‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle ... BotaniqueChapitre 74 sur 258 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

§ 347. Eu résumant tout ce que nous avons précédemment exposé sur les fonctions de la végétation, nous pourrons sommairement comparer ce qui se passe dans les végétaux et ce qui se passe dans les animaux. Pour cette comparaison , nous devons laisser de côté ceux qui, dans l’un et dans l'autre règne , présentent l’organisation la plus imparfaite et où ces fonctions sont incomplètes et le plus ordinairement fort obscures.

§ 348. 1° Le végétal absorbe par l’extrémité de ses racines des corps venant du dehors à l’état liquide , corps qui sont purement inorganiques, savoir, de l’oxygène, de l’hydrogène, du carbone et de l’azote , sous forme d’eau , d'acide carbonique , d’ammoniaque , ainsi que quelques autres de nature métallique; 2" ces derniers conservent leur nature dans l’intérieur des tissus; mais les premiers y forment diverses combinaisons , d’où résultent d’autres corps plus composés et qu’on peut appeler organiques , propres à devenir les matériaux constitutifs du végétal, la fécule, par exemple; 3° ces matériaux sont à leur tour modifiés, sous l’influence de la respiration et des sécrétions, de manière à donner naissance à tous les produits de l’organisme. Il faut bien concevoir toutes ces combinaisons comme ayant lieu , non entre les quatre corps élémentaires que nous avons nommés, mais entre les composés organiques qu’une fois introduits dans le végétal ils ont formés sous l’influence de la vie. Ces composés sont ce qu’on nomme les principes immédiats des végétaux.

§ 349. Dans la nutrition des animaux, ces premières opérations préparatoires sur les aliments n’ont pas lieu, puisque ce sont toujours des substances végétales ou animales, par conséquent déjà plus ou moins organisées. Le nouveau degré d’élaboration qu’elles subissent dans le corps animal continue l’acte végétal commencé par les plantes , mais en parcourant en quelque sorte un cercle ; car l’animal détruit ces substances en les employant, et celles qu’il rejette par sa respiration ( § 239 ) et ses excrétions ( § 310) se trouvent précisément les matières brutes, premier aliment du végétal.

§ 350. Le végétal absorbe ses aliments dans la terre par l’extrémité des dernières ramifications radiculaires ; l’animal absorbe les siens par les dernières ramifications des vaisseaux veineux et

lymphatiques clans le lube intestinal. Mais auparavant ils ont subi dans ce tube une première préparation par l’acte de la digestion , aete qui doit manquer complètement, ainsi que ses organes, dans la vie végétale ( l), puisque toutes les opérations par lesquelles les matières se trouvent dans le sein de la terre à l'état de dissolution, propres à être absorbées par les racines, sont tout-à-fait en dehors du domaine de la vie.

§ 351 . Mais si nous passons aux actes subséquents de la nutrition , nous trouverons un certain parallélisme dans les deux règnes. Dans l’animal , ces matières absorbées à l’état liquide par les vaisseaux en contact avec le tube intestinal sont portées dans la masse du sang, et avec lui dans les organes respiratoires, où, au contact de l’air, elles subissent certaines modifications par suite desquelles le fluide devient propre à la nutrition, et est reporté suivant un cours rétrograde dans toutes les parties du corps où elle a lieu. Dans le végétal , les fluides absorbés par les racines sont portés (2) à travers les parties centrales à la périphérie, siège de la respiration, et subissent au contact de l’air de nouvelles modifications à la suite desquelles, doués de nouvelles propriétés essentiellement nutritives, ils vont aussi, par une marche rétrograde, se distribuer à toutes les parties. Ainsi donc, dans l’un comme dans l’autre cas, transport des matières venant du dehors vers l’organe respiratoire, puis de celui-ci vers tous les points du corps à nourrir. Les liquides rapportés par l’écorce, et surtout circulant dans les laticifères, peuvent donc être comparés jusqu'à un certain point au sang artériel ; ceux qui sont apportés des racines par le centre ligneux , au liquide fourni par le chyle. Quant à la partie du fluide nourricier dépouillée de matériaux qui ont servi à la nutrition , revientelle dans les végétaux se mêler à la masse circulatoire, comme cela a lieu dans les animaux, où elle forme le sang veineux et probable-

(1) Quelques auteurs considèrent comme digestifs la plus grande partie des phénomènes que nous avons décrits sous les titres de nutrition et de respiration. Dans leur point de vue, les stomates et les extrémités radiculaires représenteraient autant de bouches donnant entrée aux aliments , et l’élaboration qu’ils subissent ensuite à l’intérieur du corps végétal , notamment la fixation du carbone , représenterait une sorte de digestion ; la respiration se bornerait à la fixation de l’oxygène pris à l’atmosphère et serait entièrement semblable à celle des animaux. Ainsi que nous l’avons déjà dit (§ 289), la vérité de ces théories dépend tout-àfait des définitions qu'on voudra adopter pour chacune de ces fonctions. Mtiis il faudrait alors donner à l’idée de digestion un sens beaucoup plus étendu que celui qu’on y attache chez les animaux, savoir, la première préparation subie parles aliments dans le tube intestinal.

