‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle ... BotaniqueChapitre 52 sur 258 · INFLORESCENCES DÉFINIES · texte numérisé non relu

INFLORESCENCES DÉFINIES

§211. G est dans les plantes à feuilles opposées que l'inflorescence définie se montre le plus fréquente et le plus régulière. Nous commencerons donc son étude dans une de ces plantes : par exemple, dans une Gentianée, la petite Centaurée (jig. 192).

L'axe primaire a' se termine , plus ou moins haut, par une fleur/’' (1). Immédiatement ou '

un peu plus bas au-dessous j” j"" y1"1 f"

eue u portail une paire feuilles , de l’aisselle de chacune desquelles part un axe secondaire a" a", dont le sommet porte également une fleur centrale f" f" et deux feuilles, une de chaque côté; chacune de ces feuilles émet à son tour de son aisselle un axe tertiaire a'" a"', terminé de même. Celte ramification , qu’on appelle dichotomie, va se répétant ainsi lin nombre de fois plus ou moins grand , et chaque fois le nombre des axes , et par conséquent des fleurs , est doublé.

192. Sommet d'un pied de petite Centaurée ( Erythrœa cenlaurium). a’ Axe primaire. — a” a” Axes secondaires au nombre de deux. — a’” a’” a’” Axes tertiaires au nombre de quatre. — a”” Axes quaternaires au nombre de

huit. — f Fleurs. On a désigné celles qui terminent chacun des différents axes précédents par le même signe que lui. — On voit les fleurs d’autant plus avancées qu’elles appartiennent à un a e d’un ordre plus élevé;/’ à l’état de fruit ; /”/” épanouies ; /’” /”’ en boutons.

(1) I.a partie de l’axe primaire située au-dessus de la naissance des deux axes secondaires semble ainsi partir de l’angle qu’ils forment entre eux. Or, le nom d’aisselle [milia ou ri la), que nous avons réservé à l’angle formé par la branche avec la feuille qui en naît , s’appliquait autrefois à l’angle formé par toute bifurcation

ISO BOTANIQUE

Si , au lieu de deux feuilles , nous en avions trois verticillées au-dessous d’une fleur centrale , et que de l’aisselle de chacune partît un axe secondaire, partagé de même à son tour en trois, ce serait une trichotomie. Nous pourrions avoir encore un nombre plus grand de feuilles et d'axes verlicillés.

Nous n’avons pas décrit plus tôt ces modes de ramification, puisqu'ils se montrent avec les fleurs, et se lient par conséquent à l'inflorescence. Quelquefois cependant les axes, sans être limités par une fleur (qui avorte alors préalablement), peuvent s’arrêter ainsi à chaque production d’axes nouveaux, et l'on a une suite de bifurcations ou, beaucoup plus rarement , de trifurcations successives, accompagnées de feuilles sans fleurs.

Dans le cas où les unes existaient avec les autres , on avait une suite de fleurs solitaires et terminales. Mais si les feuilles se modifient et passent à l’état de bractées, tout ce système forme une seule

du végétal. De là le nom de fleur ou fleurs alaires , qu’on trouve dans quelques auteurs pour désigner la fleur ou l’ensemble des fleurs qui termine ainsi un axe primaire au-dessus de la fourche formée par les secondaires.

193. Inflorescence du Ceraslium grandijlorum. — Les lettres ont la même signification que dans la figure précédente. — b l b Bractées opposées entre elles à chaque ramification.

194. Inflorescence du CcTCistium IclvcindT'uon, — Même signification que dans les figures précédentes. On voit que les axes quaternaires n,m sont réduits à un latéral par l’avortement du second.

inflorescence, qu’on désigne par l’épithète de di ou tricholome. Les auteurs les plus modernes lui ont appliqué le nom de cime (cymu), pris autrefois, et encore par quelques uns, dans un sens plus restreint.

Dans cette cime, les fleurs peuvent se trouver plus ou moins éloignées les unes des autres, suivant que tous les axes successifs, allongés et dépassant de beaucoup le sommet florifère de celui (pii les précède, donnent à l'ensemble une apparence de panicule renversée, ou que, de plus en plus courts, ils se dépassent à peine, de sorte que les fleurs se trouvent toutes portées à peu près à la même hauteur, en manière de corymbe.

