CHAPITRE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
690. Bien que la culture des bois n’admette, en principe, d’autre régénération que la régénération naturelle, 11 se présente cependant, dans les forêts, des cas nombreux où l’action seule de la nature ne saurait suffire pour atteindre le but que l’on se propose, et 1l devient indispensable de recourir à des moyens arbificiels !. On doit donc considérer l’art d'opérer des repeuplements de main d'homme comme l’auxiliaire plus ou moins obligé de toute méthode d’exploitation, et comme devant former, par conséquent, une partie essentielle de l'instruction du forestier.
Cette branche de la sylviculture mérite d’ailleurs
! Nous avons indiqué les principaux de ces cas, en traitant, dans le 2e et le 4° livre, des différentes méthodes d'exploitation et de leur application aux diverses essences. (Voyez les n°° 469, 482, 489, 507, 511, 516, 526, 531,534, 597, 359, 597, 598, 622.)
une attention plus particulière en France, où le reboisement de plusieurs contrées importantes (les Alpes, les Pyrénées, la Sologne, les Landes, etc.) est devenu une question vitale pour les habitants et préoccupe à juste titre le Gouvernement 1, En outre un grand nombre de nos forêts présentent des clairières, des vides nombreux, causés par l'abus du pâturage, par les incendies ou même par des exploitations mal entendues, et qui ne peuvent désormais être rendus à la production qu’à l’aide de repeuplements artificiels. — Enfin, ces sortes de travaux trouvent encore leur application lorsque, par suite de la dégradation soit du sol, soit du peuplement, ou par quelque autre motif, il y a lieu de substituer une essence nouvelle à celles qui composent actuellement la forêt.
691. Des quatre modes de repeuplement artificiel dont nous avons donné plus haut la définition, les plus généralement usités sont le semis et la plantation. Le semis est considéré, par beaucoup de forestiers, comme principalement applicable en grand, à cause des procédés par lesquels il s'exécute, et qui semblent à la fois plus naturels, plus simples et
‘ Voir à ce sujet: Études sur les torrents des Hautes-Alpes, par M. Surell, ingénieur des ponts et chaussées, et le Rapport, déjà cité, sur les plantations de la Sologne, par M. A. Brongniard, de l’Institut (Annales forestières, tome X). V. aussi le rapport du Ministre dés Finances, concernant le reboïsement des montagnes (Moniteur du 3 février 1860).
moins coûteux que ceux de la plantation. Cependant la pratique tend de plus en plus à établir la supériorité de celle-ci. Non-seulement on est parvenu à atténuer singulièrement la dépense qu’elle occasionne, en plantant des sujets très jeunes que l’on élève en pépinière, à très peu de frais ; mais 1l est incontestable qu’une plantation bien faite présente, la plupart du temps, des chances de réussite plus assurées que le semis préparé avec le plus de soin, — parce que celui-ci a, de plus que l’autre, à lutter contre des dangers nombreux qui menacent la graine d’abord et ensuite le plant naissant. Ainsi, il vaudra toujours mieux planter que semer dans les localités exposées aux dégâts, soit du bétail, soit du gibier; dans les terrains où la crue des herbes, ou d’autres plantes nuisibles, est trop abondante ; dans ceux où les jeunes plants sont exposés à être déracinés par la gelée [697]; sur les grandes sommités, et enfin, dans les lieux exposés aux inondations. Il en sera de même quand 1l s’agira de repeupler un terrain entièrement nu par une essence qui, dans sa première jeunesse, réclame beaucoup de couvert, comme le hêtre par exemple; ou bien lorsqu'on voudra établir le mélange de deux essences dont l’une occupe déjà le terrain [489]. Enfin, la plantation est surtout convenable pour compléter les repeuplements naturels dans les coupes de futaie [462], ainsi que pour assurer la conservation des bonnes essences et remplacer les souches manquantes dans les taillis [5971].