BOURGEONS. HT
nom de bourgeon, donnant au reste celui de jeune pousse. Pour
1 éviter la multiplicité des mots, nous les appellerons ici écailles: en av ertissant que ce n'est pas la forme qu'ils présentent constamment, quoique ce soit la plus ordinaire.
§ 173. La feuille, on remplissant ce rôle, se trouve réduite a l une ou à l'autre de ses parties, et de là diverses épithètes par lesquelles on distingue ces origines différentes. Les bourgeons sont dits foliacés si L écaille est formée par le limbe seul ainsi métamorphosé; pétiolacés, si elle est formée par l'élargissement inférieur du pétiole que nous avons nommé gaine; slipulacés, si c'est puises productions latérales ou stipules; fulcracés, si c’est parle pétiole et les stipules à la fois. La détermination do ces parties est quelquefois clairement indiquée, et souvent la nature confirme nos théories en montrant des transitions graduées des écailles les plus intérieures aux premières feuilles véritables ; comme dans le Pavia, par exemple.
§ 171 . Les feuilles proprement dites, lorsque leur limbe a acquis une certaine grandeur dans le bourgeon, y sont en général diversement pliées ou roulées sur elles-mêmes, de manière à s'adapter ii sa forme arrondie et il occuper le moins de place possible. On a nommé cet état préfoliaison, ou plus anciennement verna-
163. 1 . Bourgeon écailleux de l’Erable sycomore (Acer pseudo-pin tamis). — r rameau. — p Coussinet (pulvinus) portant à son sommet la cicatrice c, qui
I persiste après la chute de la feuille et dans laquelle on aperçoit trois faisceaux qui s’y rendaient. — c Ecailles imbriquées du bourgeon. — 2. Coupe transverk| sale du même bourgeon. — e Écaillés. — / Feuilles.
ns BOTANIQUE.
lion ( oernatia ), c'est-à-dire état printanier. On désigne chacune de ces modifications par un nom particulier, que nous ajouterons entre parenthèses après la définition de chacune. Si nous considérons d’abord chaque feuille indépendamment des autres, nous trouverons qu’elles peuvent être : 1° pliées, ou en deux moitiés, soit la partie supérieure sur l’inférieure, en rapprochant ainsi la base du sommet (ce qu’on appelle feuilles réclinées , folia réclina la ; exemple : Tulipier [//y. I 64, I ]) ; soit la moitié de droite sur celle de gauche, les extrémités et la nervure moyenne restant immobiles (f. condupliquées, f. conduplicala ; exemple : Chêne [fig. 1 6 4, 2]) ; ou plissées un certain nombre de fois à la manière d'un éventail [f. plissées , f. plicata; exemple : Érable [fig. 163, f, et 16 4, 3]), et ordinairement le long de leurs principales nervures ; '2° roulées, ou leur axe restant droit, soit sur elles-mêmes en cornet ( f . convolutées, f. eonvoluta: exemple : Abricotier [fig . 16 4, 4]); soit en sens opposé par leurs deux bords, quisc réfléchissent tantôt en dehors (f. révolutées, f. revolula ; exemple : Romarin [fig. 164, 6j), tantôt en dedans [f. invalidées, f. invalida ; exemple : Violette [fig. 164, 5]), ou sur leur axe de haut en bas comme une crosse ( f . circinnées , f. circinnala; exemple : Pilulaire [fig. 164, 7J). Ces modifications peuvent se compliquer quelquefois l’une par l’autre, comme, par
164. 1-7. Feuilles à l’état de vernation , considérées isolément. — 1 et 7. Vues sur une coupe verticale. — 2, 3, 4, 5, 6. Sur une coupe horizontale. — 8-12. Réunion de plusieurs feuilles réunies d’un même bourgeon , vues sur une coupe horizontale qui indique leur position relative en même temps que leur vernation individuelle. Dans toutes ces figures et dans ^précédentes, la nervure médiane est indiquée par une plus grande épaisseur de la tranche, et l’axe qui porte les feuilles par un rond placé à côté.
KAMI 11C. VTI<).\. li'J
exemple, lorsqu’un limbe plissé est récliné sur son pétiole, ou se composer lorsque les nervures secondaires s’infléchissent relativement à la médiane, comme celle-ci relativement à l’axe qui porte la feuille. C’est ce qu’on observe fréquemment dans les feuilles profondément découpées (par exemple, les fougères, dont les découpures sont roulées en crosse comme la totalité de la feuille) , et surtout dans celles qui sont véritablement composées.
Si nous considérons maintenant les feuilles d’un même bouton les unes relativement aux autres, nous voyons que : lu planes ou légèrement convexes , elles se touchent par leurs bords sans se recouvrir (vernation vulvaire, folia valvata [fig. 161, 8]), ou se recouvrent seulement dans une partie de leur hauteur [v. imbriquée, f. imbricata ), et alors ordinairement aussi par leurs bords, suivant la disposition spirale qu elles doivent conserver plus tard [v. spirale, v. spiralis [fig. 1 6 1 , 9] ) ; 2° pliées sur elles-mêmes, elles se touchent seulement parleurs bords opposés [fig. 10) ou par leurs faces voisines [v. indupliquée , v. induplicata [fig. 161, I I]); ou bien une feuille condupliquée en embrasse complètement une autre et chevauche sur elle (/". èquilanles , f. equilanlia [fig. 12)], ou bien elle reçoit dans son pli la moitié d’une autre pliée de la même manière [f. demi-équüanles , f. invieem equilanlia seu obvoluta, [fig. 1 3] ). Tous ces termes, au reste , ne s’appliquent pas exclusivement aux feuilles dans le bourgeon ; ils servent à désigner des modes et des rapports de plicature ou d’enroulement analogues dans toutes les parties planes des végétaux , dans quelque organe et à quelque époque qu’on les trouve. Mais c’est principalement dans les parties jeunes qu’on les observe ; par exemple aussi , dans celles de la fleura l'état de bouton. Nous aurons donc à les retrouver plus loin , et il est bon de les fixer dans la mémoire.
§ 175. C’est naturellement après avoir traité des bourgeons que nous pouvons comprendre la ramification du végétal , puisqu’elle résulte de l'évolution de scs bourgeons qui s’allongent en branches dont chacune à son tour se couvrira de bourgeons nouveaux se développant. en branches nouvelles et préparant eux-mêmes une troisième génération (pie suivront une quatrième , une cinquième, etc. Si l’on nomme la tige axe primaire, on pourra nommer axes secondaires les branches qui en naissent immédiatement; tertiaires, ceux qui naissent des secondaires, et ainsi de suite. Dans l’usage
to.
lôU liOTAKIQUE.
ou so sert des mots branches (ram/) et rameaux (: ramuli ) pour désigner ces divisions successives ; et , comme elles sont souvent beaucoup plus nombreuses, on modifie ces noms, dont la valeur n arien de rigoureux, par des épithètesou autrement, de manière à indiquer approximativement à quel degré de division répond la branche dont on parle. 11 arrive d’ailleurs fréquemment qu’on donne à ces différents termes une valeur purement relative, prenant pour point do départ , non la tige, mais un axe qui en est plus ou moins éloigné. Ainsi, ce qu’on appelle branche dans les herbiers ne serait appelé le plus souvent sur l'arbre qu'un faible rameau.
§ 170. 11 est clair que si à l'aisselle de chaque feuille un bourgeon se développait en branche, la situation relative des branches ne serait autre que celle des feuilles ; elle montrerait sur une plus grande échelle et en permanence ces séries curvilignes et rectilignes (pic nous avons passées en revue. Dans les plantes herbacées , où le nombre des feuilles et des axes est nécessairement beaucoup plus limité, assez souvent la plupart dos bourgeons se développent. L'arrangement des feuilles et la ramification se reproduisent et s’accusent l'un l'autre assez exactement, mais il n'est pas rare non plus qu’un certain nombre de bourgeons axillaires ne se développent pas. C’est ce qui est plus ordinaire encore pour les végétaux ligneux, dont la vie prolongée entraîne une ramification plus compliquée.
Voici donc une première cause qui modifie l'arrangement des branches par rapport à celui des feuilles, savoir, la suppression d’un certain nombre de bourgeons. Une seconde cause contraire est l’addition d’un certain nombre d'autres qui peuvent se développer à d’autres points. Examinons successivement ces deux causes et leurs effets.
