SMALT, OU BLEU D'AZUR
potasse, qui chasse l'ammoDiaque, et reprendre ensuite par Teau. On peut aussi précipiter le cobalt à Tétat de sulfure par le sulfbydrate d'ammoniaque; mais il faut ensuite redissoudre le sulfure dans Tacidê azotique et précipiter l'oxyde par la potasse.
§ 898. On sépare le cobalt des métaux alcalins et alcalino-terreux par le sulfhydrate d'ammoniaque, qui précipite le cobalt seul à l'état de sulfure. Si le métal mélangé est du magnésium , il faut avoir soin d'ajouter à la dissolution un sel ammoniacal , pour empêcher la précipitation delà magnésie.
La séparation de l'oxyde de cobalt et de l'alumine se fait facilement par la potasse caustique en excès, laquelle dissout l'alumine et précipite l'oxyde de cobalt.
La séparation du cobalt et du manganèse est très-difQcile à obtenir d'une manière satisfaisante. Le meilleur procédé consiste à chaufiFer, dans un tube au rouge sombre, les deux oxydes dans un courant de gaz acide sulfhydrique qui les transforme en sulfures. On traite ensuite le mélange des sulfures par de l'acide chlorhydrique très-étendu et froid ; le sulfure de manganèse , seul , se dissout.
Pour séparer le cobalt du fer, on amène le fer au maximum d'oxydation dans la liqueur , et on y ajoute du sel ammoniac en quantité suffisante pour que le cobalt ne soit pas précipité par un excès d'ammoniaque. L'ammoniaque précipite le sesquioxyde de fer seul ; on verse ensuite , dans la liqueur filtrée , du sulfhydrate d'ammoniaque pour précipiter le cobalt.
Smalt) ou bleu d^asur.
§ 899. L'oxyde de cobalt se combine facilement avec les silicates fusibles , et produit des verres d'une très-belle couleur bleue. On l'emploie en grande quantité pour les couleurs sur porcelaine ; c'est une matière colorante très-précieuse , qui peut résister aux plus hautes températures pourvu qu'il n'y ait pas de matières désoxydantes en présence.
On prépare, dans les arts, un verre bleu, renfermant de l'oxyde de cobalt qui, réduit en poudre très-fine, est employé, tantôt comme couleur dans les fabriques de papiers peints , tantôt pour azurer le linge ou le papier à écrire. On donne à ce verre le nom de smalt ou de bleu d'azur. On en fabrique de grandes quantités en Saxe et dans d'autres localités de l'Allemagne , au moyen de l'arséniosulfure de cobalt naturel. A cet effet, le minerai est grillé dans un fourneau à réverbère; les vapeurs d'acide arsénieux se condensent dans des conduits qui précèdent la cheminée d'appel. Le minerai, convena-
iSî COBALT.
blement grillé, est mélangé avec du sable blanc et du carbonate de jïotasse bien pur , pris en proportion déterminée ; le mélange est fondu dans des pots de verrerie. 11 se dépose ordinairement, au fond de ces pots , un culot métallique composé principalement d'arséniures de nickel et de fer ; on lui donne le nom de speiss. La matière vitreuse, colorée en bleu intense, est bocardée après son refroidissement , puis réduite en poudre très-fine sous des meules. Cette poudre est ensuite mise en suspension dans l'eau; k-s parties les plus grossières se déposent les premières, elles doivent passer de nouveau sous les meules. Les eaux boueuses surnageantes sont décantées au bout d'un certain temps, et transvasées dans des baquets où elles déposent successivement des poussières de plus en plus ténues. On obtient ainsi des poudres d'un bleu d'autant plus clair qu'elles sont composées de particules plus fines.
mea de cobalt ^ ou bleu Thenard.
§ 900. L'oxyde de cobalt entre encore, comme principe colorant, dans une autre couleur employée dans la peinture, dans le bleu de cobalt ou bleu Thenard. On prépare cette matière colorante de la manière suivante : on précipite une dissolution de sulfate ou de nitrate de cobalt par du phosphate de potasse ; d'un autre côté, on précipite une dissolution d'alun par du carbonate de soude. On mélange intimement les deux précipités gélatineux de phosphate de cobalt et d'alumine, dans les proportions d'environ 3 parties de phosphate eo volume et de i2 à 15 parties d'alumine. Le mélange, desséché, est calciné dans un creuset, et se transforme en une poudre d'une belle couleur bleue, il est important toutefois d'éviter que les vapeurs combustibles du foyer ne pénètrent dans le creuset, car elles altéreraient notablement la nuance. On évite cet inconvénient d'une manière certaine, en mettant au fond du creuset une petite quantité d'oxyde de mercure, qui produit une atmosphère de gaz oxygène, et préserve l'oxyde de cobalt de toute réduction.
Équivalent = 369,7.
§ 901 . Le nickel métallique * se prépare comme le cobalt. L'oxyde de nickel, réduit par l'hydrogène à une basse température, donne un métal pulvérulent qui prend feu à l'air. Réduit dans un creuset brasqué au fer de forge, il donne un métal carburé bien fondu. On obtient du nickel métallique pur et fondu quand on chauffe l'oxalaté de nickel en vase clos, à un violent feu de forge. ' Le nickel est un métal blanc légèrement grisâtre ; il est plus malléable que le cobalt; il se laisse laminer et étirer en fils assez fins. Sa densité est de 8,8 environ. Il est magnétique, presque au même degré que le fer ; il perd cette propriété lorsqu'il est chauffé vers 400®. Le nickel se conserve assez bien au contact de l'air humide; chauffé à l'air, il se convertit en oxyde. 11 se dissout dans l'acide chlorhydrique et dans l'acide sulfurique étendu d'eau, avec dégagement de gaz hydrogène.
