DES SEMIS
ARTICLE PREMIER
Des connaissances qu’il faut posséder.
692. Outre la connaissance des climats et des sols convenables aux différentes essences, telle qu’elle a été enseignée dans le premier livre de ce Cours, il faut encore, pour opérer des semis avec succès, posséder plusieurs autres notions, ayant pour objet, Sa Voir :
1° La manière de récolter et de conserver les semences ;
2° Les moyens à employer pour s'assurer de leur qualité ;
3° La préparation à donner au terrain:
4° La saison la plus convenable pour semer ;
)° La quantité de graine à employer;
6° Enfin, la manière de répandre et de recouvrir les semences.
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ARTICLE I
De la récolte et de la conservation] des semences.
695. L'âge et l’état de végétation des arbres sur lesquels on récolte les graines ne sont point indifférents. Les sujets qui fournissent les meilleures semences sont ceux d'âge moyen qui croissent isolés ou à peu près et présentent une cime parfaitement saine et bien développée ; tandis que les arbres trop vieux ou dépérissants, de mème que les liges trop Jeunes, donnent en général des graines mal condiionnées ou vaines qu'il faut, par conséquent, se garder d'employer. On doit éviter également de se servir de semences provenant d'arbres rabougris et dont le tempérament s'est plus ou moins abâtardi en raison des circonstances locales défavorables dans lesquelles ils ont erü. De telles semences forment, pour ainsi dire, des variétés ou races dégénérées du type primiif et qui n'y retournent, la plupart du temps, qu'après avoir été cultivées, dans de meilleures condiüons, pendant plusieurs générations.
La récolte des semences doit, autant que possible, se faire par un temps sec ou qui, du moins, ne soit point pluvieux, les graines trop humides étant plus exposées à s’avarier. Pour recueillir les semences lourdes, si l’on n'aime mieux attendre leur chute na-
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turelle, on fait gauler les arbres et tendre des toiles pour les recevoir; quant aux semences légères des essences feuillues, 1l faut, en général, les faire cueillir et il en est de mème des cônes de bois résineux.
694. Aussitôt récoltées, les graines des essences feuillues, quelle que soit leur nature, doivent être étendues, en couches minces, dans un heu sec et aéré, etremuées souvent en vue de les laisser ressuyer et d'empêcher ainsi qu'elles ne s’altèrent. Les cônes d'arbres résineux peuvent, sans trop d'inconvénient, être entassés davantage, quand les quantités récoltées ne sont pas très considérables ; néanmoins, il est toujours préférable deles étendre. C’est surtoutaprès que la semence a été extraite des cônes, qu’il devient nécessaire de prendre des précautions pour la conserver en bon état.
Selon leur nature particulière, les semences sont plus ou moins sujettes àgermer, à pourrir, à s’échauffer ou à se dessécher ; il faut done, lorsqu'il s’agit de les conserver pendant un certain temps avant de les mettre en terre, savoir les garantir contreces différents dangers.
Les moyens à employer pour empêcher, soit une germination prématurée, soit la pourriture, consistent d’abord à placer les graines dans un lieu frais sans être humide, tel qu'une cave, par exemple, où elles soient, autant que possible, à l’abri des variations de l’atmosphère, et ensuite à les mêler avec un corps qui puisse se charger de l'humidité qu'elles
laissent échapper, comme du sable sec, de la paille, des feuilles sèches, etc. Le desséchement peut être prévenu par des procédés analogues, c’est-à-dire, en préservant la semence le plus possible du contact de l'air et en la mettant dans un endroit frais. Quant auxgraines en danger de s’échauffer, il faut les placer dans des lieux secs et aérés, éviter de les entasser et les faire remuer souvent à la pelle.
En traitant plus bas du semis des principales essences, nous donnerons, pour chaque espèce de graine, les procédés deconservation que l’expérience a démontré être les meilleurs.
ARTICLE III
Des moyens de reconnaître la qualité des semences.
695. Avant d'effectuer un semis, il est de règle de s'assurer de la qualité des graines dont on dispose, surtout lorsque c’est par la voie du commerce qu’on se Les est procurées. Cetexamen ne doit jamais être négligé ; il estindispensable pour déterminer exactement la quantité de semence à employer, et l’on conçoit aisémemt l'importance d’une telle détermination. En effet, si la quantité de semence est trop considérable, il en résulte un surcroît inutile de frais. Si, au contraire, la graine est trop épargnée, le semis se trouve nécessairement incomplet ; on est forcé d'y revenir pour le compléter, et l’on aug-
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mente ainsi la dépense pécuniure, tout en perdant du temps et en établissant une certaine inégalité dans l’âge des jeunes bois.
