Floraison et fructification. — La floraison
est monoïque, el amentacée 1 pour les mâles; les fleurs paraissent à la fin d’avril ou au commencement de mai avec les feuilles. Les gelées printanières, qui se font sentir dans cette saison, les détruisent souvent, et sont une des causes de la rareté des fruits dans certaines contrées, où l’on observe desintervalles de 3, 6, 8 et même 10 ans entre deux glandées consécutives. C’est surtout dans le Nord et l'Est de la France que cette rareté des années de semence se présente; dans les autres parties, les glandées abondantes sont généralement bis ou trisannuelles, et, chaque année même, il se produit quelques fruits qui contribuent à la régénération des bois.
Le gland mürit et tombe au mois d'octobre de l’année même de la floraison ; 1l est lourd et s’écarte peu, dans sa chute, de l'arbre qui le produit.
Ce fruit, dont la grosseur et la forme sont extrèmement variables, selon les sols, se distingue cependant de celui du pédonculé, en ce que les glands de celui-ci sont suspendus, ordinairement au nombre de 1 à 5, à un pédoncule ou axe commun assez long, tandis que les glands du rouvre sont généralement sessiles, c’est-à-dire attachés immédiatement sur le rameau, ou du moins sur un axe très court, autour duquel ils sont groupés par bouquets de 3, 4, 5et 6°.
* En chatons.
2 Flore forestière par M. Mathieu, professeur d'histoire naturelle à l'École impériale forestière. 4 vol. in-8°. Nancy, Grimblot, Ve Rayboïis et Comp., 1858.
Le chène de brin ne devient fertile en semence que de 50 à 80 ans, suivant les climats et selon qu'il est plus ou moins isolé, tandis que le rejet porte fruit souvent de 25 à 30 ans. Un sol sec hâte la fructification.
72. Jeunes plants. — Les chènes sont robustes dès leur naisance, et demandent, le plus tôt possible, à être découverts. On peut même, excepté dans les pentes au Midi, les élever sans abri; il estutile de les garantir contre les vents froids et desséchants du Nord et de l'Est.
73. Feuillage. — Le chêne rouvre, selon le sol sur lequel il se trouve, a les feuilles tantôt larges, luisantes , à lobes arrondis, tantôt petites et profondément découpées, mais généralement fermes, presque coriaces et assez régulièrement distribuées sur les rameaux.
Le couvert! de l’arbre, quoique sensiblement plus épais que celui du chêne pédonculé, est cependant toujours léger”. Cette circonstance, en permeltant aux rayons du soleil de pénétrer facilement jusqu’à la surface du sol, n’est pas avantageuse. Dans le#
! Voir la définition du couvert au 4° livre.
2? Voir l’excellente étude sur les chênes, rouvre et pédonculé, publiée par M. L. Dubois, inspecteur des forêts de Loir-et-Cher, sous le titre : Considérations culturales sur les futaies de chênes du Blésois. Blois, 1856. Voir aussi Th. Hartig, Histoire des végétaux forestiers cultivables (texte allemand). Berlin, chez Jeanrenaud,
terrains légers, elle facilite le desséchement, et, dans les sols frais et de bonne qualité, surtout quand les forêts sont avancées en âge, elle favorise la végétation des herbes et des arbustes au point de compromettre souvent la reproduction de l'essence par la graine, et, par suite, sa conservation, — Les soins intelligents et continus du forestier peuvent seuls combattre une aussi fâcheuse tendance.
74. Racines. — Le chène est généralement pivotant; ses racines s’enfoncent profondément quand l’état du sol n'y met pas obstacle; on en voit qui pénètrent jusqu'à 2 mètres, quoique l’arbre se contente, pour prospérer, de 30 à 60 centimètres defond.
Dans la jeunesse de l'arbre, le pivot forme la racine principale, les racines latérales sont rares et peu prononcées. À un âge plus avancé, celles-ci se développent, au contraire, avec vigueur, tendant toujours plutôt à descendre qu'à s’étaler, et le pivot reste à peu près stationnaire. C'est à cette tendance des racines à s’enfoncer que le chène doit de résister, mieux que toute autre essence, aux ouragans et aux lempèêtes.
Les racines du chène n’ont aucune disposition à drageonner; leur chevelu est peu abondant.
15. Croissance et durée. — La croissance du chêne est assez lente, mais assez égale jusqu’à l’âge de 180 et même 200 ans. L'arbre vit quatre, cinq siècles, et même plus; il s'élève à 33 mètres et au delà, et parvient à une grosseur considérable. On en
cite plusieurs qui ont atteint jusqu'à 3, 4, 5 et même 6 mètres de diamètre au pied.