§ 177. Nous n'avons pas parlé précédemment d’un bourgeon dont l’existence est encore plus constante (pie celle des latéraux placés à l'aisselle des feuilles : c'est le bourgeon terminal , destiné à continuer l'axe à l'extrémité duquel il est né (//;/. 162, ht). La gemmule de l’embryon était le premier. Lorsqu’elle a pris tout le développement dont elle est susceptible; que, parvenue à ce premier terme, la lige avec ses feuilles s’arrête dans sa croissance, sur son sommet se forme un bourgeon qui en est. comme le couronnement . Après un certain temps d’arrêt, qui, dans notre climat, répond à riiivor, ce bourgeon commence à se développer, puis s’arrête de même à son tour en en préparant un pour l’année suivante. La tige se compose donc réellement d’un certain nombre de branches bout à bout : par conséquent , dans nos arbres dicolylédonés , on doit
RAMIFICATION. lôl
voir diminuer successivement le nombre des couches ligneuses une par une à mesure qu'on les observe de bas en haut; et, si l’on pouvait distinguer au-dehors la pousse de chaque année de celle de l’année précédente , on aurait, tant que cet allongement ne s’arrête pas, un moyen extérieur de déterminer l àge d’un arbre.
il y a un assez grand nombre de végétaux où ce bourgeon terminal est le seul qui se développe ; et alors il n’y a pas de ramification latérale : la tige est simple. C'est un cas assez rare pour les dicotylédonés, qui le présentent néanmoins quelquefois, comme lesCycadées ou les Papayers, dont le tronc s'élance en manière de colonne couronnée par une touffe de feuilles : mais il est fort commun pour les monocotylédonés (//</. Ili, l), et nous avons vu que ceux qui deviennent des arbres prennent celte forme le plus habituellement : aussi avait-on proposé, pour reconnaître leur âge, l’emploi de ce moyen que nous expliquions tout-à-l'heure. Mais si, vers le haut de la tige, on trouve des traces annulaires qui indiquent les pousses successives, elles se sont en général depuis longtemps effacées vers le bas dans les vieux arbres. Et d’ailleurs nous ne savons pas encore avec assez de précision si, dans des climats différents des nôtres et exempts d'hiver, la formation de chacun de ces anneaux correspond à une année ou à tout autre intervalle régulier de temps.
§ 178. Prenons maintenant le cas où les bourgeons axillaires se développent en plus ou moins grand nombre, mais non tous. Le défaut de développement des autres peut être irrégulier et dépendre de causes locales ou individuelles. Ainsi, du côté où la plante sera gênée , privée de lumière, plongée dans un mauvais sol ou soumise à toute autre intluence défavorable, ses bourgeons avorteront, ou pousseront mal, ou périront bientôt. 11 est inutile de considérer ici ces inlluences purement accidentelles qui, pouvant agir dans toutes les directions , à toutes les hauteurs, viennent imprimer tant de différences apparentes à des végétaux (h; même espèce. Mais souvent c’est avec une régularité digne de remarque qu'on voit les bourgeons avorter. Ainsi dans les Sapins , les feuilles, très nombreuses et serrées , sont disposées suivant une ligne spirale, et cependant les rameaux paraissent étagés par vert icilles à des intervalles assez éloignés. C’est que, dans la spirale des feuilles, il y a alternativement de. longues séries sans bourgeons, puis plusieurs bourgeons à l'aisselle de feuilles successives, et que les tours de spire qui portent celles-ci sont trop rapprochés pour qu’on puisse apprécier la différence des hauteurs auxquelles se développeront ainsi ces rameaux que l’œil croira en cercle. Dans les feuilles op-
posées, souvent une seule des deux développe un bourgeon à son aisselle; puis, dans la paire suivante, c’est la feuille de l’autre côté qui en développe un à son tour : on a ainsi , avec des feuilles opposées sur deux rangs, des rameaux alternes distiques (dans le Tribulus, par exemple); avec des paires qui se croisent obliquement, des rameaux disposés suivant une spirale unique (voyez dans beaucoup deCaryopliyllées). 11 nous suffit ici, sans examiner en détail la diversité des combinaisons que pourrait nous offrir la nature, de remarquer comment quelquefois, dans une suite d organes, plusieurs, situés relativement aux autres dans un rapport constant, tendent à ne pas se développer , et comment cette loi , que nous retrouverons au reste dans toutes les parties du végétal , doit eu particulier influer sur la ramification.
§ 179. Supposons maintenant que le bourgeon terminal avorte pendant que les latéraux se développent : la tige sera courte ou presque nulle; c’est sur les côtés que croîtra le végétal, soit dans tous les sens, soit de préférence dans un petit nombre de directions, s’il y a de ces avortements réglés par un de ces rapports constants que nous avons signalés tout-à-l'heure.
C’est ici que doivent se placer certaines modifications dont plusieurs sont rapportées ordinairement à la tige , mais qui ne dépendent réellement toutes que d’un mode particulier de ramification. Dans les cas dont il s’agit, la tige, produite par la germination de l’embryon, cesse, après un certain temps, décroître; et, comme elle ne s’allonge pas par la production d’un bourgeon terminal , une branche latérale, née en général près de sa base, se charge de son rôle et de la génération suivante. Or la tige ne commence pas toujours au niveau du sol, elle s’enfonce souvent plus ou moins profondément en dessous ; et ainsi cette branche qui la remplacera peut naître dans la terre aussi bien qu’au-dessus de la terre.
§ 180. Les plantes connues vulgairement sous le nom de vivaces (pcrennes) sont précisément dans ce cas. La première année a paru au jour une tige qu’on a vue parcourir toutes les mêmes phases que celle de la plante annuelle, et qui, comme elle, a fini par mourir, mais c’est seulement dans sa portion élevée au-dessus du sol; audessous ont continué de vivre sa racine et la base de sa tige chargée d’un ou de plusieurs bourgeons. Elles braveront l’hiver ainsi enterrées, el, se ranimant au printemps suivant, se développeront en autant de liges appelées à leur tour à la même vie. Ces bourgeons offrent ordinairement une forme particulière; leur axe, épais et charnu, s’allonge beaucoup avant de produire des feuilles : on lui a donné le nom de lurion ( turio ). On peut en voir des exemples dans les Di-
voinos, ou, pour en citer un qui sera plus familier à la plupart des lecteurs, dans les pointes d’ Asperges à l'état où ou les mange.
£ 181 . Au lieu de rester stationnaires jusqu'à l'année suivante, et de sortir à l’air en se développant , les branches souterraines peuvent s’allonger sous terre. Nous avons vu autre part(§ I 1 3)que lestiges, dans cette condition , produisent ordinairement des racines adventives. C’est ce qui arrivera à nos branches; et, rampant ainsi obliquement ou horizontalement au-dessous du sol, chargées de prolongements et de fibrilles radiculaires, elles prendront toute l'apparence d’une racine. On les nomme alors [’a rhizome ( rhizoma ). Tantôt la branche souterraine continue sa course, émettant de sa face tournée en haut ou de t ses côtés des bourgeons qui , poussant verticalement, viennent se développer j*—. et s’épanouir au jour; tantôt elle se redresse elle-même et vient au jour par son extrémité terminée en bourgeon; mais c'est ordinairement après qu'une branche semblable à elle, et née d'elle, a pris sa
place et sa marche b
souterraine. La même i/lV \\ g c ^ c plante peut courir ainsi un grand espace , et arriver bien loin de la place où elle a commencé à vivre en germant. Une
série de cicatrices 166
persistant sur la face supérieure du rhizome indique souvent les pousses successives : par exemple (/ig. 1 66, cc), dans le Sceau-de- Salomon.
165. Portion du rhizome r du Scirpus paluslris (beaucoup plus petit que naturc). fcje Feuilles situées sur le rhizome, à l'état d’écailles. — pa Partie aenenne e a p ante, ses branches feuillées ou florifères qui s’élèvent au-dessus de la \ase. — t Isiveau de la terre au-dessus du rhizome.
166. Portion du rhizome r du Sceau-de-Salomon [Convallaria polygonatum). — b Bourgeon déjà développé en rameau à l’extrémité du rhizome. - b' Bourgeon qui se développe plus tard. — e c Cicatrices indiquant l’insertion de rameaux plus anciens qui se sont flétris et détachés.
§ 182. Le bulbe , qu’on classait autrefois à tort parmi les racines, est une autre modification de la tige des plantes vivaces, propre aux monocotylédonées. Cette lige, dans sa portion enterrée, produit latéralement un bourgeon épais et charnu à son centre, et couvert de feuilles plus ou moins nombreuses. De ces feuilles , les extérieures, qui s’insèrent nécessairement plus bas, sont réduites à leur gaine à l’état d’écailles, et représenlenl ce que nous avons appelé de ce même nom dans les bourgeons aériens. Tantôt ces gaines minces enveloppent chacune complètement la base de la
tige (/?</. I G7 e), comme on le voit dans les .) acinthes, lesSafrans.etdans , l'Oignon, d’après lequel ' on a nommé vulgairement piaules à oignon toutes celles qui présentent ce caractère : les botanistes nomment ces mêmes bulbes tuniques.