Le moven le plus sûr pour véritier la qualité des graines, est d'en prendre, au hasard, dansla provision que l'on doit éprouver, un certain nombre (plus où moins, selon l’importance de la provision), de les semer dans une caisse, ou dans tout autre vase quelconque, rempli d’une terre substantielle et légère ; puis, de placer cette caisse dans un lieu tempéré, et d’arroser souvent avec de l’eau tiède afin d'accélérer la germination. En comparant ensuite le nombre de plants levés avec le nombre de graines qui avaient été semées, on pourra apprécier la qualité de la provision entière. Si, dans cette épreuve, on reconnaît que les deux tiers ou les trois quarts des graines ont levé, la semence peut être considérée comme étant de bonne qualité.
Le moyen que nous venons d'indiquer est surtout à conseiller lorsqu'il s’agit de semis considérables : autrement on peut se contenter de prendre quelques graines, de les ouvrir, soitavecun camif, soit avec (out autre instrument, et d'examiner si l’'amande et le germe sont frais eten bon état. Cette opération peut, en général, se faire sur les petites graines comme sur les grosses, mais c’est surtout sur cellesei qu’elle se pratique aisément.
Selon l'essence, les graines doivent présenter, dans leur aspect et dans leur consistance, des carac-
tères particuliers qui en font reconnaître la bonté ; nous indiquerons ces caractères dans le chapitre suivant, entraitant séparément du semis de chaque essence.
696. C'est ici le cas de signaler quelques manœuvres frauduleuses des marchands de graines forestières, contre lesquelles 1l est utile de se précautionner.
Les semences légères, surtout les semences résineuses, étant celles qu’on achète le plus ordinairement aupoids,les marchands les humectent quelquefois au moment de la vente. On fera bien de ne consentir à la pesée des graines qu'après qu’elles auront été sorties des sacs à leur arrivée, et étendues, ‘pendant une quinzaine de jours. dans un grenier ou dans une chambre aérée. Cette précaution est d’autant plus utile que, quelquefois aussi, les fournisseurs, pour en augmenter le poids, mêlent à la semence un sable très fin. Au surplus, quand même on ne peut stipuler cette condition avec les marchands, ilne faut pas moins s’empresser, à l’arrivée de la semence, de la répandre, de la remuer, et d’en opérer le desséchement ; car, toute fraude à part, elle peut avoir été, pendant le transport, mouillée par la pluie ou imprégnée de l’humidité de l’atmosphère.
Une autre fraude, à laquelle les marchands ont souvent recours pour augmenter leur profit, con-
siste dans le mélange des graines d’épicéa avec
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celles de pin sylvestre ; le prix de la dernière étant ordinairement double du prix de l’autre. Comme la semence de pin est généralement noire, tandis que celle de l’épicéa est brun-rougeûtre, ils teignent celle-ci en noir, par un procédé qui n’altère point sa faculté germinative. On peut y ètre trompé, parce que ces deux graines ne diffèrent essentiellement que par la couleur. Sans doute, en y regardant de près, on finirait par distinguer la semence de pin sylvestre d'avec celle d’épicéa : la première est plus arrondie et plus luisante ; la seconde, plus allongée et plusanguleuse,prend parla teintureune couleurmate. Mais 1l serait toujours extrêmement difficile de reconnaitre dans quelle proportion ces deux graines sont mélangées, surtout lorsque les quantités de semences reçues sont considérables. La seule épreuve exacte est donc d’en prendre au hasard quelques pincées et les semer dans une caisse, comme nous l’avons expliqué plus haut. La levée des jeunes plants donnera la mesure de la fraude 1.
On conçoit qu'indépendamment du trop payé, ce mélange puisse entraîner de graves inconvénients. Ce sont ordinairement les pentes méridionales , entièrement dégarnies, que l’on destine à être repeuplées en pin sylvestre [294] ; or, si les semences
‘ Les pins sylvestres lèvent avec une tigelle rougeâtre portant de cinq à six feuilles séminales ; les épicéas naïssants, au contraire, ont la tigelle jaunâtre et presque toujours neuf feuilles séminales.
mélangées sont employées, sans examen préalable, dans de pareils terrains, on peut être assuré que tous les jeunes plants d’épicéa périront, aussitôt levés, à cause de l’ardeur trop vive du soleil. Mais quand bien même, par suite d’une exposition moins défavorable à l’épicéa, les jeunes plants de cette essence résisteraient pendant les 2 ou 3 premières années, ils ne finiraient pas moins par ètre étouffés par le pin sylvestre qui a, dès sa naissance, une végétation beaucoup plus rapide que l’épicéa et le surmonterait complètement dès avant la dixième année. — Dans tous les cas donc le mélange des deux grai-
nes ne saurait produire qu’un semis manqué ou du moins très incomplet.
