Totaux
645, Il résulte du tableau ci-dessus que les coupes
de régénération à faire annuellement dans la futaie produiront :
Quant aux éclaircies périodiques, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails pour en fixer la valeur.
Nous avons admis, plus haut, que le produit annuel en matière de ces opérations égalait, dans la futaie normale proposée, la moitié du produit des coupes de régénération, savoir :
389,5 = 194, 8 soit 195 mètres cubes.
Mais, comme ces 195 mètres cubes doivent s'obtenir par six éclaircies, à faire sur six hectares, dont le peuplement le plus jeune a 20 ans et le plus âgé 120, nous avons besoin de connaître séparément le produit matériel de chaque éclaircie, afin d'en déterminer le prix conformément à la 5® colonne du tableau, et d'obtenir ainsi la somme pour laquelle ces exploitations contribueront au revenu annuel.
Or, il est d'expérience que les produits matériels des éclaircies périodiques vont en augmentant, jusqu'à l'âge de 80 ans à peu près, pour les essences longévives, et surtout pour le chêne, et qu'ensuite ils diminuent brusquement. C'est d'aprèsplusieurs auteurs forestiers estimés, et d'après les données pra-
tiques que nous avons eu l'occasion de recueillir nous-même, que nous avons adopté les nombres suivants comme représentant cette échelle de production avec une exactitude suffisante pour l'exemple que nous discutons :
1'* éclaircie, massif de 20 ans, fournira 10 m. cub., à 10 fr. Ton, ci. 100 fr.
massif de 40 ans,
massif de GO ans,
massif de 80 ans,
massif de 100 ans,
massif de 120 ans.
Total. ... 195 m. cub. 11,820 fir.
Ajoutant à cette somme la valeur des coupes de régénération qui est de, ci 62,320
On trouve pour revenu de la forêt, ci 74,140 fr.
646. Si nous rapprochons ce revenu de 74,140 fr. de la valeur du capital superficiel, qui est de 2,362,850 fr., nous voyons que, malgré les prix excessifs attribués aux bois de fort équarrissage, on n'obtient encore qu'un placement à 3 pour cent environ.
Mais après tout, ces prix, que nous pourrions presque appeler calamiteux, nous garantiront-ils du moins que la futaie ne passera qu'entre les mains d'un acheteur disposé à spéculer sur sa conse7*vaiion ? Nullement. Cet acheteur pourra sans doute se présenter, puisque c'est au taux de 3 p. 0[0 environ que se font ordinairement les placements en biensfonds ; mais s'il ne se présentait pas juste au moment où le propriétaire serait pressé par un besoin
d'argent, ou impatient de retirer plus de 3 pour cent du capital engagé dans la superficie de sa forêt, il y aurait bien des chances pour que le dit propriétaire fit abattre lui-même cette superficie.
Supposons, comme nous Pavons fait dans le premier exemple, que Ton abatte toute la futaie, moins le bois de 1 à 20 ans ; on réalisera le capital suivant :
2,362,850 fr. — 2,550 fr. = 2,360,300 fr. ;
lequel, placé à 4 pour cent seulement^ rapportera par an 94,412 fr.
Mais le revenu, en spéculant sur la conservation, n'est que de. . . . 74,140
Le bénéfice serait donc de. . . 20,272 fr. de rente, sans compter la valeur considérable du terrain déboisé et du jeune bois de 1 à 20 ans I
Il n'y a pas beaucoup de propriétaires qui résisteraient longtemps à la tentation de se procurer un tel profit.
647. Il nous semble dès lors démontré que le prix des bois de fortes dimensions, quelque élevé qu'on le suppose, ne saurait assurer la culture et la conservation des futaies de la part des particuliers. Il est même à croire, au contraire, qu'avec l'augmentation de ces bois en valeur, doit croître aussi l'appât de les détruire.
648. Après avoir considéré les futaies dans leurs rapports avec l'intérêt des particuliers, il nous reste
à examiner les taillis simples et les taillis composés sous le même point de vue.
Peu de mots suffiront.
Si les futaies, surtout celles soumises à de longues révolutions, ne peuvent convenir à l'intérêt privé, la cause, comme on Ta vu, en est principalement dans le capital trop élevé, qu'il est nécessaire d'engager dans la superficie, pour se procurer un revenu soutenu; capital qui fait descendre le taux de placement bien au-dessous de celui des placements ordinaires.
Or, il n'en est pas de même pour les taillis simples ou composés qui, s'exploitant à des époques bien plus rapprochées, n'exigent qu'un capital superficiel peu élevé comparativement au revenu qu'ils procurent i, et offrent, par conséquent, pour le placement de ce capital, un taux convenable. Le régime du taillis convient donc spécialement aux forêts possédées par les particuliers, et, sauf le cas où le sol se prêterait à un genre de culture plus lucratif, le défrichement de ces propriétés serait une fausse spéculation, dès
» Voici quelques données à cet égard, que nous fournit un auteur allemand très estimé (Rundeshagen) :
Le peuplement du taillis étant supposé normal, et le revenu en matière égal à l'unité, le capital superficiel sera : pour une révolution de 30 ans — 14 à J6.
— 20 — iO à \%
que, dans la contrée, le prix des bois est à peu près nivelé avec celui des autres denrées.