COMBINAISONS DD NICKEL AVEC l'OXYGÈNE.
§ 902. Le nickel forme deux oxydes :
Un protoxyde composé de nickel 78,71
oxygène... 21,29
et un sesquioxyde composé de nickel 71 ,1 4
oxygène... 28,86
L'équivalent du nickel est d'après cela 369,7 : il est presque exactement le même que celui du cobalt.
Le protoxyde de nickel s'obtient à l'état d'hydrate quand on précipite une dissolution de sulfate de nickel par la potasse caustique ; le précipité vertr-pomme, bien lavé à l'eau bouillante, puis calciné à l'abri du contact de l'air, donne une poudre d'un gris cendré , qui est l'oxyde anhydre. On l'obtient également par la calcination de l 'hydrocarbonate. Le nitrate de nickel calciné laisse de l'oxyde; mais il faut que la température soit très-élevée pour que cet oxyde soit du protoxyde.
* Recoona pour un métal particulier, en 1751, par Cronstedt et Bergmann.
i^4 NICKEL.
Le sesquioxyde de nickel se prépare en soumettant à Taction du chlore le protoxyde hydraté en suspension dans l'eau , ou en le traitant par un hypochlorite alcalin. Cetoxyde forme une poudre noire, qui se dissout dans l'acide chlorhydrique avec dégagement de chlore.
Sel« fforméfl par lé protoxyde de iilekel.
§ 903. Les sels de nickel sont d'un beau vert quand ils sont hydratés; la plupart deviennent jaunes en perdant leur eau de cristallisation. Leurs dissolutions sont d'un très-beau vert émeraude. Les alcalis fixes donnent dans les sels de nickel un précipité gélatineux vert-pomme. L'ammoniaque ne précipite pas les dissolutions fortement acides, et elle donne un précipité partiel avec les dissolutions neutres ; un excès d'ammoniaque redissout le précipité, et la liqueur devient bleue. Les carbonates de potasse et de soude produisent , dans les dissolutions des sels de nickel , des précipités vert clair d'hydrocarbonate, NiO.GO'+NiO.HO. Les phosphates et arséniates alcalins donnent des précipités d'un vert pâle. Le prussiate de potasse précipite en blanc verdâtre. Les dissolutions des sels de nickel ne sont pas troublées par l'hydrogène sulfuré lorsqu'elles renferment un excès d'acide ; mais elles sont partiellement précipitées quand elles sont neutres, surtout si l'acide du sel est un acide faible. Les suifhydrates alcalins donnent un précipité noir de sulfure hydraté.
§ 904. Le sulfate de nickel se prépare ordinairement avec le minerai de nickel. Ce minerai est le produit métallique qui se dépose au fond des creusets dans la fabrication du smali; on lui donne le nom de speiss. 11 est composé principalement d'arséniures de nickel et de fer ; mais il arrive souvent qu'il renferme encore un peu de cobalt. Quand cela a lieu, on fond le speiss pulvérisé avec une petite quantité de verre alcalin, auquel on ajoute un peu de nitre ; le cobalt étant plus oxydable que le nickel , qui a , au contraire , une plus grande affinité pour l'arsenic, l'oxyde de cobalt passe dans la scorie vitreuse, et le nickel purifié se concentre dans le culot d'arséniure. L'arséniure de nickel est ensuite grillé pour chasser l'arsenic aussi complètement que possible. Le résidu d'arséniate basique est chauffé dans un creuset avec un mélange de carbonate de soude et d'une petite quantité de nitre, puis traité par l'eau chaude qui dissout les sels alcalins renfermant tout l'acide arsénique à l'état d'arséniate de soude. L'oxyde de nickel qui reste est dissous dans l'acide sulfurique ; le sulfate ainsi formé renferme toujours une certaine quantité de sulfate de peroxyde de fer ; mais on s'en débarrasse facilement, en faisant bouillir la liqueur avec du carbonate de
ARSÊNIURES DE NICKEL. 15t;
chaux, qui ne précipite que le peroxyde de fer, et n'introduit pas de sels étrangers dans la liqueur , parce que le sulfate de chaux est très-peu soluble.
Le sulfate de nickel cristallise à la température ordinaire avec 7 équivalents d'eau ; mais en le faisant cristalliser dans une liqueur chaude on peut l'obtenir combiné avec 6 équivalents.
Les cristaux de sulfate de nickel à 7 équivalents d'eau acquièrent souvent un très-gros volume ; ils présentent un phénomène remarquable de mouvement moléculaire. Un gros cristal de sulfate de nickel à 7 équivalents d'eau, abandonné à lui-même pendant quelques jours, surtout sous l'influence de la lumière solaire, conserve sa forme extérieure, mais il perd sa transparence; et si, ensuite, on le casse , on le trouve rempli de cavités dont les parois sont tapissées de cristaux brillants d'une tout autre forme ; les molécules se sont donc groupées d'une manière complètement différente sans que la matière ait eu besoin de devenir liquide.
Si Ton verse de l'acide oxalique dans une dissolution de sulfate de nickel, oh n'obtient pas immédiatement de précipité ; mais il se dépose, au bout de quelque temps, une poudre cristalline ô!oxalate de nickelf et il ne reste plus qu'une très-petite quantité de ce métal en dissolution.