‹ Cours élémentaire de culture des bois. Complété et publiéChapitre 81 sur 147 · Les considérations que nous venons de pré · texte numérisé non relu

Les considérations que nous venons de pré

senter font voir que la méthode de la futaie ne s'applique pas exclusivement aux bons fonds, ainsi qu’on le pense communément. On peut eton doit mème l’employer dans les terrains médiocres pour les améliorer, et dans les terrains secs ou pauvres {60 et 65], si l’on veut empêcher qu'ils ne s’appauvrissent davantage; mais, dans ce cas, il faut cultiver des essences traçantes donnant beaucoup de couvert. En ne les soumettant pas à des révolutions trop longues, les bois se maintiendront en massif serré et procureront ainsi au sol la fraîcheur et l'amendement qui, seuls, peuvent le bonifier!. L'ancienne opinion de n’exploiter qu'en taillis les bois situés en terrain médiocre, mauvais ou dénué de profondeur, doit donc être considérée comme mal fondée; car, dans l'intérêt de l'amélioration du sol et, par conséquent, de la production, dès qu’on a la faculté de choisir le régime d’exploitation, nous pensons qu'il n’y a pas à hésiter et que celui de la futaie doit être préféré.

‘ Pour atteindre un tel but, le hétre, parmi les essences feuillues, et l’épicéa, parmi les résineuses, mériteraient sans doute la préférence, s’il ne devenait souvent difficile et quelquefois même impossible de les faire réussir dans les sols de mauvaise qualité dont il s’agit ici. On pourra employer avec avantage le pin sylvestre et le pin d'Autriche dans les régions tempérées de la France, le pin à crochets aux plus grandes altitudes ; dans les régions plus douces de l'Ouest et du Midi, le pin maritime et le pin d'Alep rendront des services analogues. Souvent ces essences pourront n'être cultivées qu'à titre fransitoire: elles

ARTICLE VI

Conclusion.

655. Des faits démontrés dans le présent chapitre, on peut déduire les considérations et les prineipes généraux suivants, sur l'application des diverses méthodes d'exploitation dans les forêts de l’Etat, des communes et des particuliers.

656. La méthode de la futaie fournit les produits en matière les plus considérables et les plus utiles; elle fait rendre aux forêts les revenus les plus élevés, et elle conserve et améliore, plus que toute autre, la qualité du sol: elle répond donc, au plus haut degré, à l'intérêt général. Il suit de là, que l'Etat doit non-seulement conserver soigneusement les futaies qu'il possède, mais qu'il doit encore s’appliquer à en créer de nouvelles. Or, la conversion des taillis composés en futaie est un moyen d’atteindre ce but, d’une manière sûre et prompte, dans les forêts situées en bon fonds et peuplées de bonnes essences ; elle s'impose avec plus d'urgence encore, quand il s’agit d'opérer la transformation dans des

donnent, dans la jeunesse, un couvert et des détritus abondants, à la faveur desquels les sols dégradés se restaurent suffisamment pour qu'il devienne possible d'y introduire, au bout d’une révolution, par exemple, des bois résineux ou feuillus (épicéa, sapin, hêtre, ete.) plus profitables au propriétaire.

conditions défavorables de sol et de consistance.

657. La haute utilité d’une semblable mesure ne saurait désormais être contestée, et elle ne l’est plus, en effet, par les hommes qui comprennent que l’emploi de plus en plus répandu du combustible minéral d’une part, et de l’autre la rareté et les prix élevés des bois d’œuvre commandent logiquement d’appli quer aux forêts nationales une culture intensive qui leur fasse rapporter, d'une manière soutenue, la plus grande quantité des produits les plus utiles.

Toutefois, pour conduire à bonne fin une entreprise de cette importance, il est essentiel de considérer qu’en administration on ne modifie sans danger ce qui est défectueux, qu’en procédant par des améliorations successives, afin d'amener, sans secousse, les intérêts existants à transiger avec ceux de l’avenir.

Dans leur état actuel, les forêts domaniales sont destinées à fournir des produits d’une haute importance, pour les principales industries du pays et pour la consommation en général ; en outre, les revenus qu'on en relire doivent subvenir dans une certaine mesure aux besoins du Trésor. Toute amélioration donc, qui, dans ces forêts, ne peut se faire sentir qu'après de longues années, doit avoir pour condition de ne point froisser les intérêts actuels, tant ceux des consommateurs que ceux de l'Etat luimême. Le principe qui interdit de dépasser la possibilité des forêts, trouve ici sa réciproque ; car, s’il

est injuste de faire tourner au profit de la génération actuelle des produits qui ne devraient écheoir qu’à ses successeurs, il le serait au moins autant de refuser satisfaction à des besoins existants, afin de préparer l'abondance dans l’avenir, à moins qu'il ne s'agisse de soustraire à la ruine les sources mêmes de la production.

658. Pour convertir en futaie un taillis composé, le problème à résoudre est donc : de conduire la forêt à l’état de futaie exploitable, sans que les produits subissent de baisse trop sensible. Or, cette solution est aujourd’hui trouvée pour tous les cas, à peu près, qui peuvent se présenter. Elle s'obtient soit par le mode de conversion même [680 à 682|, soit à l’aide d'une combinaison particulière des exploitations d’une même forêt entre elles [670 et 678]. Nous ferons observer, cependant, que, pour apprécier l’opportunité des conversions en futaie à ce dernier point de vue, il ne faut pas toujours considérer, séparément, les forêts que l’on y destine ; on doit, au contraire, les regarder comme faisant partie d’un certain ensemble de forêts, dont les produits alimentent une localité déterminée, ou s'il est permis de s'exprimer ainsi, un bassin de consommation.

