CHAPITRE VI
igens hygiéni-
n qui exercent
leur influence sur l’appareil de la génération, et effets de l’exercice de cette fonction sur l’éco-
INTRODUCTION
Définition , but , moyens , Histoire de V Hygiène.
Définition et différence. — La médecine comprend l’art de conserver la santé , de la rétablir et de soulager les maux incurables.
L’art de conserver la santé constitue l’hygiène ; celui de la rétablir et de soulager les maux, la thérapeutique.
L’hygiène considère l’homme dans l’état sain, la thérapeutique dans l’état de maladie.
L’hygiène nécessite la connaissance de la structure de l’homme en santé , des fonctions qu’exécutent ses organes; elle apprend à connaître quelle influence exercent sur les organes sains, et conséquemment sur leurs fonctions, les divers agçns que la nature a destinés à remplir nos besoins. Ces notions doivent aussi précéder l’étude de la pathologie, car, celle-ci étant la connaissance des organes malades , comment connaître le dérangement et les altérations de ces organes si on ne les connaît dans l’état sain? Cette dernière fait connaître de plus l’influence de certaines substances sur nos organes dans l’état de maladie. Il
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s’en faut cependant que cette ligne de démarcation soit toujours bien tranchée. L’hygiène fait des incursions fréquentes sur le domaine de la pathologie. Tantôt elle- fait voir de quelle manière l’usage vicieux ou excessif de tel agent naturel occasionne telle ou telle maladie, tantôt elle enseigne comment l’usage bien ordonné de ces mêmes agens rétablit la santé. Elle forme la partie la plus considérable de. l’étiologie ; et dans l’antiquité elle fournissait presque toutes les ressources delà thérapeutique. C’est surtout par les règles diététiques, concernant l’usage des alimens et des boissons , concernant l’exercice, les bains, etc., que les anciens traitaient leurs malades. Aujourd’hui encore, quoique nos richesses thérapeutiques soient considérablement augmentées, les maladies réclament un traitement hygiénique. Il est en effet bien naturel de penser que si l’usage convenable ou inconvenant des agens hygiéniques prévient ou occasionne les*maladies, leur emploi bien ou mal entendu devra singulièrement contribuer à les- guérir ou à les aggraver. Ainsi, bien que le but de l’hygiène soit la conservation de la santé , on ne peut disconvenir qu’elle ne doive aussi contribuer à la guérison des maladies.
Le sujet de cette branche des sciences médicales est donc l’homme, mais surtout l’homme en santé. L’anatomie et la physiologie font connaître l’organisation dans cet état, et nous supposons ces connaissances acquises : car, comment espérer de pouvoir apprécier les modifications imprimées à l’organisme par les divers moyens de l’hygiène, si l’on ne con-
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naît pas son type normal ? Néanmoins les puissances de l’hygiène exercent une influence différente selon une foule de circonstances individuelles que l'anatomie et la physiologie ne font pas connaître d’une manier eassez spéciale, et que nous exposerons : telles sont les constitutions, les âges, les sexes, les idiosyncrasies, etc.
Objet de l’hygiène. — Quoique l’intelligence et l’instinct ne paraissent être que deux modes de la même faculté, celle de sentir, c’est une vérité généralement reconnue que l’homme , si supérieur en intelligence au reste des animaux , leur est bien inférieur en instinct. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner si l’état social a développé chez lui la première de ces facultés au détriment de la seconde, ou s’il doit à son organisation primitive cette supériorité incontestée. Il est plus que probable que ces deux causes ont agi de concert, quoiqu’à des degrés différens, pour produire ce résultat. La sociabilité paraît être elle-même la conséquence de l’organisme, et dès lors le degré d’intelligence que développe l’éducation sociale n’est plus que l’effet d’une cause secondaire. Ce n’est pas non plus ici le lieu d’examiner si l’homme a beaucoup gagné au change , et s’il vaut mieux, pour le but qu’il est appelé à remplir durant son existence , qu’il ait plus d’intelligence que d’instinct, ou plus d’instinct que d’intelligence. Je crois que, malgré l’imposante opinion de Rousseau , la question ne saurait être incertaine, et l’état des sauvages et des brutes n’est, que je sache, envié par personne. Cependant on ne saurait
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disconvenir que les animaux ne recherchent ce qui leur est utile, et n’évitent ce qui leur est nuisible, avec plus de discernement que l’homme. Or, s’il est vrai que celui-ci n’existe que pour la conservation de l’individu et la propagation de l’espèce, il est donc plus mal partagé que les animaux pour remplir cette double destination. Entouré d’objets qui conspirent incessamment contre son existence , il n’en est averti que par une suite d’expériences périlleuses. Il ne connaît le danger que lorsqu’il l’a couru; aucune faculté instinctive n’a pu le lui faire prévoir. Mais la leçon se grave dans la mémoire, et la trace ineffaçable quelle y empreint doit à l’avenir lui faire éviter ce danger, comme le signal placé sur un écueil fameux en naufrages sert d’avertissement préservateur au nautonnier. Bien plus, nos facultés intellectuelles nous permettent de transmettre à nos semblables le résultat de notre expérience, et la connaissance de nos erreurs devient pour les autres une instruction inappréciable. C’est de la même manière que nous pouvons transmettre aux autres hommes la connaissance des choses dont l’expérience nous a démontré l’utilité. Apprendre a éviter les choses nuisibles , et a faire un bon usage des choses utiles , tel est donc le but de l’hygiène.