ARTICLE IV
De la préparation du terrain.
697. La préparation du terrain a pour but de le nettoyer, en tant que cela est nécessaire, des herbes et arbustes qui v croissent, et de le rendre assez meuble pour que la semence puisse y germer, les. plants naissants y étendre leurs racines et s’y nourrir [455].
A cet égard, il est d'expérience que des labours profonds, qui auraient pour résultat de ramener à la surface des couches de terre dépourvues de principes assimilables, ne sont pas favorables aux semis. Mais
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il en est autrement d’une culture, même profonde, dont le but est d'ameublir le sol en y mélangeant le terreau. Ainsi préparée, la terre est dans les meilleures conditions pour recevoir les graines, qu'il s'agisse de semis de végétaux forestiers ou agricoles.
En effet, la couche superficielle est rendue plus perméable aux eaux pluviales ; poreuse et inégale, elle condense et absorbe plus de rosée ; ne faisant plus corps avec les couches inférieures, elle les protège et les garantit contre l’évaporation, comme le ferait une couverture de feuilles mortes. D'un autre côté, les racines des jeunes plants se développant davantage et s’enfonçant plus rapidement dans une terre profondément cultivée, le chevelu se trouve d’autant plus sûrement soustrait à l’action de la sécheresse. — Au contraire, dans une terre peu ou point cultivée, les racines restent grêles, superficielles, et, quand survient l'été, elles se trouvent encore dans la couche qui se durcit et se dessèche complètement; si les plants ne succombent pas toujours, ils restent du moins chétifs pendant longtemps.
La culture a donc pour résultat de maintenir et d'accroître la fraîcheur du terrain et de contribuer à fortifier le tempérament des jeunes plants.
Elle permet encore, à raison de la perméabilité du sol, d’enterrer les graines plus profondément, et de leur assurer ainsi l'humidité nécessaire à la germinaon. Enfin on prévient, par la culture, le déchausse-
ment des plants, sous l’action des gelées ; car il est évident qu’un plant bien enraciné y est moins exposé que celui qui l’est peu.
Dans les terres fortes ou substantielles, où l’on peut avoir à redouter l’envahissement des herbes, il sera prudent de faire précéder le semis d’une ou de plusieurs cultures agricoles.
Malgré les avantages incontestables qui résultent d’une culture* complète, on ne doit pas oublier cependant que cette opération exige toujours des dépenses assez considérables. Toutes les fois donc qu’il ne s’agira pas de reboiser des sols dénudés depuis longtemps, mais qu'on aura simplement à compléter des semis existants, ou à repeupler des clairières ou des vides, on ne perdra pas de vue que la végétation forestière a dû maintenir le terrain suffisamment meuble, et, dans ce cas, on pourra se borner à donner une culture légère. Nous ajouterons même que dans le cas où le sol serait, par sa composition, naturellement frais et meuble (certains terrains granitiques, par exemple), une culture légère suffira presque toujours pour assurer la réussite des semis.
698. D’après ce que nous venons de dire, on voit qu’il est de la plus haute importance de bien examiner le terrain qu’on se propose d’énsemencer, afin de lui donner la préparation convenable, tant en raison de sa nature même, que par rapport à l’essence que l’on veut y cultiver. Les modes de labour conseillés par les différents auteurs forestiers sont
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en grand nombre ; toutefois nous n’en décrirons que trois, parce que jusqu'ici ils sont les seuls réellement consacrés par la pratique, et que d’ailleurs, selon nous, ils peuvent satisfaire à toutes les conditions. Ces trois modes sont :
1° Le labour entier ou le labour en plein ;
2° Le labour par bandes alternes ;
3° Le labour par places, trous ou pots.
Selon la nature du sol, selon l'essence que l’on veul cultiver, il devient souvent utile de faire précéder le labour, soit de l’écobuage, soit de quelques travaux d'assainissement ; nous donnerons donc, sur ces deux objets aussi, les explications nécessaires ?.
