EAU RÉGALE
la couleur propre du mélange gazeux. La plus grande partie des gaz hypochloroazotique et chloroazoteux se condense dans l'ampoule,
Fig. 255.
sous la forme d'un liquide rouge-brun, et le gaz qui arrive dans le flacon G présente la couleur ordinaire du chlore.
Lorsqu'une quantité suffisante de liquide s'est condensée dan.^ l'ampoule, on ferme à la lampe les pointes a et b, si l'on veut conserver le produit. Avec les proportions d'acides azotique et chlorhy- \lrique que nous avons supposées, la substance qui se condense d'abord dans l'ampoule est formée d'acide hypochloroazotique presque pur; c'est un liquide très-volatil qui bout vers — 7". Sa composition est représentée par la formule AzO*Cl*; on peut la regarder comme de l'acide hypoazoîique dans lequel 2 éq. d'oxygène ont été remplacés par 2 éq. de chlore. La réaction qui lui donne naissance est représentée par l'équation suivante :
AzO» + 3UC1 = AzO«Cl« + 3H0 ,+ Cl.
En prolongeant l'expérience, le produit condensé renferme des proportions de plus en plus grandes d'acide chloroazoteux. Ce dernier composé est un peu plus volatil que l'acide hypochloroazotique : sa formule est AzO*Cl ; elle représente de l'acide azoteux dont i éq. d'oxygène est remplacé par 1 éq. de chlore.
On peut obtenir les acides chloroazoteux et hypochloroazotique par la combinaison directe du chlore et du deutoxyde d'azote, en dirigeant les produits gazeux dans une ampoule refroidie par un mélange de glace et de chlorure de calcium cristallisé.
Dans la plupart des cns où Ton at'aque un corps par l'eau régale,
on peut admettre qu'il se passe, entre les acides azotique et chlorhydrique, la réaction suivante :
AzO* + 2HC1 -= AzO' + 2H0 + 2CI.
Si Ton plonge un métal dans la liqueur, il se dissout rapidement h Vétat de chlorure, comme il le ferait dans une dissolution concentrée de chlore. Le métal rencontre, en effet, dans Teau régale, le chlore à Fétat naissant, c'est-à-dire dans les circonstances où la combinaison a lieu le plus facilement.
L'eau régale agit aussi comme un oxydant três-énergique ; ainsi elle transforme le soufre en acide sulfurique beaucoup plus rapidement que ne le fait Tacide azotique seul. Cette circonstance tient, d'une part, à ce que l'acide azotique mêlé d'acide azoteux est un oxydant plus puissant que l'acide azotique ; et, de l'autre, à ce que le chlore, en présence de l'eau, agit lui-même comme un oxydant énergique en formant de l'acide chlorhydrique, et présentant l'oxygène à l'état naissant.
BROME. /i83
Équivalent = 978,3.
§ 191. Le brome* est liquide à la température ordinaire; sa couleur est d'un rouge brun très-foncé ; presque noire quand la couche est épaisse; elle est d'un jaune rougeâtre à la lumière transmise quand la couche est très-mince. Le brome se congèle à — 7°,3, en une masse cristalUne feuilletée d'une teinte grisâtre. Il bout à QZ% à la température ordinaire, la tension de sa vapeur est considérable. Une gouttç de brome, versée dans un flacon, se volatilise promptement et remplit le flacon de vapeurs d'un rouge brun.
La densité du brome liquide est 2,97; celle de sa vapeur est 5,39.
Le brome a une odeur particulière, très-désagréable, qui lui a fait donner son nom (de ppwfxoc, mauvaise odeur). De même que le chlore, il agit c(mime poison sur l'économie animale et attaque vivement les organes de la respiration.
Le brome a dans toutes ses combinaisons la plus grande analogie avec le chlore; ses affinités sont cependant moins énergiques : le chlore chasse le brome de ses combinaisons. Le brome, comme le chlore, détruit les matières colorantes organiques.
Le brome, abandonné au contact de l'eau à la température de 0% se combine avec une partie de cette eau, et forme un hydrate cristallisé d'un rouge brun; cet hydrate est plus stable que celui du chlore; il ne se détruit que vers 15 ou SO*.
Le brome peut s'extraire du bromure de sodium ou du bromure de potassium par le procédé qui nous a servi à préparer le chlore au moyen du chlorure de sodium. Il suffit de chauffer un mélange de bromure de sodium, de peroxyde de manganèse, et d'acide sulfurique étendu de son poids d'eau. On introduit ce mélange dans une cornue tubulée (fig. 256), en le versant au moyen d'un entonnoir par la tubulure t. Le col de la cornue s'engage à l'aide d'un bouchon dans une allonge B, communiquant avec un récipient C que l'on refroidit au moyen d'un courant d'eau très-froide, ou mieux, en l'enveloppant de glace. On chauffe la cornue au bain-marie, en la plaçant dans une petite chaudière remplie d'eau chauffée sur un fourneau. La réaction est d'ailleurs exactement la même que pour le chlore ; il se forme des sulfates de soude et de manganèse qui restent dans la
* Le brome a été découvert en 1826 par M. Balard dans les eaux mères des salines de la Méditerranée.
cornue ; le brome passe à la distillation et vient se condenser dans le • récipient.
Le brome a été jusqu'ici d*un prix trop élevé pour que Ton ait pu 'employer dans les arts.