TEINTURE
1357. Principes de la teinture. — La teinture est l’art de communiquer aux diverses matières textiles des colorations variées. La coloration des fibres textiles se fait en général par suite d’une certaine affinité existant entre la fibre et la matière colorante, de sorte que celle-ci peut être
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enlevée à ses dissolvanls parles tissus, el qu’il devient alors impossible de l’en séparer par des simples lavages ou par toute autre opération mécanique. C’est ce qui arrive par exemple quand on plonge de la laine dans une dissolution de sulfate d’indigo. C’est par cette affinité de la matière colorante pour la fibre que la teintM'e se distingue de la peinture ; dans celle-ci, la couleur peut être appliquée sur tous les corps par un simple phénomène d’adhérence, mais les actions mécaniques ou purement physiques suffisent pour débarrasser les corps de leur couleur. Ainsi la peinture à l’huile peut toujours s’enlever en frottant le corps peint avec une étoffe imprégnée d’essence de térébenthine, qui dissout le corps gras auquel la matière colorante était mélangée.
Les fibres ne s’unissent facilement aux matières colorantes que si elles sont préalablement dépouillées des matières étrangères qui s’y trouvent naturellement ou que la préparation des tissus y a introduites ; elles doivent donc être soumises à l’opération du blanchiment. Quant aux matières colorantes, il faut qu’elles soient présentées à la fibre à l’état de dissolution. On désigne sous le nom de bains de teinture les dissolutions des matières colorantes dans lesquelles on plonge les tissus pour les teindre; toutefois, ce procédé n’est pas le seul qu’on emploie pour teindre les tissus ; on peut aussi appliquer la couleur en certains points de leu surface. On aura donc à distinguer dans la pratique la teinture par immersion de la teinture par impression. C’est par ce dernier procédé que se colorent les étoffes de coton connues sous le nom d'indie7ines.
On démontre facilement la nécessité de la division extrême de la matière coloranle par l’expérience suivante : On plonge un morceau de calicot dans de l’encre, on obtient ainsi une coloration noire qu’un simple lavage peut enlever, parce que l’encre ordinaire est colorée, en noir par du tannate de fer en suspension dans un liquide plus ou moins épaissi. Mais si l’on plonge une étoffe préalablement imprégnée d’un sel de fer dans une dissolution de tannin, l’encre se produit dans les pores mêmes des fibres, et ses particules s’unissent solidement à celles du tissu. C’est un des procédés qu’on emploie pour teindre en noir.
Beaucoup de matières colorantes, mêmes dissoutes, ne peuvent contracter d’union intime avec les diverses fibres; dans ce cas, on a recours à un intermédiaire appelé mordant^ qui possède la faculté de s’unir solidement à la fibre et à la matière colorante, en rendant celle-ci insoluble (laque) ; l’alumine est une de ces remarquables substances ; il suffit de plonger d’abord une étoffe dans un sel d’alumine, puis dans une matière coloranle sans affinité pour la fibre, pour que la teinture de cette étoffe ait lieu.
Les mordants employés dans la teinture sont les sels, et surtout les acétates, d’alumine, de fer, de cuivre, d’étain et de plomb, qui cèdent plus
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facilement leurs bases aux tissus que les autres sels. Si la matière colorante doit conserver sur le tissu sa nuance primitive, on devra faire usage d’un mordant incolore (alumine et étain). Les sels de fer, de cuivre, au contraire, modifient profondément les couleurs et sont utilement employés pour produire des teintes particulières. Ainsi la garance donne des roses et des rouges sur les étoffes mordancées à l’alumine, des bruns foncés et des noirs avec l’oxyde de fer, des teintes puce et marron si le mordant est un mélange des deux oxydes. Le quercitron (bois jaune) donne un beau jaune sur le coton aluné, et des couleurs fauve, olive ou verte sur du coton mordancé avec des sels de fer ou de cuivre.
Nous examinerons d’une manière sommaire les opérations diverses qu’il faut faire subir aux tissus avant de les teindre, et celles qui ont pour but de les colorer.
