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Dans les cultures forestières, l’écobuage ne

se pratique pas toujours comme nous l’avons expliqué plus haut; souvent on se borne à brûler, sur pied, les herbes et les arbustes qui recouvrent le sol. Cette opération, qui se fait à peu près comme le sartage à feu courant qui à été décrit dans le quatrième lhvre [620], est avantageuse, d’abord, en ce qu’elle épargne les frais de main-d'œuvre; en second lieu, parce qu’elle peut être employée même dans des terrains inclinés ou d’une nature assez légère. En

‘ Physiologie végétale, tome II, page 1277.

effet, le sol, dans ce cas, n'étant point remué, conserve toute sa compacité, et si, entre le moment de l’écobuage et celui du semis, on laisse s’écouler quelque {temps ?, les cendres, demeurant à la surface, seront,en très grande partie, dispersées par les vents, de telle sorte qu’en définitive, les résultats de l’opération se réduiront, à peu de chose près, à la destruction des plantes nuisibles. Ajoutons que les jeunes plants, en grandissant, fourniront, par leur dépouille et par l’ombrage qu'ils procurent, une fraicheur et un engrais salutaires qui tendront nécessairement à neutraliser les effets des cendres.

On pourra donc écobuer à feu courant pour détruire les fortes herbes, les bruyères, les myrtilles, etc., pourvu que le terrain ait quelque compacité, comme les sables gras, par exemple, et que la pente ne soit pas trop rapide. Au contraire, on devra s’interdire cette opération dans les versants escarpés, dans les sables mouvants, dans les pierrailles soit siliceuses, soit calcaires, dans les sols crayeux et, en général, dans tous les terrains qui, par leur peu de consistance, se dessèchent très facilement.

104. AssainissEMENT. — Lorsqu'il y a lieu de procéder à l'assainissement d’un terrain, soit marécageux, soit aquatique, il faut rechercher d’abord d’où proviennent les eaux surabondantes qu'il s’agit de faire disparaître. Ordinairement elles sont produites

! On peut écobuer en automne pour semer au printemps.

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par le débordement d’une rivière ou d’un ruisseau ; ou bien par des sources, apparentes ou souterraines, qui se trouvent, soit à l’intérieur, soit à l'extérieur du terrain détrempé. Souvent aussi les eaux pluviales ou de neige, ne pouvant s'infiltrer, à cause d’un banc d'argile situé à peu de profondeur, sont maintenues dans la couche de terre végétale et s’amassent dans les lieux les plus bas, au point de les submerger.

705. Quand ce sont les débordements d’une rivière qu'il s’agit de combattre, c'est au creusement de son lit, à l’endigage de ses rives qu'il faut avoir recours. Mais de tels ouvrages, d'ordinaire très considérables, difficiles d’ailleurs sous le rapport de l'art, et qui intéressent le plus souvent un grand nombre de propriétés riveraines, ne sont plus à compter au nombre des travaux de simple amélioration forestière ; leur exécution ne peut être confiée qu’à des hommes spéciaux.

Le cas qui rentre dans les attributions du foresüier, c'est quand des accidents analogues sont causés par un simple ruisseau, soit qu'il emplisse ou exhausse son lit entier par les matières qu'il charrie, soit qu'il s'obstrue seulement sur quelques points, soitenfin qu'il se gonfle outre mesure à certaines époques de l’année. Redresser le cours de l’eau, en coupant les nombreuses sinuosités qu'il forme, par un fossé suffisamment profond ; ouvrir, dans le terrain inondé, d’autres fossés de moindre dimension,

ARTIFICIELS. o11 qui débouchent dans le premier; enfin, s’il en était besoin, creuser des saignées ou rigoles plus petites encore, aboutissant à des fossés secondaires : tels sont ordinairement les moyens à employer.

706. Lorsque les marécages sont formés par des eaux de source sans écoulement, 1l importe de disünguer si elles sourdent dans le marais même, ou si, au contraire, elles sont fournies par une source placée à l'extérieur, dans une situation plus élevée.

