DEUXIÈME PARTIE. X I
vait produire quelque chose; qu’une fonction, étant un effet, devait reconnaître une cause, etc. Cette loi générale de l’organisme trouve ici son application.
C’est une idee heureuse de Locke et de ses sectateurs d’avoir réduit toutes les opérations de l’intelligence à l’exercice de la faculté de sentir. Cette opinion n’implique pas contradiction avec celle qui admet la pluralité des facultés, et nous pensons que M. Georget s’est trop attaché à la combattre. Car, de ce que la sensibilité est la faculté générale du cerveau, il ne s’ensuit pas que cette faculté soit unique , et ne puisse se subdiviser en vingt-cinq, vingt-sept ou trente-trois autres facultés, comme on voudra. Il est si vrai que ces facultés ne sont que des divisions de la faculté générale de sentir, qu’après avoir employé plusieurs pages à combattre cette proposition, l’auteur que je viens de citer avoue qu’il existe de grandes difficultés sur le mécanisme de l’exercice de ces facultés, que M. Gall n’a ni résolues ni abordées. « Comment les facultés communiquent - elles entre elles de manière à entrer simultanément en action , comme cela arrive dans les moindres opérations intellectuelles? Comment n’y a t-il qu’une seule conscience, un seul moi? etc. » Ces difficultés n’en sont plus, ce nous semble, si l’on considère le cerveau comme un tout dont chaque partie, communiquant avec les autres par continuité, préside cependant à une fonction différente.
Il est très-exact de dire que la sensation n’est que la faculté de sentir mise en jeu par un excitant. Voir ,
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c’est sentir la lumière, la forme, les couleurs, etc.; ouïr , c’est sentir les sons ; flairer , c’est sentir les odeurs; goûte/ ’, c’est sentir les saveurs; toucher , c est sentir la consistance, la forme, la grandeur, la température, etc.; avoir une idée , cest avoir limage d’un objet au moyen des sens; penser , c’est digérer les propriétés des objets ; comparer , c est sentir des rapports ou des différences; juger , c est sentir quels sont ces rapports ; se ressouvenir , c est sentir un objet en son absence ; imaginer , c est combiner des sensations ; vouloir, c’est faire effort pour obéir à un besoin, à un désir, à une crainte, qui ne sont eux-mêmes que sentir que des choses sont agréables, convenables ou fâcheuses pour nous; etre attentif , c est fixer sut un objet la faculté de sentir; réfléchir , c’est ramener sur un objet la faculté de sentir; être intelligent, c'est donc sentir; abstraire , c’est désigner par une formule, par un signe, par une expression convenue, quelques propriétés d’objets matériels; vertu est l’expression convenue de tous les actes vertueux ; blancheur est l’expression convenue qui désigne la propriété que possèdent differens corps de réfléchir la lumière, etc. Qu’il nous soit permis de citer ici, pour fortifier cette manière de voir, quelques passages d’un livre remarquable , intitulé : De l usage et de l’abus de l’esprit philosophique, par J. E. M. Portalis. L’auteur réfute le système de Kant sur les idées a priori, et voici comment il s’exprime, t. i, p. 97 :
«Nous voyons, par notre propre expérience et par celle des autres, que les idées ne s’acquièrent que
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successivement; que l’enfance est plus susceptible d’impressions qu’elle n’est capable d’idées ; que les raisonnemens et les pensées de la jeunesse ne sont pas les pensées et les raisonnemens de l’âge mûr ; qu’enfin les facultés de notre âme se déploient et se fortifient par l’exercice et par lage. Nous concluons que nos idées ne sont point innées , quelles ne sont point a priori , et qu’il n’existe pour tout ce qui concerne nos idées aucun principe à priori autre que ce germe, ce principe général d’intelligence, et qui nous rend aptes à les former, à les combiner (i).
«Mais, dit-on, comment supposer qu’il n’y ait point d’idée a priori , et que toutes les idées viennent de 1 expérience? L’expérience ne nous montre les choses que telles qu’elles sont : la raison les voit encore telles qu’elles peuvent être ; elle franchit les bornes de ce qui est, elle aperçoit le possible. Il est donc des idées a priori , des conceptions pures, que l’expérience ne fournit pas.
«A entendre Emmanuel Kant, on imaginerait que nos incursions dans la région des possibles sont de nature à donner des résultats entièrement nouveaux et absolument dégagés de toute idée acquise dans le
(i) Ce germe, c’est le cerveau et ses dépendances. Mais l’auteur, dépourvu de la connaissance de l’organisation , ne pouvait aller plus loin. Il l’avait pressenti, car il dit, page 92 : «Je conviens, avec le philosophe de Kœnigsberg , que l’entendement existe avant toute connaissance, mais comme Y œil existe avant tout regard particulier, et l'ouïe avant l’audition de tout son, de tout bruit déterminé. »
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monde existant. Or c’est ce qui n’est pas. En coûtet-il plus à l’esprit hnmain de concevoir des prodiges, de crccr des monstres, de supposer les choses les plus extraordinaires, que d’observer les faits les plus familiers et les plus simples? Mais, avec un peu de réflexion, on est bientôt convaincu que cet immense pouvoir de l’intelligence humaine se réduit à décomposer, à recomposer, à transformer, à combiner, à réunir ou à diviser les matériaux qui lui sont fournis par V expérience... Ce qui n’a été ni vu, ni entendu, ni senti , ne peut être conçu. C’est le réel qui nous fournil l’idée du possible, puisque, dans nos hypothèses les plus hardies, nous ne faisons que combiner diversement par la pensée les formes et les choses qui existent sous nos yeux.
«Soyons de bonne foi : pouvons-nous nous représenter une chose dont il n’existerait aucune trace connue? Avons-nous l’idée d’un sixième sens? Dans les choses existantes, dans celles même qui sont le plus à notre portée , pouvons-nous voir au delà de leurs qualités sensibles? Serait-il donc raisonnable d’admettre des conceptions pures , des idées à priori, c’est-à-dire des idées qu’on suppose absolument indépendantes de toute impression des sens et de toute expérience ?
« Emmanuel Kant se prévaut de ce que nous établissons des principes, des axiomes; de ce que nous manifestons des idées indéfinies, générales, absolues, qui ne sauraient, selon lui, être fournies par l’expérience, toujours limitée à des faits déterminés.