Accroissement des tiges et des racines. — Pour CO qui
concerne l'accroissement des organes composés , nous avons déjà , aux articles tige, racine et feuille, exposé ce qui se passe; il s’agit maintenant de déterminer comment tous ces changements ont lieu. Nous le rechercherons sur les plantes dicotylédonées, qui sont mieux connues comme acquérant un grand développement dans nos cli—
1’ mats, et qui, par la formation de bourgeons latéraux, fournissent des
données plus nombreuses et plus claires pour la solution du problème. Rappelons en peu do mots que les tiges s'allongent de bas en haut, les racines, en sens inverse ; que les premières présentent une moelle et un étui médullaire composé en partie de trachées déroulables qui manquent aux seconds ; que plus tard, entre l'étui et l'écorce, s’interposent de nouvelles fibres et des vaisseaux d’un autre ordre, et que, de cette interposition qui se répète chaque année, résulte l’accroissement en épaisseur.
C’est l'origine de ces fibres et vaisseaux au sujet de laquelle les botanistes ne sont pas encore entièrement d'accord. En exposant et discutant les opinions divergentes et les faits sur lesquels elles s'appuient, nous aurons occasion de traiter avec un détail suffisant ce qui se rapporte à l’accroissement des organes composés.
§ 333. Une théorie ingénieuse, que professent un grand nombre^! auteurs , fut proposée par un astronome français, Laliire, au commencement du xvm' siècle, mais en quelques pages et sans preuves à l'appui , de sorte qu elle resta négligée et probablement ignorée. Un siècle plus tard, un autre Français, Dupetit-Thouars, la proposa de nouveau, l’ayant sans aucun doute retrouvée par ses propres observations ; et comme il la soutint par des ouvrages riches en faits et on raisonnements, il eut l’honneur de la découverte , et on no la connaît que sous le nom de théorie de Dupetit- Thouars.
Les bourgeons, ainsi que nous l’avons plusieurs fois répété, peuvent être comparés à autant d’embryons ; ils se développent chacun en une branche semblable à la tige qui est résultée du développement de l’embry'on. Mais celui-ci, fixé sur la terre, a en germant produit à sa partie inférieure des racines chargées d’aller pomper sa nourriture. Les bourgeons qui , parvenus à maturité, se détachent de la tige , comme nous en avons vu dans les bulbes (§ 182), les cayeux, les bulbilles (§ 184) , les rosettes des tiges rampantes (§ 183), imitent les vrais embryons et émettent par leur bas des racines. Les bourgeons qui restent fixés sur la tige en seraient-ils seuls dépourvus? Dupetit-Thouars ne le croit pas, et, voyant, que cet amas de faisceaux fibro-vasculaires qui se
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forment entre l'écorce et l’étui médullaire ne se montrent qu après que les bourgeons ont commencé leur évolution , qu’on les voit se rattacher d’une part à la base de ceux-ci , et que de l’autre on peut les suivre jusqu’à l'extrémité des racines, il pense qu’ils ne sont autre chose que les racines mêmes des bourgeons courant dans l’interstice de l'écorce et de l'étui jusqu’à ce qu’elles s’échappent au-dehors sous forme de racines, soit normales, soit adventives. Le cambium n’est lui-même qu'un fluide nourricier que ces racines puisent dans ce trajet à travers l’épaisseur du végétal. Chaque année une nouvelle production de bourgeons ou embryons fixes détermine ainsi une nouvelle émission de faisceaux radiculaires correspondants, dont l’ensemble ajoute une couche au bois et de nouvelles ramifications à la racine.
§ 334. Cette théorie a pris récemment un nouveau développement entre les mains de M. Gaudichaud, qui, ne s'arrêtant pas au bourgeon, l’étend à ses parties constituantes, son axe et ses feuilles, les unes jouant, par rapport à l'autre, absolument le même rôle que Dupetit-Thouars attribue aux bourgeons par rapport à la tige. Un embryon monocotylédoné (abstraction faite de sa gemmule) se compose d’une tigelle, d'une feuille ou cotylédon , et plus tard, par la germination, d’une racine. C'est pour M. Gaudichaud le type de l’individu végétal ou le pliyton, formé ainsi d’un système ascendant (tigelle et feuille) et d’un système descendant (racine). Quand la gemmule se développe, au-dessus du cotylédon s’allonge un premier entre-nœud que termine une feuille , et qui est pour elle ce que la tigelle était pour le cotylédon. Ils forment donc la partie ascendante d’un second pliyton, dont la partie descendante ne peut parvenir à la terre qu’à travers la tigelle, qu’elle parcourt sous forme de filets fibro-vasculaires , en dedans de l'enveloppe corticale. Il en est de même pour toutes les feuilles successives, chacune portée sur son entre-nœud , chacune envoyant ses filets radiculaires à travers tous ceux qui sont placés au - dessous d’elle. Ainsi, la tige qui résulte de révolution de la gemmule est une suite de tigelles unies bouta bout, chacune enveloppée par les faisceaux radiculaires de toutes celles qui sont situées au-dessus; et elle représente exactement un rameau quelconque, si ce n’est que dans le rameau l’ensemble des faisceaux radiculaires, parvenu à son extrémité inférieure, s'implante dans la branche dont il naît, et où il continue sa course intérieure et descendante. L’embryon dicotylédoné ou tout entre-nœud portant deux feuilles opposées n’est que l’assemblage de deux phytons.
§ 33o. Les fibres et vaisseaux de l'écorce ont la même origine