‹ Cours élémentaire de culture des bois. Complété et publiéChapitre 2 sur 147 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

conditions principales d'une exploitation rationnelle. Sans elle, il ne saurait y avoir de bonne économie domestique ou publique, et les générations futures seraient privées de toute garantie. |

La régénération naturelle est, au point de vue cultural, la fin que doivent poursuivre les forestiers. Le Cours de culture a maintenu fermement ce précepte dans ses éditions successives, malgré les tentatives qui voulaient le lui faire abandonner. Pour moi, tout en rendant justice à l'intelligence, à la capacité et aux intentions des agents forestiers qui ont fait ces tentatives, je pense, conformément aux lecons de nos illustres maitres, que le forestier doit utiliser autant que possible l’action des agents naturels, sans chercher à y substituer la sienne, et je regarde les repeuplements artificiels, quand ils ne sont pas imposés par les circonstances, comme un vol fait à la nature, vol, — qu'on me pardonne la vivacité du mot, — qui peut avoir les plus graves conséquences.

L'amélioration progressive est un but commun à toutes les branches de l’industrie; mais elle est particulièrement recommandable en sylviculture,

parce que les spéculations n'y sont bornées par

PRÉFACE. IX aucune limite de lemps, parce que les moindres négligences s’y traduisent souvent par des pertes irréparables, tandis que les moindres soins donnés à propos y sont susceptibles des résultats les plus avantageux. S'il est vrai de dire queles petites causes peuvent engendrer de grands effets, c’est surtout pour les forêts : personne n'ignore qu'il suffit d'un insecte gros comme la tête d'une épingle pour en compromettre l'existence. Mais par ces mots, amélioration progressive, MM. Lorentz et Parade ont voulu tenir les agents forestiers en garde contre les témérités ; ils leur conseillent de procéder avec lenteur, circonspection, comme 1ls l'ont fait eux-mêmes pour améliorer leur Cours. Dans ce Cours, ils ne préjugent rien ; ils n’avancent que des aphorismes incontestables. Ils n’ont demandé à la science que ce qu'elle pouvait leur donner au moment où ils écrivaient ; ils ne lui ont ni demandé les secrets de la vie, qu’elle ne pénétrera d’ailleurs jamais, ni emprunté des explications insuffisantes : ils n’exposent que des faits positifs, el, sous ce rapport, les moindres particularités ont été soumises à la eritique la plus rigoureuse.

Maintenant, sans pousser plus loin une analyse

x PRÉFACE.

dont le lecteur n’a pas besoin, je résumerai mes impressions en disant: qu'intéressant et indispensable pour les fonctionnaires chargés de la régie des forêts de l’État et des communes, le livre de MM. Lorentz et Parade l'est également pour les particuliers propriétaires de bois; qu’il ne néglige aucun détail de culture et qu'il laisse néanmoins en relief les hautes considérations basées sur les rapports des forêts avec l'intérêt général; qu'il fait voir enfin les liens nombreux par lesquels la sylviculture proprement dite se rattache aux autres sciences, et qu'il les fait voir avec une méthode et une netteté qui ne permettent pas de se méprendre sur leur nature et sur leur importance.

L'opinion, du reste, l'opinion même des personnes étrangères au corps forestier, a classé depuis longtemps ce livre au rang des plus utiles.

Que l’on interroge les particuliers : 1ls reconnaitront qu'ils y onttrouvé tous les renseignements qui leur sont nécessaires, et que, si leur intérêt comme propriétaires n'est pas d'adopter les exploitabilités reculées, leur devoir comme citoyens est de les préconiser.

Que l’on interroge les physiciens, les naturalistes :

PRÉFACE. XI ils constateront que, dans aucun autre ouvrage, on n'a fait une application plus intelligente, plus judicieuse, plus prudente et plus exacte des sciences à la culture du sol.

Que l'on interroge les hommes d'État, les économistes, en un mot tous ceux qui songent aux moyens d'augmenter les richesses sociales : ils répondront que c’est dans ce traité qu'ils ont puisé leurs notions, leurs lumières sur les services que les forêts rendent aux sociétés.

Mais s'il en est ainsi, on ne doit point s'étonner de la popularité dont les forêts jouissent dans notre pays et de l’émotion qui s’est manifestée toutes les fois que, dans ces derniers temps, leur conservation à paru menacée. Cette popularité, ce sont MM. Lorentz et Parade qui ont beaucoup contribué à la faire. Cette émotion, ce sont eux qui l'ont justifiée.

Voilà quelques-uns des titres qui assurent à ces deux forestiers la reconnaissance de leurs concitoyens. Arrivés dans ce monde, l’un à la fin du siècle dernier {25 juin 1775), l’autre au commencement de celui-ci (11 février 1802), à une tren-

taine d'années de distance, ce fut Tà un fait provi-

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dentiel, s'il est permis de qualifier ainsi certains événements plutôt que d'autres. En effet, s’il fallait la hardiesse et la résolution de M. Lorentz pour tailler à l’économie forestière, dans le monument de la régénération sociale, la place à laquelle elle pouvait prétendre, 1l fallait la prudence, le tact et la patience de M. Parade pour que cette place ne fût point amoindrie par la réaction malheureuse qui fit rentrer prématurément M. Lorentz dans la vie privée; et si celui-c1, par exemple, a eu la glorieuse initiative d’aflirmer hautement la supériorité du régime de la futaie sur le régime de taillis, son successeur n'a pas moins bien mérité de son pays en parvenant à maintenir ce principe, malgré tous les efforts qui ont été faits pour l’ébranler.

Grâce aux auteurs du Cours de culture, 1l n'y a qu'une voix aujourd'hui sur les inconvénients du tallis, non seulement dans les bons, mais aussi, mais surtout, dans les mauvais sols. Les idées sur ce point capital ont subi un revirement complet, revirement fort heureux; car l'éducation des futaies, c'est la régénération des forces naturelles, c'est la richesse de nos descendants.

Les âges de MM. Lorentz et Parade élaient donc

PRÉFACE. XIII échelonnés de manière à favoriser l’accomplissement de la mission à laquelle ces forestiers s'étaient dévoués.

En exposant, ainsi que je viens de le faire, en quoi consistait cette mission et comment elle à été remplie, je suis loin cependant d’avoir montré toutes les qualités, d’avoir énuméré tous les services des deux hommes éminents que l’on à proclamés, avec raison, les fondateurs de la sylviculture française. Le deuil extraordinaire que leur mort a occasionné ne s’expliquerait pas suffisamment, si leurs actes n'avaient eu pour résultat que d'améliorer l’état de nos forêts. Il s'explique encore par des causes essentiellement morales qui leur font autant d’honneur que leurs talents comme forestiers et administrateurs :

En dehors de ce mouvement d'idées et d’affaires dont s'occupent les journaux périodiques et qui répand tant d'éclat, il y en a un autre aussi fécond, aussi intéressant, quoiqu'il attire moins l'attention, et qui fournit au plus chaud patriotisme l’occasion de s'exercer efficacement. MM. Lorentz et Parade en ont donné par leur vie un touchant témoignage.

Ils ont aimé et servi la chose publique autant qu'on

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