DE LA TROISIÈME ÉDITION
Depuis plusieurs années déjà , la seconde édition du Cours élémentaire de culture des bois jesi entièrement épuisée.
Des circonstances indépendantes de notre volonté ont fait différer jusqu'aujourd'hui la publication d'une édition nouvelle, que nous tenions à ne pas livrer au public sans y avoir apporté les améliorations et les compléments dont dix-huit années d'expérience et d'études nous avaient successivement démontré l'utilité.
Le lecteur, qui voudra bien comparer notre nouveau livre avec l'ancien, jugera si nous avons rempli la tâche que nous nous étions imposée. Nous affirmons, du moins, que nous avons fait, dans ce but, de sérieux et constants efforts, sans, toutefois, que nous osions nous flatter d'y être entièrement parvenu.
Toute science expérimentale, on le sait, doit passer, en progressant, par trois phases principales. Dans la première, les faits les plus marquants s'observent, se constatent et sont recueillis. La seconde est employée à les grouper, à les coordonner et à en déduire des vérités fondamentales, des théories générales qui relient toutes
XXn PREFACE.
les parties entre elles, les constituent en corps de doctrine et en forment un édifice didactique. Dans la troisième phase enfin, la théorie doit se compléter, se perfectionner sans cesse , soit au fond , soit dans la forme , en s'enrichissant d'observations et de faits nouveaux.
C'est cette troisième phase que la sylviculture française nous paraît avoir atteinte désormais, quoique, à la vérité, elle ne s'y soit avancée que bien timidement jusqu'alors et , presque , d'un pas chancelant. Ce n'est pas cependant que ses nombreux adeptes, répandus aujourd'hui sur tous les points du territoire de l'Empire, ne fussent en mesure de fournir un riche butin , si chacun d'eux, se croyant tenu de quelque obligation envers la science, avait à cœur d'acquitter sa dette, ainsi qu'on le voit dans d'autres corps administratifs, par exemple dans ceux des mines et des ponts et chaussées. Qu'il nous soit permis de regretter que l'administration des forêts n'ait pas suivi la voie tracée dès longtenips par ces corps d'élite.
On se tromperait pourtant si l'on prenait ce que nous venons de dire pour un reproche adressé au personnel forestier. Cette pensée est loin de nous. Les circonstances, nous le savons, ne lui ont pas permis de faire plus qu'il n'a fait, et nous connaissons d'ailleurs, autant que qui que ce soit, quelle est sa valeur, et ce que l'on peut attendre de lui. Nous n'avons voulu que constater un fait : c'est que , après avoir parcouru , depuis le milieu du siècle dernier jusqu'à nos jours, les deux premières phases de progrès dont nous avons parlé, la sylviculture française est aujourd'hui presque stationnaire ; parce que, en raison du point où elle est parvenue, c'est surtout aux praticiens de tout ordre et de tout degré qu'il appartient de produire les matériaux qui puissent .la faire avancer dans sa marche; mais, faute de certaines