DEUXIÈME PARTIE
Art. I. Effet de la lumière naturelle et entière sur l'œil. i° De la lumière trop forte.
Rien n'est plus fatal à la vue que l’éclat d’une lumière trop vive. Tous les auteurs ont noté cette cause, comme pouvant déterminer l'ophthalmie, la cataracte, 1 amaurose, et la plupart des maladies des yeux. L’expérience prouve en effet que les personnes, obligées par leur profession à fixer leurs regards sur des objets fortement éclairés, sont fréquemment frappées de ces sortes d’affections. M. le professeur Marjolin, dans son excellent article amaurose du Dictionnaire de médecine, dit que « la goutte sereine produite chez quelques sujets par l’extrême vieillesse, survient fréquemment chez des individus dont les yeux ont été habituellement et depuis long-temps fatigués par une lumière trop vive , par l'éclat des métaux incandescens ou d’autres corps briîlans, par celui du feu, par la réflexion de la lumière dans les pays couverts de neige. » On peut ajouter aussi l'action immédiate de la lumière du soleil. Dans la dernière éclipse visible à Paris, beaucoup de personnes perdirent la vue, pour l'avoir fixée sans précaution. Le foyer d’un réverbère a produit le même effet. Les éclairs ont trèssouvent occasione les mêmes accidens. M. Murat, chirurgien en chef de Bicêtre, aussi distingué par son talent qne par l'aménité de ses mœurs, a donne des soins à une dame de Gentillv à qui ce malheur était arrivé pendant un orage, et les exemples n’en sont
t 4 cours d'hygiène.
pas rares (i). La réverbération produite par un sable éclatant a souvent causé la cécité. La célèbre campagne d’Egypte peut nous fournir de nombreux témoignages à l’appui de cette assertion. Il est vrai qu’il faut ajouter ici l’action de la poussière fine qui était continuellement suspendue dans l’air , et qui, excitant sans cesse la conjonctive, faisait naître desopbthalmies rebelles suivies de la perte de la vue; et qu’il faut y joindre en outre l’action d’une chaleur violente qui, comme nous le verrons bientôt, irrite la même membrane et dissipe les larmes et les fluides destinés à humecter les paupières, par la prompte évaporation qu’elle détermine.
Les rochers grisâtres du Midi, les terres de la même couleur, continuellement frappés par les rayons d’un soleil brûlant, les murs resplendissans par leur blancheur offrent les mêmes dangers (2).
(1) Cet effet a lieu principalement lorsque les éclairs se manifestent pendant une nuit profonde. Le contraste d’une lumière éclatante et des ténèbres, le passage subit de l’un à l’autre, favorisent singulièrement ce fâcheux résultat.
(2) Une trop vive lumière affaiblit au moins la vue.
La lumière étant l’excitant naturel de l’œil, il s’ensuit que cet organe augmente d’abord d’action par son impression vive ; mais cette sur-excitation ne saurait durer, et cet organe tombe bientôt dans un collapsus funeste. C’est une loi générale, toute sur excitation doit être suivie de prostration. C’est ainsi qu’une boisson stimulante sur-excite le ventricule, favorise la digestion, et finit par affaiblir directement l’estomac. Les alcooliques, le thé, etc., sont dans ce cas.