D’autres fois, au lieu de ces tuniques membraiG7. neuses enveloppant tout
le bourgeon , on trouve des appendices plus étroits imbriqués en grand nombre [faj. 168 e ) sur tout le contour du bulbe, qu’on nomme alors écailleux, parce que ces appendices ressemblent beaucoup aux écailles, dont ils ne diffèrent que par leur consistance très charnue : le lis blanc en offre un bon exemple (/iy. I 68). D’autres fois enfin on ne trouve qu’un très petit, nombre de tuniques; et comme alors la masse du bulbe est presque entièrement formée par son axe très renflé, on lui donne l'épithète de solide [fig. 169). A l’aisselle de ces feuilles ainsi métamorphosées, on observe des bourgeons secondaires beaucoup plus petits, qu’on appelle des cayeux, et dont le nombre plus ou moins grand semble en rapport avec celui des feuilles. De ces bourgeons, les uns pourront se développer sur le bulbe même et, dans quelques plantes, pendant plusieurs années; les autres pourront à leur tour devenir bulbes , et , comme ils n’adhèrent que faiblement au bulbe-mère , qui finit
167. Bulbe tunique, celui du poireau ( Allium porrum ), vu dans son entier 1 , et dans sa coupe verticale 2. — r Racines. — p Plateau intermédiaire aux racines et au renflement bulbeux. — e Écailles ou feuilles inférieures modifiées. — / Feuilles supérieures développées qu'on a coupées vers leur base. — b Bourgeon sil ué dans l’aisselle d’une écaille et qui forme un nouveau bulbe en se développant.
(1 ailleurs par se flétrir, ils s'en détacheront en général à une certaine époque, et toutes les plantes ainsi formées, quoique appartenant dans 1 origine au même pied., seront plus tard autant de pieds différents.
Dans les bulbes solides , souvent sur l'un des côtés se développe un seul bourgeon (/if/. 169, a") qui prend à son tour la forme de celui dont il émane , et produit de même en son temps un bourgeon («"') latéral , mais situé le plus souvent sur le côté opposé , d'après la loi d'alternation des feuilles et des bourgeons. De cette manière ii se produit un pied chaque année: et si le second naît à droite du
premier, le troisième naîtra à gauche du second, le quatrième à droite du troisième : de sorte que l'on trouvera la plante toujours à la môme place, oscillant seulement un pou chaque année de droite à gauche et de gauche à droite alternativement. C/esl ce qu’on voit très bien dans le Colchique.
Dans chaque bulbe, au-dessous des tuniques, est un court espace en forme de plateau [fuj. ! 67, p), sur la surface inférieure duquel sc forment les racines fasciculées. Intermédiaire aux feuilles
168. Bulbe écailleux, celui du Lis blanc. — r Racines. — ce Ecailles. t Tige coupée.
169. Bulbe solide, celui du Colchique ( Colchicwm aulumnale). — r Racines.
/'Feuille. — a’ Axe primaire déjà flétri , appartenant à l’année précédente.
— a" Axe secondaire ou lige bulbiforme de l’année. — a’” Point où se dévelnp pera celui de l’année suivante.
HOTA.NIQl'K.
ot aux racines , il est, considéré comme la tige; mais il doit 1 être plutôt comme la partie inférieure d’une branche, puisque ce n’est autre chose que le bas d’un bourgeon latçral : seulement ce bourgeon s’est détaché ; il est devenu comme une bouture naturelle de la plante-mère.
§ 183. Les branches latérales se substituant a la tige, dont le développement vertical s’arrête , et produisant ainsi l’extension de la plante-mère dans la direction horizontale , peuvent naître audessus de la surface du sol. On leur donne ordinairement le nom
de tige rampante. Le plus souvent grêle et flexible, cette prétendue tige parcourt un certain espace sans produire de feuilles , ou n’en produit qu’un très petit nombre de loin en loin , ou même habituellement une seule au plus . 170 a" f'j , dont le bourgeon peut se développer, mais avorte fréquemment, puis elle se termine par une rosette dirigée naturellement en haut [fig. I70r); au-dessous de cette rosette se produisent alors des racines qui s’enfoncent en terre, et de l’aisselle de ses feuilles inférieures partent de nouvelles branches (a") qui se terminent plus loin de même.
Tout le monde connaît cette organisation du Fraisier commun
( fig . 170), de la Renoncule rampante et de tant de plantes auxquelles on a donné ce dernier nom spécifique.
Le plus souvent ces jets latéraux , qu’on nomme vulgairement des coulants ( flagcllum ) , finissent par se flétrir, se désarticuler ; et les touffes enracinées qu’ils unissaient, par devenir autant de pieds distincts. Les jardiniers imitent cette opération de la nature lorsqu’ils marcottent une plante, c’est-à-dire couchent sur la terre une branche qui, légèrement enterrée à un certain point, produit là en haut des feuilles et en bas des racines, et développe ainsi un pied qui ne tarde pas à végéter pour son propre compte , et peut enfin être détaché.
170. Portion de Fraisier. — a’ Un premier axe qui a produit une rosette r de feuilles, les supérieures r vertes , les inférieures/ rudimentaires. De Vaisselle de l’une de celles-ci est sorti un second axe a” ou jet, portant lui-même vers son milieu une feuille rudimentaire en /, et à son extrémité une rosette r semblable à la première , d’où part un troisième axe a’”.
RAMIFICATION. I.r,7
Dans les plantes grasses, dont les feuilles peuvent suffire quelque temps à leur nourriture, on n'a pas besoin d’attendre que la rosette produite sur le rejet ait formé des racines, pour la séparer et la planter séparément. On appelle propagule ( propaijulum ) cetle modification du coulant.
§ 184. A tous les cas précédents, dans lesquels nous observons une si grande tendance des bourgeons et de leurs produits à devenir définitivement indépendants de la tige-mère, et les uns des autres, il faut ajouter cette modification du bourgeon aérien, qu'on connaît sous le nom de bulbille ( biilbillus) , diminutif du bulbe , avec lequel il a en effet les plus grands rapports. 11 prend alors cette consistance charnue propre à tout, organe ou ensemble d’organes qui pourra vivre quelque temps aux dépens de sa propre substance. Ses écailles sont en petit nombre et épaisses, et quelquefois, soudées ensemble en partie ou en totalité, forment une seule petite masse. 11 n’adhère que faiblement à l'aisselle de la feuille, finit par s’en détacher, peut être conservé ainsi quelque temps, et enfin, replanté, reproduire la plante qui lui a donné naissance. C’est un véritable passage entre le bourgeon et l'embryon. Le Lis [ficj. 171 ) et la Dentaire bulbifères en fournissent dos exemples.
§ 185. Dans tous les cas précédents, la branche chargée de continuer et représenter la tige conservait, par rapport à celle-ci, sa position latérale. Mais il peut arriver que, plus forte qu’elle, elle la rejette de côté en se redressant elle-même, et usurpe sa place. C'est par la position relative des parties qu’on arrive alors à déterminer leur vraie nature. Quand, par exemple, dans la Vigne ( fiy . 172 ) on voit la tige produire, de distance en distance, d’un côté une feuille sans bourgeon axillaire ( I ) , de l’autre, sans feuille, un petit rameau herbacé et raineux connu vulgairement sous le nom de vrille, on doit penser que la continuation de la tige située entre la feuille et la vrille, par conséquent à l’aisselle de la première, n’est autre chose que le produit du bourgeon axillaire qui, dans
171. Un bout de tige du Lis bulbifère j Lilium bulbi/ervm), avec trois feuilles/, et trois bulbilles axillaires b.
(1) Il existe souvent en dedans de cette feuille un bourgeon simple eu double, mais un peu latéral , et non au milieu même de l’aisselle.
son vigoureux développement ., a repoussé do l'autre côté l’extrémité de la lige épuisée avortant sous la forme de vrille. Cette disposition est plus évidente encore dans le Ricin ou le Pliylolaca, parce que l’axe d'un nouvel ordre, chargé de continuer la tige , ne le fait pas en ligne droite, mais se trouve déjelé un peu sur f le côté , de telle sorte qu'on ne puisse douter que c'est le rameau axillaire. Dans ces deux plantes, comme dans beaucoup d’autres, c’est un bouquet de fleurs qu’on trouve à la place que nous voyons occupée par la vrille dans la vigne, et d’ailleurs cette vrille n’est qu'un bouquet de fleurs avorté qu’on voit reparaître à sa place là où la vigne fleurit.
§ 1 8(i. Nous venons d’examiner comment la ramification est modifiée par l’avortement irrégulier ou régulier d’un certain nombre de bourgeons terminaux et axillaires. Elle peut l'étre aussi par le déplacement de ceux-ci, lorsqu’au lieu de se développer à l'aisselle même des feuilles ils se montrent à une certaine distance. Le bourgeon ou le rameau sont dits alors extra-axillaires. Cette disposition peut tenir à plusieurs causes, à l’avortement complet de certaines feuilles, ou souvent à la soudure de la tige soit avec leur partie inférieure , de leur pétiole par exemple , soit avec le bas du rameau axillaire ; de telle sorte que le bourgeon semble reporté, dans le premier cas, plus bas que la feuille, et plus haut dans le second.
