‹ Cours élémentaire de culture des bois créé à l'École forestière de NancyChapitre 70 sur 118 · SEMIS DES ESSENCES LES PLUS IMPORTANTES · texte numérisé non relu

SEMIS DES ESSENCES LES PLUS IMPORTANTES

ARTICLE PREMIER

Semis du ohêne«

714. Récolte et conservation. — La manière de récoller les glands et de les soigner immédiatement après qu'ils ont été amassés, a été expliquée plus haut [693 et 694]. Nous ajouterons seulement qu'il faut éviter de faire amasser les premiers tombés, parce qu'ils sont ordinairement de mauvaise qualité et piqués des vers..

On connaît, pour conserver les glands pendant l'hiver, différents moyens, plus ou moins appHcables, selon les circonstances dans lesquelles on se trouve :

1** Dans un jardin, ou en tout autre lieu clos, on

choisit une place bien sèche que Ton garnit d'un lit de feuilles, sèches aussi, de la hauteur de 33 centi* mètres environ. Sur ce lit de feuilles ^ on place les glands, par tas coniques d'un mètre de haut; on les recouvre d'une couche de feuilles mortes de 33 centimètres d'épaisseur, puis on ajoute encore 16 centimètres de mousse sèche, et 16 centimètres de paille. Sur le tout on établit une couverture en paille comme celles que l'on voit sur les meules de grain ou de foin ; enfin, pour mieux garantir le sol de toute humidité, on ouvre un fossé circulaire autour de la place de dépôt.

2** On établit des silos ou fosses. S'ils ne doivent servir que peu de temps, on se contente d'en soutenir les parois par des pieux entre lesquels on tresse de la paille ; s'ils doivent servir longtemps, on les construit en maçonnerie. Dans le fond de la fosse, on met un lit de paille, les glands y sont répandus par couches de 33 centimètres d'épaisseur, alternant avec des couches aussi épaisses de menue paille et de feuilles sèches. Ainsi remplie, la fosse est recouverte de planches, par-dessus lesquelles on élève une butte de terre bien lassée, afin d'empêcher le froid et l'humidité d'y pénétrer.

3° On peut remplir de glands des tonneaux ou des caisses, qu'on perce de petits trous et qu'on plonge dans l'eau pour les y laisser jusqu'au printemps. Le séjour des glands dans l'eau les conserve et ne leur ôte rien de leur faculté germinative.

4° On prend de grandes caisses qu'on élève sur des liteaux, dans une cave, de même qu'on place les tonneaux. On remplit ces caisses de couches alternes de sable et de glands. Il faut avoir soin d'employer du sable de rivière bien sec et éviter surtout un sable terreux. La couche supérieure de glands, ayant toujours plus de disposition à germer, doit être recouverte de 22 à 27 centimètres de sable. Il n'est pas nécessaire de donner d'autre couverture à la caisse.

Ces quatre modes de conservation du glaiid sont donnés par Hartig. D'après l'expérience qu'il en a faite, le premier lui paraît préférable ; nous pouvons indiquer le quatrième comme nous ayant toujours parfaitement réussi, alors même que les glands n'étaient extraits des caisses qu'à une époque assez avancée du printemps. Le gland ne peut se conserver au delà du printemps.

715. Examen de la graine. — Le gland doit remplir complètement son enveloppe quand on le coupe par le milieu dans le sens de sa longueur, il doit être blanc, frais et luisant; le germe qui 'se trouve à la partie supérieure doit être intact. Si, au contraire, le fruitest desséché, d'une couleur bleuâtre ou noirâtre intérieurement, s'il a une odeur de moisi, ou s'il est piqué, sa faculté germinative est détruite.

Un autre moyen de juger de la bonté des glands consiste à en jeter un nombre déterminé dans un vase rempli d'eau ; ceux qui tombent au fond sont

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bons pour la plupart, ceux qui surnagent sont mauvais. Enfin, on les juge aussi par le poids : un litre de glands de bonne qualité doit peser environ de 550 à 600 grammes.

716. Exécution du semis. — Lorsque le terrain à repeupler est en plaine, d'une nature compacte, garni seulement d'arbustes et de gazon, il convient de le préparer en y cultivant, soit des céréales, soit des pommes de terre, pendant une ou deux années selon qu'il sera plus ou moins facile de le nettoyer et de l'ameublir. Ce résultat obtenu, on donne un dernier labour à la charrue, et l'on répand les glands avec une demi-semaille de seigle, si c'est en automne, et d'avoine ou d'orge, si c'est au printemps.

