DEUXIÈME PARTIE. I I
« Mais cette objection n’est ni nouvelle ni imposante; elle rappelle l’abus que les scolastiques ont fait si long-temps des abstractions et des généralités , qu'ils regardaient comme des idées premières, modèles et exemplaires de toutes les autres.
«Je conviens que nous avons des axiomes, des principes, des idées absolues, des idées générales; mais pourquoi supposer gratuitement et contre l’expérience qu’ils sont a priori, et qu’ils sont même des formes de notre esprit?
« On ne niera peut-être pas que l’enfance ne soit le début de la vie humaine. Or, dans le premier âge, la tête est-elle meublée d’axiomes et de principes généraux? Un enfant donne-t-il des signes autres que ceux des sensations qu’il éprouve, et des idées ou des notions particulières que ces sensations font naître?... Les abstractions et les généralités ne viennent que lorsque la masse des connaissances augmente, et que l’on a besoin de se servir de propositions générales et d’expressions abrégées pour se proportionner à l’universalité des choses que l’on conçoit.
« Il ne s’agit pas de bâtir des systèmes, il faut observer les faits. Dans toutes les langues, les mots destinés à exprimer les généralités et les choses abstraites sont les derniers en date : or la génération des mots suit celle des idées. La parole est la physique expérimentale de l’esprit : donc les idées abstraites et générales ne sont que des idées que l’on n’acquiert qu’après bien d’autres.
« Dire que l’expérience , que nous présentons
Il8 COURS u’hygïèiïë.
comme le vrai moyen d’acquérir des connaissances , ne peut produire les idées générales et absolues , parce qu’elle est toujours elle-même limitée à des faits particuliers et individuels , c’est raisonner comme si l’homme n’avait que des sensations sans avoir la faculté de les comparer... Que faisons-nous quand nous pensons à l’homme en général ? Nous nous représentons ce qu’il y a de Commun dans les hommes que nous connaissons.... Toutes les idées abstraites de nos géomètres ont leur première base dans les formes, les figures tracées par la nature. La science du calcul ou des nombres , séparée de toutes les choses qui peuvent être nombrées , n’est qu’une science abstraite ; mais cette science, comme toutes les autres, a commencé par l’expérience. »
La cause des phénomènes de l’entendement est donc la sensibilité, qui a pour organe le cerveau , le cervelet , la irtoëlle allongée , celle de l’épine et les nerfs. Cette sensibilité paraît être diversement divisée dans chaque portion de l’encéphale, et préside dans chacune à des phénomènes différens. C'est ainsi que l’entendement , les affections , les mouvemens paraissent être distincts; bien plus, il paraît que chaque partie du cerveau est douée d’une faculté , d’une disposition particulière , et que le phénomène intellectuel ou moral qui en résulte est d’autant plus parfait que cet organe est plus développé ou plus convenablement disposé.
Nous pensons cependant que c’est à tort qu’on a divisé la sensibilité en sensibilité extérieure , ou celle