Assez souvent la division par dichotomie ne se poursuit pas aussi régulièrement du bas au sommet de l'inflorescence; mais, à une certaine hauteur, tandis que l’un des axes donne naissance, audessous de sa fleur terminale, à deux, bractées et à deux axes nouveaux. celui qui lui est opposé porte sa fleur sans bractées, ou du moins sans que rien se développe à leur aisselle, et la ramification se trouve ainsi arrêtée d'un côté tout en se continuant de l’autre.

§ 212. Or cet arrêt latéral , fréquent vers le sommet de l'inflorescence, commence quelquefois dès sa base, et on voit manquer à chaque nœud un des axes qui aurait dû s’y développer. On a alors l’apparence d une grappe ou d'un épi ; mais, au lieu d’un seul axe sans fleur terminale portant une série d'autres axes secondaires florifères, comme dans 1 inflorescence indéfinie, c'est ici une suite d’axes d’ordres différents qui naissent successivement l'un de l’aulre, terminés chacun par leur fleur ; et cette origine de la fausse grappe se trahit par ce que son rachis, au lieu d’être rectiligne, présente ordinairement une suite de courbures ou de coudes, et aussi en général par ce que toutes les fleurs sont, ordinairement situées d’un même côté, le plus souvent de l'intérieur : ce qui tient à ce que l’avortement porte en général sur tous les axes d’un même côté, l’extérieur.

I § 213. On peut rencontrer, sans avortement, la même disposition des fleurs et des axes qui les portent lorsque les feuilles sont alternes au lieu d'être opposées. L’axe primaire offre une seule bractée au-dehors, puis se termine par sa fleur. De l'aisselle de cette bractée part un axe secondaire, terminé de môme et muni d’une bractée d’où part un axe tertiaire. Celui-ci donne de même à son tour naissance à un quatrième ; le quatrième, à un cinquième, et ainsi de suite : on a de cette manière une suite d'axes naissant l’un de l'autre, chacun terminé immédiatement par une fleur, et de cette combinaison résulte, comme dans le cas précédent, une

fausse grappe ou un faux épi. C'est une disposition tout-à-fait semblable à celle que nous avons décrite dans les tiges rampantes (§ 183) ou dans certaines tiges (§ 1 83) où chaque entre-nœud est continué en apparence par un entre-nœud développé à l’aisselle de sa feuille terminale. La seule différence est qu’ici chaque axe est terminé par une fleur au lieu d’une vrille ou d’une rosette de feuilles. Dans tous les cas il est facile de distinguer cette inflorescence de la vraie grappe ou du vrai épi, parce que les bractées s’y trouvent opposées aux fleurs au lieu d’être situées immédiatement au-dessous d’elles.

Les fleurs, dans ce cas, peuvent occuper, par rapport à l’axe, deux sortes de positions différentes, qui dépendent de l’ordre dans lequel se développent les bractées, ltappelons-nous, en effet, que les feuilles alternes sont, disposées en spirales ; que ces spirales sur deux axes a et b, naissant l’un de l’autre, tournent ou dans le même sens ou en sens contraire ; que la première feuille de b s’ordonne toujours sur celle de a, qui porte b à son aisselle (§ I 62). Maintenant supposons, après a et b , une suite d’axes c , ri , c , etc., naissant successivement l’un de l’autre : quoique chacun soit réduit à une feuille ou bractée, la position de la feuille de b est réglée par celle de « , celle de la feuille de c par celle de b, et ainsi de suite ; et il suffit de ces deux feuilles ainsi coordonnées pour déterminer la direction de la spirale de droite à gauche ou de gauche à droite. Or elle est dans cette suite d’axes ou homodrome ou hétérodrome. Dans le premier cas, si la spirale de a tournait de gauche à droite, la feuille de b se placera à la droite de celle de a, celle de c à droite de celle de b , celle de cl à droite de celle de c , etc. , etc. , et on aura une suite de bractées décrivant une spirale de gauche à droite. Dans le second cas, au contraire, la feuille de b se placera à gauche de celle de a , la feuille de c à droite de celle de b, la feuille de d à gauche de celle de c, la feuille de e à droite de celle de ri, etc. , etc. , et l’on aura une suite de bractées situées alternativement à droite et à gauche , do manière que la ligne qu’on ferait passer par leur succession décrira une sorte de zigzag.