Le semis ne doit être recouvert que de 3 ou 4 centimètres au plus. La herse est l'instrument le plus convenable pour cette opération. A la récolte des céréales, il faut avoir soin de couper les chaumes à une certaine hauteur, afin de ne pas endommager les jeunes chênes.

Dans les sols légers ou en pente, le labour partiel, soit par bandes, soit par places, doit être préféré, et, selon les circonstances, on répand les glands pour les recouvrir ensuite avec la houe, ou bien on les repique. Si les herbes ou les arbustes sont rares, ce dernier mode peut même être pratiqué sans aucun labour préalable.

Daus les terres légères, le gland doit être recouvert de 5 à 6 centimètres.

Semé en automne i, il lève au bout de cinq à. six mois, semé au printemps, au bout de quatre à six semaines. Cette dernière saison est toujours préférable, ainsi que nous l'avons dit plus haut [668] ; mais, quand on a des semis très considérables à faire et qu'on ne peut, par divers motifs, garder jusqu'au printemps toute la quantité nécessaire de glands, il convient de partager l'opération entre les deux saisons, en prenant la précaution de semer en automne avec plus d'abondance, afin de faire la part des intempéries et des animaux.

Quoique le jeune chêne soit d'un tempérament très robuste et ne réclame en général aucun abri [72], on se trouvera bien cependant, dans les départements de l'ouest et du midi, de lui adjoindre, dans la proportion d'un quart ou d'un cinquième, une ou plusieurs essences ayant une croissance rapide dès les premières années, telles que bouleau, pin sylvestre ou maritime, etc. Dès que ces essences auront atteint les dimensions propres à faire de menus fagots, et que les chênes d'ailleurs se montreront suffisamment vigoureux, on s'empressera de débarrasser ceux-ci des essences auxiliaires, en les enlevant par forme de nettoiement.

• On fera bien de ne pas semer avant la mi-novembre, et plus tard dans les climats doux, afin d'empêcher la germination d'automne qui rendrait le gland victime des gelées de l'hiver.

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Les quantités de glands à employer, par hectare,

sont :

Pour un semis en plein, 15 à 16 hectolitres; Pour un semis partiel, 10 à 12 id.

Pour le repiquement, 6 à 7 id.

ARTICLE II

Semis du hêtre.

717. Récolte et conservation. — La faîne se récolte et se conserve comme le gland (1). Hartig indique, en outre, pour la conservation de cette semence, un procédé très simple et qu'il dit avoir souvent employé avec un entier succès.

Après avoir étendu les faînes dans un endroit aéré, et les avoir journellement retournées, pour en faire évaporer toute l'humidité [694], il suffit de les entasser, à une hauteur de 33 à 66 centimètres, sur le plancher d'une chambre close et de les recouvrir de 33 centimètres environ de paille, afin de les garantir du froid.

La faîne, à moins de précautions minutieuses et impossibles à pratiquer en grand, ne peut se garder que de l'automne au printemps.

718. Examen de la graine. — La qualité de la faîne s'apprécie, en général, d'après les mêmes ca-

* Gotta dit que la l'aine ne se conserve pas dans Teau.

ractères que celle du gland. On peut, en outre, en juger par le goût du fruit ; il doit être agréable et rappeler celui de Tamande ou de la noisette. Une saveur rance indique la mauvaise qualité.

Un litre de faînes doit peser de 405 à 425 grammes.

719. Exécution du semis. — Le tempérament très délicat du jeune hêtre rend, en général, impraticable le semis en plein de cette essence, sur un terrain entièrement nu. Quand bien même on mélangerait une forte quantité de céréales à la faîne, on ne remédierait pas à cette difficulté, puisque l'abri est nécessaire pendant plusieurs années; aussi faut-il, pour réussir dans une opération de ce genre préparer, quelque temps à l'avance, l'abri indispensable.

Dans ce but, après que le terrain a été convenablement labouré, on le partage par bandes dont, sur deux, on en sème une d'essences ayant une végétation rapide, telles que bouleaux, ormes, pins, etc. ; on peut aussi, pour plus d'économie, employer, selon le climat, le genêt ou l'ajonc. Si l'on veut gagner du temps, il faut planter ces essences au lieu de les semer ; car ce n'est que quand elles auront atteint une certaine hauteur, qu'on pourra répandre la faîne dans les bandes intermédiaires restées vides. L'abri créé de cette manière doit être conservé au jeune hêtre jusqu'à ce qu'il en éprouve quelque gêne, ou du moins jusqu'à ce qu'il soit assez fort pour résister

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aux influences atmosphériques; alors les essences auxiliaires pourront être extraites par forme de nettoiement.