Moyens de V hygiène. — Elle n’était dans le principe qu’un supplément de l’instinct; mais les conquêtes que l’homme a faites sur la nature ont rendu cette branche des sciences humaines l’une des plus vastes et des plus importantes. Ce n’est point une exagération que de dire que toutes les connaissances vraiment utiles se ratta-
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client à l’hygiène , en font une partie essentielle. Conserver la santé , n’est-ce pas là le but de tous les efforts humains? La connaissance des agens physiques, de quelle utilité serait-elle, si elle ne conduisait à apprécier l’influence de ces agens sur l’économie animale ? Les sciences n’auraient plus pour fin qu’une stérile curiosité, si elles n’avaient sur la santé de l’homme les plus fécondes applications. Les travaux des chimistes auraient-ils un bien noble résultat, s’ils se bornaient à nous faire connaître l’art du teinturier? Le chimiste, le physicien, le botaniste, celui qui s’occupe d’anatomie, de physiologie, et généralement tous ceux qui cultivent les sciences naturelles, ne peuvent donc avoir pour but, dans leurs louables efforts, que la connaissance de l’homme et des objets qui peuvent lui être utiles. Si des sciences nous passons à l’examen des arts mécaniques , nous voyons que la plupart se proposent pour objet la conservation de la santé; les autres sont des arts de luxe, qui rendent la vie plus commode ou plus agréable, et dont on pourrait fort bien se passer. L’architecte nous garantit de l’intempérie des saisons ; les divers artistes qu’il met à contribution doivent être considérés comme concourant au même but. Les ouvriers sans nombre qui nous habillent, qui nous chaussent, nous préservent aussi des effets multipliés des vicissitudes de l’air. Ceux qui sont chargés de pourvoir à notre nourriture; les négocians qui mettent à contribution les productions de toutes les parties du monde , enfin la classe entière des citoyens utiles, ne travaillent en dernière analyse que*
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pour l’entretien de la santé. Les poètes, les peintres, les musiciens, les historiens, peuvent réclamer ajuste titre la plus belle part de ce concours à l’utilité publique; ce n’est pas pour le seul plaisir que nous causent leurs ouvrages; mais l’influence qu’ils exercent sur la plus noble partie de l’homme, sur les sens et l’intelligence , ne doit-elle pas les placer au premier rang des bienfaiteurs de l’humanité? L’hygiène n’est -elle pas une branche de la morale dont ils sont chargés de nous retracer les principes? L’hygiène est une vertu, a dit Rousseau; n’aurait-il pas mieux fait de dire, l’hygiène est la réunion de la plupart des vertus? La tempérande, la continence, la modération dans les passions, le calme de l’âme, ne sont-ils pas les bases de ses préceptes? Ainsi l’hygiène étend son vaste domaine sur la nature entière. Tout ce qui peut entretenir la santé ou l’altérer est du ressort de cette importante branche de l’art de guérir. Toutefois la connaissance des maladies, et surtout leur traitement par les médicamens, lui sont entièrement étrangers. C’est, comme nous l’avons dit, surtout l’homme dans l’état de santé qu’elle considère. Elle lui enseigne à conserver ce bien inappréciable en faisant un usage convenable des moyens que la nature lui a prodigués pour satisfaire ses besoins; elle lui enseigne à éviter les causes de destruction qu’elle a semées sur ses pas avec la même profusion ; elle lui enseigne à régler les actes de sa vie de manière à les faire tourner au profit de sa conservation. Enfin elle rend l’homme plus sain et meilleur.
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Coup d’ œil suri’ histoire de l’hygiène chez les anciens peuples. — Est-il donc surprenant que les hommes chargés des destinées des peuples, que les bienfaiteurs de l’espèce humaine aient dirigé, dans le commencement des sociétés, toutes les forces de leur génie vers ce moyen d’améliorer le sort de leurs semblables. Les chefs de sectes, les législateurs, les philosophes de tous les âges ont imposé des devoirs, dicté des lois, donné les préceptes les plus lumineux sur cette importante matière. Ils sentirent que l’homme, pour passer le moins malheureusement possible les jours que le sort lui a dévolus, devait se rendre le moins à charge et le plus utile à ses concitoyens; qu’en conséquence la santé était le premier des biens; que le développement des forces physiques, et la perfection des sens étaient les plus précieux des avantages. Ayant «à conduire des peuples ignorans et grossiers , dont l’intelligence ne pouvait aller jusqu’à comprendre l’utilité de leurs conseils, ces grands hommes firent intervenir la Divinité ; ils comptèrent bien moins sur l’ascendant de la raison que sur la force des penchans superstitieux , par lesquels sont entraînés les peuples encore plongés dans les ténèbres. Ces hommes supérieurs feignirent d’avoir reçu leurs institutions des mains même de l’être suprême , et trouvèrent ainsi le moyen de faire révérer et de faire suivre aveuglement des pratiques à l’observation desquelles était attaché le bonheur des nations. Les premières religions ne furent guère que des préceptes d’Hygiène , appropriés aux besoins que les sectaires pou-
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vaient sentir dans les climats qu’ils habitaient. Les lotions, les ablutions, la circoncision, l’abstinence des viandes, le jeûne, la privation de certains alimens, de certaines boissons , la défense d’épouser ses proches, pour croiser les races, et détruire les maladies •héréditaires, etc., etc., la séquestration des lépreux, sont-ils autre chose que des règles hygiéniques, qui furent jugées nécessaires à certaines peuplades d’Orient? Heureux les peuples assez éclairés pour reconnaître que leur conservation physique dépend de l’observation des vertus! Lorsque les croyances vieillies ont perdu leur magique puissance, il n’est plus qu’une base sur laquelle on doive asseoir la morale, et cette base est l’intérêt personnel. Lorsque la crainte des châtimens et l’espoir des récompenses à venir sont devenus chimériques , il est du devoir du philosophe de montrer que la santé, le bonheur des individus, dépendent de leur sagesse. Alors c’est à la raison qu’il faut s’adresser.
Hygienedcins l’Inde. — Mais , dansles temps lesplus reculés dont l’histoire nous ait transmis le souvenir, les prêtres, c’est-à-dire alors les hommes éclairés et philantropes, ayant cru s’apercevoir que les vices et les crimes de tous les genres étaient le fruit de l’intempérance, de l’habitude féroce d’égorger des animaux, et d’englontirdes cadavres dans nos entrailles, imaginèrent le dogme de la transmigration des âmes, pour empêcher d’immoler et de dévorer les bêtes. LeSastha, qui , aux yeux des savans, passe pour le plus ancien livre du monde, contient la loi formelle de se nourrir de
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lait de vache , ainsi que de légumes, de fruits et de-riz. Il parut horrible aux brachmanes de tuer et de manger sa nourrice ; et le même respect s’étendit bientôt aux chèvres, aux brebis , et à tous les autres animaux. Mais la véritable raison qui donna naissance à cette loi, fut la nature du climat de l’Inde. Une atmosphère brûlante nécessitait un régime rafraîchissant, et inspirait une naturelle horreur pour toute nourriture animale. Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que les préceptes que le Sastha renferme sont encore observés aujourd’hui par les habitans de l’Indus et du Gange, quoiqu’il paraisse avoir précédé de quinze cents ans le Yeidam, l’un des livres les plus anciens que l’on connaisse. Ce peuple a toujours été doué des mœurs les plus douces, et n’a, dit-on, jamais suscité de guerres à ses voisins.