Dans le premier cas, on ouvrira, dans le sens de la pente du sol, un fossé qui traverse la partie la plus détrempée du marais ; puis on observera, sur les parois de ce fossé, les points d’où les eaux suintent avec le plus d'abondance. Là on creusera de nouveaux fossés que l’on poursuivra de manière à finir par mettre les sources à découvert. Ajoutant ensuile, à ces fossés, des saignées plus petites, le terrain sera facilement assaini.

Dans le second cas, lorsque les eaux viennent de l'extérieur, 1l convient d'ouvrir d’abord, immédiatement au-dessus du marais, un fossé transversal pour recueillir les eaux; puis, on en ajoutera deux autres, sur les côtés, pour les éconduire. Si, malgré cela, le Lerrain à assainir conserve encore trop d'humidité, quelques fossés ouverts dans l’intérieur ne tarderont pas à procurer le résultat désiré.

C'est d’après le mème procédé que l’on pourra assainir, dans les forêts assises sur des couches d’ar-

512 DES REPEUPLEMENTS gile, les parties basses, périodiquement inondées par les eaux de pluie ou de neige. |

On peut aussi, dans ces sortes de terrains, lorsqu’ils manquent de pente, avoir recours aux bétoires ou puits-perdus artificiels, pourvu toutefois que la couche d'argile, sur laquelle le sol végétal repose, ne soit pas d’une grande puissances; autrement les frais de l'opération, on le conçoit, deviendraient hors de proportion avec l'utilité qu’elle doit procurer.

707. Il ne faut pas trop se hâter de repeupler les terrains qui viennent d’être assainis. I] convient, au contraire, de les laisser ressuyer et tasser complètement pendant une ou deux années.

ARTICLE V

De la saison la plus convenable au semis.

108. Il est naturel de penser, en général, que læ saison la plus convenable au semis de nos essences forestières nous est indiquée par l'époque de la dissémination naturelle de leurs graines. C’est un principe que l’on peut admettre, sauf les cas d’exception.

Pour les semis de glands, de faînes et de châtaignes, par exemple, on préfère ordinairement le printemps à l'automne, quoique ce soit dans cette dernière saison que ces fruits tombent des arbres. Les motifs de cette exception sont dans les circons-

tances particulières que les graines rencontrent dans un semis arüficiel, et qui sont toutes différentes de celles qui, d'ordinaire, se présentent dans un semis naturel. En effet dans les semis naturels, les semences se répandent surabondamment et, pourvu que la moindre partie réussisse, le repeuplement se trouve complet; les arbres qui ont produit les graines, le lit de feuilles sèches, les mousses, etc., leur fournissent d’ailleurs un couvert précieux pour résister aux froids de l'hiver. Au contraire, dans les semis artificiels, il n’est pas possible de semer avec autant de profusion, et souvent même le prix de la semence oblige, sous ce rapport, à beaucoup d'économie ; en second lieu, les semis se font d'ordinaire dans des terrains entièrement nus ou du moins fort peu couverts; les graines sont donc bien plus exposées à geler ou à se gâter ; enfin, plusieurs animaux, les sangliers et les mulots surtout, trouvant peu de nourriture pendant la mauvaise saison, se jettent quelquefois sur les semis artificiels et les ravagent totalement.

Les graines résineuses, quelle que soit d’ailleurs l’époque de leur dissémination naturelle, doivent aussi, en général, se semer plutôt au printemps qu’en automne ; les oiseaux, principalement ceux de passage, y causent souvent des dommages considérables dans cette dernière saison. Un inconvénient non moins réel, et qui existe surtout dans les climats un peu rudes, c’est que les graines semées en automne lèvent trop tôt; au retour du printemps suivant, pour

o14 DES REPEUPLEMENTS que les jeunes tiges, tendres et presque toujours peu abritées, ne soient pas souvent victimes des gelées tardives de cette époque de l’année.

ARTICLE VI

Des quantités de semence à employer.

709. Ainsi que nous l'avons dit plus haut [695}, il est très important de connaître les quantités de semence qu'il convient d'employer dans les semis. Ces quantités dépendent de la fertilité du sol, de sa déclivité, du climat local et des dangers qui, par suite, peuvent menacer les jeunes plants dans les premières années ; mais elles varient surtout selon la grosseur de la graine, selon sa qualité et selon le mode de labour adopté.