Toutefois , le mode d'opérer que nous venons d'indiquer ne saurait être suivi dans les terrains fortement inclinés , où le défrichement total du sol pourrait amener l'éboulement des terres. Dans ce cas' il faudrait, comme à l'ordinaire, diviser la superficie en bandes horizontales de 66 centimètres à 1 mètre de largeur, dont l'une resterait inculte et dont l'autre serait préparée à l'ensemencement projeté. Celle-ci serait elle-même partagée en deux portions; dans la première, on planterait ou Ton sèmerait à l'avance, comme nous venons de l'expliquer, et l'autre, en temps opportun, recevrait la faîne.

Les difficultés d'exécution dont est entouré le semis de la faîne en terrain découvert, les frais qu'il entraîne et les chances défavorables auxquelles il est exposé rendent cette opération peu avantageuse, et. doivent, en général, faire choisir d'autres essences pour le repeuplement des terres vagues, ou, si l'on tenait expressément au hêtre, faire préférer la plantation comme plus sûre [691]. C'est plus particulièrement dans les futaies clairiérées, dans certains taillis entièrement épuisés , ou bien dans d'autres parties totalement envahies par les bois blancs ou les morts-bois que l'on pourra semer la faîne avec succès [557]. Dans de telles circonstances, le repiquement sera surtout convenable ; on fera bien de jeter

plusieurs semences dans lé même trou, parce qu'il s'en trouve souvent qui sont vaines. Lorsque les jeunes plants de hêtre auront acquis suffisamment de force, les autres essences devront être extraites par forme de nettoiement.

La faîne ne doit être recouverte que de 15 à 30 millimètres, suivant la nature plus ou moins compacte du sol. Il faut faire en sorte que la terre soit bien divisée à sa surface; autrement, le jeune plant qui lève avec deux lobes séminaux très amples ne pourrait la percer.

La faîne, semée en novembre, lève au bout de cinq à six mois; semée au printemps, qui est la saison préférable, les plants lèvent au bout de trois à six semaines.

Pour un semis en plein , il faut, par hectare ,

de 8 à 10 hectolitres;

pour un semis partiel, de. . . 6 à 7 id. et pourlerepiquement, de. . ^ 3 à 4 id.

720. Cotta indique, dans son traité de culture des bois, un mode particulier de semer la faîne sans donner aucun abri au jeune plant, mode qui, dit-il, lui a parfaitement réussi. Voici en quoi il consiste.

Le terrain étant partagé par bandes alternes, on

creuse, dans le milieu de la bande cultivée, une

rigole de 10 à 12 centimètres de largeur, sur autant

de profondeur environ ; c'est dans cette rigole qu'on

sème la faîne. Immédiatement après la levée des

plants, on comble la rigole, en y tirant les terres

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voisines, de manière à en entourer complètement les petites tiges jusqu'aux feuilles séminales. Il paraît, ajoute Cotta, que c'est surtout la tige des jeunes hêtres qui souffre des influences atmosphériques, et, que si on la préserve d'une manière quelconque, les jeunes plants peuvent se passer d'ombrage.

L'auteur que nous citons mérite la plus grande confiance, et nous sommes d'autant plus porté à admettre le procédé qu'il recommande, que nous connaissons un fait qui en confirme entièrement

l'efficacité.

Dans la forêt de Compiègne, ci-devant domaine de la Couronné, on exécute, chaque année, des plantations très considérables de différentes essences et entre autres de hêtre. Ordinairement, les sujets plantés proviennent de semis faits en pépinière et ne sont définitivement mis en place qu'après avoir subi, dans la pépinière même, une première transplantation. Mais, pour le hêtre en particulier, comme on connaît les difficultés de le semer en terrain découvert, on se procure les jeunes plants, qui doivent subir cette première transplantation, dans les massifs de futaie où ils lèvent en abondance. Ce sont les plants naissants, munis encore de leurs feuilles cotylédonaires, que l'on choisit de préférence ; on les extrait de terre avec un couteau, puis, dans la pépinière, on les place, à ciel ouvert, dans des rigoles semblables à celles dont parle Cotta, en

prenant aussi la précaution de les enterrer entièrement jusqu'aux feuilles séminales. Qriand l'été est très chaud, on perd néanmoins beaucoup de fces plants; mais ceux qui résistent, et en général c'est le très grand nombre, deviennent, dès lors, suffisamment robustes pour supporter les intempéries de tout genre.

Cette pratique du butta^e des semis de hêtre en terrain découvert est aujourd'hui généralement admise en Allemagne, et les meilleurs auteurs la recommandent, tout en reconnaissant, cependant, que la plantation reste toujours le moyen le plus sûr et le plus facile pour établir le hêtre sur un sol entièrement dénudé.