De la deux dispositions fort différentes dans les fausses grappes ou épis dont nous nous occupons. Celles qu’on observe dans la première combinaison ressemblent davantage aux véritables, avec lesquelles on les a en général jusqu’ici confondues, parce que leurs fleurs sont distribuées tout autour d'un axe en apparence continu : c’est celte inflorescence que MM. Bravais ont nommée cime liêliçoïde ( fi<j . 193). Celle qu’on trouve dans la seconde combinaison , et qu on a bien su distinguer à cause de la position uni-

latérale de leurs ileurs, ont reçu le nom de grappes ou épis, ou mieux cimes scorpioïdes (/iy. 19(3).

Celle dernière épithète est due à ce que leur extrémité se roule inférieurement en crosse, comme la queue d'un scorpion ; et il est facile de se rendre compte de cet enroulement (//y. 197). L’axe b fait en dehors avec a un certain angle; c le mémo à peu près avec b, d avec c, e avec d, etc., etc., et il en résulte une ligne brisée tendant à décrire une courbe qui , après un demi-cercle, doit revenir sur elle-même. Les axes se développent d'autant plus tard, et sont par conséquent d’autant plus courts, qu’ils s’éloignent plus du point de départ; cette courbe doit donc être une s; irale à tours graduellementdécroissants , une crosse. L’enroulement plus lent ou plus rapide dépend de l'angle plus ou moins aigu sous lequel les axes naissent l'un de l’autre; la distribution plus ou moins manifeste des fleurs sur deux rangs, de l’écartement plus ou moins

193. Cime héliçoïde d'une espèce d ' Alslrtrmeria . — On voit la succession de axes a’ a" a”’ qui semblent en former un seul continu dont ils seraient les entre-nœuds. Chacun naît à l'aisselle d'une feuille et est terminé par une fleur f opposée à celle feuille.

196. Cime scorpioïde du Myosotis palvslns. — On y voit les fleurs disposées alternativement sur un double rang et d'un meme côté du pédoncule commun.

prononcé de deux bractées successives. Tous ees caractères peuvent s’étudier dans un assez grand nombre de plantes : dans les Rues , dans beaucoup de Sedums, dont l'inflorescence était pour Linné, et est restée pour beaucoup d auteurs, le type de la véritable cime, surtout dans la famille des Borraginées , où la démonstration trouvera des modifications nombreuses pour 1 éclairer.

§ 21 i. Dans toutes les inflorescences définies que nous venons d'examiner, dans les premières surtout , il peut arriver que' par suite du raccourcissement extrême des axes, toutes les fleurs se trouvent rapprochées et comme ramassées, ainsi (pion 1 observe, par exemple, dans les Œillets. M. Roeper nomme cette disposition fascicule quand les axes conservent une certaine longueur et une distribution régulière; glomérule, quand ils sont à peu près nuis et que des avortements nombreux en troublent complètement la régularité. Nous avons indiqué, pour le premier de ces mots, une autre signification (§ 208 bis ) , et pensons, avec de Candolle, que celui de cime contractée suffit dans les deux cas.

§ 215. De Candolle, sous le nom d'inflorescences mixtes, en a signalé plusieurs qui se rattachent en même temps aux définies et aux indéfinies , parce que leurs différents axes ne se comportent pas de la même manière. Dans les Labiées, par exemple, les fleurs forment des cimes disposées à Faisselle de feuilles opposées sur un axe commun indéterminé. Si les feuilles conservent leur caractère, il n’y aura aucun embarras et l'on décrira des cimes axillaires; mais si les feuilles sont passées à l’état de bractées, et que toutes ces mêmes cimes se trouvent ainsi confondues dans une seule inflorescence, comment les défin ira-t-on? La difficulté nous semble facile à résoudre : en décrivant des cimes en épi, grappe ou panicule, on aura clairement indiqué le double caractère de cette inflorescence.

