‹ Cours élémentaire de culture des bois. Complété et publiéChapitre 35 sur 147 · Qualités et usages. — Le pin sylvestre est · texte numérisé non relu

Qualités et usages. — Le pin sylvestre est

DES SOLS, DES ESSENCES. les

employé, comme bois de construction et de travail, aux mêmes usages que le sapin et l’épicéa. Son bois, quand il a atteint toute sa maturité, est même considéré comme aussi solide et aussi durable que celui du chêne. Dans la marine, il sert à la charpente et aux planchers mêmes des ponts, et c’est presque le seul arbre dont on fabrique les mâts. La France, à cet égard, est tributaire du nord de l'Europe, ce qui doit nous faire attacher beaucoup d'importance à cultiver le pin sylvestre dans des conditions qui puissent lui permettre de remplir une aussi précieuse destination.

Or, ce n’est que dans les régions élevées de nos principales chaînes de montagnes, où les accroissements sont lents et la texture ligneuse très serrée, que nous pouvons espérer de voir le bois du pin sylvestre acquérir le degré de souplesse et d’élasticité réclamé pour la mâture. On devra donc rechercher avec soin, dans ces régions, les parties les plus abritées, où cette essence aura le moins à souffrir des neiges et des frimas, pour y élever des massifs destinés à satisfaire à ce besoin de haute utilité publique !.

Le chauffage qu'il fournit est bien supérieur à celui du sapin et de l’épicéa; il en est de même de son charbon, qui est recherché pour les forges.

‘ Voir sur ce sujet le mémoire de MM. Bravais et Martins,

inséré dans le deuxième volume des Annales forestières (année 1843, pages 369 et 561).

Le pin sylvestre produit une partie du goudron dont la marine a besoin. Ce sont les souches et les racines qui en rendent le plus; on l’enretire communément en les soumettant, dans des fourneaux, à une distillation lente et graduée. Le bois, ainsi privé de résine, se réduit en un charbon que l’on emploie à divers usages. IT se fait, dans beaucoup de pays, des adjudications très productives de souches de pin sylvestre, avec faculté d'établir des fours à goudron.

Dans certaines localités, les maraudeurs ont l'habitude d’entailler fortement le tronc des pins sylvestres, pour en enlever quelques morceaux plus particulièrement chargés de résine, qu'ils reconnaissent à une couleur jaune foncé, au poids, et à l'odeur forte qui s’en exhale. Ces morceaux, coupés en petits fragments, sont très inflammables etse vendent pour remplacer les allumettes et pour activer le feu. Il n’est pas nécessaire de dire que ee délit est des plus préju-

diciables.

ARTICLE IV

Le Pin à crochets.

302. Le pin à crochets (pinus uncinata,pe CANDOLLE; p. mugho, Poirer), appelé aussi pin suffin, pinerin, suffis 1, habite les régions élevées des Alpes, des

! Nous n'avons pas eu occasion d'observer le pin à crochets. Les renseignements qui nous ont permis de le décrire sont dus,

DES SOLS, DES ESSENCES. lo

Pyrénées et du Jura, où 1l forme, tantôt seul, tantôt en mélange avec le pin sylvestre et le mélèze, des forêts assez considérables. On le trouve aussi, mais par bouquets seulement, sur quelques hauts plateaux des Vosges. Outre les qualités de son bois, cette propriété de végéter en bon état dans des régions où la plupart de nos essences résineuses ne sauraient prospérer, le rend précieux pour le forestier, dont un des principaux soins doit être d'assurer le boisement des hautes sommités de nos chaînes de montagnes f. 303. Climat, situation, exposition. — Cet arbre, ainsi qu'on vient de le dire, appartient surtout aux climats secs et froids ; dans les Alpes, 1l apparaît à 1,500 mètres, monte jusqu’à 2,200 mètres,et se maintient même à 2,500 mètres d'altitude. Ses branches

en très grande partie, à MM. Du Guiny et Broilliard, qui ont administré, pendant plusieurs années, les cantonnements de Guillestre et de Briançon.

