DES SEMIS
ARTICLE PREMIER
Des oonnaissanoes qu'il faut posséder.
692. Outre la connaissance des climats et des sols convenables aux différentes essences, telle qu'elle a été enseignée dans le premier livre de ce Cours, il faut encore, pour opérer des semis avec succès, posséder plusieurs autres notions , ayant pour objet, savoir :
V La manière de récolter et de conserver les semences ;
2" Les moyens à employer pour s'assurer de leur qualité ;
3° La préparation à donner au terrain ;
4° La saison la plus convenable pour semer ;
5" La quantité de graine à employer ;
6° Enfin, la manière de répandre et de recouvrir les semenros.
DES REPEUPLEiMENTS ARTIFICIELS. 493
ARTICLF II,
De la récolte et de la conservation] des semences.
693. L'âge et l'état de végétation des arbres sur lesquels on récolte les graines ne sont point indifférents. Les sujets qui fournissent les meilleures semences sont ceux d'âge moyen qui croissent isolés ou à peu près et présentent une cime parfaitement saine et bien développée ; tandis que les arbres trop vieux ou dépérissants, de même que les tiges trop jeunes, donnent en général des graines mal conditionnées ou vaines qu'il faut, par conséquent, se garder d'employer. On doit éviter également de se servir de semences provenant d'arbres rabougris et dont le tempérament s'est plus ou moins abâtardi en raison des circonstances locales défavorables dans lesquelles ils ont crû'. De telles semences forment, pour ainsi dire, des variétés ou races dégénérées du type primitif et qui n'y retournent, la plupart du temps, qu'après avoir été cultivées, dans de meilleures conditions, pendant plusieurs générations.
La récolte des semences doit, autant que possible, se faire par un temps sec ou qui, du moins, ne soit point pluvieux, les graines trop humides étant plus exposées à s'avarier. Pour recueillir les semences lourdes, si l'on n'aime mieux attendre leur chute na-
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mente ainsi la dépense pécuniaire, tout en perdant du temps et en établissant une certaine inégalité dans Tàge des jeunes bois.
Le moyen le plus sûr pour vérifier la qualité des graines, est d'en prendre, au hasard, dans la provision que Ton doit éprouver, un certain nombre (plus ou moins, selon l'importance de la provision), de les semer dans une caisse, ou dans tout autre vase quelconque, rempli d'une terre substantielle et légère ; puis, de placer cette caisse dans un lieu tempéré, et d'arroser souvent avec de l'eau tiède afin d'accélérer la germination. En comparant ensuite le nombre de plants levés avec le nombre de graines qui avaient été semées, on pourra apprécier la qualité de la provision entière. Si, dans cette épreuve, on reconnaît que les deux tiers ou les trois quarts des graines ont levé, la semence peut être considérée comme étant de bonne qualité.
Le moyen que nous venons d'indiquer est surtout à conseiller lorsqu'il s'agit de semis considérables ; autrement on peut se contenter de prendre quelques graines, de les ouvrir, soit avec un canif, soit avec tout autre instrument, et d'examiner si l'amande et le germe sont frais et en bon état. Cette opération peut, en général, se faire sur les petites graines comme sur les grosses, mais c'est surtout sur cellesci qu'elle se pratique aisément.
Selon l'essence, les graines doivent présenter, dans leur aspect et dans leur consistance, des carac-
tères particuliers qui en font reconnaître la bonté ; nous indiquerons ces caractères dans le chapitre suivant, en traitant séparément du semis de chaque essence.
696. C'est ici le cas de signaler quelques manœuvres frauduleuses des marchands de graines forestières, contre lesquelles il est utile de se précautionner.
Les semences légères, surtout les semences résineuses, étant celles qu'on achète le plus ordinairement au poids, les marchands les humectent quelquefois au moment de la vente. On fera bien de ne consentira la pesée des graines qu'après qu'elles auront été sorties des sacs à leur arrivée, et étendues, pendant une quinzaine de jours, dans un grenier ou dans une chambre aérée. Cette précaution est d'autant plus utile que, quelquefois aussi, les fournisseurs, pour en augmenter le poids, mêlent à la semence un sable très fin. Au surplus, quand même on ne peut stipuler cette condition avec les marchands, il ne faut pas moins s'empresser, à l'arrivée de la semence, de la répandre, de la remuer, et d'en opérer le dessèchement ; car, toute fraude à part, elle peut avoir été, pendant le transport, mouillée par la pluie ou imprégnée de l'humidité de l'atmosphère.
