‹ Cours élémentaire de culture des bois. Complété et publiéChapitre 42 sur 147 · Croissance et durée. — La croissance du · texte numérisé non relu

Croissance et durée. — La croissance du

pin du Lord est très rapide; les pousses annuelies s'allongent quelquefois, dans sa jeunesse, de 66 cenümètres à 1 mètre. Il attemt un âge très avancé et prend les plus fortes dimensions. En Amérique, on en a trouvé qui avaient jusqu'à 50 et 60 mètres de hauteur sur 4 mètre 66 centimètres de diamètre à la base.

313. Qualités et usages. — Aux États-Unis, le pin du Lord à un bois ferme; 1lest léger, peu noueux et facile à (raviuller. Les Américains en tirent un grand part pour la charpente, et même pour là construction des vaisseaux. [ls lemploient aussi à la mâture; mais, quoique plus léger que le pin sylvestre, iln'est pas, pour cet effet, d’un aussi bon usage.

Pour les constructions civiles, s'ilest placé à Pabri des varialions de Patmosphère, ce bois a la durée el la consistance de nos meilleurs pins; mais ‘il ne faut l'emplover nt sous l’eau n1 dans la terre, où 1l est sujet à pourrir.

Il est très recherché par différents métiers; sa texture est fine, et 1l prend un beau poli.

On ne peut affirmer que toutes ces précieuses qualités se retrouvent dans les pins du Lord que nous cultivons en France. Ceux que lon a pu y exploiter jusqu'à présent étaient évidemment trop Jeunes pour servir de sujets d'expérience; le bois en était mou, léger, peu résineux et peu résistant. Le temps seul pourra nous apprendre ce que nous avons à espérer de cette essence.

Le pin du Lord contient beaucoup de térébenthine, P

DES SOLS, DES ESSENCES. | 159 qui se volatilise promptement. En France, il est demeuré jusqu'à présent à l'abri du résimage; mais, dans l'Amérique du Nord, il parait qu'il est soumis à cette pratique.

SRPTCLE TXT Le Mélèze.

314. Le mélèxe (larix europæa, bE CANDOLLE), par la beauté de son port, la durée et l'utilité de son bois, tient le premier rang parmi les bois résineux. Il est le seul dont les feuilles soient caduques.

Il forme des forêts considérables, tantôt seul, tantôt en mélange avec l’épicéa, le pin svlvestre, le pin à crochets et le cembro.

3175. Climat, situation, exposition. — Cet arbre qui, dans le Nord de l'Europe, occupe tantôt la plaine et tantôt la montagne, ne se trouve, en France, que dans les Alpes, où 1} apparaît à 1,200 mètres d’altitude, s'élève en bon état jusqu'à 2,000 mètres, et résiste même, mais à l’état de buisson rabougri, jusqu'à une élévation de 2,400 mètres. Ce sont les situations où l’état habituel de l'atmosphère est à la fois sec et froid, qui semblent surtout lui convenir: il redoute les climats brumeux et les vents humides,

Sur les montagnes où il est indigène, 1l prospère parliculièrement aux expositions du Nord et de l'Est. A de grandes hauteurs, on le trouve aux aspects du Sud et de l'Ouest, mais il n°v est pas bienvenant ".

"M. du Guiny.

376. Terrain. — Le mélèze demande une terre divisée, profonde et surtout fraîche. Cette dernière condition, qu'il recherche d’une manière très marquée, le rend souvent accommodant sur les deux autres. Dans les terrains très substantiels, il est, comme le pin à crochets [304], exposé à se carier ". Les sols argileux et compactes ne lui conviennent pas plus que les sables purs et trop légers; les terrains mouillés aussi lui sont contraires.

311. Floraison et fructification. — Les fleurs sont monoïques, et paraissent en avril ou en mai, selon la température. Les graines, légères et ailées, sont mûres à la fin de l’année même de la floraison, et se disséminent au printemps suivant; dans certaines circonstances, néanmoins, cette dissémination s'effectue, comme celle de l’épicéa |287|, dès le commencement de l’automne.

Le mélèze porte semence à un âge peu avancé, surtout dans les climats tempérés, où sa trop grande fécondité, toutefois, doit être considérée comme l’indice d’un ralentissement prématuré de croissance.

378. Jeunes plants.— Dans les climats où 1l est indigène, le jeune plant du mélèze est robuste dès sa naissance et suscepüble de résister aux froids comme aux ardeurs du soleil; mais, sous un ciel plus doux, on fera bien de l’ombrager pendant les premières années.

‘ M. du Guiny.

319.Feuillage. — Les feuilles sont petites, tendres, et ne donnent qu’un couvert léger ; elles fournissent cependant au sol un détritus beaucoup plus abondant que celui d'aucun autre conifère (M.T. Hartig), parce qu’elles se renouvellent chaque année.

380. Racines. — Le mélèze pivote à un mètre et plus de profondeur; ses racines traçantes sont nombreuses, déhées, et s'étendent au loin.

