PREMIÈRE PARTIE. 5l
la bile, la pituite et l’atrabile. Chacun deces quatre éléinens, selon sa prédominance, caractérisaient un tempérament particulier; de la combinaison de ces éléniens résultaient des tempéramens mixtes; enfin de léur mélange parfait naissait un tempérament tempéré. Telle était la base de leur physiologie entièrement puisée dans une spéculation hypothétique. Mais bientôt, d’après leur méthode de philosopher, appelant la nature au secours de leurs conceptions, ils trouvèrent chez elle, ou du moins crurent y trouver des exemples des tempéramens qu’ils avaient imaginés. Ils tracèrent avec un art admirable, sous les noms de tempérament sanguin ,' colérique, pituiteux et atrabilaire , des tableaux qui semblaient frappans de vérité. Mais l’existence d’un tempérament sans mélange a paru depuis tout-à-fait chimérique, et le tempérament tempéré a été regardé comme un phénomène tellement rare, qu’on a osé en nier l’existence. Les anciens avaient en même temps cru remarquer une analogie frappante entre les saisons de l’année et les divers tempéramens; et ces rapports séduisans étaient bien propres à faire adopter cette conception brillante. Combien de systèmes ont reçu depuis la sanction générale qui ne présentaient à l’esprit et à la raison que des preuves plus faibles et des argumens moins spécieux! Les modernes (et par ceux-là je n’entends l>as parler des médecins du siècle de Louis XIV, victimes bien justes du génie de Molière, mais bien de ceux de nos jours), les modernes recevant l’heureuse impulsion que la philosophie imprimait à tous
les esprits, apprirent enfin à douter, et dès-lors la révolution de la médecine fut décidée. L’autorité des grands noms s’éclipsa devant l’autorité des faits; les livres ne furent plus que les supplémens de la nature; l’observation ne fut plus un vain mot. Chacun voulut voir par ses propres yeux. A la lueur de l’obseFvation tombèrent, comme de vains phantomes, enfans de la peur, tombent aux premiers rayons du jour, les systèmes et les préjugés sous lesquels gémissait le plus beau des arts; il ne resta que la honte d’y avoir ajouté foi. On cessa de croire aux quatre principes constitutifs des anciens, et à leur quatre humeurs. Ce fut à qui ferait voir le vide de ces hypothèses. Mais voyez quelle est la force de l’habitude, l’empreinte ineffaçable des premières impressions, l’empire des vieilles admirations, pendant qu'on sappait cette doctrine avec tant de raison et de talent, on se complaisait à tracer avec habileté les tableaux des tempéramens admis par les anciens; et ce n’est pas sans un plaisir extrême qu'on lit dans les écrits de MM. Richerand, Hallé et Pinel, dans ceux de Tourtelle et de Cabanis, la description des attributs physiques et moraux de ces tempéramens. On serait fâché qu’une plus grande sévérité nous eût privé de ces modèles de goût et d’éloquence. On verra même que plusieurs des traits dessinés par ces mains savantes doivent rester toujours, et l’on ne saurait nier que l’illustre auteur de la Nosographie philosophique, n’ait su faire à la médecine la plus heureuse application de cette doctrine; la théorie presque entière des causes prédisposantes