Plus la graine sera grosse, plus il en faudra, en poids ou en volume, pour ensemencer une étendue déterminée; si l’on a des doutes sur sa qualité, si les dégâts d'animaux sont à craindre ou si, en général, les circonstances sont peu propices à sa réussite, la quantité à employer dans les cas ordinaires devra être augmentée ; enfin, le labour en plein absorbera plus de semence que le labour partiel, soit celui par bandes, soit celui par pots. Nous ferons observer, toutefois, qu'avec ces deux derniers modes de labour, il est nécessaire d'employer proportionnellement plus de semence qu'avec le labour en plein.

On conçoit, en effet, qu’il est important, dans un emis par places, par exemple, que toutes les places oient bien peuplées ; car si quelques-unes seulenent restaient vides, leur surface, ajoutée à celle les parties environnantes demeurées en friche, fornerait des espaces trop considérables, pour que, de ongtemps, le massif pût se former. Aussi emploie- -on toujours, dans un semis partiel, les deux tiers peu près de la semence nécessaire pour un semis n pleim, quoique, cependant, il n’y ait à ensenencer que le tiers ou la moitié tout au plus du terain.

En traitant, plus bas, du semis de chaque essence n particulier, nous indiquerons les quantités de raine que l’expérience a démontré devoir être emloyées par hectare, selon les différents modes de bour, en supposant la graine de qualité moyenne tles circonstances extérieures ordinaires.

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ARTICLE NII.

De la manière de semer.

710. Dans l'opération du semis proprement dit, il faut porter son attention sur deux objets prineipaux : le premier, de répandre la graine le plus également possible ; le second, de la recouvrir convenablement 1.

711. Lorsque le terrain à ensemencer est considérable, il est bon de le diviser en parcelles d’égales contenances (de 20 ou 25 ares, par exemple), et de partager aussi la semence en un même nombre de parts égales. Sans cette précaution, 1l serait difficile de régler le travail des ouvriers semeurs, ou de le corriger à temps, s’il était fautif. Dans un semis en

‘ Lorsque la graine que l’on doit semer est vieille ou qu’elle a naturellement une enveloppe que l'humidité penètre diffcilement, on fera bien de la mettre tremper dans de l’eau vingtquatre heures avant de la répandre. Un procédé plus efficace, en usage chez beaucoup d'agriculteurs et qu'on a souvent imité avec succès en sylviculture, consiste à immerger la graine, pendant quarante-huit heures, dans du purin. Cette pratique, qui réussit pour les graines lourdes aussi bien que pour les légères, hâte singulièrement leur germination et permet, par suite, dans les localités où les gelées tardives sont à craindre, de retarder l’époque du semis sans risquer de différer la levée du plant jusqu’au moment des chaleurs ; il prévient aussi l’envahissement du semis par les herbes et autres plantes nuisibles.

plein, les ouvriers peuvent semer à la volée, comme on sème les céréales; mais, lorsque le terrain est préparé par bandes alternes ou par pots, ils doivent, pour répandre la graine uniformément, imprimer au bras un mouvement de va-et-vient, et ne laisser échapper les semences, la main étant fermée, qu'entre le pouce’et l’index. Plus la semence est légère, plus il faut rapprocher la main du sol.

712. Aussitôt semées, les graines doivent être recouvertes. Cette opération se fait, dans les semis en plein, avec une herse dans laquelle, s’il y a lieu, on entrelace des branchages, afin d'empêcher qu’elle ne s'enfonce trop; pour les semences qui n'ont besoin d’être enterrées que très légèrement, on peut aussi employer un fagot d’épines ou le rouleau. Dans les semis partiels, les semences lourdes se recouvrent à la houe, et les semences légères à l’aide d’un râteau en bois ou en fer (voy. fig. 2), selon que le sol est plus ou moins meuble. On se trouvera bien, pour ces dernières, surtout dans les sols légers, de raffermir la terre avec les pieds, ce que les jardiniers appellent tripler, afin de mieux unir la graine aux parcelles terreuses qui l’entourent immédiatement.