381. Croissance et durée. — La croissance du mélèze est très prompte; il acquiert une grande hauteur et prend beaucoup de diamètre. On en a trouvé sur les Alpes qui avaient de 33 à 40 mètres de hauteur sur 5 mètres de tour à la base. Il peut vivre trois à quatre siècles 1.

' Nous devons à l'obligeance de M. Davall de Joffrey, conseiller des forêts à Vevey, canton de Vaud (Suisse), la notice suivante sur un mélèze que l’on voyait encore en 1850 dans le voisinage du hameau de Forclar, dans la vallée d'Ormont, sur le bord d’une forêt située sur un versant au nord en pente rapide, à 1,400 mètres environ au-dessus du niveau de la mer.

Quoiqu'il fit partie d'une forêt particulière, cet arbre avait été placé sous la surveillance spéciale de l'inspecteur forestier de la contrée, et le propriétaire avait consenti à ne pas le faire abattre. Mais la foudre le frappa et le mutila tellement, que Ja hache dut l’achever.

Croissant isolé, le mélèze de Forclar était très branchu, et sa hauteur ne dépassait pas 23 mètres, mais sa souche avait, près du sol, un diamètre de 2 mètres. Son âge était, au plus, 275 ans, et sur la souche on comptait distinctement 257 couches de bois parfait et 13 couches seulement d’aubier; l'écorce avait une épaisseur de 013.

Le premier billon, parfaitement sain, d’une longueur de 93,

Dans les régions tempérées, sa végélalion surpasse en rapidité celle de tous les autres bois résineux; cependant elle se ralentit déjà considérablement dès l’âge de 60 à 70 ans, et quelquefois même plus tôt. Souvent, à la vérité, il a, à cet âge, de 25 à 30 mètres de hauteur sur 25 à 33 centimètres de diamètre ; mais son bois, alors, est loin de présenter les qualités qu'on lui reconnait, à un âge plus avancé, dans le pays dont il est originaire.

Ces faits, qui se sont vérifiés sur différents points de l'Allemagne, et notamment dans la Forêt-Noire et dans les montagnes du Hartz, sont de nature à faire croire que le mélèze n’est point encore parfaitement acchimaté dans les situations peu élevées.

La culture en grand de cet arbre semble donc, quant à présent, devoir se borner aux très hautes montagnes; mais on ne devra pas moins en continuer et multiplier les essais sur nos élévations moyennes. On sait, en effet, que ce n’est souvent qu'après plusieurs générations qu’une essence parvient à se faire entièrement au climat où elle a été importée, et à v recouvrer, au moins en partie, les propriétés qu'elle possède dans son pays natal !.

avait au gros bout 1"9 de diamètre et 270 couches, et au petit bout 0"95 et 248 couches. Il cubait donc 14 m. c. 394 d. c.

‘ Dans un grand domaine de l'Angleterre, où existaient d’im— portantes plantations de mélèzes âgés de plus d’un siècle, le propriétaire s’est décidé, il y a peu d'années, à exploiter ces arbres, dont les dimensions étaient déjà considérables. Ils

382. Qualités et usages. — Le mélèze résiste très longtemps à l'air el se conserve, dans les lieux humides et sous l’eau, aussi longtemps que le chêne. Des habitations sur les Alpes, entièrement construites avec ce bois, dont les pièces équarries sont placées les unes sur les autres, ont une origine fort ancienne.

Dans une cabane, bâtie depuis 240 ans, on à

avaient 6t6 plantés, les uns aux expositions du Nord et de l'Est, les autres sur des versants aux aspects du Sud et de l'Ouest.

Examinés par des ingénieurs maritimes, les premiers furenl trouvés de très bonne qualité et payés fort cher pour être employés dans la construction des vaisseaux ; les autres, au contraire, parurent aux mêmes juges de qualité fort médiocre et tout à fait impropres aux exigences du service d'élite qu'il s'agissait d’approvisionner.

Cet exemple tend, selon nous, à prouver : 1° que le mélèze, transporté dans d’autres climats, y manifeste les mêmes exigences que dans son pays natal, en ce qui concerne l’exposition; 2° que, quand ces exigences, jointes sans doute à celles concernant le sol, sont satisfaites dans unc certaine mesure, son bois conserve, en grande partie, les précieuses qualités qui le distinguent dans les régions élevées.

M. T. Hartig, dans son excellent ouvrage déjà cité, rapporte, de son côté, des expériences plus encourageantes encore pour prouver que les qualités si remarquables du mélèze n’appartiennent pas seulement à cette essence croissant dans les climats froids.