76. Qualités et usages. — Le chène est l’arbre le plus estimé pour les différentes constructions. Son bois est de la plus grande durée et résiste, mieux que tout autre, aux intempéries de l'air, lorsqu'il est parvenu à l’état parfait; l'aubier, au contraire, c’està-dire les couches les plus récemment formées, se détruit rapidement , par la vermoulure en lieu sec, par la pourriture, s’il est exposé à l'humidité. Soustraite à l’action simultanée de l'humidité, de l’air et de la chaleur, cette essence se conserve des siècles, et acquiert même, avecle temps, une dureté presque égale à celle du fer. Elle est surtout employée dans les chantiers de la marine, et, à l'exception des mâts, elle sert à peu près à toutes les parties dont un vaisseau est composé. Les traverses de chemm de fer sont presque toutes en chêne, et ce n’est qu'à défaut de pouvoir s'en procurer qu’on à recours à d’autres essences.
76 bis. Sous le rapport cultural, il est très important de connaître les circonstances qui influent sur les qualités du bois de chêne.
Deux points sont surtout à considérer : 1° la texture ou le grain du bois ; 2° les vices et défauts que l'arbre est exposé à contracter en raison des conditions de sol, de climat et de traitement dans lesquelles sa croissance s'accomplit.
« La texture du bois de chêne est, en général,
» d'autant meilleure sous le rapport de la force, de » Ja ténacité, de l’élasticité et de la durée, que les » couches annuelles sont plus développées (de 5 à 15 » millimètres et au-dessus). La partie extérieure de » chacune de ces couches, qui comprend ce qu'on » appelle le bois d'automne, est formée d’un tissu » serré, plein, compacte, d'apparence cornée, tandis » que la partie intérieure ou bois de printemps n’est » que peu développée, et ne présente qu’une zone » étroite de vaisseaux qui apparaissent très nette- » ment sur la tranche sous la forme de petits trous » très rapprochés !.» (
En effet, on sait que cette zone, dite bois de printemps, composée presque exclusivement de vaisseaux, présente un tissu lâche, peu résistant et très susceptible de décomposition, tandis que le bois d'automne, essentiellement fibreux, constitue réellement la masse solide du bois; on sait, de plus, que la zone de bois de printemps conserve à peu près la même épaisseur, quelle que soit celle de la couche annuelle entière.
Donc, plus la croissance de l’arbre sera rapide, c’est-à-dire plus le sol et le climat seront propices, le traitement bien entendu et bien suivi, plus le bois aura de qualité pour les emplois de la marine et les grandes constructions en général, et vice versa.
! Exploitation, débit et estimation des bois, par M. Nanquette, professeur d'économie forestière à l'École forestière, page 222.
Les bois qui présentent cette forte proportion de bois d'automne sont dits nerveux ; on a donné le nom de bois gras, au contraire, à ceux dont les couches annuelles sont minces et composées presque entièrement de vaisseaux très ouverts.
Entre ces deux extrèmes, on comprend qu’il existe un très grand nombre de nuances.
Les vices et les défauts que le chène est exposé à contracter lorsqu'il est parvenu à de fortes dimensions, et conséquemment à un âge avancé, sont nombreux. Les bien connaître, et savoir en apprécier la gravité dans les arbres qu’il s’agit de livrer à la consommation, est pour le forestier un sujet d'étude fort important. — Nous ne pourrions, toutefois, le traiter 101, avec les développements qu'il comporte, sans répéter, en quelque sorte, ce qui se trouve parfaitement exposé dans l'ouvrage déjà cité de M. Nanquette (pages 229 à 257), et sans sortir des limites assignées à ce Cours. Nous nous bornerons donc à indiquer les défauts du chène et les causes qui les produisent ; ils sont de trois sortes :
Les uns sont dus à des accidents météoriques, tels que grands vents, grands froids, givre, verglas, variations brusques de température, coup de soleil (gélivure, roulure, lunure) ;
Les autres proviennent lantôt de la sécheresse ou de l'humidité du sol, tantôt d’un état de vétusté des arbres touchant à la décrépitude (cadranure, pourriture rousse ou blanche, grisettes) ;
Enfin, quelques-uns sont le résultat d'accidents provenant, directement ou indirectement, du fait de l’homme (frottures , nœuds gâtés , grisettes).
Le sylviculteur n'a que peu ou point d’action sur les causes des défauts de la première sorte; mais il peut, par un traitement intelligent et soigné de la forêt, par des mesures de police et de surveillance bien appliquées, prévenir très souvent ceux quisont dus aux autres causes. Nous reviendrons sur ces objets dans le cours de cet ouvrage.