699. Lapour EN PLEIN. — Le labour en plein consiste à retourner la totalité du terrain à ensemencer ; 1l s'exécute à la charrue ou à la houe.
Le labour à la charrue est moins coûteux que le labour à la houe, et donne en outre la facilité de joindre la culture des céréales à celle du bois. Cet avantage est considérable, car souvent le produit des céréales peut couvrir entièrement les frais de culture. Toutefois, la charrue ne peut être employée
‘ Sinous ne parlons pas de l'épierrement du sol, c’est qu'il est reconnu que des pierres de moyenne grosseur, lorsqu'elles ne sont pas trop nombreuses, favorisent plutôt qu’elles n’entravent la réussite des semis forestiers. D’une part elles forment un abri pour les plants qui naissent dans leur voisinage, de
l’autre elles affermissent les sols trop légers, et y maintiennent plus longtemps la fraîcheur.
que dans les terrains plats ou légèrement inclinés, dans lesquels, d’ailleurs, son action n’est pas empêchée par des pierres ou des racines trop grosses. C’est surtout dans les terres fortes et profondes, et lorsqu'il s’agit de cultiver des essences dont le pivot s'enfonce très-avant, que la charrue doit être préférée.
La houe (voy. fig. 1") remplacera utilement la charrue, pour opérer des labours en plein, dans les terrains légers ou d'un accès difficile, et particuhièrement dans les coupes d’ensemencement, ainsi que dans d’autres parties clair-plantées dont la régénération naturelle est entravée par suite du gazonnement du sol.
ILestentendu que le labouren plein, à la houe comme à la charrue, ne doit jamais être pratiqué dans les pentes rapides, où l’on pourrait craindre l'éboulement des terres.
700. LABOUR PAR BANDES ALTERNES. — De tous les modes en usage pour préparer leterrain au semis, le mode par bandes alternes semble réunir le plus d'avantages et être le plus généralement applicable. Il consiste à ouvrir les rayons dans lesquels on sème, et à les alterner avec des bandes qu'on laisse incultes; celles-ci ayant au moins le double de largeur des autres.
En plaine, ces rayons peuvent être tracés à la charrue, en prenant soin toutefois, dans les sols légers, de ne pas trop enfoncer le soc; on leur donne
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une largeur de 30 à 40 ou même 50 centimètres, et on les dirige de l'Est à l'Ouest, de manière à entasser, sur le bord méridional, le gazon et la superficie du terrain.
En montagne, ce labour se fait à la houe, on donne aux rayons une direction horizontale, et leur largeur varie de 20 à 40 centimètres. Plus le penchant est rapide, plus le rayon doit être étroit ; ül faut éviter de laisser à celui-ci de la pente, dans le sens de sa largeur, et relever son bord inférieur en y entassant le gazon et les différentes plantes qu’on en extrait. Cette précaution est très essentielle afin d'empêcher que les graines ne soient entraînées par les eaux pluviales dans la bande inculte.
L'avantage d’un tel mode de labour est incontestable. En montagne, ces rayons, parallèles à l’horizon, soutenus par des bandes incultes empêchent les terres de s’ébouler ; en toute situation, les semences et les jeunes plants sont abrités par les bords un peu élevés des rayons et par les herbes et les arbustes qui peuvent se trouver dans les bandes voisines. Enfin, les végétaux décomposés, les feuilles sèches s'arrêtent au fond des rayons et les eaux pluviales y sont retenues. Ainsi, l’engrais naturel, l'abri et la fraîcheur assurent bien des chances de succès à un semis fait d'après ce mode. Il est inutile d’ajouter que les dépenses qu'il nécessite, tant pour le labour même que pour l’achat des graines, sont bien moindres que celles d’un semis fait en plein.
Le seul inconvénient auquel ce mode puisse donner lieu, est que, au moyen des bandes incultes, les herbes et autres plantes nuisibles peuvent se reproduire promptement dans les rayons cultivés et étouffer ainsi les jeunes plants ou au moins les gèner dans leur croissance. C’est au forestier à juger, selon la nature du terrain et des essences, si cet inconvénient peut réellement se présenter au point d’avoir un fâcheux résultat, et à se décider, par suite, pour le mode de préparation qu'il jugera convenable.
701. LABOUR PAR PLACES, TROUS ou poTs. — Ce mode de labour s'opère en formant des places ou trous carrés de 50 à 66 centimètres environ de côté, séparés les uns des autres par des intervalles de 66 centimètres à 1 mètre.qu’on laisse en friche.
