Nous avons dit ailleurs [587] que les catégo
ries de baliveaux, dont doit se composer la réserve, dépendaient du terme extrême d’exploitabilité adopté pour celle-ci, et nous venons d'indiquer quelles sont les circonstances de nature à influer sur le nombre de baliveaux à comprendre dans chaque catégorie. —On conçoit, toutefois, qu’on ne puisse établir, à cet égard, de règle fixe, mais on n’en sent pas moins le besoin de certaines données propres à servir de point de départ et de guide, lorsqu'il s’agit, dans la pratique, d’arrêter cet objet aussi important que difficile. Dans ce but, on a cherché à déterminer, par maximum et par minimum, l’étendue que peuvent recouvrir les arbres de réserve, sans compromettre le taillis; puis on a essayé de trouver l’espace moyen que recouvre un baliveau de chaque catégorie, et l’on est arrivé de cette manière à fixer le nombre d'arbres de différents âges qu'il conviendrait de réserver à chaque exploitation.
Ainsi qu'ilétait facile de le prévoir, les expériences faites ont produit des résultats fort divers, et, par suite de ces différences, les opinions émises à ce sujet ont beaucoup varié. Nous ne rapporterons de ces opinions que celles qui se sont assez généralement vérifiées et qui sont le plus conformes à nos propres convictions. Toutefois, nous nous hâtons d’ajouter que, lorsqu'il s’agira de régler le couvert de la réserve dans une forêt ayant quelque importance, cet objet demandera toujours à ètre expérimenté particulièrement, attendu que le couvert se modifie selon les
essences el selon la disposition des arbres à s'étaler plus ou moins, disposition qui dépend à son tour du sol et du climat. Enfin, nous ferons remarquer que le couvert des vieux arbres est bien plus nuisible au
sous-bois (à surface couverte égale) que celui des arbres jeunes ou d'âge moyen, parce que le feuillage des premiers est plus épais et moins pénétrable, par
conséquent,aux rayons du soleil que celui des seconds.
593. On admet en principe que, immédiatement avant l'exploitation, les arbres ne doivent couvrir que le fiers, au plus, du terrain, quand les circonstances locales, quenous avons indiquées plus haut, semblent permettre une réserve abondante. Le couvert peut être diminué, selon les cas, jusqu'au sixième de la surface.
Le balivage normal qui va suivre, et dont la première idée appartient à Cotta, nous parait applicable à un grand nombre de nos tillis sous futaie, lorsqu'ils croissent dans un bon terrain; il établit un couvert et un ombrage modérés, el assure des ressources en bois de service et de travail, propres à tous les besoins de la consommation. On pourra facilement, au surplus, y apporter les modifications que des circonstances particulières rendraient avanlageuses ou nécessaires, soit en supprimant une el même deux catégories de réserves, soit en diminuant le nombre des pieds composant chacune des catégories.
Iest presque inutile d'ajouter que ce balivage
n'est applicable qu'aux essences dont la consommalion réclame des pièces de fortes dimensions, et qui, d'ailleurs, sont susceptibles d'atteindre un âge avancé ; telles sont, par exemple: le chêne, l’orme, le frêne, l’érable.
Nous ne voyons pas l'opportunité de réserver, comme on le fait souvent, des hêtres et des charmes jusqu'à 150 ans el plus. Ces arbres, dont le couvert est très épais, s’étalent considérablement et écrasent le laillis, sans offrir au propriétaire, lors de leur abatage, une compensation pour les pertes que leur présence à occasionnées. Il est vrai, toutelois, que le hêtre, par ses fruits, présente quelque dédommagement; c’est un objet à apprêcier d'après la fréquence des années de semence dans la localité, li valeur de la faine, et les difficultés de la récolte.
994. Balivage normal. — Admettant une révolulion de 30 ans, on devrait trouver, à chaque exploitation, par hectare :