dicotylédoné.
Mais à mesure qu elle augmente en se couvrant de feuilles plus nombreuses, et que par suite les-faisceaux se multiplient dans son intérieur, on y remarque une disposition différente de celle qu’ils affectent dans les Dicotylédonées, où, rangés en un cercle, ils finissent par se rapprocher, se loucher, et former un anneau ligneux, coupé seulement par les lignes des rayons médullaires. Dans lesMonocotvlédonées (/?#. I I I), les faisceaux sont dispersés sans ordre apparent, les uns plus en dedans, les autres, plus nombreux, en dehors, au milieu du tissu cellulaire. Ce tissu, interposé entre eux, ne dessine donc pas dans leur intervalle des lignes droites étendues du centre à la circonférence; il ne forme pas de rayons médullaires. Le centre, qui est resté tout entier cellulaire, ou qui n'esl
111. Fragment de tige d’Asperge dont on voit le bout supérieur coui é horizontalement. Dans cette figure et toutes les suivantes, les points marqués sur la tranche indiquent les faisceaux ligneux. — /Feuilles réduites à l'état d'écaille.
parcouru que par un petit nombre de faisceaux, représente bien la moelle jusqu’à un certain point, mais ordinairement mal circonscrite et dépourvue de cet étui médullaire que nous avons vu dans les Dicotylédonées caractérisé par la présence des trachées. La moelle forme un cylindre assez considérable et régulier, tout à fait dépourvu de faisceaux ligneux dans plusieurs iMonocotylédonées, particulièrement dans les Graminées, ainsi qu’on peut l'observer dans le Maïs, dans VArundo. Mais alors, le plus souvent,elle nese prèle pasau rapide développemenidc la tige dont elle remplissait d’abord le centre, et qui, plus tard, devient fistuleuse par la destruction de la moelle ( fig . 112). Les restes de celle-ci se voient sur les parois' internes du tuyau, dont la tige a pris la forme ; ce qui, au reste, arrive également dans les Dicotylédonées à moelle très-volumineuse et à développement très-rapide (les Ombellifères, par exemple).
§ 92. Si nous comparons dans sa structure anatomique un faisceau fibrovasculaire de la tige d’une Monocotylédonée à celui que
nous avons décrit dans une tige ou branche de Dicotylédonée de moins d’un an, nous les trouvons assez ressemblants. Le premier, en effet [fig. 113), de dedans en dehors, présente : 1° des trachées (£), puis des vaisseaux plus gros rayés ou ponctués (vp), les uns et les autres accompagnés et entourés de cellules ponctuées (u) , quelquefois allongées en libres; 2° un amas de vaisseaux laticifères [l) et de fibres à parois simples très-minces, enveloppés par un croissant d’autres fibres ( f ) tout à fait extérieures, à parois épaisses, résultant de plusieurs couches emboîtées les unes dans les autres. Or, ne trouvons-nous pas dans cette combinaison tous les éléments d’un faisceau fibro-vasculaire de Dicotylédonée : dans la
112. Fragment de tige d'un Roseau ( Arundo phragmiles) un peu au-dessus d'un nœud. Elle est devenue fistuleuse parla disparition du parenchyme central médullaire qu’on aperçoit encore au niveau du nœud n.
113 Section horizontale d’un faisceau fibro-vasculaire pris sur un Palmier ( Co ryplii frigida). — l Trachées. — vp Gros vaisseaux ponctués. — u Utricules accompagnant les vaisseaux, formant du parenchyme, ou dans d’autres points allongés en fibres. — l Vaisseaux propres ou laticifères. — /Fibres épaisses analogues à celles du liber.
TIGE DES MOiNOCOTYLÉDONÉES. <8Î
portion interne, celle qui correspondrait au bois; dunsl’externe, celle qui correspondrait à l’écorce? Aussi, dans la première année, les tiges herbacées des Monocotylédonées et celles de beaucoup de Dicotylédonées, surtout parmi ces dernières, de celles où nous avons signalé la dispersion des faisceaux de l’étui médullaire dans l’écorce, sont-elles assez difliciles à distinguer. Mais, si nous voulons pousser la comparaison plus loin, la ressemblance cesse.
