‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle ... BotaniqueChapitre 55 sur 258 · ORGANES TR A NS FO R M É S · texte numérisé non relu

ORGANES TR A NS FO R M É S

§ 235. Nous avons suivi la plante dans tous scs développements, depuis la première apparition de l'embryon jusqu'à la production de la fleur qui la termine ; nous avons vu comment la diversité extrême en apparence de ses organes résulte réellement fie celle des formes que peuvent prendre un très petit nombre d'organes fondamentaux, et nous avons examiné celles qu'ils présentent le plus généralement. L'étude de ces transformations , la détermination des organes sous tous les déguisements qui les font ainsi varier à nos yeux, est une des bases de la botanique, qui sans elle ne pourrait comparer les innombrables espèces qu elle

est appelée à distinguer et classer. Dès que la science est sortie de l'enfance et a pris une marche philosophique, elle a donc dû s’occuper de cette organographie comparée, qui, dans ces derniers temps surtout, s'est simplifiée et perfectionnée par d’ingénieuses théories et de nombreuses applications, et qui, en prenant ainsi un nouvel essor, a pris aussi un nouveau nom, celui de morphologie (de popyn , forme). La règle qui guide le plus sûrement dans cette étude se tire de la connaissance des rapports constants de position des parties entre elles. Nous avons donc cherché quels sont ces rapports, et nous avons pu les vérifier en suivant dans toutes ses dégradations successives chaque organe dont la nature ne pouvait ainsi être douteuse pour nous, et en le voyant à travers tous ces changements de forme rester invariablement fidèle à ces lois de position. Les cas les plus embarrassants, ceux qui doivent presque nécessairement induire en erreur l’observateur qui ne se sert pas de ce fil pour se tirer de ce labyrinthe , ce sont les cas oii un organe vient à revêtir précisément la forme de l'autre, à tel point qu’on doit tout naturellement le prendre pour lui. Ainsi nous avons vu les racines aériennes, surtout dans les plantes grimpantes, prendre souvent l’aspect de branches; nous avons vu, réciproquement, les rameaux prendre quelquefois celui de racines, par exemple, dans la pomme de terre (§ 190).

FASCIATION.

§ 236. 11 n'est pas très rare de leur trouver l'apparence de feuilles, par un changement analogue à celui que nous avons décrit dans le pétiole élargi en phyllode (§ I i l ). Ainsi, dans les XylophyUa , les branches cylindriques donnent, dans leurs dernières ramifications, naissance à des expansions vertes en forme de feuilles (/ï y. 202, r), sur le contour desquelles on s’étonne de voir naître de distance en distance de petits faisceaux de fleurs (/■). Les fleurs du Rus vus androgynus sont disposées de même , et, dans le liuscus aculeutus (petit Houx) et hypoglossum , elles naissent aussi en apparence d’une feuille semblable , mais de sa nervure moyenne : dans ces cas on avait autrefois décrit une inflorescence épiphylle. Niais, avertis que nous ne pouvons trouver les fleurs que sur des rameaux , nous n'hésiterons pas à en reconnaître, par ce fait seul, dans ces feuilles prétendues, et, en les examinant mieux, la feuille véritable se découvrira à nous sous la forme d’une petite foliole membraneuse, à l'aisselle de laquelle naît la fausse. La nature prend quelquefois soin de con-

foliiformes d autres rameaux semblables, comme ils naissent eux

[fuj. 203) qu’on voit porter les fleurs à l’extrémité dilatée de la tige d'une plante vulgairement cultivée dans nos jardins, le Celosia crislata, est une expansion faseiée. On en voit souvent aussi dans les turions de l'Asperge, dans les rameaux du Frêne, du Daplmé; mais ici c’est une exception, un cas de monstruosité.

202. Un rameau folliforme r du Xylophylla longifolict. — fff Faisceaux de fleurs qui en naissent.

203. Sommets de la tige du Celosia cristala , dilatés en une sorte de crête charnue, toute chargée de bractées aiguës, et de (leurs à son sommet.

vui li.es ( cirrhi ) .