Pjthagore et ses disciples. — On sait que Pythagore , qui étudia chez eux la géométrie, embrassa celle doctrine humaine, et la porta dans la grande Grèce. Ses disciples la suivirent très-long-temps, et il ne lui manqua qu’un peu de fourberie et d’audace pour la faire adopter comme une religion universelle, ainsi que nous en avons l’exemple dans le mahométisme. Les célèbres philosophes Plotin, Jamblique et Porphyre la recommandèrent. L’ouvrage de ce dernier, sur l’abstinence des viandes, écrit au milieu du troisième siècle de l’ère vulgaire , traduit en Français par Burigny, n’est pas dépourvu de mérite. L’écrit de Porphyre est adressé à un de ses anciens disciples, nommé Firmus, qui se fit, dit-on, chrétien, pour avoir la
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liberté de manger de la viande, et de boire du vin.
Il remontre à Firmus, qu'en s’abstenant de la viande et des liqueurs fortes , on conserve la santé de l’âme et du corps; qu’on vit plus long - temps et avec plus d’innocence. Ces réflexions partent d’ime âme douce et sensible ; mais elles ont fait peu de prosélvtes.
Les pythagoriciens ne bornaient pas leurs règles hygiéniques à l'abstinence de certaines substances , au jeûne, à l'usage du régime végétal; ils prenaient un soin extrême de modérer les mouvemens de l’âme. La culture des sciences spéculatives et des beaux-arts, la contemplation des beautés de la nature entretenaient chez eux ce calme de l’esprit, ce ravissement des sens, si favorable à l’harmonie des actions de nos organes.
Chez les Chaldéens et les Égyptiens. — Après les Indiens, les Chaldéens et les Egyptiens établirent des règles hygiéniques auxquelles ils donnèrent aussi un caractère sacré. Le Sanchoniathon et l'Hermès Trismégiste, après les ouvrages cités, les plus anciens qui soient sortis de la main des hommes, étaient en grande partie consacrés à tracer à ces peuples les lois sanitaires qu’ils devaient observer.
Chez les Hébreux. — Quelle que soit l’opinion qu’on adopte sur l’ancienneté de l’origine de nos livres sacrés, on trouve dans ces livres , attribués à Moïse, une foule de préceptes relatifs à l’hygiène. Il est malheureux qu’on y rencontre de fréquentes contradictions, ce qui jette l'esprit dans un étrange jembarras. C est bien certainement pour un but hygiénique que le le-
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gislateurdes Hébreux recommandait l'excision du prépuce , coutume qui s’est propagée chez les Arabes de nos jours. Les lotions, les ablutions et les bains étaient nécessités par l’ardeur d’un climat brûlant, par le défaut de linge et les maladies de la peau que ces causes déterminent. Ces maladies avaient donné lieu à la loi de séquestration. Tout lépreux était rejeté de la société, et ne pouvait communiquer avec ses frères; mais ce qui est surtout digne d’attention , c'est la prohibition d’une grande quantité d’espèces d’animaux. Les Juifs ne portaient pas le rigorisme au même point que les Brachmcs, mais ils interdisaient l'usage d’une foule d’animaux sans qu’on puisse connaître d’une manière précise le motif de cette prohibition. On en a cherché la raison dans des analogies qui nous paraissent peu fondées. On a cru que les maladies auxquelles ces animaux étaient sujets avaient fait croire au législateur qu’ils pourraient en occasioner de semblables, etc. Nous pensons plutôt qu’en multipliant ces défenses, on voulait forcer ce peuple au régime végétal, celui qpi’on jugeait le plus convenable à sa santé, et le plus favorable à la pratique des vertus. Les avantages du jeûne n’avaient pas échappé à l’auteur du Pentateuque ; ce n’est cependant que beaucoup plus tard que le carême fut institué. L’usage du vin n’était pas interdit , mais quelques tribus s'en abstenaient. Les lois qui défendaient le mariage entre parens nous paraissent d’une haute sagesse. C’était bien le remède le plus efficace pour détruire les prédispositions et les maladies héréditaires, c’était le
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seul moyen de retremper l’espèce humaine , s’il est permis de s’exprimer ainsi, d’empêcher sa dégradation, et peut-être sa destruction totale. Ne sait-on pas que les familles qu’un misérable préjugé oblige de s’allier entre elles perpétuent des races informes, fardeaux inutiles des sociétés?
Chez les Chinois. — Confutzé ou Confucius , ce sage qui vivait 600 ans avant J.-C., n’eut point recours à l’imposture pour faire observer ses préceptes du peuple le plus ancien de la terre. Vice -roi d’une grande province de la Chine, il parvint à répandre et à faire observer, par les habitans confiés à ses soins, la morale la plus utile et la plus douce. Ses conseils, encore aujourd’hui l’admiration des amis de l’humanité, furent même suivis lorsque la fortune eut abandonné ce bienfaiteur des hommes. Il était donc un peuple auquel on pouvait parler alors le langage de la raison !
Chez les Cretois. — Si l’on en croit l’histoire, les Crétois furent les plus sages et les plus justes des peuples. Leurs premiers rois obtinrent la gloire d’être les juges des humains après leur trépas. Iis avaient établi, dit-on , des règles pour les vêtemens, pour les repas, pour les exercices du corps, enfin pour tout ce qui concerne l’éducation. Mais l’imagination des hommes n’a-t-elle pas prêté son charme aux mœurs des Crétois, ne les a-t-elle point embellies?
Chez les Perses. — Cette crainte n’est pas moins inspirée par les merveilles qu’on nous rapporte des anciens Perses. Cette perfection ne paraît pas être le partage de l’homme, éternel jouet de ses passions et
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de ses maux. Xénoplion , dont les talens comme général ne furent égalés que par ses talens comme écrivain , nous a laissé l’histoire , peut-être la fiction des mœurs de cette nation. Quel soin ne prenait-on pas pour former des hommes, des défenseurs à la patrie! Dès l’enfance ils étaient soustraits à leurs parens , qui auraient pu leur communiquer, par une tendresse mal entendue, des habitudes trop molles , trop efféminées. Ils appartenaient dès lors à la nation , et , sous la surveillance des magistrats, on les accoutumait à braver la faim , la soif, l’intempérie des saisons; on les dressait à toutes sortes d’exercices ; ils n’acquéraient d’estime que celle que leur méritait la supériorité des talens.