Placé à ce point de vue plus élevé, on reconnaîtra souvent qu'un taillis composé peut être converti immédiatement, quoique cette opération doive amener, pour un certain temps, une baisse dans les produits particuliers de ce taillis: car, pendant le même

temps, les produits d’une autre forêt pourront être augmentés, et ainsi, en définitive, la possibilité des forêts de la localité, tant en matière qu’en argent, ne se trouvera point altérée 1.

Mais, quelle que soit la marche adoptée, ces transformations ne pouvant s’accomplir que successivement, après de sérieuses études, il faudra, pendant un temps plus ou moins long, maintenir sous le régime du taillis composé des forêts destinées à être ultérieurement converties, et se contenter, en attendant, de préparer pour l'avenir les moyens d'exécuter cette importante amélioration. Dans ce but, on conservera et l’on multipliera les essences précieuses, tant par le balivage que par les travaux indiqués dans le 3° chapitre du 4 livre de ce cours.

659. Peu de mots suffiront quant à l'application que peuvent recevoir, dans les forêts domaniales, les autres genres de conversion mentionnés plus haut [631].

[est difficile de prévoir le cas où la conversion d’une futaie en taillis pourrait être justifiée dans l’intérêt public. Quant aux autres combinaisons, elles ne se rattachent point, comme les conversions en futaie des tailis composés, à des considérations administratives d'un ordre supérieur, attendu qu'el-

? C'est, en général, de cette manière qu'un grand propriétaire de bois, tel que l’État, devrait entendre la possibilité, qui, prise dans un sens trop étroit, devient souvent une véritable entrave à la plus grande production.

les ne sont pas susceptibles d'acquérir le caractère de généralité dont nous avons discuté la portée, La conversion des taillis simples en futaie semble seule devoir participer, dans certains cas, de l'importance de celles des taillis composés ; mais ce mode de traitement ne se rencontre que rarement, et, pour ainsi dire, par exception seulement, dans les bois de l'Etat; nous en avons indiqué la cause plus haut [605|.

660. Les motifs qui doivent faire préférer, en principe, la méthode de la futaie, dans les forêts de l'Etat, se reproduisent, en grande partie, au sujet des forêts communales. Les communes, en effet, sont perpétuelles comme l'Etat, et, en raison de cette perpétuité, elles doivent chercher à administrer leurs domaines dans l'intérêt du plus grand usufruit. Pour toute commune, donc, qui possède des futaies, 1l est de la plus grande importance de les conserver ; les convertir en taillis (sauf dans quelques circonstances tout à fait exceptionnelles), ce serait consommer une véritable spoliation envers les générations futures.

Cependant, une commune doit-elle, comme l'Etat, chercher à convertir en futaie ses taillis composés ? — Oui, si par quelque combinaison temporaire dans l’ensemble de l'exploitation de ses bois, elle trouve à couvrir les dépenses que pourrait entraîner la conversion.

Malheureusement, la plupart des communes en

DE CONVERSION. 459 France ne possèdent que des forêts peu étendues,dont les ressources sont à peine suffisantes pour faire face, soit aux dépenses ordinaires d'utilité publique, soit aux besoins d’une population toujours croissante. On ne peut donc guère espérer de créer des futaies dans les forêts communales, tant que les conversions effectuées dans les bois domaniaux n'auront pas rendu bien manifestes les avantages et les facilités de ces transformations.

661. La majorité de ces forêts est traitée aujourd’hui en taillis composé, méthode qui, si elle est bien conduite,réunit une partie des avantages de la futaie à ceux du taillis simple [583]. Cette méthode d’exploitation intermédiaire semble d’ailleurs convenir assez bien à un propriétaire tel que la commune, qui, par sa perpétuité et comme corporation, participe de l'essence de l'Etat; mais qui, à cause de ses besoins presque toujours pressants et de ses ressources bornées, est très souvent forcée, par la nécessité, de calculer comme un particulier.

Nous pensons donc, vu ces circonstances, que l’on doit, dans les forêts communales en général, se borner à conserver soigneusement les futaies existantes et maintenir du reste, la méthode du taillis composé, en s’attachant à la rendre rationnelle et à corriger son application qui, trop généralement, laisse beaucoup à désirer.

662. Quant aux forêts particulières, leur traitement, comme nous l'avons vu [639], est déterminé

par la condition dominante d’élever le plus possible le rapport entre le revenu et le capital producteur : il est donc évident que le propriétaire particulier devra préférer à la futaie, soit la méthode du taillis composé, soit celle du taillis simple, suivant les circonstances dans lesquelles la forêt se trouvera placée, et selon la valeur des produits qu'il en pourra tirer. Enfin, il est un genre de forêts, les résineuses, qui exclut absolument la méthode du taillis et commande celle de la futaie ; mais alors le particulier devra necessairement choisir la révolution la plus courte possible, parce que, comme nous l’avons prouvé ailleurs (642-646|, les longues révolutions exigent un capital superficiel tellement considérable, comparativement aux intérêts qu’on en retire, que le taux du placement finit par descendre au-dessous de tous ceux que l’on trouverait dans toute autre spéculation, même la plus sûre.

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