‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle ... BotaniqueChapitre 76 sur 258 · FLEUR EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

FLEUR EN GÉNÉRAL

plupart des autres fleurs les différences bien tranchées de ces différentes parties justifient leur distinction par des noms différents. Dans celle du Nénuphar blanc, elles sont peu nettes; et dans la série des formes intermédiaires, depuis les folioles du calice jusqu'à l’étamine la plus intérieure, il serait bien difficile de marquer un point où finit un ordre d’organes et où un autre commence, de telle sorte que cet exemple nous autorise à reconnaître dans les folioles du calice , dans les pétales et dans les étamines, un seul et. même organe plus ou moins profondément modifié.

§ 337. Mais cet organe est-il une feuille? Nous ne pouvons douter que les bractées (§ 226) ne soient des feuilles modifiées, tant le passage des unes aux autres est fréquent et manifeste par des gradations insensibles. Or, celui des bractées aux folioles calici— nales ne l’est pas moins, et, dans beaucoup de cas, il est impossible de distinguer les unes dos autres. Citons pour exemple la pivoine, l’orobanche, etc., etc. Dans d’autres cas (dans la Rose par exemple, fig. 261 et 369, c f), les parties calicinales offrent la forme même de véritables feuilles, et le nom de folioles qu’elles ont reçu depuis bien long-temps prouve assez que cette analogie n’avait pas échappé à nos devanciers.

§ 358. Ce n’est donc que dans les parties du pistil que nous n’avons pu encore reconnaître les feuilles. Mais si dans le Nénuphar leur degré de transformation les avait aussi complètement déguisées, d'autres exemples, au contraire, nous montreront qu’elles ne le sont pas toujours au même point, et que le plus souvent même ellçs le sont moins que les étamines.

Prenons une fleur de Magnolia, celle de l ’yulan maintenant assez communément cultivé dans les jardins. Elle se dégage d’un involucre spathiforme composé de deux bractées vertes et velues, et montre alors une rosetté de neuf grandes folioles toutes blanches; puis en dedans, sur un axe allongé, un amas de corps étroits terminés en pointe : ceux du bas jaunes, rétrécis en filet à leur partie inférieure; ceux du haut verts et renflés au contraire à leur base, qui se trouve vide au dedans et dont le renflement correspond ainsi à une cavité close. Si nous comparons cette fleur à celle du Nénuphar, nous reconnaissons dans, les folioles blanches celle du calice et de la corolle, qui ici ne peuvent se distinguer que par leur position relative ; dans les corps jaunes, les étamines dont la forme est ici la même pour toutes et tranche nettement avec celle des pétales. Les corps verts qui couvrent le haut de l’axe et occupent le centre de la fleur correspondent par leur situation à ce que nous avons nommé le pistil. Mais ici il se trouve composé d’un

grand nombre do parties séparées, d’autant do petites feuilles comme roulées sur elles-mêmes. Dans la fleur d-’un genre voisin

des Magnolias, le Tulipier de Virginie ( Lyriodendron tulipifcra), nous aurions trouvé en dehors trois folioles calicinales vertes; puis, sur deux rangs, six pétales également verts mais tachés de rouge ; plus en dedans un grand nombre d’étamines rétrécies inférieurement en filet {fig. 224 e) et occupant le bas d’un axe central (a) dont le reste est couvert par de petites feuilles vertes (cc),. plates, épaissies à leur pointe, renflées et creuses à leur base, par laquelle elles se confondent les unes avec les autres, jusqu'à ce qu'à la maturité toutes ces lames se détachent complètement les unes des autres. Cc sont les parties composantes du pistil, dont chacune a reçu le nom de carpelle. Nous pourrons dans la suite de cette exposition les désigner également par celui de feuilles carpellaires .

$5 359. Dans ces divers exemples que nous avons pris jusqu’ici, la disposition spirale de cette suite de parties composant la fleur (folioles calicinales, pétales, étamines, carpelles), est tout à fait évidente; et il en résulte pour celle du Nénuphar, où l’axe qui porte toutes ces parties est extrêmement raccourci, une rosette analogue à celle que nous avons représentée fig. 156; pour celles du Magnolia et du Tulipier, où cet axe est fort allongé, une disposition comparable à celle que nous avons représentée fig. 158. Cet agencement des parties de la fleur devait suffire pour faire reconnaître une certaine analogie entre elles et les feuilles, si les règles (pie nous avons énoncées autre part sont vraies.

§ 360. Dans la plupart des fleurs, la disposition des parties suivant une ligne spirale est beaucoup moins manifeste, et cela par plusieurs causes dont il est facile de se rendre compte. La surface qui les porte ne forme pas un axe allongé comme dans le Magnolia et le Tulipier, ou ne s’étend pas en largeur comme dans le

224. Partie centrale delà fleur du Tulipier, composée de carpelles cc, dont l’ensemble forme le pistil. Us couvrent la partie supér cure d’un axe a , et au-dessous s’insèrent de nombreuses étamines desquelles on a laissé quelques-unes cc; et enlevé d’autres dont les insertions ont laissé de petites cicatrices sur l’axe en a. Ces étamines sont bypogyncs et extrorscs.