16 ter. Le chêne est aussi un excellent bois de fente. Il fournit le merrain le plus généralement en usage, de très bons échalas de vigne, du treillage, des cereles de futailles, et des bois propres à la boissellerie.
Différents métiers en ürent un grand parti, mais plus particulièrement le charronnage , la tonnellerie, la menuiserie et l’ébénisterie.
« Pour ces divers usages, et surtout pour les deux » derniers , les chènes gras ou tendres, quand ce » défaut n’est pas exagéré, sont les plus recherchés, » parce que le bois est d’une plus belle teinte, mieux » veiné, plus facile à travailler, et que, mis en œuvre, » iln'est sujet ni à se fendre, ni à se voiler, ni à » prendre du retrait, comme le bois nerveux.— À ce » point de vue, le chène rouvre parait avoir l’avan- » tage sur le pédoneulé, si l’on en juge par ce qui se » passe dans les pays accidentés, où les menuisiers » et les fabricants de merrain accordent une préfé-
DES SOLS, DES ESSENCES. 47 » rence marquée aux chênes de montagne ou de » coteau, qui sont ordinairement de cette espèce !.»
Ainsi donc, les différentes qualités du premier de nos arbres forestiers deviennent également précieuses , selon l'usage auquel on le destine.
Comme bois de chauffage, le chène vieux n’est pas d’un bon usage. Il brûle sans flamme, pétille et éclate souvent, et dégage son calorique avec trop de lenteur, quoiqu'il en fournisse beaucoup; dans les appareils à fort tirage (calorifères), à l’aide desquels on veut obtenir une température égale et soutenue, il est employé plus avantageusement. Le jeune chène (rondin) est meilleur ; lorsqu'il a erû sur un terrain sec et que sa dessiccation est avancée, 1l brüle bien, donne beaucoup de chaleur et un beau brasier. Le charbon de chêne est très employé, surtout dans les usines métallurgiques , et, pour cet usage, on préfère généralement le charbon de bois jeunes ou d'âge moyen à celui qui provient d'arbres mürs.
L’écorce du chène fournit le tan nécessaire à la préparation des peaux. Le meilleur est celui qu'on retire des jeunes chènes dont l'écorce est lisse et brillante.
Le fruit du chène est parliculièrement utile à l'engraissement des porcs.
! Ouvrage déjà cité, de M. Nanquette.
2° Chène pédonculé.
11. Le chêne pédonculé se rencontre presque aussi fréquemment en France que le rouvre, mais il forme, plus rarement que celui-ci, l'essence dominante de nos forêts.
78. Climat, situation, exposition. — Quoique plus répandu dans les pays du Nord et moins dans ceux du Midi que son congénère, cet arbre, ainsi que nous l'avons dit, ne s'élève pas autant que celui-ci dans les montagnes etse plaît moins dans les terrains accidentés. On le trouve cependant dans les régions de coteaux, mais seulement mélangé au rouvre, tandis que, dans les plaines, il prospère et domine souvent presque à l'exclusion de ce dernier.
79. Terrain. — Les terrains gras, mais surtout profonds, frais et même humides, sont ceux que le chène pédonculé recherche particulièrement. Quoique assez indifférent à la nature minérale des terres, il est cependant, de toutes nos essences forestières, celle qui s’accommode le mieux des argiles fortes. Quand il est mélangé au rouvre, on le trouve surtout en belle croissance sur le bord des eaux, dans les plis de terrain et dans toutes les places où une dépression un peu marquée du sol, en permettant à l'humidité de s'y amasser, assure à ses racines la fraicheur nécessaire à leur végétation. Dans les sols
DES SOLS, DES ESSENCES. 49 secs ou superficiels, ou dans les pentes prononcées, on le voit languir et bientôt disparaitre.
80. Floraison et fructification. — La floraison est la mème que celle du chène rouvre, si ce n'est que les fleurs apparaissent 10 à 15 jours avant celles de ce dernier, ce qui les expose d'autant plus à être victimes des gelées du printemps et rend, par conséquent, les glandées plus rares.
Nous avons dit [71] les différences qui caraclérisent les fruits de ces deux chênes. Il nous reste seulement à faire remarquer que, tandis que Îles glands du rouvre passent, pour ainsi dire, par toutes les grosseurs (de 15 à 30 etmème 40 millim. de long, suivant la station de l'arbre, ceux du pédonculé conservent partout à peu près les mêmes dimensions (25 millim.), sans doute parce que, l'essence ne croissant que dans les sols d’une certaine nature, les fruits ne sauraient éprouver les modifications que présenlent ceux de son congénère, beaucoup plus accommodant sous le rapport du terrain.