C’est par des considérations de cette nature qu’on a pu se rendre
172. Portion d’un rameau de vigne. — a’ Premier av e, terminé par une vrille r’, qui s’est déjeté 1 téralcn.ent , et portant une feuille/’. De l'aisselle de celle-ci part un rameau a” qui semble continuer l’axe a', terminé de même par une vriller”, et portant une feuille/”. — a’” Rameau naissant de l’aisselle/”, terminé par v'”, et portant /’” de l’aisselle de laquelle part a””.
compte de certaines anomalies dans l’arrangement des feuilles de quelques plantes , de beaucoup de Solanées, par exemple. Nous ne pouvons ici entrer dans plus de détails sur ces cas exceptionnels, et que nous retrouverons d’ailleurs en traitant de l’arrangement des fleurs.
§ 187. Si la ramification varie par suite d’avortement, elle peut d autres fois varier par la cause précisément contraire , la multiplication des bourgeons.
Ainsi quelquefois, assez rarement cependant, on en trouve d 'accessoires , outre celui qui existait ordinairement seul à l’aisselle d’une même feuille, dont on voit alors partir plusieurs branches. Tantôt ils sont placés l'un immédiatement au-dessus de l’autre, ordinairement au nombre de deux , de plus dans quelques végétaux : par exemple, dans les Chamerisiers et les Noyers, où l’on observe une série de trois, quatre ou cinq bourgeons, qui, ainsi superposés, vont en décroissant dans les premiers de bas en haut (/?</. 1 74), dans les seconds, au contraire, de haut en bas (//</. I 78) ; tantôt ils sont placés sur la même ligne horizontale, et alors il semble qu’outre le bourgeon répondant à la base du pétiole il y en a un de chaque côté répondant à la stipule. On peut l’observer dans les Saules et dans les Peupliers, et c’est l’origine de ces petites
173. Portion d’un rameau r de Noyer, portant le pétiole p d’une feuille dont le reste a été coupé. A son aisselle plusieurs bourgeons superposés b, d'autant plus développés qu'on les observe plus haut.
174. Portion de rameau r d’un Cliamerisier ( Lonicera talarica) portant deux feuilles opposées , dont l’une a été coupéce , l’autre / conservée. A leur aisselle une suite de bourgeons superposés b, d’autant plus développés qu’on les observe plus bas.
160 UOTANIQUK.
branches continuant quelque temps à pousser deux par deux sur
les bûches récemment coupées de ces arbres. . c ,
8 188 La multiplication des bourgeons est due bien plus fréquemment a ceux dont nous avons déjà dit quelques mots , et qu on
nomme adventifs ou latents. , .
Toutes les parties cellulaires voisines de la surface sur la tibe pa raissent disposées, lorsque quelque cause vient y exciter la vila île et y accumuler les matériaux par un plus grand afflux des sues , à s’organiser en bourgeons. Mais, quoique plus ordinaires sui a ti«c ces productions peuvent se montrer quelquefois sur d autres parties : les racines exposées à l’air ; des feuilles plus ou moins charnues, soit sur les bords (comme dans le Bryophyllum culycinum, le Malaxis paJudosa [fuj. 175], etc.), soit sur la surface môme comme dans l'Ornühoçjalum ikyrsoideum [fig. I i6J j. Un peut ai-
tifîciellemcnt déterminer la formation de bourgeons adventifs par des ligatures ou des blessures, qui appellent V afflux des liquides et la turgescence de la partie où l'on a opéré.
Leur forme diffère naturellement de celle des bourgeons normaux. Ils n'ont ni leurs dimensions ni ce système de feuilles extérieures modifiées en écailles protectrices, puisqu ils ne sont pas préparés une année à l'avance et prémunis pour passer un hiver. Appelés à la vie au milieu d'une végétation en pleine activité, ils se développent immédiatement et incessamment ; ils paraissent
175. Un bout do feuille l de Malaxis paluclosa , dont tout le bord est couvert de bulbilles b b.
176. Portion du limbe de la feuille f de V Ornil/iorjnlum Uiyrsnidc.um , sur la surface de laquelle se sont développés des bourgeons adventifs ou bulbilles b b b déjà plus ou moins avancés.
en général d'abord sous la forme de petites excroissances qui , après s'étre allongées plus ou moins, se couvrent de feuilles. La forme de ceux qui se montrent quelquefois sur les feuilles mêmes peut être comparée plutôt à celle des bulbilles ( fiy. I7ü).
§ 1 89. Il y en a qui, au lieu de se développer à l’extérieur, comme c’est le plus ordinaire, croissent renfermés dans L épaisseur du parenchyme cortical. M. Dutroehct a bien fait connaître ces singuliers corps, qu’on peut trouver particulièrement dans l'écorce de certainsarbres dicotylédonés ( le Hêtre , le Charme , le Cèdre du Liban ) sous la forme de sphéroïdes irréguliers de consistance ligneuse, et qu’à ce premier état on peut nommer nodules. Leur centre est occupé par de la moelle environnée de toutes parts d'une couche ligneuse que traversent des rayons médullaires, et sur laquelle vient chaque année se mouler, en l'embrassant complètement, une couche nouvelle (/if/. 177). On en a compté ainsi jusqu'à vingt-cinq. Cette masse ligneuse, s’avançant dans tous les sens, vient souvent à toucher le bois de l'arbre, avec lequel elle ne communiquait auparavant que par un prolongement effilé, se soude avec lui, et constitue ainsi ce qu’on nomme vulgairement une loupe, qui peut alors se compliquer de la double végétation et. de la tige et du nodule. Si, au lieu d’un seul nodule, on en a plusieurs, distincts encore à leur sommet, mais infiniment rapprochés et réunis en unemasse toute bosselée à l'extérieur, c’est ce qu’on nomme un broussin. Le nodule peut être comparé à une branche qui aurait continué à vivre sans feuilles ni bourgeons, ne pouvant par conséquent croître en longueur, mais croissant en épaisseur, sans doute aux dépens de la nourriture tout élaborée que lui fournit l’écorce dans laquelle elle est plongée et peut-être aussi sa faible communication avec le corps ligneux.; montrant, dans l’entre-nœud unique auquel on peut dire qu’elle est bornée, l’ensemble des couches annuelles qu'on doit trouver à l’entre-nœud inférieur de toute branche contemporaine ; se développant dans tous les sens, et substituant la forme sphéroïdale à la cylindrique dans la disposition de ces couches et la direction des rayons, puisqu’elle n'a ni base ni sommet déterminés. Quelquefois cependant, du côté extérieur, part un rameau qui ordinairement se développe peu et
Ui2 LOTAMQljE.
s’arrête bientôt, mais suffit, pour démontrer 1 analogie des nodules avec les bourgeons adventifs.
§ 190. Quoique les parties dépendantes de la tige, les branches, souvent situées sous terre et couvertes alors de radicules adventives, puissent facilement être prises pour des racines, méprise qui a longtemps régné ; quoique, réciproquement, les racines, quelquefois dégagées de la terre et pouvant alors , par le développement des bourgeons adventifs , se couvrir de feuillage , paraissent faire alors partie du système aérien de la tige : nous saurons maintenant dans les deux cas , au moyen de tous les caractères extérieurs que nous avons exposés précédemment, déterminer avec certitude ce qui sera tige ou sa dépendance, ce qui sera racine. La première est toujours caractérisée par des bourgeons produits à l'aisselle de feuilles régulièrement disposées. Ces feuilles, il est vrai, dans les branches végétant sous terre , sont extrêmement modifiées dans leur taille, leur forme, leur consistance, leur couleur ; en un mot, dans toute leur apparence : ce sont, le plus souvent, des écailles ou des membranes courtes et brunâtres; mais, lors même quelles sont réduites presque à rien, l'arrangement régulier des bourgeons et leur nature indiquent qu'on n'a pas sous les yeux une vraie racine; leur absence, qu'on en a une. Lorsqu’une plante trace, c’està-dire émet de distance en distance, hors de terre, de nouveaux pieds, on peut savoir de cette manière s'ils partent de ses racines secondaires, courant horizontalement et venant au jour émettre des bourgeons adventifs, ou bien des branches enterrées, suivant une marche semblable et bourgeonnant régulièrement dans leur trajet.
Le problème se complique quelquefois par les changements de forme et de nature (jue prend la branche souterraine sous l'influence du milieu où elle végète : elle se raccourcit, s’épaissit et devient charnue par l'extrême multiplicité des cellules féculifères qui constituent presque toute sa masse. Cependant alors même, au moyen des mêmes données, la solution est possible. Citons un exemple qui sera familier pour tous nos lecteurs , la pomme de terre (//;/. 178, T). Sa surface est parsemée de petites éminences qu’on appelle des yeux (è), d’abord cachées à l'aisselle de petites écailles qui tombent plus tard, rangées avec une certaine régularité et le plus souvent en spirale. Ces yeux se développent en branches si le tubercule est placé dans (les conditions favorables d’humidité , en verdissant si c’est à la lumière. Nous sommes portés à prononcer ainsi que ce sont des bourgeons normaux, et la pomme de terre est donc une branche. Cette conclusion , (pii paraît singulière au premier aperçu, est cependant facilement
conlirmée par une expérience journalière, celle des jardiniers, qui en buttant la plante, c'est-à-dire enterrant sa partie inférieure, multiplient le nombre des tubercules par la conversion des bourgeons enterrés en pommes de terre. Dans les années pluvieuses et obscures, on voit cette métamorphose s’opérer spontanément et graduellement à l'air libre, les rameaux axillaires s'épaissir et s’arrondir en se raccourcissant, et l'on peut obtenir toutes des transitions entre la branche et le tubercule. Au premier abord , ces tubercules de Dahlia semblent tout -à— fait analogues à ceux de pommes de terre ; i mais ils n'offrent ni écailles, ni yeux : ce sont des renflements de véritables racines.
