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EXAMEN COMPARÉ DES TROIS PRINCIPALES MÉTHODES D EXPLOITATION

ARTICLE PREMIER

Énoncé de la question et données employées pour sa solution.

632. La question que nous venons d’indiquer dans le précédent chapitre peut se formuler ainsi :

Quelle est la méthode d'exploitation qui mérite la préférence, eu égard aux besoins de la consommation, aux intérêts du propriétaire et à la nature des lieux ?

Pour la résoudre, nous examinerons successivement les trois méthodes d'exploitation sous les rapports suivants :

1° Quantité de produits en matière que chacune procure dans un temps donné;

2° Qualité de ces produits;

3° Revenu qui en résulte pour le propriétaire :

4° Enfin, influence de chaque méthode sur la ferülité du sol”.

ARTICLE II

De la quantité des produits en matière.

633. Dans le second livre de ce cours, nous avons démontré que, pour obtenir dans un temps donné les produits matériels les plus considérables, 1l faut couper le bois lorsqu'il a atteint son plus grand accroissement moyen [406]. Si donc il pouvait être prouvé que le plus grand accroissement moyen des futaies est plus considérable que celui des taillis, il serait prouvé en même temps que ceux-ci doivent produire moins de matière que les autres.

Or, ce fait est établi par les expériences de tous les forestiers qui se sont occupés de recherches à son sujet, et les auteurs français, comme les allemands, ont fourni de nombreuses preuves à l’appui ?.

Hartig, par exemple, ayant comparé entre eux (toutes autres circonstances égales d’ailleurs) un taillis simple exploité à 30 ans el une futaie soumise à une révolution de 120, a trouvé que les produits en malière de ces deux forêts étaient dans le rapport de

1 Voir l’'Appendice.

? Voyez Varenne de Fenille, de Perthuis, Cotta, Hartig et autres,

4 à 7. On conçoit, d’ailleurs, que ce rapport se modifie, d’abord en raison des révolutions attribuées à chaque régime et qui peuvent être plus ou moins favorables à la production en matière; en second lieu, selon les essences, dont les unes croissent rapidement dans leur jeunesse, mais se ralentissent de bonne heure, tandis que les autres font peu de progrès d’abord, mais ont un accroissement plus fort et plus soutenu à un âge avancé.

Sans prétendre donc exprimer, par un chiffre constant, le rapport entre les produits matériels des futaies et ceux des taillis, on peut cependant affirmer d’une manière générale : que le volume fourni par les futaies, dans un temps donné, est toujours plus grand que celui des taillis simples fourni dans le même temps, quelque révolution que l’on adopte, pour l’une ou l’autre de ces forêts, dans les limites tracées par les exigences de la végétation et les intérêts du propriétaire.

634. La supériorité de la futaie sur le tailhis simple étant établie quant à la production en volume, il sera facile de fixer la position du taillis composé à cet égard. En effet, dans ce genre de forêt, une partie du terrain est occupée par des arbres qui atteignent un développement analogue à celui de la futaie, l’autre partie est couverte par le taillis proprement dit; le produit matériel d'une telle combinaison doit done évidemment être inférieur à celui

DE CONVERSION. 429 de la futaie, et supérieur.au contraire au produit du taillis simple. |

ARTICLE III

De la qualité des produits matériels.

635. La qualité des produits en matière est relaüve à l'emploi auquel on les destine. On distingue deux principaux genres d'emploi, savoir :

1° Le bois de feu (chauffage, charbon) ;

2° Le bois d’œuvre (construction, travail).

Chacun de ces emplois exige des qualités particulières qui, la plupart du temps, ne se trouvent pas réunies dans le même individu; ainsi le meilleur bois de construction n’est pas toujours le meilleur bois de chauffage, et vice versa.

636. Bois DE FEU. —- Les qualités du bois de feu doivent être de brüler facilement, d’une manière égale, sans trop de promptitude n1 trop de lenteur, et de fournir, pour un volume donné, la plus grande somme de chaleur.

Or, les expériences faites à ce sujet, et vérifiées d’ailleurs par la pratique, tendent à établir que les bois possèdent ces différentes qualités au plus haut degré vers l’époque de leur plus grand accroissement annuel qui, comme on le sait (v.$ 406, note), correspond à peu près à l’âge de 60, 80, 90 ou 100 ans pour les bois durs, et à celui de 30, 40 ou 50 ans pour les bois blancs. En deça de ces époques, le

bois a moins de puissance calorifique ; au delà, il ne paraît plus gagner sous ce rapport, et il devient d’une combustion plus difficile et plus lente à mesure que les tissus s’altèrent par l'effet du dépérissement. II est à observer, toutefois, que les bois erûs sur souches atteignent, plus tôt que les brins de semence, le maximum de leur puissance calorifique, et qu'ils y parviennent d'autant plus promptement que les souches sont plus âgées; en général, c’est de 25 à 30 et jusqu'à 40 ans que ce maximum se présente dans les taillis.