L’enfant du riche , celui du pauvre , le fils du puissant, celui du faible, étaient confondus dans le même rang. L’eau était leur boisson habituelle, et ils n’avaient d’autres alimens que le pain et le cardamon. Cependant ils étaient forts, robustes, courageux, indomptés. Leur tête était habituellement découverte et exposée à toutes les vicissitudes de l’atmosphère. C’est pour cette raison qu’Hérodote prétend qu’ils avaient le crâne plus épais que les autres peuples. Tout le monde connaît l’histoire sur laquelle il se fonde ; je la crois suspecte. A l’âge de puberté, l’exercice des armes, la chasse occupaient leurs momens. Ils dormaient en plain air, et ne faisaient qu’un seul repas. Cette éducation mâle était bien propre à former des hommes exempts de maladies et de vices. Tels furent , en effet , ces peuples dans l’origine. Mais les meilleures institutions se détériorent, se détruisent. Les
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Mèdes, incorporésà cette nation, lui communiquèrent leur mollesse et leur luxe, et, ce peuple de héros ne larda pas à devenir un peuple d’esclaves.
Chez les Grecs et les Romains. — Mais la Grèce, berceau de tous les arts, de toutes les sciences, de tous les talens, de toutes les vertus, la Grèce nous offre un spectacle bien plus digne d’admiration. C’est l’amour sacré de la patrie qui inspira à Lycurgue ces lois qui donnèrent à Sparte des citoyens vertueux, des magistrats intègres, des défenseurs invincibles. Mais nous devons le dire : ce grand homme, en cherchant à former des soldats robustes et vigoureux, sacrifia peut-être le moral au physique. En exigeant de chacun l’oubli de son intérêt particulier pour l’intérêt de la république, il affaiblit les liens des familles, et ces sentimens tendres et touchans que la nature inspire aux parens pour leur fils, à celui-ci pour les auteurs de ses jours. De là sont nées ces vertus sévères et presque barbares qui nous frappent d’étonnement plus que d’admiration. Et d’abord, comment justifier cette coutume de vouer à la mort les enfans doués d’une constitution faible; cette constitution ne pouvait-elle pas se fortifier par la suite? Et d’ailleurs une grande âme, un grand génie ne peuvent-ils pas loger dans un corps débile ? C’était au nom de la patrie que les plus anciens de la tribu prononçaient sur le sort de ces victimes humaines. Il est vrai que les précautions que Lycurgue avait prises pour préparer des enfans robustes, devaient rendre très-rares ces espèces de sacrifices. On sait que les
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femmes partagaient les exercices des hommes jusqu’au moment du mariage. Les danses guerrières, les combats corps à corps, les bains dans l’Eurotas , les repas publics développaient chez les mères une force qu’elles devaient transmettre à leurs enfans. Dès le moment de la naissance , le Spartiate attirait la sollicitude de la patrie, et son éducation devenait une des affaires importantes de l’état. Le nouveau-né était plongé dans le vin. Peu importait que l’enfant succombât à cette épreuve ; les Lacédémoniens étaient convaincus que celui-là aurait toujours été un citoyen inutile à la république. Les convulsions en enlevaient un grand nombre. Dès ses plus jeunes ans le Spartiate s’accoutumait à braver la douleur, la faim, la soif, la fatigue, la rigueur des saisons. Les exercices journaliers les plus rudes, lés ^privations les plus longues et les plus cruelles, la plus grande sobriété, les travaux les plus pénibles faisaient de chaque citoyen un soldat, un héros. A ces exercices succédaient de véritables combats; à l’âge de dix -huit ans, les jeunes gens s’accoutumaient entre eux à braver et à mépriser les dangers. Le législateur avait pris un soin extrême à proscrire tout ce qui pouvait inspirer la volupté. L’ivresse était inconnue; dans leurs repas publics l’intempérance ne pénétra jamais : et sans doute que les exercices violens auxquels ils se livraient étaient nécessaires poui4fere supporter la sauce noire. Les arts qui énervent les courages en portant la volupté dans les sens, étaient sévèrement bannis de Lacédémonne; on n’y admettait que ceux qui ex-
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citaient aux vertus. La musique noble et guerrière fut seule admise chez ce peuple, et l’on connaît la peine qui fut infligée à cet artiste téméraire qui voulut ajouter une corde à la lyre. Ils ne connaissaient d’autre éloquence que celle qui consiste dans la force des pensées, la clarté, la concision; tout ornement leur était étranger; à leurs yeux la vérité n’en avait pas besoin. Avec de telles mœurs, on conçoit que les Spartiates devaient être , et étaient en effet , les plus beaux et les plus robustes des Grecs, comme ils en étaient aussi les plus sages et les plus vertueux.
Gymnastique. — Nous ne parierons pas des préceptes d’hygiène que Platon a consignés dans son chimérique projet de république ; ils n’ont jamais été mis à exécution. Il y recommande l’union de la gymnastique à la musique, pour tempérer la rudesse que l’une fait naître par la douceur et l’élégance des mœurs que l’autre communique.
Des les premiers temps de la Grèce, ses habitans, obligés de résister aux attaques réitérées des barbares, ou tourmentés de la soif des conquêtes, se livrèrent avec ardeur à la gymnastique ; une constitution forte en était le résultat, et cette force était un des plus beaux titres à la gloire. Dans un temps où l’on combattait corps à corps, de quel prix ne devait pas être la force physique.?*Aussi voyons-nous que de temps immémorial l’exôrlfte fut en honneur , et qu’il conduisit souvent à la suprématie. Milon le Crotoniate, commanda des armées, et un soldat d’Orient n’obtint l’empire que par sa force prodigieuse. La force
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du corps fut aussi honorée chez les Romains, les vainqueurs et les imitateurs serviles des Grecs. Lès Grecs, enthousiastes et çeconnaissans, élevèrent au rang des dieux les hommes qui furent doués d’une force supérieure. Hercule, Castor et Pollux méritèrent des autels. Des prix furent institués par Hercule et Pélops pour encourager ces exercices guerriers qui ne tardèrent pas à devenir une véritable passion. C’est à Iphitus, roi d’Elide, qu’on dut l’établissement des jeux olympiques. Mais ce qui, dans le principe, n’avait été qu’un ressort, qu’une politique habile avait mis en usage devint plus tard, entre les mains d’observateurs attentifs, un des moyens leS plus précieux de conserver la santé.
