DE L'ÉTÉTEMENT ET DE L'ÉMONDAGE
Généralités.
624. On fait d’un arbre un tétard, lorsqu'on abat sa tige à une certaine hauteur au-dessus du sol; on l’émonde, au contraire, en lui enlevant toutes les branches latérales jusqu’à la partie supérieure de la . cime qu'on laisse intacte.
Par suite de l’une ou de l’autre opération, il se présente, au point de la coupe, des rejets que l’on exploite périodiquement à l'instar du tailis. De nouvelles branches se produisent aussi longtemps que la tige conserve sa faculté de reproduction, c'està-dire, jusqu'à ce que l’âge ou une maladie l’en aient privée.
625. Sous le rapport de la valeur des tiges, 1l importe peu d’en pratiquer l’étêtement à une hau-
teur plus ou moins grande, car cette opération altère ordinairement le centre du bois, en favorisant l’infiltration des eaux pluviales, et c’est chose rare de voir des têtards vieux, dont la tige ne soit pas creuse. Il n’en est pas de même des arbres émondés ; ils se conservent plus longtemps et peuvent être utilement employés, lorsqu'ils ont atteint les dimensions convenables. Cet avantage est dû à ce que, le sommet de l'arbre restant toujours garni, les eaux pluviales glissent sur la partie coupée et pénètrent moins aisément dans l'intérieur du tronc.
Mais, si l’étêtement a l'inconvénient de hâter la perte du tronc, 1l fournit par contre des rejets plus abondants, plus forts et plus utiles que l’émondage, dont on n’oblient que du fagotage de peu de valeur.
L'étètement s'opère à une hauteur de 1 jusqu’à 6 et 7 mètres. On tient bas les têtards plantés sur les bords des ruisseaux, des rivières, dans les pentes, etc., pour maintenir les terres; on donne de l’élévation, au contraire, à ceux sous lesquels on cultive des céréales ou des fourrages.
En effet, c’est dans les pâturages, dans les prairies, sur le bord des champs, des routes et des chemins que les arbres émondés et les têtards trouvent plus particulièrement leur place ; et l’on conçoit, pour ces derniers, que plus ils seront élevés au-dessus du sol, moins ils empèêcheront les plantes fourragères
420 DE L'EXPLOITATION ou autres, qui croissent sous leur couvert, de participer aux influences atmosphériques.
ARTICLE II
Essences propres à l’ététement et à l'émondage.
626. Toutes les essences feuillues peuvent être élêtées ou émondées, mais elles ne présentent pas toutes les mêmes avantages. Celles qui s’exploitent le plus ordinairement ainsi, sont : les peupliers, les grands saules, le tilleul, l’orme, l'aune, le frêne, les érables, le charme et le chêne.
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Exploitabilité de ces bois.
627. L'exploitabilité que l’on adopte d'ordinaire pour les têtards est de 3 à 6 jusqu'à 10 ans; elle dépend de la nature des produits que l’on veut obtenir et de l'accroissement plus ou moins prompt des différentes essences. Ainsi, les saules et les peupliers, qui repoussent avec la plus grande activité, peuvent être exploités de 3 à 5 ans, tandis qu'il laut retarder l'exploitation des autres essences. Il en est absolument de même pour les arbres soumis à l'émondage.
ARTICLE IV
Saison la plus convenable pour l’ététement et pour l'émondage.
628. Mars et avril sont les mois les plus convenables pour l’étêtement et pour l'émondage, sauf les modifications nécessitées par la différence des climals. Les motifs sont les mêmes que ceux qui ont été donnés pour l’abatage des taillis [576 et 577|. Ilest cependant des pays pauvres en fourrages, où l’on emploie le feuillage des tétards et des arbres émondés à la nourriture des bestiaux. Dans ce cas, on coupe aussitôt après la séve d'août pour pouvoir mettre encore les feuilles à profit. Cette raison seule peut justifier la coupe à la fin de l'été.
ARTICLE V
Mode d’abatage.
629. Lorsque les lêtards sont jeunes encore ou d’un âge moyen, ilest avantageux de couper les rejets rez-tronc ; mais, lorsqu'ils vieillissent et que l'écorce devient coriace, il vaut mieux couper plus haut, afin que lés nouvelles pousses trouvent une écorce tendre qu’elles puissent percer avec plus de facilité. [l'en est de même pour les arbres à émonder ; les premiers ébranchements se font à fleur de la tige; plus tard,
on laisse subsister des bouts de branches pour faciliter la reproduction.
L'emploi d'instruments bien tranchants est essenliel pour cette opération, afin que la tranche soit nette et sans éclats. Pour éviter l’infiltration des pluies, la coupe des têtards doit, autant que possible, être faite obliquement à l'horizon ; celle des arbres à émonder de même, mais en commencant l’entaille
par le bas.
ARTICLE VI
Avantages des tétards et des arbres émondes.
603. Il est des pays, par exemple dans le voisinage du Rhin, où toutes les terres vagues en parcours, tous les bords des rivières et des ruisseaux sont plantés de têtards et d’arbres émondés. Ces plantations protègent les rives contre l’envahissement des eaux et défendent les habitations et les terres cultivées contre les glaçons que le dégel et les inondations pourraient y porter; soumises à des coupes périodiques, elles fournissent en même temps un chauffage abondant. Les terrains en parcours, surtout, étant ainsi plantés, offrent, avec les produits en bois, de l'herbe et des feuilles pour la nourriture des bestiaux. |
Les arbres émondés etles têtards sont d’un trèsgrand intérêt partout où le bois à de la valeur. Leur
plantation n’enlève rien à la culture des terres ; on en, garnit les places improductives, les endroits marécageux, les lisières des prairies et d’autres lieux dont la charrue ne peut approcher; toutes les eaux devraient en être bordées.
Il est à regretter que des plantations aussi utiles, qui s’opèrent avec tant de facilité et qui, sans présenter aucun obstacle à l’agriculture, peuvent offrir les plus grands avantages aux propriétaires, soient encore aussi négligées dans un grand nombre de nos départements.