DES BOUTURES
806. Toutes les essences feuillues ont, plus ou moins, la faculté de se reproduire par boutures ; on a même réussi à multiplier de cette manière les bois résineux. Cependant, il n’y a que les peupliers, les saules et les platanes qui se montrent particuhèrement faciles à cet égard, et qui fournissent de beaux sujets ; les boutures des autres bois exigent beaucoup de soins, et les sujets qu'on en obtient sont généralement d’une faible végétation. Aussi se bornet-on, en sylviculture, à propager, de cette manière, les trois essences que nous venons de nommer, et dont il faut encore excepter toutefois, le tremble et le marceau, tous deux d’une reprise fort difficile.
Les plantations de boutures trouvent surtout leur application dans les terrains destinés au parcours,
dans les prairies, sur les bords des chemins, etc. ; mais elles sont aussi d’une ressource précieuse pour fixer les sables, pour maintenir les terres dans les pentes rapides et sur les bords des eaux, ainsi que pour repeupler certains lieux aquatiques dans les forêts.
On connaît deux espèces de boutures : la bouture en plançon et la bouture à bois de deux ans.
807. Le plançon est une branche de 3 à 4 mètres de long sur # à 8 centimètres de diamètre, que l’on dépouille de tous ses rameaux et que l’on taille en biseau par les deux bouts. Pour le planter, on l’enfonce à une profondeur de 50 centimètres, après avoir formé, au préalable, le trou avec un pieu en fer. Toutefois,ce procédé n’est convenable que dans les lieux aquatiques ; quand le sol est plus ferme, il vaut mieux ouvrir, à la bêche, un trou de 50 centimètres environ de profondeur sur 66 centimètres de côté, dans le milieu duquel on fixe le plançon et que l’on comble ensuite de bonne terre bien émiettée.
Lorsque les plançons risquent d’être endommagés, soit par le vent, soit par le bétail, etc., on leur donne des tuteurs et on les entoure, jusqu’à hauteur d’appui, d’épines ou de branchages.
C'est ordinairement avec des plançons que l’on forme les têtards. Il est à remarquer que les grands saules, tels que l’osier, le saule blanc, etc., sont les
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seuls bois qui reprennent bien de cette manière ; les peupliers s'y refusent presque toujours.
808. Pour faire des boutures à bois de deux ans, on choisit des rameaux bien vigoureux, présentant, outre la pousse de l’année, du bois de deux ou de trois ans au plus ; on leur enlève toutes les ramilles et on les réduit à 30 ou 40 centimètres de long. S'il s’agit de fixer des sables ou de maintenir des: terres en pente, il est bon de leur donner même plus de longueur. La section inférieure se fait en biseau ; celle du haut doit être droite, afin de ne pas blesser la main du planteur.
Lorsque le sol est bien meuble, on plante ces boutures en les enfonçant obliquement, de manière qu’elles ne dépassent la superficie que de 3 ou 4 centimètres au plus. Mais, dans une terre plus ferme, où l’on risquerait de les casser ou de déchirer l'écorce, on prépare des trous avec un plantoir un peu plus fort que les boutures ; et dans les terrains tout à fait compactes, on ouvre, soit des trous, soit des tranchées avec la houe ou la bêche. Il est essentiel de bien raffermir la terre autour des boutures.
Souvent on élève des boutures en pépinière, surtout celles de peuplier et celles de platane pour les transplanter plus tard à demeure. Dans ce cas, on choisit un terrain de bonne qualité, frais, qu’on laboure convenablement et qu’on dispose par plan-
ches., On y met les boutures en rigoles, et on les soigne de mème que des plants ordinaires [781]. Des arrosements fréquents favorisent smgulièrement leur reprise.
809. La saison la plus convenable pour faire des boulures est le printemps ; néanmoins, la plupart des saules reprennent aussi de celle manière en élé.