Une autre fraude, à laquelle les marchands ont souvent recours pour augmenter leur profit, con~ siste dans le mélange des graines d'épicéa avec
liè^
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celles de pin sylvestre ; le prix de la dernière étant ordinairement double du prix de l'autre. Comme la semence de pin est généralement noire, tandis que celle de l'épicéa est brun-rougéâtre, ils teignent celle-ci en noir, par un procédé qui n'altère point sa faculté germinative. On peut y être trompé, parce que ces deux graines ne diffèrent essentiellement que parla couleur. Sans doute, en y regardant de près, on finirait par distinguer la semence de pin sylvestre d'avec celle d'épicéa : la première est plus arrondie et plus luisante ; la seconde, plus allongée et plusanguleuse, prend parla teinture une couleurmate. Mais il serait toujours extrêmement difficile de reconnaître dans quelle proportion ces deux graines sont mélangées, surtout lorsque les quantités de semences reçues sont considérables. La seule épreuve exacte est donc d'en prendre au hasard quelques pincées et les semer dans une caisse, comme nous l'avons expliqué plus haut. La levée des jeunes plants donnera la mesure de la fraude i .
On conçoit qu'indépendamment du trop payé, ce mélange puisse entraîner de graves inconvénients. Ce sont ordinairement les pentes méridionales, entièrement dégarnies, que l'on destine à être repeuplées en pin sylvestre [294] ; or, si les semences
» Les pins sylvestres lèvent avec une tigelle rougeàtre portant de cinq à six feuilles séminales ; les épicéas naissants, au contraire, ont la tigelle jaunâtre et presque tovgours neuf feuilles séminales.
mélangées sont employées, sans examen préalable, dans de pareils terrains, on peut être assuré que tous les jeunes plants d'épicéa périront, aussitôt levés, à cause de l'ardeur trop vive du soleil. Mais quand bien même, par suite d'une exposition moins défavorable à l'épicéa, les jeunes plants de cette essence résisteraient pendant les 2 ou 3 premières années, ils ne finiraient pas moins par être étouffés par le pin sylvestre qui a, dès sa naissance, une végétation beaucoup plus rapide que l'épicéa et le surmonterait complètement dès avant la dixième année. — Dans tous les cas donc le mélange des deux graines ne saurait produire qu'un semis manqué ou du moins très incomplet •
ARTICLE IV
De la préparation du terrain.
697. La préparation du terrain a pour but de le nettoyer, en tant que cela est nécessaire, des herbes et arbustes qui y croissent, et de le rendre assez meuble pour que la semence puisse y germer, les plants naissants y étendre leurs racines et s'y nourrir [455].
A cet égard, il est d'expérience que des labours profonds, qui auraient pour résultat de ramener à la surface des couches de terre dépourvues de principes assimilables, ne sont pas favorables aux semis. Mais
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il en est autrement d'une culture, même profonde, dont le but est d'ameublir le sol en y mélangeant le terreau. Ainsi préparée, la terre est dans les meilleures conditions pour recevoir les graines, qu'il s'agisse de semis de végétaux forestiers ou agricoles.
En effet, la couche superficielle est rendue plus perméable aux eaux pluviales ; poreuse et inégale, elle condense et absorbe plus de rosée ; ne faisant plus corps avec les couches inférieures, elle les protège et les garantit contre l'évaporation, comme le ferait une couverture de feuilles mortes. D'un autre côté, les racines des jeunes plants se développant davantage et s'enfonçant plus rapidement dans une terre profondément cultivée, le chevelu se trouve d'autant plus sûrement soustrait à l'action de la sécheresse. — Au contraire, dans une terre peu ou point cultivée, les racines restent grêles, superficielles, et, quand survient l'été, elles se trouvent encore dans la couche qui se durcit et se dessèche complètement; si les plants ne succombent pas toujours, ils restent du moins chétifs pendant longtemps.
La culture a donc pour résultat de maintenir et d'accroître la fraîcheur du terrain et de contribuer à fortifier le tempérament des jeunes plants.
Elle permet encore, à raison de la perméabilité du sol, d'enterrer les graines plus profondément, et de leur assurer ainsi l'humidité nécessaire à la germination. Enfin on prévient, par la culture, le déchausse-
ment des plants, sous Faction des gelées ; car il est évident qu'un plant bien enraciné y est moins exposé que celui qui Test peu.
Dans les terres fortes ou substantielles, où l'on peut avoir à redouter Tenvahissement des herbes, il sera prudent de faire précéder le semis d'une ou de plusieurs cultures agricoles.