Une expérience facile leur avait appris que l’exercice développait les organes, qui en étaient les agens; que les individus qui s’y livraient acquéraient plus d’agilité, plus de force. Qu’une foule d’indispositions disparaissaient par les mouvemens que nécessitait la gymnastique; que les convalescences étaient moins longues et moins pénibles; les guérisons plus sûres, les rechutes et les récidives moins fréquentes;' alors l’exercice fut réduit en art. Il paraît qu’Iccus et Hérodicus furent les inventeurs de la gymnastique. Le premier fut célèbre par son extrême sobriété, qui mérita de passer en proverbe; et le dernier, n’ayant qu’une constitution valétudinaire , parvint cependant, à force de soins, à ün âge fort avancé. Il est malheureux que ses observations ne nous soient pas parvenues, à moins que l’on ne regarde comme lui appartenant, celles
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sur le régime , qui sont consignées dans les écrits attribués à Hippocrate (xtçi «J'/aiVsjç). On sait, en effet, qu'Hippocrate avait fait ses premières études sous ce médecin. Galien distingue trois espèces de gymnastiques. La gymnastique militaire, l’athlétique et la gymnastique médicale. C’était dans les unes et dans les autres les mêmes exercices : seulement, dans la seconde on cherchait à donner le plus de force pos-' sible, au détriment même de la santé, ce qui a été blâmé par la plupart des philosophes et par tous les médecins; et dans la troisième, au contraire, toute l’attention du gymnasiarque était dirigée vers la mesurç d’exercice^ convenables et justes pour l’entretien de la santé; c’était la véritable gymnastique. Les différens exercices qu’on pratiquait, et dans les gymnases et dans les fêtes publiques , étaient la danse, dont on comptait jusqu’à centquatre-vingt-dix espèces ; le saut , la course, l’escrime ou hoplomachie; la lutte, objet d’une espèce de culte; le pugilat ou le combat à coups de poing; le pancrace, exercice composé de la lutte et du pugilat; le jeu du disque, celui de la halle et du ballon; la natation; la course en chars, etc. Nous entrerons dans quelques détails à ce sujet, lorsque nous parlerons, par la 6uite, de l’influence de l’exercice sur l’économie animale. Des Grecs la gymnastique passa chez les Romains, qui s’adonnèrent surtout à la gymnastique militaire; mais sous les empereurs elle dégénéra singulièrement de son ancien lustre. Elle fut abandonnée à des esclaves qui firent profession de gladiateurs, et ensanglantèrent plusieurs fois l’arène I
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jadis destinée au développement des forces et à l’entretien de la santé. Cette importante branche de l’hygiène a été tellement négligée depuis le moyen âge , qu’on peut la considérer comme totalement tombée endésuétude, jusqu’à ces dernières années où quelques hommes recommandables se sont efforcés de la faire renaître.
Bains. — Un usage qui, chez les anciens, dut avoir sur la santé des hommes la plus puissante influence , c est celui des bains , que les Romains surtout portèrent à un point excessif de luxe et de somptuosité. Les bains ont sans doute été usités dès les premiers âges du monde. Les fleuves durent recevoir dans leurs eaux les premiers hommes fatigués par leurs travaux guerriers, par la chasse, par la culture des champs , ou simplement sollicités par l’ardeur du climat qu’ils habitaient. L’histoire d’Ulysse chez Circé nous atteste que le bain était dès-lors en usage , et les thermes , que les inscriptions nous font voir consacrés à Hercule et à Apollon, prouvent combien ils étaient estimés. Mercurialis nous apprend que dans le voisinage des gymnases grecs il existait des bains publics. On a même prétendu que le nom de Laconicum , donné par les Romains aux étuves sèches , faisait croire que cette espèce de bains était connue des Lacédémoniens. Mais les Grecs furent de beaucoup surpassés par les Romains. Dans les premiers temps de la république ceux-ci se contentèrent de se baigner dans le Tibre; mais lorsqu’ils eurent conquis la terre, ils élevèrent des palais somptueux. Quel luxe, quelle magnificence
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y étalaient ces vainqueurs du monde ! Ils rendaient, pour les embellir, tous les arts tributaires. C’est là qu’on a découvert les copies précieuses des chefsd’œuvre des Praxitèle, des Polyclète, des Apollodores, des Silanion, des Lysippe, des Myron, des Alcamène, des Scopas, des Phidias, etc., dont les modèles ont été dévorés par les temps. C’est là qu’on a retrouvé les seuls débris de la peinture antique. Les mosaïques, les pierres précieuses, les marbres de Numidie, les pierres du Thase, les émeraudes, les saphirs étaient foulés aux pieds par les bourgeois de Rome, au rapport de Sénèque; et les bains des affranchis étaient plus somptueux encore!- On serait tenté de l’accuser d’exagération et de mensonge , si les restes de ces monumens, échappés à l’ignorance dévastatrice des barbares, n’attestaient la vérité de ces descriptions. Une seule salle de ces édifices forme l’église des Chartreux à Rome, et une loge du portier, celle des Feuillans. Yoici un fait cité par Pline, qui confirme ce que nous venons de dire. Agrippa avait mis devant ses thermes la statue d’un homme sortant du bain, qui passait pour le meilleur ouvrage de Lysippe. Tibère, parvenu à l’empire, ne put résister à l’envie de la posséder, et il la fit enlever: mais, bien que l’ayant fait remplacer par une autre statue d’un grand prix , il fut contraint de la replacer par la volonté du peuple. Mire gralcun Tiberio principi , qui non quivit temperare in eo, quanquam imperiosus sui inter initia principatlis , transtulitque in cubiculum , alio ibi signo substituto , etc.
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Les bains publics étaient donc de vastes édifices , au milieu desquels se trouvait un réservoir nommé aquarium , destiné à fournir de l’eau à tous les bains établis autour de cette pièce ; non loin de là étaient des bassins d’airain contenant l’eau chaude, tiède et froide; ils communiquaient avec X aquarium et les salles de bains; cette salle était le vasarium. Les bains chauds étaient de trois sortes : d’eau chaude, de vapeurs chaudes , et d’étuve sèche ou laconicum. Ces salles, ainsi que le vasarium , régnaient au-dessus d’un vaste four nommé hypocaustum. De nombreux tuyaux de chaleur communiquaient de 1 "hypocaustum dans ces salles de bains. Dans le tepidarium , ou étuve humide , un grand nombre de vases remplis d’eau étaient en continuelle évaporation. Dans le bain d’eau chaude était une baignoire où plusieurs personnes pouvaient se baigner à la fois, et même s’exercer à la natation. En sortant du bain chaud, on se rendait dans une salle nommée frigidarium , où l’on respirait un air frais, après avoir été essuyé. On y trouvait aussi la piscine , destinée aux bains froids dont on faisait usage en ce moment. Au sortir de là, après le bain, on se faisait frotter, racler la peau avec le strigil , essuyer, oindre d’huiles simples dans les premiers temps , mais bientôt parfumées par une multitude d’odeurs ambrosiaques; les esclaves chargés de cette opération se nommaient alyptce , unctuarii. Enfin on rentrait pour se vêtir dans X apodylerium. C’était ordinairement avant la cène qu’on prenait le bain, cependant
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quelques personnes en prenaient aussi après ce repas. Un médecin, nommé Possidonius , avait donné le conseil d’en prendre de fort chauds après la cène, pour favoriser, disait-il, la coction des alimens. Plutarque blâme l’usage de ces bains ardens. Juvénal et Martial se sont élevés contre l’abus des bains, et surtout contre les obscénités et les débauches honteuses auxquelles on se livrait dans ces établissemens.