§191. Nous avons examiné les divers modes de ramifications; nous avons vu que la position relative des rameaux reproduisait celle des feuilles s'il y avait développement d’autant de bourgeons axillaires, mais que le plus souvent elle est modifiée, soit par 1 avortement d'un certain nombre de ceux-ci ou du terminal, soit au contraire par leur déplacement et leur multiplication, auxquels contribuent surtout les bourgeons adventifs. On a ainsi un grand nombre de combinaisons possibles, qui doivent imprimer à la physionomie des plantes une extrême variété. 11 est clair que la partie souterraine de la ramification n influe qu' indirectement sur cette physionomie extérieure : que, par elle, on a un plus ou moins grand nombre de pieds de plante semblables et tenant au premier, mais qui en paraissent distincts et qui souvent même le deviennent complètement; que l’évolution de ces bourgeons souterrains amène précisément à l'extérieur les mêmes résultats que ferait la germination d on certain nombre de graines émanées de la même plante.
£ 19 2. Laissons donc cette classe de côté, et occupons-nous seulement des cas où les rameaux d'une môme plante se rattachent extérieurement et visiblement les uns aux autres. La tige peut se
178. Porticn inférieure d’un pied de pomme de terre. — pn Su portion aérienne ou tiges chargées de feuilles. — t Sa portion souterraine ou tubercule. — On a figuré un peu plus gros l’un d’eux T, où l’on voit les yeux ou bourgeons b cachés encore par des feuilles à l’état d’écailles régulièrement disposées, — * s Niveau de la terre.
JG'* DOTA NIQUE.
soutenir par elle-même dans sa direclion ascendante. Lorsqu'elle atteint des dimensions un peu considérables, on y distingue le Ironc, ou partie inférieure, dépouillée de feuillage; la cime ou létc, partie supérieure, qui en est couverte. Cette nudité du tronc est totale et résulte de l’avortement de tous les bourgeons axillaires, comme nous l’avons vu, par exemple, dans les palmiers, pour la lige desquels quelques botanistes proposent le nom particulier de stipe ( slipes ); ou bien elle n'est que partielle par le développement incomplet des bourgeons inférieurs, et plus ordinairement par la chute plus ou moins tardive des branches qu’ils ont produites. Remarquons ici que la plupart de nos arbres doivent cette apparence au travail de l’homme, qui en retranche de bonne heure les branches inférieures; d’autres fois, au contraire, ce sont les branches supérieures, celles de la cime, qui sont en coupe réglée , si bien que le port naturel des arbres se trouve tout-à-fait changé. Les Ormes de nos grandes routes et les Saules de nos prairies peuvent être cités comme des exemples des changements apportés par ces deux mutilations en sens inverse : il devient assez difticile d'y reconnaître l'Orme et le Saule tels que les a faits la nature. 11 est bien entendu qu’ici, en parlant de la physionomie extérieure des végétaux, nous ne pouvons les considérer que dans leur état naturel , sans intervention de la serpette et de la hache.
§ 193. Un végétal paraît quelquefois avoir plusieurs tiges, parce que ses branches inférieures, nées au niveau ou à peine au-dessous du sol , ont pris un développement égal à l’axe primaire dont elles sortent, et qu’elles se sont redressées a peu près dans la même direction : on dit alors qu'il est multicaule ( rmilticaulis ). L’art profite souvent de ces branches latérales commençant à ras-terre, et par suite munies de racines adventices, pour les enlever dès qu’elles paraissent, et en former autant d'individus distincts en les replantant séparément : on les appelle alors des surgeons ou drageons ( surcuii ). Chacune de ces tiges pouvant à son tour en produire sans se détacher de la souche commune à laquelle elles appartiennent, on conçoit à quelle distance le cercle peut s’étendre. 11 est à croire que c’est là l’origine de quelques troncs fameux, comme celui du châtaignier de l’Etna, dit des Cent-Chevaux, parce que sa cavité centrale peut en loger tout autant. En parcourant les bois voisins, on voit que c’est là l'usage do couper au niveau du sol les vieux châtaigniers qu’on abat, et que bientôt la base du tronc restée en terre avec toutes ses racines émet tout autour de vigoureux rejets, qui peuvent s’enlacer, s’entre-greffer, et dont plusieurs, devenant à leur tour de grands arbres, en formeront peut-être dans leur ensem-
RAMIFICATION. I(i5
ble, par la suite* des siècles, un analogue au châtaignier des Cent-Chevau\. La forme de celui-ci, avec les grandes brèches de son tronc, qui donnent entrée dans la grande aire vide qui occupe son centre, semble indiquer ce mode de formation. Des formes semblables, dans plusieurs des plus gros arbres qu'on cite , pourraient conduire aux mêmes conclusions; mais, dans cette supposition , on aurait alors une cime commençant en terre plutôt qu’un tronc véritable.
§ 1 9 L . En général, la grosseur et la hauteur du tronc doivent, d'après la théorie, être en rapport direct avec l'àge, et pourraient servir à la calculer pour tous les arbres, dont on sait à peu près combien s'augmentent, dans un temps donné, les différentes dimensions. On connaît un certain nombre d’arbres de taille extraordinaire dont l’origine remonte à plusieurs siècles ou même reste cachée en deçà de toute tradition. La plupart sont des dicotylédonés : parmi ces arbres, des Tilleuls, des Sycomores , des Châtaigniers, des Ifs; dans l'Orient, des Platanes, des Figuiers et des Cèdres ; sous les tropiques, fies Baobabs et plusieurs autres espèces appartenant également à la famille des Bombacées; mais parmi eux figurent aussi des monocotylédonés : par exemple, le Dragonnier d'Orotava, dans les îles Canaries. Leurs circonférences varient nécessairement suivant les individus et suivant les espèces : on en cite quelques uns où elles excèdent plus ou moins trente mètres, un assez grand nombre de la moitié ou du tiers; mais ces géants exceptionnels ne doivent pas nous arrêter ici.
§ 195. Parmi les végétaux ligneux de taille ordinaire, on a désigne, d’après les limites où elle s’arrête, diverses classes qu’on désigne par des noms et des signes particuliers : ainsi on appelle arbre ( arbor ) celui qui dépasse plusieurs fois la taille de l’homme, en réservant quelquefois le diminutif ( arbuscuia ) pour celui qui ne la dépasse pas cinq fois: arbuste ou arbrisseau ( frutex ), celui qui ne l’atteint pas trois fois et se ramifie dès le bas, en se servant pour les moins grands du diminutif [fruclkulw s); sous-arbrisseau (suffrutex) , celui qui ne dépasse pas la longueur du bras. Si l'arbrisseau est bas et très rameux dès la base , c’est un buisson ( du mus, dumetum). Les adjectifs arborescent (arborescens) , frutescent ( f ru ti cosus ou fruliculosus ) , sous-frutescent ( suffruticosus ) , buissonnant ( dumetosus ) sont dérivés de ces divers substantifs et n’ont pas besoin d’être définis.
§190. La tige, d’autres fois, «ne se soutient pas par elle-même et a besoin de s’appuyer sur d’autres corps : si c’est sur la terre, on la dit couchée ( procumbens ) ; si c’est sur un corps lui-même redressé, on la dit grimpante (scandais). En grimpant, tantôt elle
io<; lior.vMOLi:.
conserve à peu près sa direction rectiligne, comme le Lierre, par exemple, qui de toute sa surface en contact émet de petits prolongements radiciformes par lesquels il se fixe à celle sur laquelle il est appliqué; tantôt elle s’entortille sur son soutien et prend le nom de volubile (volubilis') , décrivant souvent des spirales qui, régulières, tournent de gauche adroite ( dexlrorsùm ), comme dans le Houblon ; ou de droite à gauche (sinislrorsùm), comme dans le Liseron des haies ; ou bien dans un sens, puis dans un autre ; souvent irrégulières ou interrompues par intervalles. Dans nos climats froids ou tempérés, la plupart des tiges grimpantes sont herbacées, quoique quelques unes soient ligneuses et susceptibles même d’acquérir des dimensions assez fortes, comme, par exemple, le Chèvrefeuille, la Clématite et surtout la Vigne : on donne alors à leurs branches le nom de sarment ( sarmentum ). Ce sont les analogues des lianes qui abondent sous les tropiques, et dont nous avons déjà eu occasion tle parler ( § 83). Ces lianes, tantôt enroulées en spirales autour des troncs les plus hauts, tantôt retombant en ligne droite de toute cette hauteur vers la terre, ou d’une branche sur l’autre, courent d’arbre en arbre, les lieiît entre eux, quelquefois les étouffent. Dans cette marche irrégulière et qui échappe à toute description rigoureuse , elles parcourent souvent.de très longs espaces sans produire de feuilles , sans se ramifier ; et les voyageurs n’ont pu trop fréquemment apercevoir le feuillage et les fleurs dépendant de ces tiges bizarres qui les environnaient de toutes parts.