ARTICLE III

Semis du ohâi&ignier.

721 1 Récolte et conservation. — Les châtaignes se récoltent et se conservent comme les glands. Le moyen de conservation qui nous a toujours le mieux réussi est la stratification dans le sable, telle que nous l'avons décrite plus haut; on peut aussi tes garder assez longtemps, en les laissant dans leur enveloppe extérieure appelée communément hérisson. La châtaigne ne se conserve que pendant un hiver.

722. Examen de-la graine. — La quaUté des châtaignes se reconnait par les mêmes caractèreô que

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celle des glands et des faînes. La châtaigne doit avoir une saveur agréable, quoique légèrement acerbe. On a prétendu que la grosseur du fruit devait être prise en considération et qu'il fallait éviter de semer de petites châtaignes , parce qu'elles produisent des plants d'une faible végétation. C'est une erreur. Quelle que soit leur grosseur, les châtaignes produisent de bons plants, pourvu qu'elles proviennent d'arbres bien portants, qu'elles soient saines, fermes, bien remplies, et que le germe soit intact .

723. Exécution du semis. — Le châtaignier demande, plus que toute autre essence, un sol bien nettoyé. On doit, à cet effet, donner un labour convenable, soit à la charrue, soit à la houe ; puis disposer le terrain par bandes alternes. Dans l'une, de 16 centimètres de largeur, on repique les châtaignes; dans l'autre d'une largeur d'un mètre environ, on cultive, pendant plusieurs années, des pommes de terre, des betteraves, etc., afin d'empêcher la crue des plantes nuisibles.

Le repiquement des châtaignes se fait ordinairement assez dru, en raison des ennemis qu'elles ont à redouter et des différentes chances auxquelles elles sont exposées [708]. Si les plants levaient trop épais en certains endroits, on aurait toujours la facilité d'en extraire une partie pour garnir les places où le semis aurait moins bien réussi.

Le mode de semis dont nous. venons de parler, s'emploie plus particulièrement pour élever le châ-

taignier en massif de futaie. Quand il s'agit d'un taillis, on prépare le terrain de même, mais, au lieu de semer en rigoles, on établit communément des trous ou pots peu profonds, espacés d'un mètre à un mètre et demi, dans chacun desquels on repique deux ou trois châtaignes. Comme il suffît de laisser, dans chaque trou, une seule tige, on dispose des plants superflus au bout de deux ans. A l'âge de cinq ou six ans, et même plus tôt, selon sa végétation, on recèpe le jeune plant avec soin, après avoir

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donné, dans l'intervalle, au moins deux cultures à la terre .

On a prétendu qu'il était à propos d'abriter les jeunes châtaigniers par des bouleaux, par des saules maEûÊaux, ou par d'autres essences d'une croissance rapide. Cette précaution est moins utile dans l'Est et le Nord de la France où le jeune châtaignier, s'il occupe les expositions qui lui conviennent, n'a pas besoin d'abri. Dans les régions plus chaudes, un tel mélange pourra être mieux à sa place.

La châtaigne ne s'enterre que de 3 à 6 centimètres au plus, selon la nature du sol. Quand on la sème en automne, elle lève après cinq ou six mois ; si elle n'est semée qu'au printemps, le plant paraît au bout de trois à six semaines. Cette dernière saison doit en général être préférée.

Pour semer en rigoles, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, il ne faut que 9 ou 10 hectolitres de châtaignes, par hectare ; quand on repique par

pots OU trous, on conçoit que la quantité doit être de beaucoup inférieure ; 2 ou 3 hectolitres, au plus, doivent suffire.

ARTICLE IV

Semii de l'ormo.

724. Récolte et conservation. — On récolte les semences d'orme en dépouillant les rameaux à la main. Aussitôt qu'elles sont cueillies, il est essentiel de les étendre, en couches minces, dans un lieu bien aéré et de les remuer souvent. Pour peu qu'on les laisse en tas, elles s'échauffent et perdent leur faculté germinative. En continuant à leur donner les mêmes soins, on peut rigoureusement les conserver jusqu'au printemps suivant; mais il est préférable, sous tous les rapports, de les semer immédiatement après leur maturité.

725. Examen de la graine. — La semence qui est placée au centre de la membrane doit être un peu élevée et ferme au toucher ; en la coupant transversalement et en l'écrasant sur l'ongle, il faut qu'elle soit farineuse en même temps qu'humide ; en outre^ elle doit dégager une odeur fraîche, agréable et avoir une saveur oléagineuse prononcée.

Un litre de semence d'orme doit peser environ 40 grammes.

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