Malgré les avantages incontestables qui résultent d'une culture complète, on ne doit pas oublier cependant que cette opération exige toujours des dépenses assez considérables. Toutes les fois donc qu'il ne s'agira pas de reboiser des sols dénudés depuis longtemps, mais qu'on aura simplement à compléter des semis existants, ou à repeupler des clairières ou des vides, on ne perdra pas de vue que la végétation forestière a dû maintenir le terrain suffisamment meuble, et, dans ce cas, on pourra se borner à donner une culture légère. Nous ajouterons même que dans le cas où le sol serait, par sa composition, naturellement frais et meuble (certains terrains granitiques, par exemple), une culture légère suffira presque toujours pour assumer la réussite des semis.
698. D'après ce que nous venons de dire, on voit qu'il est de la plus haute importance de bien examiner le terrain qu'on se propose d'ensemencer, afin de lui donner la préparation convenable,- tant en raison de sa nature même, que par rapport à l'essence que l'on veut y cultiver. Les modes de labour conseillés par les différents auteurs forestiers sont
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en grand nombre ; toutefois nous n'en décrirons que trois, parce que jusqu'ici ils sont les seuls réellement consacrés par la pratique, et que d'ailleurs, selon nous, ils peuvent satisfaire à toutes les conditions. Ces trois modes sont :
1° Le labour entier ou le labour en plein ;
2° Le labour par bandes alternes ;
3*" Le labour par places, trous ou pots.
Selon la nature du sol, selon l'essence que l'on veut cultiver, il devient souvent utile de faire préiCéder le labour, soit de Técobuage, soit de quelques travaux d'assainissement; nous donnerons donc, sur ces deux objets aussi, les explications nécessaires 2.
,699. Labour en plein. — Le labour en plein consiste à retourner la totalité du terrain à ensemencer ; il s'exécute à la charrue ou à la houe.
Le labour à la charrue est moins coûteux que le laboura la houe, et donne en outre la facilité de joindre la culture des céréales à celle du bois. Cet avantage est considérable, car souvent le produit des céréales peut couvrir entièrement les frais de culture. Toutefois, la charrue ne peut être employée
' Si nous ne parlons pas de répierrement du sol, c'est qu'il est reconnu que des pierres de moyenne grosseur, lorsqu'elles ne sont pas trop nombreuses, favorisent plutôt qu'elles n'entravent la réussite des semis forestiers. D'une part elles forment un abri pour les plants qui naissent dans leur voisinage, de l'autre elles affermissent les sols trop légers, et y maintiennent plus longtemps la fraîcheur.
que dans les terrains plats ou légèrement inclinés, dans lesquels, d'ailleurs, son action n'est pas empêchée par des pierres ou des racines trop grosses. C'est surtout dans les terres fortes et profondes, et lorsqu'il s'agit de cultiver des essences dont le pivot s'enfonce très-avant, que la charrue doit être préférée.
La houe (voy. fig. V) remplacera utilement la charrue, pour opérer des labours en plein, dans les terrains légers ou d'un accès difficile, et particulièrement dans les coupes d'ensemencement, ainsi que dans. d'autres parties clair-plantées dont la régénération naturelle est entravée par suite du gazonnement du sol.
Il est entendu que le labour en plein, à la houe comme à la charrue, ne doit jamais être pratiqué dans les pentes rapides, où l'on pourrait craindre Téboulement des terres.
700. Labour par bandes alternes. — De tous les modes en usage pour préparer le terrain au semis, le mode par bandes alternes semble réunir le plus d'avantages et être le plus généralement applicable. Il consiste à ouvrir les rayons dans lesquels on sème, et aies alterner avec des bandes qu'on laisse incultes; celles-ci ayant au moins le double de largeur des autres.
En plaine, ces rayons peuvent être tracés h la charrue, en prenant soin toutefois, dans les sols légers, de ne pas trop enfoncer le soc ; on leur donne
une largeur de 30 à 40 ou même 50 centimètres, et on les dirige de l'Est à l'Ouest, de manière à entasser, sur le bord méridional, le gazon et la superficie du terrain.
En montagne, ce labour se fait à la houe, on donne aux rayons une direction horizontale, et leur largeur varie de 20 à 40 centimètres. Plus le penchant est rapide, plus le rayon doit être étroit ; il faut éviter de laisser à celui-ci de la pente, dans le sens de sa largeur, et relever son bord inférieur en y entassant le gazon et les différentes plantes qu'on en extrait. Cette précaution est très essentielle afin d'empêcher que les graines ne soient entraînées par les eaux pluviales dans la bande inculte.