81. Jeunes plants. — Mème tempérament el mêmes exigences que ceux du rouvre, si ce n'est, toutefois, que le pédonculé succombe promptement sous le couvert, tandis que le rouvre, tout en pouvant s’en passer, le supporte cependant assez longtemps.
82. Feuillage. — La ramificalion du chène pédonculé se constitue principalement par les bourseons lerminaux, rarement par les bourgeons latéraux qui ne produisent que des rameaux grèles. I]
90 DES CLIMAIS , :
en résulte une cime qui n’est formée que d’un petit nombre de branches principales, plus ou moins grosses selon le volume de larbre, qui restent nues sur une parlie de leur longueur, et ne portent que vers leur extrémité un feuillage ramassé en touffes serrées , laissant dans la cime de larges ouvertures. Cette disposition rend naturellement le couvert de l’arbre très incomplet et fort inférieur à celui du chêne rouvre À.
Les feuilles du chène pédonculé sont plus tendres el paraissent plus tôt que celles de son congénère, ce qui, en raison des lieux que arbre habite, les rend souvent victimes des gelées printanières. D'un autre côté, elles restent vertes plus longtemps en automne.
83. Racines.— L'enracinement du chène pédonculé ne diffère en rien de celui du rouvre ; toutefois, la disposition pivotante est, chez le premier, peulètre plus prononcée encore que chez le second.
84. Croissance et durée. — Il n'existe pas de différence sensible, sous ce double rapport, entre les deux chênes que nous considérons. Il paraît certain, néanmoins , que la croissance du pédonculé est, en général, plus rapide que celle du rouvre, ce qui peut s'expliquer, d’abord, par la qualité des terrains qu'il exige pour prospérer, et, ensuite, par la présence plus prolongée de la feuille à l'état vert sur l'arbre.
‘ Voir les ouvrages déjà cités de MM. Th. Hartig, L. Dubois et A. Mathieu.
DES SOLS, DES ESSENCES. pl
59. Qualités et usages.— Tout en reconnaissant que les deux chênes qui nous occupent participent des mêmes qualités, quoique à des degrés différents, les forestiers et les constructeurs, ainsi que les divers métiers qui travaillent ces bois, ont discuté depuis longtemps et discutent encore sur la question de savoir auxquels des deux 1l y à lieu d'accorder la prééminence.
Longtemps on a pensé, — et nous avons pensé el écrit nous-même, — que le rouvre, ayant une plus grande force, devait être préféré pour les grandes constructions, le pédonculé, au contraire, pour les ouvrages de fente. Mais, après avoir étudié pendant plusieurs années consécutives cette question si importante pour le sylviculteur, soulevée de nouveau, en 1856, par la publication du remarquable mémoire de M. L. Dubois, nous devons déclarer aujourd'hui que notre opinion s’est entièrement modifiée sur ce point.
Nous nous croyons lenu de rendre compte de ce changement.
Il a été établi plus haut [76 bis! que le bois de chêne, sans distinction d'espèce, élait d'autant plus ferme, plus résistant, plus élastique, plus nerveux enfin, que le tissu fibreux était plus abondant dans ses couches annuelles, ou, ce qui est la même chose, que le bois d'automne était plus développé, dans une même couche, comparativement au bois de printemps.
52 DES CLIMAIS ,
On à vu aussi [70 et 79} que le rouvre se plaît ou résiste dans toutes sortes de terrains, depuis les meilleurs jusqu'aux médiocres, et que le pédonculé n'habite que les fonds fertiles et frais : d’où la conséquence que les accroissements annuels de celui-ci seront, en général, larges, c’est-à-dire pourvus de beaucoup de bois d'automne , tandis que les accroissements de l’autre ne pourront présenter cet avanlage que dans les sols de bonne qualité.
De ces faits il est permis de conclure :
1° Que le chène pédonculé, quand 1l aura d’ailleurs les dimensions convenables et qu’il ne sera pas vicié, fournira toujours des bois essentiellement propres aux grandes constructions;
2° Que le chène rouvre offrira les mêmes avanlages, s’il a crû en bon fonds; toutefois, dans beaucoup de terrains, où sa robuste constitution et le couvert qu'il assure au sol lui permettent encore de prospérer, le grain de son bois, composé de couches innuelles minces, manquera des qualités requises pour en faire un bon bois de service, mais deviendra, par contre, d'autant plus propre aux ouvrages de lente et de menuiserie.
3° Chène tauzin.