§ 237. Nous avons eu déjà précédemment occasion de parler des vrilles de la Vigne ( § I 83, fi g- 1 72, v' v" ) , et nous avons vu que c’était une métamorphose de h inflorescence dans laquelle les fleurs ont avorté , et les pédoncules , réduits en nombre et quelquefois même au primaire, se sont allongés en filets herbacés et flexibles, susceptibles de se tortiller autour des corps qu'ils rencontrent. Ce sont alors les dernières ramifications d'une tige grimpante, tout-à-fait comparables à ses jeunes pousses, mais différant des véritables rameaux en ce que leurs feuilles ne se développent pas. Nous savons que dans la Vigne ces vrilles, représentant de sinflorescences terminales rejetées sur le côté, sont opposées aux feuilles: dans la plupart des autres plantes qui en sont munies, elles occupent leur place normale, soit à l’extrémité des rameaux, soit a l’aisselle des feuilles (par exemple , dans les Passiflores), fl se présente des cas où la conversion n’est pas complète et où 1 inflorescence présente, avec des pédoncules florifères, d’autres changés en vrilles. Elles résultent quelquefois de la métamorphose d’un autre organe que les rameaux ou pédoncules, de celle des différentes parties de la feuille même. Dans ce cas, ce sont les nervures qui se prolongent sous cette forme, tantôt la médiane seule à l’extrémité du limbe, ou simple (par exemple dans le Flagellaria indica, ie Methonica gloriosa ) , ou plus souvent composé ( dans les Pois , les Vesces, les Gesses). Dans ces feuilles pennées terminées en vrille, celle-ci produit fréquemment des filets latéraux dus à une métamorphose analogue des folioles supérieures. Il n'est pas rare de voir le parenchyme disparaître complètement dans ces feuilles ainsi converties et réduites, soit à leurs principales nervures, et alors la vrille est rameuse ; soit à leur nervure médiane , et alors la vrille est simple (par exemple, dans le Lalhyrus aphuca ). Comme la nervure médiane et le pétiole sont la continuation d’un même faisceau, on donne à ces vrilles l’épithète de pétiolaires.

Très rarement ce sont les faisceaux latéraux de la partie vaginale qui se prolongent en vrilles, et la feuille en présente alors deux partant de sa base en manière de stipules , un de chaque côté : telle paraît être leur origine dans les Smilax.

Dans tous les cas, le point de départ des vrilles permet de déterminer quel est l’organe ainsi déguisé. Si elle résulte de la métamorphose de plusieurs axes do différents degrés, comme dans la vigne, on observe souvent, à la naissance de chaque filet latéral ,

PIQUANTS. l'JÜ

une petite feuille rudimentaire relativement à laquelle il est axillaire.

piquants ( spinœ ) .

§ 238. Une autre forme tout-à-fait différente, et presque inverse, sous laquelle se déguisent souvent tous ces mêmes organes , est celle de piquant. Au lieu d'un filet llexible et mou qu’on avait dans la vrille, on a une petite branche raccourcie, roide et terminée en pointe, également simple ou rameuse.

Ce sont les rameaux qui offrent le plus fréquemment cette métamorphose. Tantôt ce sont tous les rameaux d’une plante, comme dans les Ajoncs, les Colletia; tantôt ce ne sont quel es derniers, et quelquefois même seulement l'extrémité qui, au lieu de s’épaissir en un bourgeon terminal, s'aiguise et se durcit. Ces rameaux épineux peuvent conserver encore en partie leur caractère en se chargeant de feuilles et même de fleurs (comme dans le Prunier épineux, I'kj 20 il, ou bien nus dans toute leur étendue, le perdre complé-

204. Rameau du Prunellier [Prunus spinosa), terminé en piquant.

205. Rameau de l'Epine-vinette ( Berbcris vuhjnris ) , dont les feuilles fff ont pris la forme de piquants rameux. De l'aisselle de chacune naît une rosette r r r de feuilles régulièrement conformées.

206. Feuille composée d'un Astragale ( Astrmjalus massiliiinsis ), dont le rachis r se termine en piquant. — s Stipules pétiolaires. — /Foliules groupées en neuf paires.

tement à 1 extérieur (comme dans le Gleditschia). Mais l’examen anatomique de leur intérieur montrerait toujours une structure identique avec celle du rameau.

Ce sont plus rarement les pédoncules qui se terminent en épines (par exemple, dans YAlyssum spinosum ).

Dans la feuille, ce peuvent être les faisceaux appartenant à ses différentes parties : 1° les nervures médianes ou principales, soit qu'une portion du parenchyme réunisse encore leur base et qu’on ait ainsi un limbe terminé ou bordé de pointes plus ou moins longues, comme dans les Chardons ; soit que le parenchyme disparaisse complètement, comme cela est fréquent dans l'Epine-vinette (/*</. 205 f). Le piquant est quelquefois formé par le pétiole seul. Souvent ce n’est qu’en vieillissant qu'il prend cette forme : le rachis de la feuille pennée de l’Astragale adragant et autres, par exemple, après la chute des folioles qu'il a portées pendant la jeunesse de la plante ( fi<j . 206). 2“ Les stipules endurcies en deux épines plus courtes à la base de la feuille, comme dans notre acacia (Robinia pseudoacacia, fi y . 207 ). Le coussinet, quelquefois lui-même spiniformo (/»>/. 208 ), s'en distinguera aisément s'il forme une seule pointe

207. Base de la feuille composée du faux-acacia ( Robinia pseudo-acacia) ,

dont les stipules s s ont pris la forme de piquants. — b Branche. r Rachis.

208. Rameau du Groseillier à maquereau I Ribes uva-crispa), où l’on voit les coussinets c c ce des feuilles développées chacune en un piquant simple ou triple. —J /J Base des feuilles. — b b Bourgeons naissants de l’aisselle de ces feuilles.

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