Quant à la question de savoir lequel, du taillis simple ou du taillis composé, présente le plus d'avantages à l'intérêt des particuliers, il faut distinguer :
Si le taillis est en mauvais fonds et constitué de façon à ne produire que du bois de chauffage ou de petite industrie, les particuliers n'ont aucun intérêt à y élever des réserves, et la méthode du taillis simple doit être préférée ;
Si, au contraire, le sol est propre à l'éducation des essences d'élite, ils trouveront le plus ordinairement avantage à adopter des révolutions assez longues et à élever des arbres de réserve jusqu'aux dimensions requises pour la charpente, le sciage ou le merrain.
649. En résumé, la discussion du revenu des trois principales méthodes d'exploitation constate les faits suivants :
Pour l'Etat, pour les-communes et pour tout propriétaire impérissable qui, par essence^ n'est point apte aux spéculations commerciales, la futaie offre les plus grands avantages ; le taillis composé tient le second rang, et le taiUis simple occupe le dernier.
Il n'en est pas de même pour les particuliers dont la possession est précaire et qui, par suite de la division indéfinie des fortunes, peuvent être amenés à rechercher des placements à un taux élevé et des spéculations mercantiles auxquelles ne saurait résister le capital engagé dans les futaies. Pour eux,
4o0 DES EXPLOITATIONS
suivant les circonstances [648], c'est tantôt le taillis simple, tantôt le taillis composé,' qui doit être mis en première ligne, et la futaie ne peut occuper que le dernier rang.
ARTICLE V
De rinflaenoe des différentes méthodes d'exploitation rar U
fertilité dn sol.
650. Les bois influent sur le sol qu'ils occupent de deux manières distinctes :
1* Par le couvert ;
2° Par l'amendement qu'ils procurent.
Le premier effet est produit par le massif plus ou moins serré et par l'épaisseur de feuillage propre à chaque essence ; le second effet dépend des mêmes causes,* et, en outre, des circonstances qui hâtent ou retardent la décompositiop des feuilles après leur chute I .
651. Dans les futaies en général, la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies établit un couvert constant et complet qui garantit le sol du dessèchement et y maintient la fraîcheur favorable à
* On sait que les causes d'une prompte décomposition ou putréfaction sont : l'humidité, une chaleur modérée et Tair stagnant ou du moins calme. Au contraire, une forte chaleur et des courants d'air violents retardent et entravent môme la putréfaction.
la végétation des bois. Un détritus abondant, composé de feuilles, de menues branches, et qui trouve toutes les circonstances favorables à sa prompte décomposition, augmente chaque année la couche de terreau dans ces forêts, et restitue ainsi à la terre les substances minérales que s'assimilent les arbres, en même temps qu'il l'enrichit des matières organiques nécessaires à cette assimilation. Ce n'est que quand les révolutions sont très longues que ces effets cessent de se produire. Le massif alors, s'éclaircissant de plus en plus, permet l'action trop directe du soleil et de l'air sur la surface du sol ; les vents dispersent le lit de feuilles ; et le terreau, formé pendant de longues années, se dessèche, diminue peu à peu, et finit par perdre toutes ses qualités fertilisantes. Mais, hors ce cas qui n'est qu'une rare exception, il est incontestable que tout, dans l'exploitation des futaies régulières, concourt à conserver et à augmenter constamment la fertilité du terrain i.
662. Par la méthode du taillis simple, le sol est à peu près complètement dénudé à chaque coupe. S'il est bon, situé en plaine ou en pente douce, les rejets s'y élèvent rapidement après la coupe et forment, dès les premières années, un nouveau fourré assez épais pour préserver le terrain des influences nuisibles de l'atmosphère. Si le sol est médiocre, peu profond, mais cependant plat, la méthode du
' Voir les notes des n" 487 et 514.
taillis simple, quoique ne ramendant que faiblement, ne l'expose pas à se détériorer rapidement non plus, pourvu que le peuplement soit formé d'essences fertilisantes. Mais, quand cette méthode d'exploitation est pratiquée dans un terrain sec, incliné et exposé aux ardeurs du soleil, il est impossible qu'elle ne produise pas les plus fâcheux résultats. En effet, à chaque coupe, les rejets nouveaux, manquant de vigueur, sont très longtemps avant de couvrir le terrain, ce qui fait que la faible couche de terreau, formée pendant la révolution écoulée, est promptement torréfiée, puis lavée par les pluies; en second lieu, l'élément minéralogique lui-même, n'étant plus recouvert, se désagrège, devient pulvérulent et est entraîné dans les bas-fonds. C'est ainsi, par exemple, que, dans les formations de grès et de calcaires qui sont entière, ment dépourvus d'argile, il suffit souvent de quelques révolutions de taillis, pour mettre le roc à nu, et exclure toute végétation autre que celle de quelques chétifs arbrisseaux et arbustes .
653. Quant à la méthode du taillis sous futaie, considérée sous le rapport de son influence sur la fertilité du sol, elle participe naturellement des deux méthodes examinées plus haut, et ses effets se rapprochent de ceux de la futaie ou de ceux du taillis simple, selon que, par le nombre et l'âge des baliveaux, le couvert est plus ou moins épais après la coupe.