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Quant aux branches vives et intactes, nous croyons, qu’en général, il y a plus de mal que de bien à attendre d’une opération, si bien faite qu'elle soit, qui aurait pour objet de soumettre une partie d'entre elles à un système raisonné de suppression ou de raccourcissement, en vue d'améliorer la croissance ou la forme de l'arbre qui les porte.
Pour le chène spécialement, nous partageons l'opinion que l’élagage en chicot est dangereux et qu'il vaut mieux couper rez-tronc toute branche que l’on est décidé à supprimer, Nous admettons aussi que les plaies faites
au tronc peuvent se cicatriser, le plus souvent, avec
assez de rapidité pour soustraire le corps entier de l'arbre aux dangers des gouttières, des grisettes et des nœuds gâätés ; mais nous devons dire qne ces plaies, même les mieux recouvertes, laissent derrière elles des taches analogues à celles qui sont connues sous le nom de frottures ; que ces taches sont composées d’une ou plusieurs couches de bois mort, (mais non gâté) qui ne se ressoudent pas avec celles qui les recouvrent ; qu'elles se retrouvent plus tard quand on débite l'arbre, et suffisent pour en déprécier la valeur ; que si, au contraire, on se fût abstenu d’élaguer, le débit de la pièce, en planches, en charpentes ou en marine, aurait accusé, à la place de ces plaies, un nœud sain qui n’aurait altéré en rien la qualité et le prix de la marchandise. Nous pensons donc, qu'à moins d'exceptions, il faut se dispenser d'élaguer les branches vives et intactes de la tète des réserves.
Quelles sont ces exceptions ?
On comprend que, dans un taillis exploité à une courte révolution, à 10 ou 15 ans, on puisse soumettre les jeunes réserves à l'opération de la taille, et nous conseillerions volontiers aux propriétaires particuliers d'user de ce procédé pour former leurs arbres, surtout s'ils pouvaient surveiller eux-mèmes l'opération, et la confier à des ouvriers intelligents et expérimentés.
On comprend aussi, que si un taillis est dominé par
des arbres à couvert épais, comme des hêtres, on puisse
APPENDICE 647 avoir intérêt, surtout quand le couvert est bas, à retrancher quelques-unes des branches inférieures, pour favoriser la croissance du sous-bois. En effet, au cas particulier du hêtre, l'arbre ne souffrira que peu sous le rapport de sa croissance et, en raison de l'emploi que l’on en fait, il ne subira, la plupart du temps, qu'une dépréciation insignifiante.
‘On comprend même que les branches inférieures de la tête d’un chêne, lorsqu'elles s’étalent démesurément et horizontalement, puissent être raccourcies sans danger ; car, alors même que, par cette opération, la vitalité de la branche serait amoindrie ou tout à fait compromise, il n’y a, pour ainsi dire, point de risque à courir au point de vue de la formation d'une gouttiere, puisque, par hypothèse, la branche a une direction horizontale.
Concluons. — L'arbre le plus précieux et le plus robuste de nos forêts, le chène, est aussi celui qui est le plus facilement et le plus profondément atteint, dans la qualité de son bois,parles accidents de toutes sortes auxquels nos grandes essences sont exposées. Que l’on cherche à prévenir ces accidents, ou à en amoindrir les conséquences dans la mesure du possible, rien de mieux ; mais si l’on consulte les exploitants et tous ceux qui ont étudié le débit du chêne sous toutes les formes, tous s’écrieront, à propos de l’élagage des branches vives et intactes : ne touchez pas au chène.
HN
Renvoi du n° 632, page 427.
A l'examen comparé des principales méthodes d'exploitation qu'il nous soit permis d'ajouter encore une considération à l'avantage de la futaie :
On sait avec quelle facilité les bois blancs (tremble, saule, aune et tilleul) ainsi que le bouleau, se propagent dans les taillis quand le sol est frais et fertile. — Cette invasion est d'autant plus rapide que les exploitations sont plus fréquemment répétées. Les rejets de bois durs peuvent lutter avec quelqu'avantage , mais les brins de semence périssent immanquablement étouffés, si, dès les premières années, la main du forestier ne vient pas à leur aide.
A défaut de ces soins, toujours coûteux et trop souvent négligés, on a vu s’opérer dans la nature des peuplements les transformations les plus radicales; le tremble, le bouleau, les morts-bois règnent en maitres sur de vastes étendues autrefois habitées par le chêne.