1358. Dlanchiment des tissus. — Les operations du blanchiment varient suivant que les matières textiles sont végétales ou animales.
1° Blanchiment du coton^ du lin et du chanvre. — Les étoffes de coton qui sortent des ateliers de tissage sont imprégnées d’une matière résineuse inhérente aux filaments, d’une matière colorante propre, de parou, de matière grasse et de sels de cuivre provenant de l’action que les corps gras employés dans le travail pour faciliter le tissage exercent sur les objets en cuivre que touchent les fils (peignes). On lave l’étoffe à l’eau, puis on la fait houillir avec un lait de chaux qui dissout le parou et forme avec la graisse un savon calcaire, qu’on dissout par une dissolution alcaline faible. On expose ensuite l’étoffe sur le pré, ou bien on la traite par le chlorure de chaux; on lessive après l’action du chlore avec un alcali faible, et l’on répète ces deux opérations autant de fois qu’il est nécessaire.
Pour le lin et le chanvre, l’opération est à peu près la rrfème, seulement la décoloration est plus difficile et exige un grand nombre de traitements par les chlorures.
2” Blanchiment de la soie et de la laine. — La soie brute est recouverte d’un vernis coloré ou incolore, qu’on peut lui enlever par l’eau de savon à chaud. La soie perd ainsi 23 pour 100 environ de son poids, provenant de matières azotées grasses et résineuses, que le savon a dissoutes. On l’expose en outre à l’action de l’acide sulfureux, si l’on veut obtenir une blancheur complète et absolue, ce qui n’est pas indispensable dans le cas où la teinture serait d’une couleur foncée.
La laine est recouverte d’un enduit particulier, le suint, qui conslitue une espèce de savon gras très-complexe qui est soluble dans l’eau. Aussi en enlève-t-on une grande partie par le lavage que, dans plusieurs pays, l’on fait subir aux animaux quelques jours avant la tonte (dessuintage).
Si la laine n’a pas été dessuintée, on lui enlève son suint par'des lavages à l’eau chaude, mais celte opération n’est pas suffisante pour dégrais-
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ser la laine ; il faut mettre la laine lavée à dos ou après la tonte au contact de solutions alcalines. On se servait autrefois d’urine putréfiée, on la mélange aujourd’hui avec une proportion notable de carbonate de soude. A Elbeuf, on dessuinle et on dégraisse la laine en une seule opération, au moyen d’urine et de sel de soude, dont l’action caustique est tempérée par les matières grasses du suint.
Les étoffes de laine sont lavées au savon avant la teinture et blanchies par l’acide sulfureux.
J 359. JUordaiiçag'e. — Les étoffes blanchies sontmordancées de diverses manières.
On fait digérer les tissus de coton et de ligneux à une température variable dans le sel métallique que doit fournir le mordant, et quand l’étoffe en est imprégnée, on la lave avec soin, afin d’enlever tout ce qui j n’est pas combiné. On peut teindre ensuite.
Pour les tissus animaux et principalement pour la laine, on mêle le plus souvent le mordant à la dissolution de matière colorante (à moins qu’ils ne se précipitent instantanément pour former une laque), et l’on ^ plonge dans ce mélange les étoffes à teindre ; elles se combinent avec une proportion déterminée du mordant et de la couleur.
Mais on opère quelquefois avec un tissu de laine ou de soie déjà mordancé, que l’on plonge dans un bain contenant également du mordant.
Le mordançage de la laine s’effectue à l’ébullition, le coton, le chanvre 1 et le lin à 33 ou 40°, la soie à la température ordinaire.
Quant à la préparation des divers bains de teinture, elle est variable I a\ec la nature des couleurs , nous n en parlerons pas, nous indiquerons
I seulement comment le teinturier produit les principales colorations des I étoffes.