§216. D’autres fois ce n’est pas seulement l'axe primaire, ce sont aussi plusieurs axes naissant de lui (pii ne portent pas immédiatement de fleurs; l'inflorescence ne présente inférieurement ni dichotomie ni succession d’axes différents ; en un mot, ne paraît pas définie, et cependant le devient à ses extrémités, ses dernières ramifications seulement se divisant par bifurcations régulières ou par cimes unilatérales. Ce cas, on le devine, ne peut s’offrir que dans celles qui sont ramifiées un assez grand nombre de fois, les panicules [fuj. 198) et les corymbes.

On peut néanmoins trouver quelque chose d’analogue dans des inflorescences plus simples, la grappe et l’épi, lorsque leur axe primaire vient à sc terminer par une fleur, comme, par exemple, dans la plupart des Campanules (fig. 199).

INFLOIUiSCENCK.

Doit-ori inventer des mots nouveaux ou changer la signification des mots anciens pour désigner ces modifications? Il nous parait plus simple et plus clair d’employer des termes connus ou indiquant par un adjectif la modification qu'a subie l’objet qu'ils expriment. Ainsi on pourra dire cimes en panicules ou en corymbes, ou bien panicules ou corymbes terminés en cimes, ou bien encore plus brièvement panicules, corymbes, ou grappes définies.’ Les transitions ne peuvent être en général exprimées en un seul mot , puisqu'elles supposent deux termes de comparaison.

198. Panicule définie terminale du Troène. — L'axe primaire a' émet des axes secondaires opposés a” a", d’où partent des tertiaires a’” a’”, terminés par dichotomie et conséquemment par de petites cimes triflores c c. On voit dans chacune d’elles sa Heur centrale plus précoce que les latérales.

199. Grappe définie d'une Campanule. — d’ a' Axe primaire, terminé par une fleur /’, déjà flétrie et commençant à passer à l'état de fruit. — a” a ' a Axes secondaires, terminés chacun par une fleur /”, d’autant plus avancée qu elle est plus inférieure dans la grappe.

§217. Quelque nomenclature qu’on adopte à cet égard, il importe de faire remarquer (pie ces inflorescences mixtes sont extrêmement fréquentes, et que les définies, qu'on avait dans le principe considérées comme beaucoup plus rares que les indéfinies, se multiplient chaque jour sous les yeux des observateurs, ma intenant plus attentifs et plus exercés.

Dans le cas même où les derniers pédoncules seuls se terminent chacun par une fleur unique sans se diviser par dichotomie , cas qui semble au premier abord rentrer complètement dans l'inflorescence indéfinie, on est souvent averti du contraire par la présence de plusieurs petites bractées ou bractéoles sur ce dernier pédoncule. On en trouve fréquemment deux opposées un peu au-dessous de la fleur, et on reconnaît aisément dans cette disposition une petite cime triflore dont les deux axes latéraux ne se sont pas développés. D’autres fois ces bractéoles sont alternes; et, maintenant que nous avons appris à connaître des épis et des grappes définies, nous ne pouvons hésiter à les reconnaître dans ce pédoncule, terminé par une fleur bien développée et muni plus bas de bractées à l’aisselle desquelles auraient pu se développer d’autres fleurs d’un ordre secondaire par rapport à la précédente , bien qu’elles aient avorté. C’est pour cette raison que nous avons dû réserver le nom de pédicelle au dernier entre-nœud seul de ce pédoncule, et non à sa totalité, tout pédicelle devant essentiellement être uniflore.

Le passage des inflorescences définies aux indéfinies est donc fréquent et quelquefois presque insensible. C’est, pour cela qu’il importe de ne pas multiplier les mots nouveaux pour des cas trop variés et séparés par des limites trop indécises. 11 vaut mieux conserver les mots anciens en les définissant bien , sans néanmoins les détourner entièrement de leur acception primitive, et en les expliquant, au besoin par des épithètes ou môme par de courtes descriptions : ce que nous avons tâché de faire ici pour les cas les plus généraux v dont les autres ne sont que des modifications que la pratique seule doit enseigner.

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