POUR ENTRETENIR LES TAILLIS EN BON ÉTAT
ARTICLE PREMIER
Repeuplements artificiels.
597. Aussitôt après lexploilation des coupes de taillis, on doit s'occuper de remplacer, par voie de semis ou de plantation, toutes les souches usées, et de regarnir de la même manière les places qui ne seraient peuplées que de bois de médiocre qualité. Sans cette précaution, les meilleures essences seraient souvent dépossédées par les bois blanes, et le chêne surtout, la plus précieuse de toutes, finrait par disparaître entièrement.
C’est effectivement un fait reconnu, que le chène se reproduit mal de semence dans nos tllis, mème lorsqu'il v est dominant. Ce fait est surtout évident dans les tullis composés. Nous connaissons des
lorèls considérables, où la réserve en anciens et en vieilles écorces, formée en presque totalité de très beaux chènes, atteste abondance avec laquelle cette essence v élut répandue autrefois, et où l’on ne trouve plus aujourd'hui que fort peu de jeunes sujets de franc pied, propres à remplacer les arbres parvenus à maturité. Aussi est-on réduit à choisir les baliveaux parmi les perches des cépées, quoique l’on sache que les réserves de cette nature ne valent pas, à beaucoup près, celles qui proviennent de semence. En effet, un rejet n’atteint jamais l’âge auquel le brin peut parvenir; il se détériore, se creuse fréquemment par le pied, el n'offre que rarement des ressources à la marine el aux grandes constructions civiles.
Si nous recherchons la cause d’un inconvénient aussi grave, nous la trouvons dans le tempérament du jeune plant. On sait que les brins de chène, dès les premières années de leur existence, ne suppor-
tent pas d'être couverts {72}. Or, dans un taillis, ils
le sont en général toujours, soit par des rejets, soil par des arbres de réserve; on comprend donc qu'ils doivent finir par périr, et que, dans une pareille situation, les glands, quelle que soit leur abondance, se répandent et lèvent en pure perte !.
998. Convaincu de cette vérité par l’expérience, Hartig propose de planter, par hectare, après chaque
Voir lAppendice.
DES TAILLIS. 971 exploitation, une certaine quantité de brins de chène bienvenants, pour assurer les ressources nécessaires au balivage (pour le nôtre, ce nombre serait 50). Il veut que ces brins aient une hauteur de 2 m&tres à 2 mètres 50 centimètres, qu'ils soient convenablement espacés et défendus par des tuteurs contre les coups de vent et contre le poids de la neige et du givre.
Ce procédé n'est cependant à conseiller qu'excephüonnellement, à cause des difficultés et de la dépense de son exécution. En effet, non seulement la plantation même de tiges aussi élevées demande des soins particuliers, mais le jeune chêne, de la hauteur indiquée par Hartig, ne devient propre à être transplanté avec succès, qu'après avoir été une première fois repiqué en pépinière. Lors de ce repiquement, on retranche une portion de son pivot, et on le force ainsi à former plus de racines latérales et plus de chevelu.
En général, 1l sera bien préférable de ne planter que des sujets de 5 à 5 ans qu'on élève très facilement et à fort peu de frais en pépinière (voir le 6° livre de ce cours), etqu'à défaut, quoique avec beaucoup moins d'avantage, on pourrait mème prendre directement en forêt. En les transplantant, on recèpe ces sujets, afin de donner à leur végétation un essor plus rapide ". |
" Pour que ces repeuplements produisent les précieux résule
» , D10 DE JL EXPLOITATION
Comme nous l'avons dit plus haut, on ne fait ces travaux que dans les parties clariérées ou les moins abritées de la coupe, et lon arrache, en outre, les souches mortes ou dépérissantes, pour gagner un peu de terrain. Les bois blanes et les morts-bois, s'ils peuplent seuls certaines places de la coupe, doivent aussi être soigneusement extirpés et remplacés par des essences meilleures f.
Outre le chêne qui tient le premier rang, d'autres essences, telles que l’orme, le frêne, les grands érables,ete., méritent encore d’être répandues, dans nos lullis sous futaie, plus qu'elles ne le sont; elles améhoreront considérablement li composition du taillis et pourront aussi, avec ulilité, faire partie de la réserve.
lats qu'il est permis d'en attendre, il est très essentiel de se souvenir des exigences de nos deux principales espèces de chêne, en ce qui concerne le terrain [70 et 79}, afin de ne pas placer indifféremment, ainsi qu'on l’a fait trop souvent jusqu'ici, le rouvre dans les sols frais et humides et en plaine, le pédonculé dans les terrains accidentés, secs et peu profonds.