L'avantage d'un tel mode de labour est incontestable. En montagne, ces rayons, parallèles à l'horizon, soutenus par des bandes incultes empêchent les terres de s'ébouler; en toute situation, les semences et les jeunes plants sont abrités par les bords un peu élevés des rayons et par les herbes et les arbustes qui peuvent se trouver dans les bandes voisines. Enfin, les végétaux décomposés, les feuilles sèches s'arrêtent au fond des rayons et les eaux pluviales y sont retenues. Ainsi, l'engrais naturel, l'abri et la fraîcheur assurent bien des chances de succès à un semis fait d'après ce mode. Il est inutile d'ajouter que les dépenses qu'il nécessite, tant pour le labour même que pour l'achat des graines, sont bien moindres que celles d'un semis fait en plein.
Le seul inconvénient auquel ce mode puisse donner lieu, est que, au moyen des bandes incultes, les herbes et autres plantes nuisibles peuvent se reproduire promptement dans les rayons cultivés et étouffer ainsi les jeunes plants ou au moins les gêner dans leur croissance. C'est au forestier à juger, selon la nature du terrain et des essences, si cet inconvénient peut réellement se présenter au point d'avoir un fâcheux résultat , et à se décider, par suite , pour le mode de préparation qu'il jugera convenable.
701. Labour par places, trous ou pots. — Ce mode de labour s'opère en formant des places ou trous carrés de 50 à 66 centimètres environ de côté, séparés les uns des autres par des intervalles de 66 centimètres à 1 mètre qu'on laisse en friche.
Comme dans le labour par bandes, on entasse les déblais de ces trous sur le bord méridional, lorsqu'ils sont faits en plaine ; et, si le sol est incliné, on a soin de les creuser parallèlement à l'horizon et d'en amasser la superficie sur le bord inférieur.
Sur un terrain presque nu, on peut aligner ces trous carrés, de manière à donner au tout, à peu près l'aspect d'un damier; au contraire, on les fait sans ordre déterminé lorsque le sol présente des obstacles tels que des arbres que l'on ne voudrait point couper encore, de vieilles souches, des blocs de rochers, etc. C'est alors, surtout, que le labour par trous est avantageux, parce qu'il serait souvent impossible d'établir des rayons continus.
506 DES REPEUPLEMENTS
Les différents modes de labour qui viennent d'être indiqués peuvent se pratiquer en toute saison, sauf, bien entendu, celle des fortes gelées. Pour les semis du printemps, il convient de faire préparer le terrain dans Tété ou dans l'automne précédent, que sa nature soit d'ailleurs compacte ou légère. Si le sol est léger et que, en raison des plantes parasites qui le recouvrent, il ait fallu le remuer assez profondément, il aura le temps de se raffermir suffisamment avant de recevoir la graine [697] ; s'il est compacte, les gelées d'hiver, en l'attaquant et le soulevant en tous sens, le rendront plus meuble et plus propice par conséquent à la végétation. — De cette distribution des travaux il résultera en outre l'avantage de pouvoir se procurer plus aisément et à moins de frais les ouvriers dont on a besoin, ce qui, dans la saison du printemps où les ouvrages de la campagne réclament ordinairement tous les bras, est souvent très difficile.
702. EcoBUAGE. — L'écobuage qui, dans la culture des champs, produit des effets fort avantageux, peut contribuer aussi, dans beaucoup de cas, au succès des cultures forestières. Il consiste ordinairement à enlever, par tranches, à 5 ou 6 centimètres de
profondeur la superficie du sol couverte de plantes ; à couper ces tranches en morceaux carrés pour en faire de petits fours qu'on allume et qu'on brûle à feu étouffé ; puis à répandre les cendres obtenues sur le terrain.
Les résultats de cette opération sont : 1** la destruction des mauvaises herbes et de leurs semences, ainsi que des œufs et des repaires d'animaux nuisibles; 2° l'incinération des acides végétaux qui se trouvent en excès dans le sol et sont contraires à la végétation des essences forestières ; 3° enfin, la production d'un amendement. Les deux premiers de ces résultats ne sauraient être qu'avantageux, quelle que soit d'ailleurs la nature du terrain; mais il n'en est pas de même du troisième, et il importe, par conséquent, de connaître la manière d'agir des cendres, comme amendement, afin de ne pratiquer l'écobuage que dans les sols où il peut avoir de bons effets.