Chez quelques nations modernes les bains à la manière antique se sont perpétués; dans l’Egypte, dans l’Inde, en Turquie, en Russie, en Finlande, etc., on emploie encore les bains chauds , les étuves humides et sèches , et les bains froids.
Au rapport des voyageurs , les Indiens et les Egyptiens font un fréquent usage des bains chauds et dés bains d’étuves ; mais ce qui fait différer ces bains de ceux des anciens , c’est la pratique du massage , dont nous aurons occasion de parler lorsque nous traiterons de l’effet des bains sur l’économie animale, et des pratiques accessoires , en usage chez quelques peuples modernes.
Régime alimentaire. — Le régime alimentaire paraît avoir singulièrement attiré l’attention des anciens. Nous avons déjà fait connaître ce qu'il était dans l’Inde. Tous les philosophes et les poètes s’accordent à nous peindre l'homme dans les premiers âges des sociétés , faisant usage d’une nourriture simple et frugale. Les fruits que la terre produisait sans culture durent d’abord être ses premiers alimens. Bientôt , lorsque le soc eut fendu la tei’re, des graines qu’il
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obtint à la sueur de son front devinrent sa nourriture ; mais il dut s’écouler un long espace de temps avant que l’homme eût appris à forger le fer et à le faire servir à l’agriculture. Peut-être même remploya-t-il d’abord à repousser les attaques des bêtes féroces , à faire la chasse aux animaux timides , dont il fît sa première nourriture. Quoi qu’il en soit, l’art de forger les métaux fut un grand pas vers la civilisation. Lorsque l’homme se fut rassasié de grains, il se nourrit du lait des génisses ; il ne tarda pas à se repaître de la chair de ses bestiaux. Enfin il fit fermenter le suc des végétaux. Ils nous peignent l’homme d’après la progression de son régime alimentaire , simple, doux, sans passion et sans vice, dans les premiers temps, lorsqu’il ne se nourrissait que de fruits, ne commettant jamais d’excès , et menant une vie longue et paisible. A mesure qu’il faisait quelques progrès dans la manière de vivre , nous voyons les vices s’emparer de son âme ; le plaisir , l’empêchant de s’arrêter aux bornes du besoin , l’entraîner dans des excès ; les liqueurs fortes lui ravir les restes de sa raison; les maladies , les infirmités, une mort précoce le frapper , et , pour comble de maux , perdre son innocence , devenir vicieux et criminel.
Quand même les livres de Moïse ne nous assureraient pas que les choses se sont passées ainsi , il serait impossible de ne pas reconnaître que cette progression est extrêmement vraisemblable. Mais ce n’est pas simplement à l’usage de la chair des animaux qu’il faut attribuer la dégradation de l’espèce hu-
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maine ; c'est bien plutôt aux excès que les hommes commirent : car il est dans notre organisation de vivre également de matières animales et végétales. Il est donc très-probable que l’imagination s’est plue à embellir la vie des premiers hommes, pour donner une utile leçon aux générations suivantes.
L’art de préparer les alimens dut être d’abord fort simple, mais dans les sociétés policées il fit des progrès excessifs; et sur ce point encore les anciens sont nos maîtres. L’art du régime fut porté à un haut degré de perfection. Les Egyptiens ayant cru l'emarquer que toutes les maladies venaient de l’abus des alimens , avaient soin tous les mois de consacrer trois jours de suite a se faire vomir et a se laver avec des clysteres , pour poursuivre et saisir la santé. Cet usage du vomitif passa chez les Romains, où le syrmaïsme fut employé pour favoriser la gourmandise , la gloutonnerie de ce peuple dégénéré. Nous avons peu de détails positifs sur le régime suivi par les Grecs. Nous savons que les athlètes se nourrissaient de figues;, et s’abstenaient de vin et des plaisirs de l’amour. La continence pouvait contribuer à augmenter leurs forces; mais il nous semble que l’usage modéré du vin et celui des viandes eût atteint plus promptement et plus sûrement le but qu’ils se proposaient que le régime végétal exclusif. Nous sommes beaucoup plus instruits sur le régime alimentaire des Romains; ce régime fut simple et frugal dans les premiers temps de la république , et il y a certes une bien grande différence entre le vainqueur Lucius Q. Cincinnatus
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mangeant ses lentilles dans une écuelle de bois, et Lucullus , vainqueur de l’Asie , mettant à contribution toutes les parties du monde connu, pour satisfaire sa sensualité. La prodigalité des Romains, sous les empereurs, est au-dessus de toute croyance. Singulière destinée d’un peuple qui devait faire l’étonnement et l’admiration de la postérité , et par l’excès de ses vices , et par l’excès de ses vertus! On a de la peine à ajouter foi â la description des repas d’Apicius, et je n’ai rien lu de plus extraordinaire que celle des repas de Trimalcion dans la satyre de Pétrone. Si , comme tout le porte à croire, c’est Néron qu’il désignait sous le nom deTrimalcion, la férocité de ce tyran doit surprendre moins que sa gloutonnerie et ses autres vices.
Les Romains ne faisaient pour ainsi dire qu’un repas, c’était celui du soir qu’ils appelaient la cene ; quant à celui du matin, et qu’ils nommaient pratidium , c’était à peine un repas : du pain , de l’eau et quelques fruits le composaient. ' C’était du moins ainsi que dînaient César Auguste et Sénèque, qui n’étaient pas, comme on sait, les plus simples des Romains. Ils se tenaient debout pour prendre ces alimens : Partis deinde siccus et sine mensd prandium , post quod non sunt lavandœ manus. Il n’en était pas ainsi du souper. C’était après s’être livré à leurs affaires, aprè? les exercices du Champs-de-Mars, après les bains, que ce repas avait lieu; fatigués de ces diverses occupations, ils se couchaient sur des lits pour le prendre. L’heure de ce repas était parfaitement choisie sous les rapports hygiéniques. Les pertes occa-
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sionnées par les travaux avaient fait naître le besoin de réparation; la digestion de la veille était parfaitement élaborée; les occupations de la journée étant terminées, une grande liberté d’esprit engendrait une douce gaieté , bien favorable à la perfection de la digestion; enfin le repos de la nuit, qui succédait à ce repas, était bien propre à compléter l’acte de la réparation; aussi voyons-nous que malgré les cliangemensque la mode a voulu introduire dans l’heure des repas, la raison a toujours triomphé de sa tyrannie, et nous dînons aujourd’hui à l’heure où soupaicnt nos aïeux.