* Le pin chétif où mugho (pinus pumilio ou mughus), qu'avec plusieurs botanistes nous avons considéré pendant longtemps comme une variété du pin sylvestre, produite par l'influence simultanée d’un climat rigoureux et d’un sol tourbeux, est aujourd’hui généralement reconnu comme étant une modification du pin à crochets. Il est particulier aux tourbières et aux marais des hautes montagnes, sur lesquels sa tige et ses branches rampent souvent à une distance de plus de 10 mètres en s’entrelaçant et se coudant de manière à former des lacis impénétrables de { mètre 50 à 2 mètres de hauteur. Quoique impropre, par sa forme et ses dimensions, à tout autre usage que le chauffage, cette variété mérite d'être appréciée, puisqu'elle permet de maintenir boisés des lieux où toute autre végétation ligneuse serait impossible.

moins nombreuses et moins fortes, ses feuilles plus raides et plus serrées que celles du pin sylvestre, semblent être la cause pour laquelle il est moins exposé que ce dernier à souffrir de la neige et des frimas 1.

L'exposition du Sud est celle où il prospère le mieux. Dans les arrondissements de Briançon et d'Embrun, où le pin à crochets est surtout répandu, il forme l'essence dominante de presque tous les versants méridionaux.

304. Terrain. — Le pin à crochets s’accommode de toute espèce de terrain,quelles que soient sa nature et sa profondeur; on le trouve même sur des rochers. Toutefois, les sols légers et frais sont ceux qui lui conviennent le mieux, mais il s'y carie facilement lorsqu'ils sont très substantiels.

305. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque; les fleurs paraissent en juin et juillet.

Les cônes grossissent et mürissent dans le même espace de temps que ceux du pin sylvestre, et la semence, semblable à celle de ce dernier arbre, se dissémine à la même époque. L'arbre devient fertile à un âge peu avancé, el ses fruits sont abondants.

306. Jeunes plants. — Les jeunes plants du pin à crochets sont plus robustes que ceux du pin syl-

‘ Cela peut tenir aussi à ce que la neige est ordinairement fine et pulvérulente dans les régions élevées qu'habite le pin à crochets. (Note de M. Parade.)

DES SOLS, DES ESSENCES; 159 vestre, en ce sens que, s'ils croissent, aussi bien que ces derniers, sans abri, ils supportent, beaucoup mieux qu'eux, un couvert prolongé et résistent aux froids les plus rigoureux.

307. Feuillage. — Les feuilles sont raides et serrées sur les rameaux; elles donnent un couvert épais.

308. Racines. — Les racines sont surtout traçantes; on n'y remarque pas de pivot proprement dit. Elles pénètrent facilement et profondément dans les fentes des rochers. |

309. Croissance et durée. — La croissance du pin à crochets est très lente, égale et se prolonge jusqu’à un âge fort avancé. Vers 160 à 200 ans, il atteint une circonférence au pied de 4 mètre à 1 mètre 40 sur 18 à 25 mètres de hauteur. Dans le cantonnement de Guillestre (arrondissement d'Embrun), quelques arbres, crûs dans un sol sec et à l'exposition du Midi, mais dont on ne connaît pas l’âge, ont présenté Jusqu'à 3 mètres de circonférence à la base et 20 mètres de hauteur.

310. Qualités et usages. — Le bois est estimé pour la charpente, et, à l’exception du mélèze, on le préfère, dans les Alpes, aux autres essences résineuses ; il a le grain fin, il se fend et se travaille facilement et sert à la fabrication de toutes sortes d'ustensiles de ménage. Comme chauffage, il estaussi très apprécié.