Ces tristes résultats ne sont point à craindre dans les futaies; les bois blancs s'y montrent quelquefois après la coupe secondaire ou définitive, mais c’est pour disparaitre dans les éclaircies, si déjà les coupes de nettoiement n’en ont pas fait justice.
APPENDICE 649 $S 682, page 485.
Pour la conversion des taillis en futaie, le cours de culture indique trois modes de conversion différents :
1® mode. — Dès le début et au cours d’une révolution préparatoire, supprimer les exploitations de taillis, et leur substituer des coupes d'amélioration , (nettoiements, éclaircies, extraction de réserves dépérissantes), qui parcourront toute l'étendue de la série à convertir.
2 mode. — Dès le début et au cours d’une révolution préparatoire , traiter en coupes d'amélioration une partie des peuplements, et continuer parallèlement les exploitations de taillis dans le surplus de la série.
3e mode. — Dans des conditions particulières de peuplement et, par conséquent, à titre exceptionnel, commencer immédiatement la régénération naturelle ou artificielle d'une partie de la série, et traiter parallèlement le surplus, soit par coupes d'amélioration, soit par coupes de taillis.
Ces trois modes de conversion ont été mis en pratique sur une assez grande échelle, et c’est le deuxième qui a prévalu.
Cette préférence, déjà conseillée par nos maitres, s'explique aisément ; on y trouve en effet divers avantages :
Le plus essentiel,commund’ailleurs aux deux premiers
modes, c'est que la régénération, étant ajournée jusqu'à la fin d’une révolution préparatoire, s'effectuera plus facilement, parce que le taillis sera parvenu à l’âge de fertilité; parce qu'il aura atteint l’élévation nécessaire pour le succès du repeuplement, et parceque le sol se sera amélioré par suite d’un couvert prolongé.
Mais il y a aussi d’autres avantages que ne procure pas le premier mode de conversion et qui prœviennent de la continuation temporaire des coupes de taillis dans une certaine portion de la série; (du quart aux trois quarts) savoir :
1° Suivant la part plus ou moins grande que l’on fait à cette catégorie de coupes, on {peut atténuer sensiblement l’inévitable diminution des revenus pendant la révolution préparatoire et même au-delà ;
20 On peut adopter, pour la première régénération de la série, une révolution transitoire différant peu de la révolution définitive qui correspond à l’exploitabilite de l’essence à faire prédominer.
Il est peut-être superflu d'ajouter que ces derniers avantages ne peuvent être réalisés sans inconvénient qu'à l’expresse condition de multiplier les arbres de réserve dans les coupes provisoires de taillis sous futaie, en vue d'entretenir et même d'améliorer la fertilité du sol.
Quant au troisième mode de conversion, l'expérience
qu'on en a faite n’est pas pour en recommander l'emploi :
Quels que fussent le nombre et la fertilité des arbres de réserve, la régénération entreprise immédiatement, sans préparation, dans des taillis d'environ 30 ans, a rencontré de sérieux obstacles. Pour ‘assurer le succès des repeuplements naturels ou artificiels , on avait à luttér contre les rejets du taillis. Ce n’est qu'au prix d'efforts soutenus et à grands frais qu'on parvenait à dégager ces repeuplements. Souvent, faute d’assiduité et d'argent, il y a eu des mécomptes.
On a pensé mieux faire en extrayant les souches du taillis ; mais divers essais n’ont abouti qu'à montrer le ‘ danger d’un pareil expédient, surtout dans les sols maigres, dont la fertilité peut ètre compromise par tout retard dans le repeuplement.
La nécessité d’une préparation, plus ou moins longue, parait donc s'imposer en tous cas, alors même que les bois blancs et morts-bois domineraient dans les taillis à convertir. Eclaircir peu à peu les peuplements ainsi composés ; les laisser s'élever autant que possible, même jusqu'à l’âge voisin du dépérissement, puis les mettre en coupes d’abri, et semer ou planter les essences qui doivent former la jeune futaie ; telle est la marche à suivre, la plus sûre et aussi la moins coûteuse. C'est celle queM.Tassy a, tout le premier, recommandée dans la deuxième édition de ses études sur l’aménagement.