Quant à l’ordonnance des repas, il paraît qu’elle différait peu de celle de nos jours. Ils avaient plusieurs services, qu’ils désignaient sous les noms de primœ et secundœ mensœ. Il est à croire que dans les grands repas ces services étaient très-multipliés. Le premier service était composé de viandes fort nourrissantes ; on présentait au second des sucreries, des friandises; c’était nos entremets et nos desserts. Les anciens faisaient usage de vins, d’hydromel et de bière même, qu’un savant prétend avoir été inventée en Égypte; ils connaissaient une foule de liqueurs enivrantes. Une grande coupe servait à tous les convives qui buvaient à la ronde. Ces usages, que notre délicatesse moderne trouverait fort déplacés, et qui chez nous, en effet , pourraient n’être pas sans inconvéniens, resserraient parmi ces peuples les liens du sang et de l’amitié. Dans les festins ils étaient habituellement couronnés de fleurs, et souvent ils effeuillaient une rose dans la coupe commune.
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Des vêtemens. — Cette partie de l’hygiène n’était pas moins parfaite que les autres chez les anciens. Ne dirait-on pas, en considérant les vastes vêtemens qui les couvraient , qu’ils avaient réfléchi sur les dangers de comprimer les membres, et les viscères renfermés dans les diverses cavités du corps? qu’ils avaient senti combien pouvait devenir funeste la gêne de la circulation, dont ils ignoraient cependant l’admirable mécanisme? Aussi combien devaient être rares chez eux, et le rachitisme , et les maladies organiques des viscères, et les congestions, suite ordinaire de la gêne de la circulation? et, comme s’ils eussent voulu fournir une nouvelle preuve que la beauté est l’ordinaire compagne de l’utilité, quelle noblesse, quelle élégance brillaient dans leur costume! Que nos petits habits sont barbares et ridicules! Je n’entrerai pas dans le détail de chaque pièce, et ne dirai pas la forme et le nom de chaque partie de l’habillement antique. Ces recherches sont plus utiles pour les beauxarts que pour l’objet qui nous occupe. On a remarqué, comme différences importantes , que les Orientaux et les peuples du midi, portaient pendant la paix des vêtemens longs et amples, qui se fixaient sur les épaules, étaient retenus par une ceinture sous les mamelles , ou au-dessus des hanches, et de là flottaient jusqu’à terre; tandis que les barbares de l’occident ou du nord portaient des vêtemens beaucoup plus courts, divisés en deux parties, dont l’une couvrait les épaules et s’arrêtait à la ceinture, et l’autre fixé à la ceinture descendait jusqu’aux pieds. On a re-
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marqué aussi que dans la guerre les habits étaient plus courts et moins amples , sans doute pour favoriser les mouvemens ; enfin on a observé que les femmes ont, dans tous les temps , et presque chez tous les peuples, porté des haBillemens longs. S’il est possible de justifier la bizarrerie de nos vêtemens, ce n’est qu’en faisant observer que l’heureux climat de l’Asie , de la Grèce et de l’Italie se prêtait singulièrement à l’antique manière de se vêtir; on pourrait même croire que si la plupart de ces peuples ont encore conservé ce genre de costume , c’est qu’ils y sont vraisemblablement invités par la douceur des régions qu’ils habitent. Quant aux parties des vêtemens dont on couvrait la tête, on sait que leur forme variait singulièrement chez les différens peuples, et que plusieurs même marchaient toujours tête nue. Les Grecs et les Romains avaient en effet cette habitude; mais les peuples d’Asie ont, de temps immémorial, couvert leur tête de diverses manières : la tiare, la mitre , le bonnet phrygien étaient une couverture habituelle. Ce n’étaient que dans les comfiats que les Grecs et les Romains surmontaient leur tête d’un casque. Les esclaves de ces derniers portaient cependant, dans les temps ordinaires , une espèce de bonnet devenu depuis l’emblème de l’affranchissement.
Après avoir parlé des mœurs des peuples de l’antiquité, sous le rapport de l’hygiène, il serait sans doute du plus vif intérêt de faire voir avec quels soins les magistrats veillaient à la conservation de la santé publique. C’est là que nous verrions des règle-
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mens admirables pourvoir à l’approvisionnement des villes , présider à la construction des cités , à l’établissement de canaux, d’aqueducs, d’égoûts de la plus haute utilité ; nous verrions le défrichement des terres, le dessèchement des marais être l’objet de l’attention des édiles; mais ces divers sujets appartiennent d’une manière particulière à l’hygiène publique dont il n’est pas dans notre plan de nons occuper dans cet ouvrage.
De V hygiène réduite en art. — Dans l’hygiène, comme dans les autres sciences et dans les arts , les préceptes ne sont venus que long-temps après la pratique. La poétique d’Aristote est postérieure à Homère et à Sophocle. Ce n’est que lorsque l’expérience a fait naître un nombre d’observations sur l’utilité et le danger de quelques pratiques , tellement g rand que la mémoire ne peut plus les retenir , qu’on songe à les recueillir en corps de doctrine. On ne s’expose plus à confier alors à une tradition infidèle, ou du moins incertaine, les richesses péniblement et longuement accumulées par les siècles antérieurs. L’origine de l’hygiène réduite en art ne remonte guère au delà d’Iccus et d’Hérodicus , que nous savons par tradition avoir étudié d’une manière toute spéciale l’influence du régime, des bains et de la gymnastique sur la santé de l’homme. Mais le temps nous ayant envié leurs observations, c’est dans Hippocrate seulement que nous trouvons l’hygiène réduite en principes. Ce grand homme, profitant sans doute des découvertes de ses prédécesseurs , nous a transmis dans plusieurs
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écrits les préceptes les plus sages sur les principaux sujets de l’hygiène. Ce qu’il y a de plus déplorable , c’est l’incertitude où l’on est sur l’authenticité de ses écrits. Après avoir médité les dissertations savantes de Galien , de Celse , de Boerhaave , de Leclerc , de Mackenzie, de M. Halle, et autres auteurs, on est fort embarrassé pour accorder toutes les opinions opposées qu’ils émettent à ce sujet. Quoi qu’il en soit, le Traité des airs , des eaux et des lieux , mpl ut?™, ûJ'ûrav kuI r«V<ay, est un des plus beaux monumens élevés à l’hygiène publique. Dans ce traité , qu’on s’accorde généralement à regarder comme l’ouvrage d’Hippocrate, il trace, non en garde-malade, mais d’une manière sublime, en républicain, en vrai philosophe, les effets des gouvernemens et des climats sur la santé, les mœurs et les caractères des peuples; il fait sentir les différences qui séparent les nations libres de celles qui gémissent sous le joug du pouvoir arbitraire : c’est dans cet écrit qu’on doit apprendre à apprécier son génie. Dans les trois livres sur le régime ®reç< W, l’auteur a consigné des détails sur les propriétés et les variétés des alimens , sur les signes avant-coureurs des maladies et sur la manière de les prévenir. On trouve dans ces livres la doctrine du chaud, du froid, du sec et de l’humide, combattue dans le livre, rtpl 'wpiWf , ce qui a fait
penser qu’ils n’étaient pas de la même main. Hippocrate nous a encore laissé un livre sur l’aliment, snpl rpoipîis. On trouve dans ses œuvres un traité de la salubrité du régime , qu’on attribue à Polybe , son gendre; en-
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fin , un traité sur le régime dans les maladies aiguës , jrtfl ô% s®» , qu’on s’accorde à regarder comme de lui, mais qui appartient plutôt à la thérapeutique qu’à l’hygiène , ainsi que le livre sur Y usage des liquides irtp) vypav %ç>)trtoç.