! Dans les taillis sous futaie, ces remplacements s’opèrent souvent naturellement, à ia suite d'une année de semence abondante. 11 n'est pas rare alors de voir, dans les coupes exploitées depuis quelques années, des semis très complets de chêne et l'’autres essences dures, levés sous les boïs blanes et les mortsbois. On conçoit qu'en coupant ceux-ci une ou plusieurs fois, jusqu'à ce que les autres soient en état de soutenir avantageusement la lutte, on fera une excellente opération [556], fort simple en elle-même, peu coûteuse et qui, tout en épargnant au propriétaire des frais de repeuplement bien plus considé-
rables, Fui fera encore gagner du temps.
ARTICLE I
Nettoiements et éclaircies.
999. Après avoir assuré, par les moyens que nous venons d'indiquer, la conservation des essences les plus précieuses, on ne peut point encore abandonner le jeune taillis à lui-même; car, bien que l’on ait extirpé les bois blancs et les morts-hois dans les places où ils dominaient entièrement, il s’en trouvera cependant qui, provenant soit de nouvelles semences, soit d'anciennes racines, reparaîtront parmi les cépées de bonnes essences, auxquelles ils ne tarderont pas à nuire. Ainsi que dans les jeunes futaies, ce sera une opéralion des plus utiles, de faire disparaître ces parasites, ou tout au moins d'empêcher qu'ils ne dominent les bois durs. Par ce moyen on écartera toute entrave à la végétation du taillis !.
En procédant à ce nettoiement au commencement
! En principe, il est incontestable que ces nettoiements doivent se faire sans avoir égard aux produits pécuniaires. Cependant, pour éviter une opération entièrement onéreuse et à laquelle un propriétaire aurait de la peine à se décider, on peut ne commencer ces extractions qu'à l’âge de 6 à 9 ans. On en obtiendra, dès lors, des fagots propres au chauffage, surtout à celui du four, et dont le prix de vente offrira, le plus souvent, un bénéfice assez considérable. La valeur des bois dans les différentes localités fera avancer où retarder cette opération utile. N
de l’automne, il est probable que l’on diminuera les chances de la reproduction.
600. Lorsque le taillis, ainsi débarrassé des bois blancs, aura atteint l’âge de 12 à 15 ans, 1l sera à propos d'y faire une éclaircie, d'après les principes que nous avons développés pour le traitement des jeunes futaies [466]. Toutefois, on devra se borner à enlever les perches sèches ou languissantes qui se trouvent dans les cépées, et respecter soigneusement les brins de semence qui végètent, cà et là, sous Île couvert, et dont on peut espérer qu'ils vivront Jusqu'au retour de l'exploitation etaugmenteront ainsi le nombre des souches propres à la reproduction. On devra aussi laisser subsister les rejets susceptibles de s'enraciner et de devenir par la suite des pieds indépendants [571]. Une seule éclaircie sera suffisante, si la forêt est exploitée de 20 à 25 ans ; on pourra en effectuer deux, dans le cas d’une révolution de 30 à 40 ans, surtout si l’on ne retarde pas le nettoiement dont nous venons de parler.
Un propriétaire qui sera soucieux de donner des soins raisonnés et suivis à l'exploitation de son laillis, multipliera les éclaircies, favorisera par là laccroissement des bois et obtiendra plus de produits !.
: Voir l'Appendice.
DES TAILELIS. ni
ARTICLE III
Elagage des baliveaux.
601. Pour compléter la série de travaux à exécuter dans les taillis, il nous reste à parler de l’élagage ou taille des baliveaux, opération dont on ne peut méconnaitre l'utilité.
Aussitôt qu'on les isole, la plupart des arbres, et principalement le chène, se garnissentabondamment, le long du tronc, de branches gourmandes qui détournent, à leur profit, une grande partie de la séve destinée précédemment à la cime. Ces branches prenant un prompt accroissement, il arrive, au bout d'un certain nombre d'années, que la cime n'est plus assez nourrie; elle sèche et amène le dépérissement de l'arbre. De plus, la lige devient très noueuse el moins propre, par conséquent, au service el au travail. Il est done évident que l'émondage de cesbranches gourmandes, pratiqué non seulement sur les réserves anciennes el modernes, mais aussi sur les baliveaux de l'âge,est fort utile, pour que le régime du tallis sous futaie puisse atteindre son but.