J 360. Couleurs employées dans la teinture. — On ne connaît en teinture qu un petit nombre de couleurs simples, qui sont i le bleu, le rouge, le jaune et le noir ^ , toutes les autres résultent du mélange des premières. En voici quelques exemples. Le rouge et le bleu fournissent le pourpv6 ^ le violotj le lilas^ la ponsoc^ la Qoryo de piyaon^ etc. 5 le rouge et le jaune, 1 ciuiore, 1 orangé^ le souci^ la capucine^ coquelicot ^ etc.; le jaune
et le bleu produisent les verts de toutes les nuances. Quant aux matières colorantes, elles sont d’origine végétale, minérale et même animale. La cochenille ^ et la rnurexide appartiennent à cette dernière classe.
' On ne connaît qu’une seule couleur verte simple végétale employée jusqu’ici (135G).
- La cochenille est un insecte qui vit sur les nopals. Sa décoction, additionnée d’alun ou de crème de tartre, fournit le carmin que l’on fixe sur les élotlés mordancées pour obtenir le cramoisi fin, l’une des plus belles couleurs connues. Si l’on fait bouillir de la cochenille avec du carbonate de soude et qu’on verse de l’alun dans la couleur, on obtiendra la laque carminée.
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1361. Teinture en bleu. — On obtÎBnt l6 bl6U 3.V6C 1 indigo 6t l6 blcil de Prusse ou bien encore le campôcbe sur des tissus raordancés au cuivre ; les bleus d’indigo sont seuls bon teint.
1» Indigo. — On teint à l’indigo avec le bleu de Soxe., c’est-à-dire avec la dissolution d’indigo dans l’acide sulfurique (1349), mais surtout avec le bleu de cuve. La cuve à indigo est un bain dans lequel on a rendu l’indigo soluble en le transformant en indigo blanc; la composition de ces bains varie d’ailleurs avec le genre de travail. Pour les étoffes de coton, de chanvre et de lin, on la prépare (montage de la cuve) avec de l’indigo, du sulfate de fer et de la chaux. Nous avons indiqué (1347) les phénomènes qui se produisent au contact de ces matières.
2° Bleu de Prusse. — On produit directement le bleu de Prusse dans la fibre de l’étoffe, en la passant d’abord dans une dissolution de sel de fer, puis dans un bain de cyanure jaune ; on obtient ainsi les bleus Marie- Louise, bleu de France, etc., qui surpassent souvent par leur éclat les plus beaux bleus de cuve, mais qui ne résistent pas au savon et encore bien moins à l’action des lessives caustiques. Aussi peut-on facilement reconnaître les bleus obtenus avec le bleu de Prusse, en trempant l’étoffe dans une dissolution de potasse qui enlève rapidement la couleur.
4362. Teinture en ronge. — La garance, 1 orseille, le caithame, la cochenille, le bois de Brésil et de santal donnent des rouges variés, mais la garance seule fournit des couleurs de grand teint. Depuis quelques années, on a employé avec avantage, pour la coloration des laines et des soies, le rouge et le violet d’aniline. La garance et les divers bois rouges donnent , surtout à chaud , des décoctions fortement colorées dans lesquelles on plonge les étoffes mordancées que l’on veut teindre. On peut prendre comme exemple dans les cours la décoction de bois de Brésil et teindre du coton aluné. On avivera la couleur par l’ammoniaque.
Carthame. — Pour teindre une étoffe avec les fleurs de cartbame, on les dépouille d’abord par un lavage prolongé de la matière jaune qu elles contiennent. On traite alors par une dissolution faible de carbonate de soude, qui dissout la matière colorante rouge (cartbamine). On plonge des écheveaux de coton dans la liqueur, à laquelle on ajoute un acide organique, tartrique ou citrique ; la couleur se fixe sur l’étoffe et peut en être retirée par des lavages à lalcali; la lumière altère rapidement cette
belle couleur.
Rouge d'aniline. — L’aniline traitée par le chlorure d’étairi fournit la plus belle couleur rose connue, la fuchsine, qui se fixe avec une grande facilité sur les étoffes qu’on plonge dans les dissolutions qui la conliennent; il est nécessaire toutefois de les aciduler avec de l’acide acétique’ou tartrique. 11 en est de même pour les autres dérivés de l’ani-