Depuis Hippocrate jusqu’à Celse, son élégant traducteur , on ne trouve rien de fort nouveau sur les règles de l’hygiène ; cependant Celse est un des auteurs les plus instruits et les plus intéressans qu’on puisse lire sur cette matière.
Plutarque a fait un traité sur Y art de conserver la santé , où il s’est efforcé de faire revivre les principes de Pythagore. Ce qu’il dit des hains mérite surtout d’être lu , bien qu’il ait exagéré les dangers du bain froid. Sa déclamation contre l’usage des viandes, si éloquemment traduite par Rousseau , est remarquable sous le rapport du style.
On trouve dans Aulu-Gelle les conseils les plus sages sur l’éducation des enfans et sur l’allaitement maternel ; on y voit la raison elle sentiment se prêter un mutuel secours pour rappeler les mères aux devoirs de la nature. Je ne suis pas éloigné de croire que le philosophe de Genève a été inspiré par le discours que cet auteur a mis dans la bouche de favorinus .
Mais Galien, l’une des têtes les plus vastes qui aient jamais existé, génie fécond, laborieux, doué d’une imagination prodigieuse et d’un savoir immense, commentateur infatigable et admirateur passionné d’Iiippocrate , Galien a beauooup ajouté à l’hygiène. Heu-
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reux si l’amour des subtilités ne lui eût fait abandonner la route de 1r nature! On trouve dans ses innombrables écrits la doctrine des quatre élémens des corps, qu’il s’est plu à subdiviser pour ainsi dire à l’infini. Les titres des traités qu’il a consacrés à l’hygiène tiendraient seuls ici une place trop considérable pour que nous les transcrivions; mais nous ne saurions nous empêcher de dire que c’est dans ses œuvres qu’on trouve tout ce qui concerne l’économie du corps humain, divisé en trois classes; division si vicieuse, et qui pourtant a joui de tant de crédit dans les écoles. La première traite des choses naturelles , c’est-à-dire inhérentes à la nature de l’homme ; la seconde , des choses non-naturelles, c’est-à-dire hors de sa nature; la troisième, des extra-naturelles , c’est-à-dire différentes du cours ordinaire de la nature. Il distinguait six choses non-naturelles : Etres non naturales quæ sunt sex : aër, cibus etpotus , inanitio et repletio , motus et quies , somnus et vigilia, et accidentia animi. On voit que cette division est. un peu différente de celle qu’on a suivie depuis.
Oribase , Ætius , Paul d’Ægine , Alexandre de Tralles, et autres savans à la mode de ces temps-là, n’ont guère fait que suivre et étendre la doctrine galénique. Nous ne parlerons pas des Arabes, qui , dans leurs ouvrages, n’ont fait aussi que reproduire ce que les anciens avaient écrit. Mais rien ne mérite plus l’attention des philosophes que la folie de l’astrologie judiciaire, qui s’empara de tous les esprits dans le moyen âge. On avait mis la santé, la vie et le sort
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des hommes sous l’influence des astres; et ce fut dans ce temps de crédulité que des panacées préservatrices de tous les maux jouirent de la plus grande faveur.
Il n’entre pas dans notre plan de parler des auteurs modernes, nous nous proposons de profiter de leurs observations à mesure que l’occasion s’en présentera. Nous devons indiquer cependant quelle influence les découvertes modernes ont dû avoir sur l’hygiène, quelle immense supériorité elles ont dû nous donner sur les anciens. L’esprit sévère de Bacon et de Descartes apprit à étudier avec plus d’exactitude les phénomènes physiques; on renonça dès-lors aux vaines théories pour revenir à la nature dont on n’aurait ja? mais dû s’écarter. L’air devint un corps dont on put mesurer la pesanteur à l’aide d’un instrument ingénieux, et apprécier ainsi son influence sur l’homme. Le thermomètre, l’hygromètre furent inventés, et l’on conçoit quelle précision on dut porter dans les investigations. Sanctorius découvrit la transpiration , et nous laissa sur cette fonction des travaux qui n’ont été surpassés par personne, quoiqu’ils he soient pas toujours exempts d’erreurs. Plus tard la circulation du sang fut annoncée au monde; l’eau fut décomposée , les fluides élastiques découverts , tous les corps de la nature analysés avec justesse , et leur action sur l’homme appréciée avec rigueur. Une ère nouvelle s’ouvrit enfin pour l’hygiène.
Témoins de cette époque brillante de régénération, ne négligeons pas les moyens que nous avons
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sous la main de rendre le sort des hommes meilleur. Portons des regards attentifs sur les agens modificateurs de l’économie animale, et mettons ainsi à profit les découvertes de ces grands hommes. Osons plus encore, et ne nous bornons pas à la perfection de l’individu, mais portons notre attention sur la masse entière des citoyens. « Ce serait peu maintenant que l’hygiène se bornât à tracer des règles applicables aux différentes circonstances où peut se trouver chaque homme en particulier; elle doit considérer l’espèce humaine comme un individu dont l’éducation physique lui est confiée , et que la durée indéfinie de son existence lui permet de rapprocher sans cesse de plus en plus d’un type parfait, dont son état primitif ne donnait pas même l’idée : il faut, en un mot, que l’hygiène aspire à perfectionner la nature humaine générale ». (Cabanis, Rapports du physique, et du moral , etc. )