DEUXIEME PARTIE
pied el de revenir de la même manière. Elle était d’une faiblesse telle, que ce retour était presque impossible, et qu’après l’avoir fait il lui était très-pénible de se livrer au moindre exercice pour le reste de la journée, tant la fatigue était grande. Un jour elle sortit du bain au moment où un régiment précédé d’une musique guerrière passait et dirigeait sa marche vers sa demeure; elle y arriva presque sans s’en apercevoir, et sans la moindre lassitude : attribuant avec raison cet effet à influence de la musique, elle résolut de profiter de cette observation. Ce régiment passant tous les jours à la même heure, il lui fut facile de répéter l’expérience, et ce fut toujours avec le même succès.
Mais les fonctions de la vie animale ne peuvent pas être modifiées d’une manière aussi énergique sans que celles de la vie organique ne s’en ressentent vivement. Aussi la circulation, la respiration, et la digestion sont-elles accélérées ou ralenties par diverses sortes de musique. Comment les fonctions resteraientelles pour ainsi dire stationnaires lorsque l’organe qui semble les tenir toutes sous sa direction , est si profondément impressionné? A peine entend-on les premiers sons d’une musique ravissante, que tout le corps est saisi d’un frémissement général, bientôt un charme inexprimable et plein de volupté s’empare de nos sens. Si la musique est vive et bruyante , les yeux deviennent brillans, la face se colore, le pouls devient fort et régulier, la chaleur augmente, et toutes les autres fonctions redoublent d’énergie.
64 cours d'hygiène.
Cette observation n’avait pas échappé aux anciens , qui, clans leurs festins, goûtaient le plaisir de la musique. Change-t-on de mesure et de ton, les yeux deviennent langoureux, la face pâlit, le pouls se concentre, la peau est froide, et la respiration devient suspirieuse.
On conçoit de quelle utilité la musique peut être dans les maladies, puisqu’elle imprime à l’économie animale de si profondes modifications. C’est surtout dans les maladies du cerveau qu’elle pourra exercer la plus heureuse influence. Aussi voit-on que parmi les exemples multipliés que les auteurs nous ont transmis, les névroses occupent le premier rang. L’aliénation mentale, l’hypocondrie, l'hystérie, l’épilepsie, la catalepsie, et même l’hydrophobie, si l’on en croitDesault, médecin de Bordeaux, ont cédé à son pouvoir. La nostalgie peut être dissipée par la musique; mais nous nous garderons bien de répéter ici les récits fabuleux sur la tarentule que Baglivi n’a pas craint de débiter sous son nom.
Nous pourrions ajouter que la musique agit sur les animaux, en cherchant à distinguer les faits vrais de ceux que la crédulité a propagés à cause du merveilleux qu’ils présentent, et qui pourtant ne sont rien moins que dignes de foi. Mais ces détails, pleins d’intérêt dans un ouvrage ex pi'ofesso, seraient déplacés dans un livre élémentaire.
On a pensé que le son, et la musique en particulier, ne bornait pas son action sur l’ouïe, mais qu’elle agissait aussi d’une manière directe sur les solides et