Son illustre père avait fait disposer, pour tuteurs des arbres du jardin de l'École vétérinaire à Berlin, des perches ou piquets de diverses essences. Ces piquets, écorcés, avaient un diamètre de 3 pouces (1 décimètre environ). Ceux en bois de mélèze se maintinrent intacts pendant 14 ans et ne trouvèrent de rivaux en durée que parmi les robiniers, les cembros, les thuyas et les genévriers. Une expérience analogue et simultanée fut faite avec

trouvé les bois parfaitement sains1. Le mélèze est également précieux pour les constructions tant civiles que navales. Si on le voit rarement dans les chantiers de la marine, la cause en est uniquement dans la difficulté de l'extraire des localités qu'il habite et dans les frais considérables de transport. Des ingénieurs de la marine le considèrent comme plus résineux, plus fort et plus léger que le laricio, et, par conséquent, plus propre à la mâlure. Les bordages faits de ce bois durent plus longtemps que ceux de chêne, ce qui a été reconnu dans les bâtiments employés à la navigation du lac de Genève.

Le mélèze est très propre à la menuiserie et à d'autres métiers; 1l a un grain très fin et prend un beau poli. On en fait aussi du merran, et il fournit pour la vigne de très bons échalas.

Son chauffage et son charbon ne sont pas de première qualité; cependant ils passent, dans le pays

des madriers de 4 pouces qu'on enterra dans le même lieu. Ceux en mélèze, en robinier et en pin sylvestre vieux et très résineux, furent les seuls qui restèrent sains aussi longtemps que les piquets. Or, les mélézes employés provenaient des environs de Berlin.

‘Il faut observer cependant que cette durée extraordinaire n’est pas uniquement due à la bonté du bois. Il n’est pas douteux que les froids vifs et prolongés des grandes hauteurs doivent retarder la décomposition de toute espèce de bois qui y serait mis en œuvre, et que des mélèzes, employés aux constructions sur des élévations peu considérables ou dans des vallées, n’y résisteraient pas aussi longtemps, attendu les variations fréquentes que présente Ja température de ces localités,

natal de l'arbre, pour être préférable à ceux des pins et des sapins. Le bois de mélèze a l'inconvénient de pétiller, de lancer des éclats et de s’allumer plus difficilement que les autres bois résineux. C’est sans doute à cette dernière propriété qu'il a dû la réputation d’incombustibilité qu'on lui avait faite chez les Romains {Vitruve).

On tire du mélèze un suc résineux connu sous le nom de térébenthine de Venise. Dans le Valais, on l’obtient en pratiquant dans le tronc, avec une tarière, des trous faiblement inclinés de bas en haut, mais qui ne dépassent pas l’aubier. À l’orifice de ces trous, on place des gouttières faites en bois de mélèze, par le moyen desquelles la térébenthine coule dans des auges disposées à cet effet au pied de l'arbre. Cette récolte a lieu sur les Alpes depuis la fin de mai jusqu’au commencement de septembre; elle est sans doute d’un grand produit, car on prétend qu’un mélèze peut fournir, pendant 40 à 50 ans, de 3 à > kilogr. de térébenthine chäque année; mais cette opération rend ordinairement le bois impropre au service.

La térébenthine distillée donne une huile essenüelle qui, cependant, n’est pas aussi estimée que celle qu’on obtient de la térébenthine du sapin.

L'écorce du jeune mélèze est très propre au tan-

nage des cuirs.

ARTICLE XII

Le Cèdre.

383. Le cèdre ou cèdre du Liban (cedrus Libant, BARREL) est spontané en Asie, principalement sur le mont Liban et sur le mont Taurus; depuis la conquête de l'Algérie, on en à reconnu de vastes forêts dans les montagnes de l'Atlas. Il peut être considéré

comme le géant des conifères de ces contrées.

384. Climat, situation, exposition. — L’habitation du cèdre devrait faire présumer que cel arbre ne craint pas les climats froids ou, au moins, qu'il doit très bien réussir dans les climats tempérés de la France. En effet, sur le mont Liban, dont le sommet est couvert de neiges perpétuelles, on ne le rencontre que dans une région déjà assez élevée, et en Afrique, ce n’est qu'à 1,400 mètres au moins audessus du niveau de la mer que se trouvent les forêts de cèdre !. Cependant, dans le climat de Paris, on est forcé de lui donner beaucoup de soins dans sa Jeunesse, et de l’abriter contre les gelées. Ce n’est que lorsqu'il est âgé de six à huit ans qu’on peut

‘ Voyez l'intéressante notice de M. Renou, inspecteur des forêts de l'Algérie, dans le 3° vol. des Annales foresticres, année

1844, pages 1 à 7.

Le

DES SOLS, DES ESSENCES. 167 l’abandonner à lui-mème; 1l résiste alors aux plus grands froids.

Les montagnes paraissent lui convenir mieux que les plaines, et la température, que lui offre son pays natal, semble exiger qu’on ne le cultive pas dans des parties trop exposées aux ardeurs du soleil.

385. Terrain. — Les sols graveleux, un peu secs et profonds paraissent convenir au cèdre. Ainsi que les autres conifères dont nous avons parlé, 1l ne vient ni dans les terres trop compactes, ni dans celles qui sont marécageuses.

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