DEUXIÈME PARTIE. ‘X'jZ
longue durée et étant promptement remplacées par des impressions contraires ne peuvent q’uêtre avantageuses par les agitations qu’elles occasionnent. Elles fortifient assurément l’économie animale.
Mais il est une navigation bien autrement puissante que ces parties de plaisir, je veux parler des voyages sur mer. Ici les circonstances accessoires sont encore les causes les plus efficaces des mutations profondes qui se manifestent après les voyages de long cours.
Quel effet ne doit pas produire sur l’imagination d’un malade cette étendue d’eau sans bornes, image de l’immensité? Le vaisseau quitte le rivage, et bientôt il ne voit autour de lui qu’un abîme sans fond, dont il n’est séparé que par une frêle planche; il ne voit que le ciel et l’eau. Le moindre accident peut l’engloutir pour jamais. Ce n’est rien encore, un vent jusqu’ici propice enfle la voile. Tout à coup le ciel se rembrunit, le tonnerre gronde, l’éclair sillonne la nue, la foudre éclate et tombe, la vague couvre le pont, les matelots vomissent le blasphème, les cordes crient et se rompent; le vaisseau s’élève jusque dans les nuages, et retombe tout à coup au fond de la mer. Quelle âme héroïque restera impassible à ce spectacle terrible ? Et quels organes résisteront à de pareilles commotions? Mais supposons le voyage paisible. Entrepris dans l’espérance de guérir ; cette espérance aura déjà favorablement disposé l’organisme. Un air pur continuellement rafraîchi par l’évaporation, exempt de matières animales décoin po-
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sées , ne pourra fournir à la respiration qu’un aliment bienfaisant. La température des régions que l'on parcourt, le changement de régime alimentaire, une nourriture simple et grossière, prise avec appétit , n’exerceront - ils pas une influence aussi grande? Le désir d’arriver au terme de son voyage, l’aspect des manœuvres qui s’exécutent sur un vaisseau, etc., etc. Toutes ces circonstances accessoires, ne seront-elles pas propres à produire les résultats les plus inattendus ?
Ajoutons à ces causes le mouvement imprimé par le roulis du vaisseau, que nous aurions dû nommer le premier; doutera-t-on de son pouvoir en réfléchissant aux phénomènes qu’il détermine sur les personnes inaccoutumées aux voyages maritimes? Abattement, anxiété extrêmes des voyageurs; frisson général, tremblement des membres, impossibilité de la station, immobilité, inappétence, nausées, vomissemens, indifférence pour la vie, etc. Pehse-t-on qu'une cause capable d’influencer à ce point l’homme physique et moral, puisse être dans les maladies une ressource sans prix?
Ajoutons encore que le malade peut partager les travaux des matelots, et joindre ainsi l’effet de l’exercice actif à l’effet de la gestation; nous conviendrons que la navigation doit être comptée au nombre des agens de l’hygiène les plus énergiques.
Les gens de mer sont aventureux; l'habitude des dangers les rend courageux, ils se plaisent dans les hasards et les fatigues. A peine sont-ils échappés des