Le degré d'épaisseur dont il convient de recouvrir les graines, dépend, à la fois, de leur nature particulière et de la nature du sol. Les semences légères, ayant l’amande petite, et dont le plant, en levant, est très ténu, ne doivent être enterrées que fort peu, tandis que les fruits lourds, ou à noyau

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dur, ont besoin de l'être davantage, afin d'obtenir l'humidité qui leur est nécessaire pour germer. Dans un sol compacte, les graines doivent être peu couvertes ; au contraire, dans un sol léger, prompt à se dessécher, il faut les enterrer plus profondément.

713. Il nous reste à parler d’une manière de semer, avantageuse surtout pour exécuter des semis partiels de semences lourdes, c'est du repiquement. Cette opération consiste à ouvrir, à la houe, de petits trous assez rapprochés, dans chacun desquels on place un ou plusieurs fruits, et que l’on recouvre ensuite avec le même instrument, ou simplement avec le pied, si le sol est bien meuble. Non seulement ce procédé permet d'économiser beaucoup la semence, mais encore chaque graine se trouve, en général, mieux enterrée et plus convenablement placée pour prospérer. Dans les lieux clairiérés, dans les coupes d’ensemencement dont le sol est gazonné [482], lorsqu'il s’agit d'établir un mélange d’essences [489], le repiquement est souvent préférable à tout autre mode de semis, parce qu'il peut s’exécuter sans labour préalable.

Outre la houe, on se sert encore, pour cette opération, de plusieurs autres instruments. Le plantoir ordinaire peut être employé; toutefois, dans les sols argileux, il a l'inconvénient de trop tasser la terre et de mettre obstacle, par là, au développement du jeune plant. On a inventé, en Allemagne, un plantoir qui lève cet inconvénient. Cet instrument est en

fer, rond, d’une longueur de 45 centimètres environ, pointu par le bas, large au milieu de 3 à 6 centimètres , selon la grosseur de la graine qu'il doit servir à repiquer , et partagé par quatre nervures saillantes, le tout surmonté d’un manche (v. fig. 4). Lorsqu'on enfonce le plantoir, on tourne et retourne le fer, ce qui émiette et divise la terre; ainsi fait, le trou se remplit en partie de cette terre émiettée et conserve précisément la profondeur convenable pour y placer une graine, telle qu’un gland, par exemple.

Il est évident, comme nous venons de le dire, que ce plantoir n’est réellement avantageux que dans les terres fortes ; car, dans un sol très léger, ce n’est plus à diviser ia terre qu’il faut s’appliquer, mais bien à la raffermir. Pour obtenir ce résultat, on x construit, encore en Allemagne, un plantoir-massue (v. fig. 5). Cet instrument se compose d’un cylindre en bois de chêne de 33 centimètres environ de hauteur sur 16 à 18 centimètres de diamètre, cerclé en fer aux deux extrémités et surmonté d’un manche. Au centre de la base inférieure est fixé un boulon de 3 à 6 centimètres de longueur, sur 2 à 4 centimètres de large. Ces dimensions varient suivant la grosseur de la graine qu’on veut repiquer; et, afin de pouvoir modifier l'instrument selon qu'il est besoin, on a des boulons de différentes grosseurs qui se vissent au bout du cylindre en chêne.

Pour faire usage du plantoir-massue, on l'élève verticalement et on le laisse retomber de mème sur

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le sol. Il en résulte d'abord la cavité, formée par le boulon, dans laquelle on place la graine ; ensuite, la terre est raffermie par le poids du cylindre et tassée au point de présenter un renfoncement de plusieurs centimètres, dans lequel l'humidité s’amasse, et dont les bords abritent le plant naissant !.

‘ Cotta conseille de repiquer aussi les semences légères. 11 n'existe aucun motif raisonnable, dit-il, pour ne pas le faire, si ce n'est que le maniement des petites graines est moins aisé, et que, par conséquent, la main-d'œuvre peut revenir trop cher. Mais, comme on peut employer, à cette opération, des femmes, et même des enfants, dont les doigts sont plus déliés et dont le salaire est moindre, cette objection n’est pas fondée.

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