‹ Cours élémentaire de culture des bois créé à l'École forestière de NancyChapitre 72 sur 118 · T)KS REPEUPLEMENTS · texte numérisé non relu

T)KS REPEUPLEMENTS

ARTICLE XIL

Semis du sapin.

746. Récolte et conservation. — On cueille les cônes à la main, dès la fin de septembre ou au commencement d'octobre. Il suffit de les étendre sur un grenier et de les remuer de temps en temps au râteau, pour faire tomber les écailles et les graines; on sépare ensuite les unes des autres au moyen du crible.

Si Ton veut dépouiller la semence de Taile dont elle est garnie, il faut la frotter entre les mains ou dans un sac rempli au quart seulement. Quoi qu'on fasse, on ne pourra que briser une partie de l'aile; il est impossible de l'enlever entièrement parce qu'elle est très adhérente.

La graine de sapin ne se conserve guère au delà de 18 mois; si donc on ne l'emploie pas au printemps qui suit sa maturité, il faut, au plus tard, la semer un an après. Le meilleur moyen de conservation est de la mettre en lieu sec, à l'abri du froid, et de l'entasser le moins possible. D'abord il faut avoir soin de la retourner souvent, et ensuite seulement de temps à autre, jusqu'au moment de l'employer.

747. Examen de la graine. — En ouvrant les graines du sapin , on doit les trouver pleines,

fraîches et d'une couleur blanchâtre ; elles doivent dégager une odeur prononcée de térébenthine, et le germe doit être vert. La couleur extérieure est brune.

Un litre de cette semence , munie de son aile, pèse ordinairement de 200 à 215 grammes; lorsque la graine est désailée, le poids de la même capacité est de 265 à 275 grammes.

748. Exécution du semis. — Tout ce que nous avons dit plus haut [719] sur les procédés à employer pour semer le hêtre, et sur les difficultés que cette opération présente, s'applique entièrement au semis du sapin, à cauBe de l'extrême déhcatesse du jeune plant. Le mode indiqué par Cotta, pour semer le hêtre sans abri [720], n'a encore réussi qu'en petit pour le sapin, et la plantation ne peut guère suppléer au semis, car cette essence résineuse, surtout en terrain découvert et aux expositions chaudes , est d'une reprise fort difficile. C'est principalement pour remettre en état des parties de forêts ruinées, couvertes de bois blancs, de morts-bois ou de broussailles quelconques, que l'on peut employer le semis du sapin (1). Comme le hêtre, dans ce cas, on sèmera le

• Toutes les fois qu'on pourra abriter les semis de sapin , de manière à préserver les jeunes plants des gelées tardives du printemps, on fera bien de répandre la graine dans l'automne môme de sa maturité. Il est certain qu'une quantité notable de semences, quelques précautions que l'on prenne pour les conserver, perd sa faculté germinative dès le premier hiver.

iJ/HAÉÉ^ikL.

550 DES REPEUPLEMENTS

sapin par places, à Tombre de ces broussailles ; ou même on repiquera la graine, si elle est rare, mais en ayant soin de ne remuer la terre que le moins possible (2).

La semence doit être recouverte, avec le râteau, à une épaisseur de 6 à 9 millimètres.

Il est difficile d'indiquer la quantité de semence nécessaire, par hectare, pour un semis fait de la sorte.

En général, il faut semer abondamment, car la graine n'est pas toujours de très bonne qualité, surtout lorsqu'elle a été conservée pendant quelque temps; et d'ailleurs les jeunes plants, fort délicats, ont bien des chances à courir. Pour un semis par bandes ou par pots, on peut employer de 40 à 45 kilogrammes de semence ailée, et de 36 à 40 kilogrammes de semence désailée, par hectare.

Ordinairement on sème depuis la fin de l'hiver jusque vers la fin du mois de mai, selon que les gelées printanières sont plus ou moins à craindre. Dans ce cas, les jeunes plants paraissent au bout de quatre à six semaines.

' Pour repiquer des graines légères, telles que celles du sapin, ou pour les semer, par places, sous des bois blancs ou sous des broussailles, l'instrument le plus commode est la houe-râteau dont nous donnons le dessin à la fin du volume (voy. fig. 3). Les dimensions à lui donner peuvent varier selon la nature des terrains dans lesquels elle doit fonctionner.

ARTICLE XIIX.

Semis de Pépioéa.