§ I 97. La ramification influe sur le port général des végétaux sous d'autres rapports encore que celui dont nous nous sommes occupés jusqu'ici, celui du développement d'un certain nombre de bourgeons situés d’une certaine manière. Est-il besoin d’expliquer comment la direction , la consistance , la longueur relative des branches et des rameaux modifient par leurs variétés la physionomie extérieure des plantes? Les branches partent de la lige, et les rameaux des branches, sous un angle quelquefois très aigu, quelquefois droit, plus ordinairement un peu moins ouvert : elles sont dressées ( recti ) dans le premier cas, étalées ( palenles ) dans le second, et doivent, en résultat, former dans les deux des cimes toutes différentes, comme le sont, par exemple, celles d’un Cyprès ou d’un Peuplier d'Italie, comparées à celles d’un Cèdre ou d’un Chêne. Dans quelques arbres qu’on appelle pleureurs, les branches prennent une direction tout-à-fait inverse de U plus habituelle, en se recourbant vers la terre, soit que, longues et faibles , elles retombent par leur propre poids, comme dans le Saule pleureur ( rami penduli): soit que, conservant une assez grande roideur, elles se rebroussent
ainsi dès loin* origine (?*. retrovei'si), comme dans le Frêne et le Sopliora pleureurs. Les branches étalées , partant quelquefois au niveau du sol , sans que la tige prenne un développement vertical , rampent ainsi sur la terre qu’elles couvrent comme une sorte do gazon en se ramifiant. On peut tirer parti de cette disposition en greffant une des espèces qui offrent cette propriété sur une espèce voisine à liante tige : par exemple, le Mespilus linectris sur Voxyacantha ou aubépine. La première, partant du sommet de la seconde, rampe en l'air comme elle eut fait à terre, et forme ainsi d’épais et élégants parasols : on peut en voir des exemples dans une allée du Jardin des Plantes do Paris. Citons encore le Cotoneastlr buxifulict , qui présente ce trait singulier que, sur une pente, il la suit toujours de haut en bas, au lieu de s’étaler dans toutes les directions.
La longueur relative des branches doit aussi déterminer dans l’aspect général de notables différences. Si les plus basses, formées les premières, continuent à s’allonger dans la même proportion, les supérieures seront de plus en plus courtes à mesure qu’on s’approchera plus du haut, et l’ensemble aura la forme d’un cône ou d’une pyramide (ex. : Sapins); si ce sont celles du milieu qui dépassent celles du bas, la cime figurera une boule ou un ovoïde (ex. : Marronnier d’Inde) ; si ce sont celles du haut qui prennent le plus grand développement , elle sera en parasol (ex. : Pin d’Italie, Pinus pinea). Nous ne citons ici que des formes extrêmes, entre lesquelles on peut observer toutes les intermédiaires.
§ 198. Pour résti mer en quelques lignes tout ce qui précède , nous avons considéré comme tige proprement dite celle qui résulte, dans les végétaux cotylédonés, de l’acte de la germination par l’évolution de la gemmule, la partie de l'axe primaire qui se dirige toujours verticalement vers le ciel , en sens inverse de l’autre partie, la radicule, qui descend dans la terre. Cette direction verticale ne peut subir de déviation que par des obstacles mécaniques, ou, pour la tige, de sa faiblesse, qui la fait retomber en obéissant à la pesanteur. Tantôt cette tige s’allonge indéfiniment, dans la même direction , au moyen de bourgeons terminaux qui se forment et se développent successivement ; tantôt elle s’arrête, plus tôt ou plus tard , par l’avortement d'un de ces bourgeons : et, si le végétal continue à s'étendre, c’est au moyen de bourgeons latéraux, conséquemment par un axe secondaire qui se substitue au primaire. L’axe ainsi substitué peut prendre la même direction verticale, ou d’autres fuis une plus oblique, et même l'horizontale, soit à la surface du sol, soit au-dessous : dans ces derniers cas, c’est que la
véritable lige s’est bientôt arrêtée, remplacée par un bourgeon situé auprès de sa base. Nous n’avons donc dû considérer les tiges dites ou rampantes ou souterraines que comme des phénomènes de ramification.
C'est parmi les plantes dicotylcdonées qu'on rencontre le plus grand nombre de tiges véritables, atteignant dans les arbres tout le développement dont elles sont susceptibles et ordinairement largement ramifiées au-dessus du sol , arrêtées après leur premier essor dans les plantes annuelles avec la vie même de l’individu. Les vivaces nous offrent l'exemple des substitutions latérales et parallèles.
Ces substitutions s’observent dans la majorité des végétaux monocotylédonés, vivaces pour la plupart : ce sont eux qui nous offrent presque tous les exemples de bulbes et de rhizomes. Lorsque la tige proprement dite y atteint un grand développement en longueur, c’est le plus souvent sans ramification.
Nous avons dans toute cette revue laissé de côté les acotylédonés dont 1 embryon ne montre pas de gemmule ; car la tige , lorsqu’elle existe, ne se développe pas par l’acte de la germination , mais postérieurement. C’est parmi eux seulement qu’on peut admettre de vraies tiges souterraines, comme dans les Fougères non arborescentes et les Marsiléacées. Lorsque la tige se ramifie, quelle que soit sa direction, verticale ou horizontale, c’est par un double bourgeon terminal et, en conséquence, par une sorte de bifurcation.
§ 199. La tige ou ses ramifications plus ou moins multipliées portent les (leurs à leurs extrémités. Chaque fleur peut être comparée à une rosette de feuilles et, par conséquent, à un bourgeon. Ces nouvelles feuilles diffèrent plus ou moins de celles que nous avons examinées jusqu’ici, par leur forme, leur couleur, et par quelques points de leur structure intime; elles en diffèrent, de plus , en ce qu'elles ne produisent jamais à leur aisselle de nouveaux bourgeons : celui qui constitue la fleur est donc essentiellement terminal , c'est le dernier terme de la ramification. On nomme inflorescence , l'arrangement des fleurs sur le rameau; son examen doit donc suivre immédiatement celui de la ramification, et la compléter, puisqu’elle en est la vraie fin. En effet, la végétation des branches chargées de feuilles devra se continuer indéfiniment par
IM'LOHKSCKNCI .
la production do nouveaux bourgeons , si la mort, l'avortement ou quoique cause étrangère ne viennent l'arrêter. La végétation d'une branche chargée d'une fleur à son extrémité s’arrête naturellement à ce bourgeon terminal d’une nouvelle sorte et qui n en produit pas d’autres.
§ 200. Tantôt une seule fleur (fitj. 179, /"), se développe immédiatement à l’extrémité de la tige ou axe primaire a ' ; tantôt c’est à 1 extrémité d’un axe secondaire tertiaire a"', ou d’un autre ordre a"". Les feuilles situées au-dessous d’elle ont conservé leur nature ; quelquefois aussi elles ont commencé à se modifier dans leur forme et leur couleur, sans produire à leur aisselle aucun bourgeon , soit foliacé, soit floral. Dans tous ces cas on dit que la fleur est solitaire.
§201. Mais , le plus souvent, de l'aisselle de ces feuilles ainsi modifiées, partent des rameaux, soit nus, soit chargés d'autres feuilles modifiées elles -mêmes d’une manière analogue et à un plus haut degré , et terminés par une fleur : cette ramilicati n peut se répéter un nombre de fois plus ou moins grand . et l’on a ainsi un groupe de fleurs entremêlées de leurs feuilles modifiées ; groupe qui se distingue nettement de toute la partie de la plante chargée de feuilles véritables, et qu’on a appelé aussi inflorescence. Ce dernier terme a donc deux acceptions dans lesquelles nous pourrons dorénavant l’employer : nous avons vu qu’il signifiait l’arrange-
179. Un pied de Renoncule bulbeuse ( Ranunnulus bulbosus). On voit son axcri’ renflé à sa base en un bulbe b, d’où partent inférieurement des racines, et supérieurement des feuilles radicales, et terminé à son extrémité par une fleur épanouie f. Vers son milieu il porte une feuille de l’aisselle de laquelle part un axe secondaire a”, terminé par une fleur/”’ un peu moins avancée que/’. — a” porte une feuille et un a' e tertiaire terminé par un bouton /”; et a’” une quatrième feuille à peine développée, à l'aisselle de laquelle on aperçoit un autre bouton encore moins avancé et dont Taxe n'a pas encore commencé à s’allonger.
mool dos Ileurs; il signifie aussi un ensemble de fleurs qui nesonl jias séparées les unes des autres par des feuilles proprement dites.