Comme dans le labour par bandes, on entasse les déblais de ces trous sur le bord méridional, lorsqu'ils sont faits en plaine ; et, si le sol est incliné, on a soin de les creuser parallèlement à l’horizon et d’en amasser la superficie sur le bord inférieur.
Sur un terrain presque nu, on peut aligner ces trous carrés, de manière à donner au tout, à peu près l'aspect d’un damier ; au contraire, on les fait sans ordre déterminé lorsque le sol présente des obstacles tels que des arbres que l’on ne voudrait point couper encore, de vieilles souches, des blocs de rochers, etc. C’est alors, surtout, que le labour par trous est avantageux, parce qu'il serait souvent impossible d’établir des rayons continus.
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Les différents modes de labour qui viennent d’être indiqués peuvent se pratiquer en toute saison, sauf, bien entendu, celle des fortes gelées. Pour les semis du printemps, il convient de faire préparer le terrain dans l'été ou dans l’automne précédent, que sa nalure soit.d’ailleurs compacte ou légère. Si le sol est léger et que, en raison des plantes parasites qui le recouvrent, il ait fallu le remuer assez profondément, il aura le temps de se raffermir suffisamment avant de recevoir la graine [697) ; s’il est compacte, les gelées d’hiver, en l'attaquant et le soulevant en tous sens, le rendront plus meuble et plus propice par conséquent à la végétation. — De cette distribution des travaux il résultera en outre l’avantage de pouvoir se procurer plus aisément et à moins de frais les ouvriers dont on à besoin, ce qui, dans la saison du printemps où les ouvrages de la campagne réclament ordinairement tous les bras, est souvent très difficile.
702. Ecoguace. — L'écobuage qui, dansla culture des champs, produit des effets fort avantageux, peut contribuer aussi, dans beaucoup de cas, au succès des cultures forestières. Il consiste ordinairement à enlever, par tranches, à 5 ou 6 centimètres de profondeur la superficie du sol couverte de plantes ; à couper ces tranches en morceaux carrés pour en faire de petits fours qu’on allume et qu’on brûle à feu étouffé; puis à répandre les cendres obtenues sur le terrain.
Les résultats de cette opération sont : 1° la destruction des mauvaises herbes et de leurs semences, ainsi que des œufs et des repaires d'animaux nuisibles ; 2° l’incinération des acides végétaux qui se trouvent en excès dans le sol et sont contraires à la végétation des essences forestières ; 3° enfin, la production d’un amendement. Les deux premiers de ces résultats ne sauraient être qu’avantageux, quelle que soit d’ailleurs la nature du terrain; mais il n’en est pas de même du troisième, et il importe, par conséquent, de connaître la manière d'agir des cendres, comme amendement, afin de ne pratiquer l’écobuage que dans les sols où 1l peut avoir de bons effets.
« L'action des cendres sur les terrains cultivés, » dit M. de Candolle ?, est, comme la nature même » de cette matière, complexe et variable. Les cen- » dres tiennent le milieu entre les amendements et » les engrais, sous ce rapport, qu'outre les matières » terreuses qui en constituent la masse, elles con- » tiennent toujours une certaine quantité de sels et » de débris organiques. Considérées comme amen- » dement, leur action est variable, selon que, four- » nies par divers combustibles, elles peuvent conte- » nirdes quantités très diverses de matières terreuses » différentes et de sels différents. On peut dire, en » général, que : l'elles agissent mécaniquement en » divisant les sols trop compactes, et, souscerapport,
! Physiologie végétale, tome III, page 1267.
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plus elles sont siliceuses, plus elles ont d’action ; 2° elles ont une action hygroscopique, en absorbant l'humidité ; 3° elles paraissent accélérer la décomposition du terreau ; et 4° enfin, peut-être agissentelles à titre d’excitants. »
« Il est donc évident, dit plus loin le même auteur ?, et la pratique confirme cette théorie, que l’'écobuage est utile : 1° dans les terrains trop argileux, pour les diviser et les rendre moins hygroscopiques; 2° dans les terrains très chargés de mauvaises herbes et en même temps très humides; 3° dans les climats où l'humidité de l’air est très continue ; 4° dans les terrains marécageux, tourbeux ou froids, couverts de mousses, de jones, de lichens, etc., pour les exciter par les molécules alcalines des cendres, et accélérer leur décomposition. »