Le faisceau de Dicotylédonée présentait la même structure dans toute sa longueur; celui de la Monocotylédonée , examiné à des hauteurs différentes, se trouve changer d’épaisseur et de composition. Le premier, à une certaine époque, après une année ordinairement, se dissociait en deux portions, l’une restant au système ligneux, l'autre allant au système cortical; et entre elles s’organisait un faisceau nouveau, destiné à subir lui-même , un an plus tard, la même décomposition. Les éléments du faisceau de Monocotylédonée ne se dissocient à aucune époque ; et si les intérieurs peuvent être comparés au bois , les extérieurs au liber, ce serait un liber dispersé dans toute l’épaisseur de la tige avec les faisceaux ligneux, auxquels il resterait indéfiniment annexé.
On conçoit d’avance, d’après ce premier aperçu , à quel point le mode d'accroissement doit être différent dans les tiges dicolylédonées et dans les monocotylédonées, et que dans cellesci nous ne pouvons attendre ni zones concentriques Ii-
11-1. Deux arbres monocotylédonés appartenant à doux familles différentes: l’un, 1, à celle des Palmiers, c'est le Cocotier (Cocos nuci/era) ; l’autre, 2, à celle des Pandanées, le Baquois ou Vacoua ( Pandanus odoralissimus). Le premier offre un exemple de tige simple, le second de tige rameuse On a placé deux figures d'homme à leur pied pour indiquer leur grandeur.
gneuses dont une se forme chaque année , ni feuillets de liber.
§93. Malheureusement pour l’étude, les plantes monocotylédonées ligneuses manquent presque dans notre climat; et nous ne pouvons, comme pour les dicotylédonées, citera l’élève des exemples qui lui soient familiers et qu’il puisse facilement se procurer. Mais il pourra, dans les figures qui accompagnent les relations de voyages, rencontrer souvent des Palmiers, ceux des arbres monocotylédonés qui jouent le plus grand rôle dans la nature; et, en les voyant, il sera nécessairement frappé de la différence que ces arbres offrent avec les nôtres, par leur tronc élancé, d’une épaisseur ordinairement uniforme depuis le bas jiisqu’en haut, et par la nudité de ce tronc, qui ne se partage pas en branches et en rameaux, et ne porte qu’à son sommet ses grandes feuilles rapprochées en touffe (faj. 111, 1). L’Yucca aloefolia, qui n’est pas rare dans les jardins . surtout dans ceux du Midi, peut donner en petit une idée de ce port des Palmiers.
§ 94. Si de l’examen extérieur d’un Palmier nous passons à celui de son intérieur [fig. 115), nous trouvons cet amas de faisceaux fibreux dispersés sans ordre dans le tissu cellulaire , que nous avions signalé dès la première année. Mais ces faisceaux se sont extrêmement multipliés ; plus rares et plus écartés les uns des autres au milieu de la tige (ni), ils deviennent plus nombreux, plus serrés et en même temps plus colorés à mesure qu’on s’approche plus de la circonférence, vers laquelle ils dessinent ainsi une zone compacte et noirâtre (b). Tantôt celle-ci est recouverte
immédiatement par la couche cellulaire qu’on a nommée écorce (e); tantôt entre elle et cette couche est une zone ( l ) de faisceaux plus lâchement unis, plus grêles, moins serrés et moins colorés, que sa situation et sa nature ont fait souvent prendre pour une zone de liber.
115. Segment d’une tranche horizontale de Palmier ( Astrocaryum murumuru 1. — m Partie centrale ou médullaire, où les faisceaux ligneux sont plus rares et plus dispersés. — b Partie extérieure ou ligneuse, où les faisceaux nombreux et serrés forment une zone compacte et noirâtre. — l Zone do faisceaux plus grêles et moins serrés, qu’on a comparés au liber. — e Couche cellulaire corticale.