§ 202. Dans ce groupe de fleurs, les diverses parties prennent avec des apparences nouvelles des noms nouveaux : les feuilles modifiées, que souvent on appelle florales, celui de bradées (fig . 183, b b b) ; les rameaux qui ne portent que des bractées et des fleurs , celui de pédoncules (a', a"). Dans les groupes ramifiés, on distingue parmi ceux-ci les derniers rameaux, ceux qui portent chacun immédiatement une fleur, sous le nom de pédi celles [a'" , a"'}. Souvent les dernières bractées ne présentent pas de rameaux à’ieur aisselle, et on peut trouver aussi des pédicelles munis au-dessous de la fleur de plusieurs petites bractées, qu’on désigne dans les descriptions par le diminutif de bractéoles. Comme leur nature est évidemment la même que celle des autres, et que, dans quelques cas, on voit des fleurs se développer aussi à leur aisselle, de sorte (pie le pédicelle ainsi chargé de plusieurs fleurs cesse d’en être un, il vaudra mieux réserver ce nom au dernier entrenœud du pédoncule florifère , et le pédicelle sera caractérisé non seulement par la fleur (pii le termine , mais par l’absence de toute bractée.
g 203. Quand nous aurons a décrire une inflorescence , nous devrons d’abord indiquer ses rapports avec le reste de la plante, avec les feuilles proprement dites : elle partira de 1 aisselle d’une de celles-ci ou terminera un rameau ; elle sera axillaire ou terminale, située plus ou moins haut sur le végétal, se détachant de sa partie fouillée dans une étendue plus ou moins grande, etc., etc. Nous devrons ensuite l’examiner indépendamment du reste de la plante et dans la relation de ses différentes parties en elle-même. La traitant alors comme un tout séparé, nous y nommerons axe primaire le pédoncule commun , que les auteurs ont souvent appelé rac/ws, celui d’où naissent tous les autres; et ceux-ci, axes secondaires, tertiaires, etc., suivant l’ordre dans lequel ils se montrent. Or la plupart des modifications que nous a offertes la ramification des axes portant feuilles se retrouvent dans celle des axes florifères, avec cette différence qu’il ne faut pas perdre de vue : c’est que, dans les premiers, chaque axe se continue indéfiniment par la production de bourgeons terminaux, et. ne s’arrête que par leur suppression; que, dans les seconds, au contraire, c’est la production d’une fleur qui l’arrête, et que, quand il n’en vient pas une pour le terminer, il rentre véritablement dans la classe des premiers.
. § 204. L’axe primaire de l'inflorescence peut donc : \° être terminé par une fleur; dans ce cas il s’arrête là, et l’inflorescence ne
conlinue à s’étendre qu'au moyen des axes secondaires, qui s'arrêtent, bornés à leur tour par la production d'une fleur terminale, puis des axes tertiaires, et ainsi de suite; 2' ne pas être arrêté dans son allongement par la production de la lleur, qui viendra terminer seulement ou les axes secondaires, ou les axes ternaires, etc.
De là deux grandes classes d'inflorescences , les définies ou terminées, les indéfinies ou indéterminées : les premières, oii l'axe primaire porte immédiatement une fleuri les secondes, où il ne porte de fleurs que médiatement à l'extrémité des axes d’un ordre moins élevé.
Nous avons donc ici les deux grandes modifications que nous avait déjà présentées la ramification de la tige, et nous allons observer la même analogie dans les ramifications secondaires, qui dépendront de même du nombre de fois que l'axe se ramifie avant de se terminer, de la longueur relative de ces axes d’ordres différents, de l'avortement régulier d'un certain nombre d’entre eux, etc., etc.
Ces considérations, qu'on doit surtout à M. Roeper, ont permis d’apporter un peu plus de rigueur dans la définition des inflorescences, qui auparavant était trop souvent vague et confuse. Tout en gardant les mots anciennement admis et en cherchant à leur conserver, autant que possible, leur première valeur, on a été forcé de la changer un peu pour la rendre plus fixe et plus précise. Définissons donc ces mots, en examinant successivement les deux classes d'inflorescences que nous avons reconnues.
IXFLOUESCEXCES I X D É F I X I E S .
. § 20o. Nous avons un axe primaire allongé sans fleur.
Les axes secondaires peuvent être terminés chacun par une fleur, et dans ce cas à eux s’arrête l’inflorescence. Si alors ils sont tous à peu près de même longueur, l'on a ce qu'on appelle une grappe ( racemus ) ( faj . 180).
D’autres fois tous les axes secondaires, ou seulement quelques uns d'entre eux, les inférieurs ordinairement, ne se terminent pas par une fleur, mais émettent latéralement des axes tertiaires : ceux-ci peuvent se ramifier à leur tour. Dans tous les cas, la grappe ainsi composée prend le nom de panicule ( panicula ) (//</. 1 <8 I ). Sa forme générale la plus habituelle est la pyramidale, par le développement inégal de ses pédoncules, plus grand dans les inférieurs
LülAMOLi;.
et cl autant moindre qu'on les observe plus haut. Mais quelquefois les pédoncules du milieu sont plus longs que ceux des deux extrémités, et la panicule porte alors le nom de tlojrse ( thyrsus ).
§ 200. Si, au lieu de pédoncules de longueur à peu près égale, ou diminuant de bas en haut d’une manière presque insensible , on trouve les inférieurs beaucoup plus longs (pie les supérieurs, et dressés de sorte que tous ne portent fleur qu’arrivés à la même hauteur à peu près, et que l’ensemble des fleurs forme ainsi une
180. Grappe de l’épine-vinette (Berberis vulgaris). On la voit naître à l’aisselle d’une feuille / changée en piquant , et qui a conservé ses deux stipules s. — a’ Axe primaire d’où partent de petites bractées b alternes , et à leurs aisselles des axes secondaires a” que termine la fleur. On peut suivre l’évolution graduelle de ces • fleurs de la base au sommet, les inférieures commencent à être en fruit, celles du haut sont encore en bouton , celles du milieu épanouies.
181. Panicule de l 'Yucca gloriosa. — a’ Axe primaire ou rachis. — a” Axes secondaires. — a’” Axes tertiaires , qui portent immédiatement chacun une fleur et prennent le nom de pédicclles. — b b b b Bractées de divers ordres, de l’aisselle desquelles partent ces axes. — On voit que cette inflorescence résulte d’une série de grappes sur un axe commun a’, qu’elles sont d’autant plus développées et plus précoces qu’on les observe plus bas, et que dans chaque grappe lu> fleurs sont aussi d’autant plus avancées qu’elles sont plus inférieures.
sorte de parasol à rayons inégaux, on a ce qu'on appelle un conjmbe (conjmbus) simplo (/Uj. 182, I), ou composé [fuj. 182, 2), suivant que les fleurs sont portées sur les axes secondaires ou sur des pédoncules ramifiés un plus grand nombre de fois.
§ 207. Supposons maintenant les axes secondaires extrêmement raccourcis, tellement (pie l’axe primaire se trouve ainsi chargé sur ses côtés de toutes les fleurs qui, sur la grappe, étaient écartées de lui de toute la longueur de ces axes secondaires, et qui ici semblent reposer immédiatement sur lui, ou, en un seul mot, sessiles : ce sera un épi ( spica [fiy. I 83] ). On le dira composé, si l’axe primaire en porte de secondaires, eux-mêmes allongés et non terminés, mais chargés de fleurs latérales et sessiles.
On a distingué par des noms différents des épis offrant certains caractères particuliers et propres à certaines classes ou familles de
182. 1. Corymbc simple du Cerisier de St e-Lucie (Ceraïus ma/uileb). — «’Axc primaire , d’où naissent les bractées b alternes , émettant à leurs aisselles les axes secondaires a” a” qui portent chacun immédiatement une fleur et prennent le nom de pédicelles. On peut suivre l’évolution graduelle de celles-ci de dehors en dedans ; la plus intérieure est encore à l’état de bouton. — Ce corymbc est né à l’aisselle d’une feuille déjà tombée , et termine un rameau avorté où l’on voit les feuilles inférieures à l’état d’écailles e.
2. Corymbe composé de l’Alisier des bois ( Cralrrgus lorminalis ). — a’ Axe primaire. — a”- Axes secondaires. — a”’ Axes tertiaires portant immédiatement les fleurs ou pédicelh s. — b b b Bractées.
1SOTA.MQIK.
plantes, comme le chuton ( amentum ), épi simple qui tombe en se désarticulant après la floraison et est formé de fleurs toutes d'un même sexe, ordinairement mâles (/fy. 184) ; le spadicc ( spadix [/?</. I 85], épi de monocotylédone enveloppé à sa base d'une grande bractée, qu'on nomme spathe, et dont les fleurs, extrêmement rapprochées, se trouvent comme incrustées dans un axe épaissi, le plus ordinairement simple, quelquefois rameux, comme dans les palmiers, où il prend alors le nom de régime.