Lors donc qu'il ne s’agira que de bois de feu, les taillis pourront fournir des produits aussi utiles que les futaies. Il est incontestable même que le bois des laillis sera, sous ce rapport, meilleur que celui des futaies soumises à de longues révolutions; mais il est non moins vrai, d’un autre côté, que les futaies dont la révolution ne dépassera pas l’époque du plus grand accroissement moyen, ou s'arrêtera même un peu en decà, produiront une qualité de bois sinon supérieure, au moins égale à celle des tallis *.

! On trouve la preuve du fait que nous avançons dans les taillis mêmes, où le bois le plus recherché pour le chauffage est celui des baliveaux modernes, c’est-à-dire, d'arbres qui ont ordinairement de 50 à 80 ans.

Quant au charbon, il est certain (malgré l'opinion contraire répandue à cet égard) que celui que. l’on obtient de brins de semence d'âge moyen, est d’une qualité au moins égale, sinon supérieure, à celle du charbon fourni par les bois taillis par-

637. Bois D'OEUVRE. — Quant à l'emploi des bois pour les constructions civiles et navales, ainsi que pour les divers ouvrages de fente, etc., il n’y a point de parallèle à établir entre les futaies et les taillis simples, ceux-ci n'étant point destinés à produire en général des bois de cette nature. Il ne reste donc qu’à comparer les arbres élevés dans les taillis composés avec ceux qui ont crû dans les futaies traitées par des éclaircies.

Les qualités que doit présenter un bois d'œuvre sont : la force et l’élasticité. Or, l'expérience prouve que ces propriétés s’acquièrent au plus haut degré sous l'influence des agents atmosphériques, à mesure que la substance ligneuse prend plus de densité, c’est-à-dire, avec l’âge. Un bois d'œuvre doit

venus à maturité. Karsten, dont les travaux sont connus et appréciés de tous les métallurgistes, donne les quantités suivantes de charbon, obtenues de 100 parties de bois (en poids), par la méthode ordinaire de carbonisation.

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Des maîtres de forges du Bas-Rhin et de la Meuse ont fait, sur cet objet,de nombreuses expériences en grand,et ont obtenu des résultats analogues à ceux de Karsten. Pfeil, dans son Traité de culture forestière (1839), indique, parmi les différents genres d'utilité de la futaie, celui de fournir de très bons bois de charbon aux usines métallurgiques.

offrir, en outre, des dimensions convenables en longueur et en grosseur, et être exempt de tous défauts * qui le rendraient impropre à sa destination, el diminueraient beaucoup, par conséquent, sa valeur.

Nos naturalistes les plus distingués, les Réaumur, les Buffon, les Duhamel, ont successivement entrepris des recherches étendues en vue de déterminerle mérite, au point de vue des besoins en bois d'œuvre, des arbres élevés sur les taillis. Tous trois ont déclaré que les baliveaux ne répondaient guères à ces besoins, et 1ls ont conclu que les futaies, éclaircies périodiquement, pouvaient seules y satisfaire. Cependant, des praticiens justement appréciés, tels que de Perthuis et autres, ont combattu ces opinions, en ce qu'elles avaient de trop exclusif, et nous pensons que ce n’est pas sans raison.

On ne saurait, en effet, refuser aux baliveaux (surtout à ceux qui ont été élevés sur des taillis soumis à de longues révolutions) un degré réel d'utilité pour les constructions et l’industrie; 1l est même incontestable, qu’en raison de l’état libre dans lequel ils se trouvent placés à chaque coupe de taillis, leur bois acquiert plus de densité que celui des arbres qui croîtraient dans un massif trop serré. Mais il faut reconnaître aussi que, par leur isolement et par

‘ Voir l'ouvrage déjà cité de M. Nanquette, intitulé : Eæploitation, débit et estimation des bois, pages 229 à 257.

DE CONVERSION. 433 leur extension considérable en branches, ces réserves sont exposées à une foule d'accidents météoriques qui leur causent trop souvent des défauts majeurs. D'un autre côté, elles deviennent toujours plus ou moins noueuses et perdent, par conséquent, de leur force, de leur élasticité et de leur qualité pour la fente; enfin, elles n’acquièrent jamais un fût n1 aussi élevé, n1 aussi rond et droit que l’arbre venu en massif.

. Si l’on compare ces bois à ceux qui ont crù dans les futaies traitées par éclaircies, 1l ne peut rester en conséquence aucun doute sur la supériorité des derniers. Ceux-ci, par l’état de massif dans lequel ils sont maintenus, prennent une hauteur sous branches plus que double de celle des baliveaux, et l'appui mutuel qu’ils se prêtent contre les intempéries les exempte, presque toujours, des vices si communs aux arbres isolés. Les éclaircies périodiques ayant pour effet de distribuer l’air et la lumière dans une juste proportion, par l'espacement graduel des tiges, il en résulte un bois d’une texture plus homogène,

CRE Sir , .

simon plus forte et d'une densité plus égale, sinon aubsi grande.

ARTICLE IV

Du revenu.

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