Les époques auxquelles l'émondage doit se faire ne peuvent être déterminées avec précision. Le plus ordinairement, 1l v a lieu de le commencer trois ans après l'exploitation de la coupe, et de le répéter, de trois en trois années, Jusque vers la moitié cu les
NX DE L'EXPLOITATION
deux liers de la révolution ; le taillis, alors, devient assez élevé pour empêcher de nouvelles productions du tronc !.
La coupe des branches se fera rez-trone, avec une serpe bien tranchante et en commençant l’entaille par le bas, afin de ne point arracher l'écorce. Quant au moyen d'exécuter celle opération avec facilité, surtout sur de gros arbres, le meilleur paraît être de se servir d'échelles ; l’ouvrier conserve ainsi les deux bras libres, et se meut plus aisément en tous sens que lorsqu'il est réduit à grimper, fût-11 même muni de crampons ?.
La siuson à choisir pour ces travaux est le commencement de l'automne, comme étant la moins favorable à la reproduction. Dans les pays où le bois a de la valeur, cet émondage n’est point onéreux ; les bourrées qui en résultent couvrent presque toujours les frais d'exploitation et donnent souvent même des bénéfices. Maus n’en fût-1l pas ainsi, qu'il conviendrait cependant de tenir à son exécution; l'avantage
! Voir l'Appendice.
* Les crampons dont se servent habituellementles éiagueurs, el aussi les délinquants, pour grimper sur les arbres, sont très funestes aux chênes. La piqûre du crampon laisse une trace ordinairement visible à l'extérieur, et détermine à l’intévieur un épanchement de séve qui produit une tache noire, plus où moins large, dans le bois et donne naissance à un vice analogue à la frotture. — Noir le Cours d'exploitation, débit et
estimation des bois, par M. Nanquelle, pages 253 el 256,
DES TAILLIS. 38) marqué qu'on en obliendra pour les arbres compensera amplement les frais.
602. Outre les branches gourmandes, l’élagage doit encore porter, quand il s’agit des baliveaux, tant anciens que modernes, sur les branches sèches qui se présenteraient, et surles branches latérales qui, s’élalant trop, empêchent l'arbre de gagner en hauteur et écrasent le taillis en pure perte. Cette dernière opération demande du discernement de la part de celui qui la dirige, et de l'adresse dans l'exécution. Il ne faut point perdre de vue que, si la végétation de la jeune tige est facile à diriger par la taille, l'arbre déjà âgé peut éprouver un grand dommage par l’enlèvement total de trop fortes branches; tant parce que cel enlèvement interrompt l'équilibre entre la tête et les racines, que parce que les plaies, occasionnées au tronc par l'opération, ne se cicatrisent parfois qu'imparfaitement et deviennent alors une cause de pourriture. C’est surtout le chêne qui est plus particulièrement exposé à ce dernier et grave préjudice. Les nœuds gâtés, les griseltes, les huppes [76 bis! n'ont souvent pas d'autre origine que l’amputation d'une branche faite trop près du trone. Il est done à conseiller de ne jamais couper rez-rone les branches vives qui ont plus de 10 à 12 centimètres de diamètre, et, dans ce cas, de se borner à en retrancher les extrémités pourles empêcher de s’allonger davanage. Mais si, par un motif particulier, {el que la ruplure accidentelle. par exemple, on était forcé de
supprimer une branche, 1l faudrait, sil se pouvait, laisser subsister un chicot de 1 mètre au moins de longueur, garni de quelques ramilles, qui y attireraient la séve et le garantiraient ainsi contre la pourriture. Il ne faut pas oublier, non plus, que l'arbre isolé a besoin, pour prospérer et pour résister aux intempéries, d’une tête plus développée que celui qui à cr en massif, et qu'il ne peut d’ailleurs jamais atteindre la hauteur de ce dernier, par cela même qu'il a un plus grand nombre de branches à nourrir ‘.
603. L'élagage est un art qui, dans la culture des bois, peul produire des effets heureux. Dans les lorêts de l'Etat surtout, il a de l'importance, à cause des moyens qu'il offre pour favoriser la formation des courbes et courbants propres aux constructions
navales ?,
! Voir l'Appendice.
On peut consulter avec fruit, sur cet objet, le Manuel de l'Elagueur ou de la conduite des arbres forestiers, par M. Hotton, Paris, chez Me Huzard; prix : 2 fr.