(2) Us subissent dans cette marche un premier degré d’élaborati n qui commence à les organiser et dont nous ne devons pas chercher l’analogue chez les animaux, où les particules alimentaires se trouvent organisées d’avance.

UÉSÜMÉ. 275

ment la lymphe? Cela est fort vraisemblable, et paraît pouvoir se conclure de la fréquente résorption des tissus végétaux qu'on a pu observer. Mais néanmoins on ne peut rien affirmer, tant est grande la confusion des voies ouvertes à la circulation des sucs dans le végétal.

En effet, si de l’examen de la fonction en général et de ses produits nous passons à celui des organes par lesquels elle s’exerce , toute similitude cesse. Les végétaux ne nous présentent pas ces systèmes de vaisseaux régulièrement ramifiés qu'offrent les animaux, et qui indiquent clairement le cours du iluide nourricier; ni de centre où il vienne recevoir l'impulsion qui détermine son mouvement. L’absence de tout tissu contractile y entraîne une différence essentielle dans la cause et la nature de ce mouvement cir- ; culatoire.

§ 352. Nous avons déjà (§ 289 ) comparé la respiration dans les deux règnes, et montré comment elle s’exerce en sens inverse dans l’un et dans l’autre. Nous avons exposé comment ses organes se modifient suivant qu’elle a lieu sous l'eau (§ 290) ou à l’air, et signalé sous ces rapports une certaine analogie des végétaux avec les animaux, suivant qu'ils respirent dans l’un ou dans l’autre milieu , comparant les feuilles submergées aux branchies , les feuilles aériennes au poumon, ou mieux encore au corps des insectes (§ 279) parcouru par leurs trachées, qui communiquent au-dehors au moyen de pores. Nous avons trouvé dans les stomates les analogues de ces pores; mais dans le reste de l’appareil respiratoire existe une différence essentielle, puisque dans les animaux l’air parcourt une suite de vaisseaux ramifiés ( bronches ou trachées ), et agit à travers leurs parois sur le sang contenu dans des vaisseaux capillaires qui rampent à leur surface, tandis que dans les végétaux il parcourt une suite de cavités formées par l’intervalle des cellules plus ou moins écartées entre elles (§ 127), et agit sur le fluide contenu dans ces cellules. On pourrait comparer à cette disposition celle de la portion de l’appareil respiratoire des oiseaux, qui s’étend des poumons à toutes les parties du corps, et les met en rapport avec l’air circulant par une suite de grandes lacunes creusées dans le tissu cellulaire. Nous avons appelé aussi l’attention sur une autre différence fondamentale que présente la respiration des végétaux comparée à celle des animaux : c'est que celle-ci s’exerce sans intermission pendant toute la vie, et dans l’obscurité comme au jour, tandis que la première ne s’exerce qu'à la lumière ( § 283 ), dont les rayons chimiques semblent môme prendre part aux combinaisons nouvelles formées sous son influence (§ 284).

§ 353. Quant à l'exhalation à la superficie du corps , nous avons trouvé qu'il y en avait une générale sur toute celle du végétal , mais peu considérable, et dépendant pour la plus grande partie des circonstances extérieures, la transpiration insensible, qui se compare naturellement à l'exhalation à la surface du corps animal ; puis une autre plus active qui accompagne la respiration et a lieu seulement par les mômes voies , et que nous avons comparée à l’exhalation pulmonaire (§ 291).

§ 354. Pour les sécrétions, nous retrouvons celte môme différence si fréquente entre les tissus des organes dans les animaux et dans les végétaux , formés dans les premiers par un lacis de vaisseaux , dans les seconds par un amas de cellules. C’est celte dernière structure que nous ont montrée les glandes des végétaux, comparables seulement aux plus simples entre colles des animaux , dont la plupart sont d’ailleurs pourvues de conduits excréteurs qui ne s’observent pas dans les premières. Nous n'avons pas trouvé dans les plantes certaines excrétions existant constamment , ainsi que cela a lieu dans les animaux; mais celles dont l’existence est aussi générale dans la majorité de ces animaux semblent se lier surtout à la digestion , fonction qui manque chez les végétaux. Et, du reste, à cause de la grande uniformité du tissu végétal, il est tellement difficile de distinguer tous ceux qui peuvent sécréter un fluide particulier, et de suivre la marche ultérieure de ces fluides au milieu des autres, qu’il règne encore une grande incertitude au sujet des sécrétions et excrétions végétales (§317).

§ 355. Concluons donc que s’il résulte une certaine analogie dans la suite des grands actes qui constituent les fonctions de nutrition chez les animaux et les végétaux , elle disparaît presque entièrement dans les appareils organiques qui en sont chargés, appareils licitement définis chez les premiers et très confusément chez les seconds; que les forces qui y président sont en grande partie différentes; qu’enfin, dans les produits qui en résultent on remarque des différences tellement combinées que les deux règnes puissent faire entre eux de continuels échanges; contre-poids toujours prêt pour maintenir un admirable équilibre au milieu du désordre que le mouvement de la vie de cette grande foule d’ôtres organisés tendrait autrement à jeter sans cesse dans la nature.

Page 1