« L'action des cendres sur les terrains cultivés, » dit M. de GandoUe ^, est, comme la nature même » de cette matière, complexe et variable. Les cen- » dres tiennent le milieu entre les amendements et » les engrais, sous ce rapport, qu'outre les matières » terreuses qui en constituent la masse, elles con- » tiennent toujours une certaine quantité de sels et » de débris organiques. Considérées comme amen- » dément, leur action est variable, selon que, four- » nies par divers combustibles, elles peuvent conte- » nir des quantités très diverses de matières terreuses » différentes et de sels différents. On peut dire,. en » général, que : 1"* elles agissent mécaniquement en » divisant les sols trop compactes, et, sous ce rapport,
' Physiologie végétale j tome lïl, page 1267.
508 DES RBPEXJPLEMENTS
i> plus elles sont siliceuses, plus plies onU » 2° elles ont une action hygroscopique. » l'humidité ; 3" elles paraissent accélérer » position du terreau ; et 4° enfin, peut-être' )) elles à titre d'excitants. »
« 11 est donc évident, dit plus loin le » leur ', et la pratique confirme celle llicorie, qi H l'écobuage est utile : 1° dans les terrains trop ar-' 0 gileux, pour les diviser et les rendre moins hy- » groscopiques; 2° dans les terrains très chargés de » mauvaises herbes et en même temps très humides; » 3° dans les climats où l'humidité de l'air est très )) continue ; 4° dans les terrains marécageux, tour- » beux ou froids, couverts de mousses, de joncs, de )> lichens, etc., pour les exciter par les molécules » alcalines des cendres, et accélérer leur décompo- 11 sitioii, »
703. Dans les cultures forestières, l'écobuage ne se pratique pas toujours comme nous l'avons expliqué plus haut; souvent on se borne à brûler, sur pied, les herbes et les arbustes qui recouvrent le sol. Cette opération, qui se fait à peu près comme le sarlage à feu courant qui a été décrit dans le quatrième livre [620], est avantageuse, d'abord, en ce qu'elle ép^argne les frais de main-d'œuvre ; en second lieu, parce qu'elle peut rtre employée même dans des terrains inclinas ou d'une nature assez légère. En
' Physiologie vùgéink, lomn lil, page 1277.
, le soi, dans ce cas, n'étant point remué, cone loutesa compacité, et si, entre le moment de
fcljuage et celui du semis, on laisse s'écouler quel-
^émps *, les cendres, demeurant à la surface, ïit,en très grande partie, dispersées par lesvents, e aorte qu'en définitive, les résultats de l'opération se réduiront, à peu de chose près, à la des- .truction des plantes nuisibles. Ajoutons que les jeunes plants , en grandissant , fourniront, par leur dépouille et par l'ombrage qu'ils procurent, une fraîcheur et un engrais salutaires qui tendront nécessairement à neutraliser les effets des cendres.
On pourra donc écobuer à feu courant pour détruire les fortes herbes, les bruyères, les myrtilles, etc., pourvu que le terrain ait quelque compacité, comme les sables gras, par exemple, et que la pente ne soit pas trop rapide. Au contraire, on devra s'interdire cette opération dans les versants escarpés, dans les sables mouvants, dans les pierrailles soit sihceuses, soit calcaires, dans les sols crayeux et, en général, dans tous les terrains qui, par leur peu de consistance, se dessèchent très facilement.
704. Assainissement, — Lorsqu'il y a lieu de procéder à l'assainissement d'un terrain, soit marécageux, soit aquatique, il faut rechercher d'abord d'où proviennent les eaux surabondantes qu'il s'agit de faire disparaître. Ordinairement elles sont produites
' On peut écobuer en automne pour semer au printemps.
510 DES REPEUPLEMENTS
par le débordement d'une rivière ou d'un ruisseau; ou bien par des sources, apparentes ou souterraines, qui se trouvent, soit à l'intérieur, soit à rextérieur du terrain détrempé. Souvent aussi les eaux pluviales ou de neige, ne pouvant s'infiltrer, à cause d'un banc d'argile situé à peu de profondeur, sont maintenues dans la couche de terre végétale et s'amassent dans les lieux les plus bas, au point de les submerger.
705. Quand ce sont les débordements d'une rivière qu'il s'agit de combattre, c'est au creusement de son lit, à l'endigage de ses rives qu'il faut avoir recours. Mais de tels ouvrages, d'ordinaire très considérables, difficiles d'ailleurs sous le rapport de l'art, et qui intéressent le plus souvent un grand nombre de propriétés riveraines, ne sont plus à compter au nombre des travaux de simple amélioration forestière ; leur exécution ne peut être confiée qu'à des hommes spéciaux.