Nénuphar; alors ces parties, pressées dans un petit espace, sinsèrenl sur des points trop rapprochés pour que leurs positions relatives soient nettement accusées, ou pour qu’elles les conservent rigoureusement dans leur développement souvent inégal. Il arrive là en petit ce qui se montre en grand dans une plantation : si les arbres se trouvent suffisamment espacés, il sera facile de reconnaître au premier coup d’œil leur disposition générale; s’ds sont serrés les uns contre les autres, comme dans une pépinière ou un bois, il deviendra difficile de l’apercevoir, lors même qu’elle aura été faite suivant un plan régulier; et même avec le temps elle aura perdu cette régularité, parce que parmi ces arbres, surtout s'ils ne sont pas de la même nature, les uns auront dépassé, repoussé ou même étouffé les autres.

D’ailleurs la surface offerte à l'insertion des folioles de la fleur n’a pas toujours une parfaite régularité, celle d’un cylindre ou d’un cône, ou d’un plan circulaire; et ce défaut peut alors en entraîner un semblable dans les rapports de position des parties.

Dans les exemples que nous avons choisis, le grand nombre de ces parties portées sur une surface étendue et régulièrement développée permettait de constater facilement les spirales multiples et secondaires, desquelles on devait conclure l’existence d’une spirale unique primitive (§ 159). Mais supposons un moment que, même dans un de ces exemples, dans la fleur du Tulipier, nous nous fussions contentés de comparer ensemble seulement les cinq étamines ou les cinq carpelles situés plus bas, il nous eût été bien difficile de saisir les petites différences de hauteur qui existent, entre leurs insertions, et nous les eussions vus tous cinq comme disposés sur un cercle unique. Or, c’est ce qui arrive pour le plus grand nombre de fleurs où celui des parties est beaucoup plus limité que dans celles dont nous avons tiré nos- exemples. Les carpelles, ainsi réduits en nombre, paraissent naître à la même hauteur; les étamines, réduites de même, disposées en un cercle autour d’eux, les pétales et les folioles calicinales, en deux autres cercles concentriques. Tantôt on peut encore reconnaître, à quelques signes que nous apprendrons à apprécier plus tard, de légères inégalités dans les hauteurs relatives de ces folioles de même nature les unes par rapport aux autres; tantôt il n’en existe réellement pas, et ces parties de la fleur rentrent dans la classe des feuilles exactement verticillées. Comme elles offrent, à peu près la même apparence dans l’un et l’autre cas, on les a considérées comme disposées en effet par ver ti cilles , et on est convenu en conséquence de désignerions ce nom les groupes des organes différents

que nous avons déjà signalés dans la fleur. Complète, elle sera composée de quatre verticilles, celui du calice, celui des pétales, celui des étamines et celui descarpelles dont la réunion forme le pistil.

§ 361 . Si la ileur est parfaitement régulière en même temps que complète, dans chacun de ces différents verticilles les parties seront en nombre égal, et. alors nous retrouverons la loi que nous avons signalée comme générale dans les rapports des feuilles de deux verticilles superposés, l’alternance de celles de l’un avec celles de l’autre ( § 164 ). IMontrons-le par un exemple. La Ileur des Crassula lucida , rubens (fig. 225, 235) etc., présente 1° un calice composé de cinq languettes vertes, égales, disposées en cercle (fig. 225, c c); 2" une corolle de cinq pétales p p rosâtres et plus longs, qui naissent surunrang un peu intérieur, précisément dans les cinq intervallesqui séparent les cinq languettes; 3° cinq étamines ee e dans les interc vallesdespétalesetplacées par conséquent

devant les divisions du calice ; 4° cinq carpelles oo disposés en étoile, alternant avec lesétamines, et en conséquence placés devant les pétales. Ajoutons que c ces carpelles peuvent donner, mieux que tous ceux des exemples cités précédemment, une juste idée de la nature foliacée de cet organe Ils ont chacun la forme d’une petite feuille pliée sur elle-même, 225. tournant en dehors sa nervure médiane,

et en dedans ses deux bords, qui se touchent et se réunissent pendant la floraison pour s’écarter plus tard. Ainsi donc, pour des verticilles composés d’un même nombre de parties, alternance de ces parties d’un verticille à celui qui est le plus voisin, opposition au contraire de ces parties de deux en deux verticilles ; c’est une loi commune aux feuilles véritables et à celles qui modifiées entrent dans la composition de la (leur.

§ 362. Au milieu de cette prodigieuse diversité qui permet de distinguer à leurs (leurs tant de milliers d’espèces de plantes, on doit s’attendre à rencontrer une grande variété dans le nombre des parties dont sont formés les verticilles floraux: et c’est ce qui a lieu en effet. Néanmoins, parmi ces nombres, il y en a deux qui se représentent le plus généralement, ce sont les nombres cinq et

225. Fleur du Crassula rubens. — c c Folioles du calice. — p p Pétales. — e. e Etamines, - oo Carpelles, à chacun desquels répond extérieurement un petit appendice a en forme d’écaille. — La tranche horizontale ou diagramme de cette même fleur est représentée par la figure 231

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