§ 2 08. Faisons maintenant une supposition contraire à la précédés. Extrémité de l’épi de la Verveine commune ( Verbena officinalis). — On voit les fleurs inférieures déjà passées à l'état de fruit , celles du milieu épanouies , celles du sommet en bouton. 9
11 84 Chaton de Noisetier. Les bractées, réduites à l’état d'écnillcs, sont rapprochées de telle sorte que leurs dispositions spirales peuvent s’apercevoir. On voit sa. hr entre elles le bout des etamines des fleurs mâles qui leur correspondent 18o. Spadicc du pied-de-veau (Arum vuljare). — 1 . Enveloppé de sa spathe b rou ee en cornet et qui en laisse, sortir l’extrémité «. - 2. Le même , dont la spathe a ete coupée dans sa longueur de manière à laisser voir tout l'axe a chargé d’un amas de (leurs femelles /en bas , et d’un amas de (leurs mâles m un peu plus haut
INFLOUESCENCE. 175
(lento , savoir, que la partie de l’axe primaire d'où partent les secondaires s’est raccourcie, ou plutôt ne s’est pas allongée , au point de paraître presque nulle (/îy. 187,
(/'); tandis que les secondaires a", qui prennent le nom de rayons, se sont bien développés. Alors, ordinairement, parlant ensemble, ils s'allongent à peu près également, et, s’ils se terminent chacun par une (leur, ces fleurs, portées à la même hauteur, forment par leur ensemble une sorte de parasol à rayons égaux, et qu’on nomme ombelle ( umbella [fuj. 1 80, o'o'o'o '] ).
Celle-ci est donc une grappe à axe primaire presque nul , dans laquelle, par l'effet de ce raccourcissement, le rapport des pédoncules les uns par rapport aux autres se trouve changé, les supérieurs devenant intérieurs, les inférieurs devenant extérieurs dans l’ombelle. On dit qu’elle est slipilée, si l’axe primaire atteint une certaine longueur avant de donner naissance aux secondaires: quelle est sessile, si cette partie inférieure manque elle-même. Les pédoncules secondaires peuvent eux-mêmes, au lieu de porter (leur, se ramifier d’après le même principe (//y. 187), et on a ainsi plusieurs ombelles secondaires, ou ombellules , o", disposées en une ombelle- générale ou composée : elle est à la simple ce que la panicule est à la grappe.
§ 208 bis. Lorsque d’un axe primaire extrêmement court et comme nul partent plusieurs pédoncules secondaires grêles qui , au lieu de s'élever, de diverger et d étaler ainsi les fleurs qui les terminent en une sorte de parasol , s'approchent et se pressent en manière de gerbe, et souvent même penchent tous d'un même côté dans le cas où ils ont une certaine longueur, il est bon de distinguer cette disposition de l'ombelle, et on peut lui donner h' nom de faisceau ou fascicule ( fasciculus [//y. 202, /] ). (les faisceaux
1 86. Plusieurs ombelles o’ Je 1 ’Aralia racemosa. — a Axe général ou sommet de la branche, terminé lui-même par une ombelle plus avancée que les autres. — a’ fi’ a’ Axes naissant du précédent , et secondaires par rapport à lui , mais portant chacun une inflorescence, et primaires par rapport à elle. — a” a” a” Axes secondaires ou rayons des ombelles. — bbb Bractées alternes sur l'axe général. On peut remarquer à l'aisselle de l’une d’elles en il deux axes du même ordre partant l'un au-dessus de l’autre par suite d'un double bourgeon. — i i i Bractées vertic illées sur les axes de chaque inflorescence , y formant un involucre.
se présentent le plus souvent scssilcs à l’aisselle des feuilles ou des bractées.
§ 209. Enfin les axes secondaires peuvent ne pas s’ôtre allongés, non plus que la partie du primaire d’où ils partent: et alors nécessairement toutes les fleurs se trouvent rapprochées en une sorte de disque ou de boule, où les extérieures représentent celles qui seraient en bas sur l'axe allongé; les intérieures , celles qui seraient en haut. On nomme cette disposition tête ou capitule ( capilulum) ( fig . 1 88). Le capitule, comme l’ombelle , peut être sessilc ou iss. pédonculé.
187. Ombelle composée de la Carotte. — a’ Axe primaire réduit dans l’inflorescence à une surface convexe. — a” Axes secondaires ou rayons de l’ombelle générale portant chacun une ombcllulc o”. — o”’ Axes tertiaires ou rayons des ombcllules. — i' Bractées pinnatiparties en verticille et formant l’involucre général. — i” Bractées simples formant les involucelles.
188. Vu capitule de la fleur des veuves [Scnbiosa aimpurpurm 1. On peut voir comment la floraison est d’autant moins avancée qu’on observe les fleurs plus près du centre.
1 N’ FLOU KSCKNŒ. 17T
On a donné un nom particulier, celui do calalhide ( calalliis ). à une modification du capitule dépendante de celle du sommet florifère de l’axe primaire. Ce sommet s’esl épaissi et élargi de manière ii offrir à 1 insertion des fleurs une grande surface plane, concave ou convexe. On en voit tous les exemples dans les fleurs vulgairement appelées composées, et qui ne sont autre chose qu'un amas de petites fleurs ainsi réunies en une masse qui, au premier aspect, offre l'apparence d’une fleur unique, et grande comme sont celles de la Chicorée ou de la Scorsonère ( fig. 1 89, I ), du Chardon ou du Soleil. Chacun se rappellera facilement, dans ce dernier, la tige dilatée à son extrémité en un plateau arrondi et charnu, tout chargé de fleurettes jaunes. Ce plateau ( /Uj. 189, 2 r ) florifère a
reçu divers noms : autrefois celui de réceptacle, plus récemment celui de phoranle ou de cUnanthe (d’après l’étymologie, support ou lit des fleurs).
Nous venons de dire que sa surface est quelquefois concave. Cette concavité est ordinairement superficielle et très évasée; mais d’autres fois elle s’enfonce davantage, en manière de coupe ou même d'urne; enfin ses bords peuvent se rapprocher et se toucher, de manière qu elle forme une cavité complètement close.
189. I. Capitule entier de la Scorsonère ( Scorsonère kispanica ). 2. Le même, coupé verticalement de manière à montrer le sommet du pédoncule élargi en un réceptacle r qui porte les (leurs f sur sa surface. Celles de la circonférence sont déjà épanouies, celles du milieu encore à l’état de bouton. — b Bractées imbriquées formant l involucre.
ns
C’est ce qu'on observe dans la figue [fuj. 190), et c/est pourquoi les personnes étrangères à la botanique ne connaissent pas ses fleurs, insérées sur toute la surface intérieure du réceptacle refermé au-dessus d’elles, et qui ne laisse apercevoir au-dehors que sa surface extérieure, verte et conformée en poire. Dans d’autres plantes de la môme famille, on trouve toutes les transitions depuis cette cavité close, où sont cachées les fleurs de la figue, jusqu’au réceptacle évasé du Dorstenia (firj. 191 ), qui les porte à découvert.
§ 210. Après avoir comparé entre elles toutes les inflorescences que nous venons d’exposer, on voit qu’elles ne diffèrent, ainsi que nous l’avions annoncé, que par le développement ou l’avortement de certains axes et par leurs longueurs relatives. Cela est tellement vrai qu’il est facile de donner de chacune de ces inflorescences une définition qui ne soit qu’un terme de comparaison avec toute autre. Ainsi on pourra dire que la grappe est un épi à fleurs pédicellées ; l’épi, une grappe à fleurs sessiles ; l’ombelle sessile, une grappe sans rachis ou axe primaire ; le capitule, une grappe où les axes sont supprimés , ou un épi où le rachis est nul , ou encore une ombelle sans rayons; l’ombelle, un capitule à fleurs pédicellées, etc.
Dans toutes ces inflorescences, les axes secondaires ou d’ordre inférieur peuvent être opposés ou alternes. Leur position relative devrait. être toujours la même que celle des feuilles, puisqu’ils naissent de l’aisselle de feuilles modifiées seulement par leur forme : c’est
190. Une figue coupée dans sa longueur, de manière à montrer ses fleurs f insérées sur toute la surface interne du réceptacle r.
191 . Inflorescence du Dorstenia. conlrayerva , où les tleurs f sont à demi plongées dans un réceptacle r, légèrement concave, sur la surface duquel on voit saillir leurs e trémités.
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en effet ce qui a lieu souvent. Mais nous avons dit (§ 1 07) que dans les plantes oppositifoliées il n’est pas rare de voir les feuilles véritables devenir alternes au sommet des rameaux. On ne devra I donc pas s'étonner si les bractées , toujours situées au sommet des rameaux, finissent fréquemment par alterner, même quand les I feuilles sont opposées.