Le cas qui rentre dans les attributions du forestier, c'est quand des accidents analogues sont causés par un simple ruisseau, soit qu'il emplisse ou exhausse son lit entier par les matières qu'il charrie, soit qu'il s'obstrue seulement sur quelques points, soit enfin qu'il se gonfle outre mesure à certaines époques de l'année. Redresser le cours de l'eau, en coupant les nombreuses sinuosités qu'il forme, par un fossé suffisamment profond ; ouvrir, dans le terrain inondé, d'autres fossés de moindre dimension,
qui débouchent dans le premier; enfin, s'il en était besoin, creuser des saignées ou rigoles plus petites encore, aboutissant à des fossés secondaires : tels sont ordinairement les moyens à employer.
706. Lorsque les marécages sont formés par des eaux de source sans écoulement, il importe de distinguer si elles sourdent dans le marais même, ou si, au contraire, elles sont fournies par une source placée à l'extérieur, dans une situation plus élevée .
Dans le premier cas, on ouvrira, dans le sens de la pente du sol, un fossé qui traverse la partie la plus détrempée du marais ; puis on observera, sur les parois de ce fossé, les points d'où les eaux suintent avec le plus d'abondance. Là on creusera de nouveaux fossés que l'on poursuivra de manière à finir par mettre les sources à découvert. Ajoutant ensuite, à ces fossés, des saignées plus petites, le terrain sera facilement assaini.
Dans le second cas, lorsque les eaux viennent de l'extérieur, il convient d'ouvrir d'abord, immédiatement au-dessus du marais, un fossé transversal pour recueillir les eaux; puis, on en ajoutera deux autres, sur les côtés, pour les éconduire. Si, malgré cela, le terrain à assainir conserve encore trop d'humidité, quelques fossés ouverts dans l'intérieur ne tarderont pas à procurer le résultat désiré.
C'est d'après le même procédé que l'on pourra assainir, dans les forêts assises sur des couches d'ar-
.■4aAKi^t*i\
512 DES REPEUPLEMENTS
gile, les parties basses, périodiquement inondées par les eaux de pluie ou de neige.
On peut aussi, dans ces sortes de terrains, lorsqu'ils manquent de pente, avoir recours aux bétoires ou puits-perdus artificiels, pourvu toutefois que la couche d'argile, sur laquelle le sol végétal repose, ne soit pas d'une grande puissance ; autrement les frais de l'opération, on le conçoit, deviendraient hors de proportion avec l'utilité qu'elle doit procurer.
707. Il ne faut pas trop se hâter de repeupler les terrains qui viennent d'être assainis. Il convient, au contraire, de les laisser ressuyer et tasser complètement pendant une ou deux années.
ARTICLE V
De la saison la plus oonvenablô au semis.
708. Il est naturel de penser, en général, que la saison la plus convenable au semis de nos essences forestières nous est indiquée par l'époque de la dissémination naturelle de leurs graines. C'est un principe que l'on peut admettre, sauf les cas d'exception.
Pour les semis de glands, de faînes et de châtaignes, par exemple, on préfère ordinairement le printemps à l'automne, quoique ce soit dans cette dernière saison que ces fruits tombent des arbres. Les motifs de cette exception sont dans les circons-
tances particulières que les graines rencontrent dans un semis artificiel, et qui sont toutes différentes de celles qui, d'ordinaire, se présentent dans un semis naturel. En effet dans les semis naturels, les semences se répandent surabondamment et, pourvu que la moindre partie réussisse, le repeuplement se trouve complet; les arbres qui ont produit les graines, le lit de feuilles sèches, les mousses, etc., leur fournissent d'ailleurs un couvert précieux pour résister aux froids de l'hiver. Au contraire, dans les semis artificiels, il n'est pas possible de semer avec autant de profusion, et souvent même le prix de la semence oblige, sous ce rapport, à beaucoup d'économie ; en second lieu, les semis se font d'ordinaire dans des terrains entièrement nus ou du moins fort peu couverts ; les graines sont donc bien plus exposées à geler ou à se gâter ; enfin, plusieurs animaux, les sangliers et les mulots surtout, trouvant peu de nourriture pendant la mauvaise saison, se jettent quelquefois sur les semis artificiels et les ravagent totalement .