La finesse et l'égalité de ses accroissements annuels [283}, le petit nombre relatif de ses branches peu développées, enfin la beauté de son port, ont fait penser que le pin à crochets pourrai tdevenir une ressource précieuse pour notre mâture, si on lui laissait atteindre un âge suffisamment avancé.

Quelques échantillons fraîchement coupés de ce bois, envoyés à l’École forestière en 1856, ont présenté celte particularité que, gorgés abondamment de térébenthine à leur arrivée, cette substance n’a pas tardé à s’évaporer pour ne laisser, dans le bois desséché, qu'une faible quantité de résine. Cette expérience peut faire craindre que, comme le sapin et l'épicéa, le pin à crochets n'ait pas, dans ses tissus, suffisamment de résine concrète pour donner à son bois l’élasticité et la force exigées pour la mâture. Cependant, il serait prématuré, à notre avis, de se prononcer à cet égard. D'une part, en effet, les échanlillons dont il s’agit n'avaient guère plus de 100 ans, ce qui est un âge peu avancé pour une essence qui, croissant aussi lentement, atteint cependant de très fortes dimensions [309! et peut vivre, par conséquent, deux à trois siècles. D'un autre côté, les échantillons ne provenaient-ils pas d'arbres crûs dans un sol frais et substantiel, tandis que ce sont certainement les terrains secs et exposés au Midi qui produisent le bois le plus incrusté de résine concrète ?

Il est donc nécessaire de continuer, sur les lieux, l'étude de cette importante question. On ne saurait

trop la recommander à l'attention des forestiers en position de s’y livrer.

ARTICLE V

Le Pin maritime.

311. Le pin maritime, pin de Bordeaux (pinus pinaster, SoLAND; pinus maritima, LAMARCK) constue des parties de forêts considérables dans les Landes, en Provence, dans le Languedoc et en Corse.

312. Climat, situation, exposition. — Quoique cet arbre appartienne plus particulièrement aux climats chauds, on le cultive cependant avec succès dans les départements de l'Ouest; mais il y est exposé aux gelées, ne fournit pas des bois de valeur et n’atteint pas un âge avancé. Son élévation el sa grosseur y sont médiocres, etson utilité restreinte. Il en est de même dans la forêt de Fontainebleau et dans les environs de Paris. On ne peut douter que, transporté plus au Nord, il ne soit impossible au pin maritime de s’acclimater, étant très sensible au froid.

Lorsqu'il jouit d’une température convenable, 1l prospère en plaine, sur les collines, et même sur des montagnes de hauteur moyenne !. Il est d'autant plus utile sur les bords de la mer que ses racines

! En Corse, on le trouve encore à une altitude de 1,600 mètres.

Les

DES CLIMATS , pivotantes et latérales lui donnent une assiette solide et le mettent en état de résister aux efforts des vents.

313. Terrain. — Le pin maritime se contente d'un sol médiocre, pourvu que ce sol soit profond; 1l réussit même très bien dans les sables purement quarlzeux, comme le sont par exemple ceux rejetés par les eaux et amoncelés sur le littoral de l'Océan. Les terrains compactes et marécageux lui sont contraires.

314. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque. Les fleurs paraissent en mars et en avril dans le midi de la France, et au mois de mai dans les régions plus tempérées.

La semence est plus grosse que celle du pin sylvestre et munie d’une aile proportionnée à son volume; elle mürit au bout du même laps de temps que celle-e1, et se dissémine à la même époque.

La fertilité de cet arbre est extraordinaire. Il porte fruit presque tous les ans et dès l’âge de 12 à 15 ans, quelquefois plus jeune. Néanmoins, pour être sûr de la bonté des graines, il convient de ne les cueillir que sur des arbres plus âgés.

315. Jeunes plants. — Le pin maritime est très robuste dès sa naissance, et tout abri un peu prolongé lui est nuisible. [n’y a que dans les sables brûlants des dunes de Gascogne et dans les expositions chaudes du midi de la France qu'il est nécessaire de l’ombrager les premières années.

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