Les graines résineuses, quelle que soit d'ailleurs l'époque de leur dissémination naturelle, doivent aussi, en général, se semer plutôt au printemps qu'en automne ; les oiseaux, principalement ceux de passage, y causent souvent des dommages considérables dans cette dernière saison. Un inconvénient non moins réel, et qui existe surtout dans les climats un peu rudes, c'est que les graines semées en automne lèvent trop tôt, au retour du printemps suivant, pour
514 DES REPEUPLEMENTS
que les jeunes tiges, tendres et presque toujours peu abritées, ne soient pas souvent victimes des gelées tardives de cette époque de Tannée.
ARTICLE VL
Des quantités de semence à employer.
709. Ainsi que nous Tavons dit plus haut [695], il est très important de connaître les quantités de semence qu'il convient d'employer dans les semis. Ces quantités dépendent de la fertilité du sol, de sa déclivité, du climat local et des dangers qui, par suite, peuvent menacer les jeunes plants dans les premières années ; mais elles varient surtout selon la grosseur de la graine, selon sa qualité et selon le mode de labour adopté.
Plus la graine sera grosse, plus il en faudra, en poids ou en volume, pour ensemencer une étendue déterminée ; si Ton a des doutes sur sa qualité, si les dégâts d'animaux sont à craindre ou si, en général, les circonstances sont peu propices à sa réussite, la quantité à employer dans les cas ordinaires devra être augmentée ; enfin, le labour en plein absorbera plus de semence que le labour partiel, soit celui par bandes, soit celui par pots. Nous ferons observer, toutefois, qu'avec ces deux derniers modes de labour, il est nécessaire d'employer proportionnellement plus de semence qu'avec le labour en plein.
On conçoit, en effet, qu'il est important, dans un aemis par places, par exemple, que toutes les places soient bien peuplées ; car si quelques-unes seulement restaient vides, leur surface, ajoutée à celle des parties environnantes demeurées en friche, formerait des espaces trop considérables, pour que, de longtemps, le massif pût se former. Aussi emploiet-on toujours, dans un semis partiel, les deux tiers à peu près de la semence nécessaire pour un semis en plein, quoique, cependant, il n'y ait à ensemencer que le tiers ou la moitié tout au plus du terrain.
En traitant, plus bas, du semis de chaque essence en particuHer, nous indiquerons les quantités de graine que l'expérience a démontré devoir être employées par hectare, selon les différents modes de labour, en supposant la graine de qualité moyenne et les circonstances extérieures ordinaires.
516 DES REPEUPLEMENTS
ARTICLE VII
De la manière de semer.
710. Dans Topération du semis proprement dit, il faut porter son attention sur deux objets principaux : le premier, de répandre la graine le plus également possible ; le second, de la recouvrir convenablement 1.
711. Lorsque le terrain à ensemencer est considérable, il est bon de le diviser en parcelles d'égales contenances (de 20 ou 25 ares, par exemple), et de partager aussi la semence en un même nombre de parts égales. Sans cette précaution, il serait difficile de régler le travail des ouvriers semeurs, ou de le corriger à temps, s'il était fautif. Dans un semis en
' Lorsque la graine que Toii doit semer est vieille ou qu'elle a naturellement une enveloppe que l'humidité pénètre difficilement, on fera bien de la mettre tremper dans de l'eau vingtquatre heures avant de la répandre. Un procédé plus efficace, en usage chez beaucoup d'agriculteurs et qu'on a souvent imité avec succès en sylviculture, consiste à immerger la graine, pendant quarante-huit heures, dans du purin. Cette pratique, qui réussit pour les graines lourdes aussi bien que pour les légères, hâte singulièrement leur germination et permet, par suite, dans les localités où Jes gelées tardives sont à craindre, de retarder l'époque du semis sans risquer de différer la levée du plant jusqu'au moment des chaleurs ; il prévient aussi l'envahissement du semis par les herbes et autres plantes nuisibles*
plein, les ouvriers peuvent semer à la volée, comme on sème les céréales; mais, lorsque le terrain est préparé par bandes alternes ou par pots, ils doi-* vent, pour répandre la graine uniformément, imprimer au bras un mouvement de va-et-vient, et ne laisser échapper les semences, la main étant fermée, qu'entre le pouce et l'index. Plus la semence est légère, plus il faut rapprocher la main du sol.
712. Aussitôt semées, les graines doivent être recouvertes. Cette opération se fait , dans les semis en plein, avec une herse dans laquelle, s'il y a lieu, on entrelace des branchages, afin d'empêcher qu'elle ne s'enfonce trop ; pour les semences qui n'ont besoin d'être enterrées que très légèrement, on peut aussi employer un fagot d'épines ou le rouleau. Dans les semis partiels, les semences lourdes se recouvrent à la houe, et les semences légères à l'aide d'un râteau en bois ou en fer (voy. fig. 2), selon que le sol est plus ou moins meuble. On se trouvera bien, pour ces dernières, surtout dans les sols légers, de raffermir la terre avec les pieds, ce que les jardiniers appellent tripler^ afin de mieux unir la graine aux parcelles terreuses qui l'entourent immédiatement.
Le degré d'épaisseur dont il convient de recouvrir les graines, dépend, à la fois, de leur nature particulière et de la nature du sol. Les semences légères, ayant l'amande petite, et dont le plant, en levant, est très ténu, ne doivent être enterrées que fort peu, tandis que les fruits lourds, ou à noyau
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dur, ont besoin de l'être davantage, afin d'obtenir l'humidité qui leur est nécessaire pour germer. Dans un sol compacte, les graines doivent être peu couvertes ; au contraire, dans un sol léger, prompt à se dessécher, il faut les enterrer plus profondément.
713. Il nous reste à parler d'une manière de semer, avantageuse surtout pour exécuter des semis partiels de semences lourdes, c'est du repiquement. Cette opération consiste à ouvrir, à la houe, de petits trous assez rapprochés, dans chacun desquels on place un ou plusieurs fruits, et que l'on recouvré ensuite avec le même instrument, ou simplement avec le pied, si le sol est bien meuble. Non seulement ce procédé permet d'économiser beaucoup la semence, mais encore chaque graine se trouve, en général, mieux enterrée et plus convenablement placée pour prospérer. Dans les lieux clairières , dans les coupes d'ensemencement dont le sol est gazonné [482], lorsqu'il s'agit d'établir un mélange d'essences [489], le repiquement est souvent préférable à tout autre mode de semis, parce qu'il peut s'exécuter sans labour préalable.
Outre la houe, on se sert encore, pour cette opération, de plusieurs autres instruments. Le plantoir ordinaire peut être employé; toutefois, dans les sols argileux, il a l'inconvénient de trop tasser la terre et de mettre obstacle, par là, au développement du jeune plant. On a inventé, en Allemagne, un plantoir qui lève cet inconvénient. Cet instrument est en
fer, rond, d'une longueur de 15 centimètres environ, pointu par le bas, large au milieu de 3 à 6 centimètres , selon la grosseur de la «graine qu'il doit servir à repiquer, et partagé par quatre nervures saillantes, le tout surmonté d'un manche (v. fîg. 4). Lorsqu'on enfonce le plantoir, on tourne et retourne le fer, ce qui émiette et divise la terre ; ainsi fait, le trou se remplit en partie de cette terre émiettée et conserve précisément la profondeur convenable pour y placer une graine, telle qu'un gland, par exemple.
Il est évident, comme nous venons de le dire, que ce plantoir n'est réellement avantageux que dans les terres fortes ; car, dans un sol très léger, ce n'est plus à diviser la terre qu'il faut s'appliquer, mais bien à la raffermir. Pour obtenir ce résultat, on a construit, encore en Allemagne, un plantoir-massue (v. fig. o). Cet instrument se compose d'un cylindre en bois de chêne de 33 centimètres environ de hauteur sur 16 à 18 centimètres de diamètre, cerclé en fer aux deux extrémités et surmonté d'un manche. Au centre de la base inférieure est fixé un boulon de 3 à 6 centimètres de longueur, sur 2 à 4 centimètres de large. Ces dimensions varient suivant la grosseur de la graine qu'on veut repiquer; et, afin de pouvoir modifier l'instrument selon qu'il est besoin, on a des boulons de différentes grosseurs qui se vissent au bout du cylindre en chêne.
Pour faire usage du plantoir-massue, on l'élève verticalement et on le laisse retomber de même sur
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le sol. Il en résulte d'abord la cavité, formée parle boulon, dans laquelle on place la graine; ensuite, la terre est raffermie par le poids du cylindre et tassée au point de présenter un renfoncement de plusieurs centimètres, dans lequel Thumidité s'amasse, et dont les bords abritent le plant naissant ^
< Gotta conseille de repiquer aussi les semences légères. 11 n'existe aucun motif raisonnable, dit-il, pour ne pas lo faire, si ce n'est que le maniement des petites graines est moins aisé, et que, par conséquent, la main-d'œuvre peut revenir trop cher. Mais, comme on peut employer, à cette opération, des femmes, et même des enfants, dont les doigts sont plus déliés et dont le salaire est moindre, cette objection n'est pas fondée.