749. Récolte et conservation. — La récolte des cônes d'épicéa peut avoir lieu depuis le mois de novembre jusqu'au mois de mars. Quand on doit faire de grands approvisionnements, il faut s'y prendre aussitôt après la maturité [287]; dans le cas contraire, il est préférable de ne cueillir les cônes qu'après les froids, parce que plus on rapproche cette opération de l'époque de la dissémination naturelle, plus on extrait ensuite la graine avec facilité.

L'extraction des graines a lieu, soit à l'aide de la chaleur artificielle d'un fourneau, soit à l'aide de la chaleur du soleil. Quoique ce dernier moyen mérite d'être préféré, en ce sens qu'on en obtient généralement des graines d'une qualité supérieure, le premier est cependant le plus employé, parce qu'il est beaucoup plus expéditif, et qu'il permet mieux de pourvoir à des approvisionnements considérables.

Hartig décrit les appareils à établir pour l'un et l'autre mode ; nous donnons ci-après ces descriptions telles qu'elles sont traduites dans le Dictionnaire des Forêts de Baudrillart :

« 1^* On se sert d'une chambre dans la partie in- » férieure d'un bâtiment en maçonnerie ; s'il est pos-

552 DES REPEriPLEMENTS

» sible, on place dans celte chambre un ou plu-

» sieurs poêles pourvus de grils, afin de pouvoir

» les échauffer avec les cônes vides ; ou bien on y

» établit circulairenient des canaux de chaleur,

» comme dans une serre chaude, afin que le local

» puisse être échauffé dans toutes ses parties à un

» assez haut degré de température. Dans cette étuve,

» on fait construire, contre les murs et dans le mi-

» lieu de la pièce, des échafaudages sur lesquels on

» puisse placer des claies en bois ou en fil de fer de

» i mètre 66 centimètres à 2 mètres de longueur sur

» 82 centimètres de largeur, et formant des étages de

» 16 centimètres environ d'intervalle. Sous la der-

» nière rangée de claies, on fait pratiquer des tiroirs

» pour recevoir la graine. Ces premières disposi-

» lions prises, on charge les claies de cônes et on

» chauffe Tétuve de manière qu'un homme en puisse

» difficilement supporter la chaleur (20 à 25 de-

» grés Réaumur) ^ ; on entrelient celle température

» jusqu'à ce que les cônes se soient ouverts. Alors

» on les remue fortement sur toutes les claies, en

» commençant par les étages supérieurs, de manière

» que les semences tombent d'étage en étage, jus-

» qu'aux tiroirs placés sous les claies inférieures ^. » Lorsque tous les cônes sont ouverts aussi com-

' Gotta dit que la température peut s'élever jusqu'à 30 et môme 3o^ Réaumur, sans que la faculté germinative de la graine ait à en souffrir.

^ Pour plus de facilité on a rendu les claies mobiles, en les

ARTIFiaELS. 553

» plètement que possible, on les retire et Ton cher-

» che à obtenir encore la semence qui a pu y rester.

» A cet effet, on les place dans un vaisseau dont la

» disposition est semblable à celle d'une baratte à

» battre le beurre. Dans ce vaisseau, qui doit avoir

» le fond à claire-voie serrée, afin que les semences

» seules puissent y passer et être reçues dans un

» vase placé au-dessous, on agite fortement les cônes

» jusqu'à ce qu'ils soient totalement dépouillés de

» graines. On peut alors employer les cônes à chauf-

» fer les fourneaux.

» 2° Pour employer la chaleur du soleil, on éta-

» blit des échafaudages contre le mur d'un bâtiment

» exposé au midi. On y place des claies à une telle

» distance les unes des autres, que le soleil puisse

» donner sur les rangées les plus reculées et sur les

» inférieures. Sous la dernière claie se trouve un

» tiroir dont le fond est en toile grossière, afin que,

» si la pluie vient à y tomber, elle la traverse faci-

» lement et que les graines puissent sécher. L'appa-

» reil entier est recouvert d'un petit toit dont la

» pente est dirigée vers le Nord.

» Lorsqu'il fait un beau soleil et une chaleur forte

» on remue les cônes en commençant par les claies

» des étages supérieurs et en continuant jusqu'en

faisant glisser sur roulettes dans deux coulisses. De cette manière, en poussant et en tirant la claie, on agite aisément tous les cônes qui s'y trouventi

554 DES REPEUPLEMENTS

» bas ; on rassemble alors les graines tombées dans

» le tiroir. Enfin, quand on juge que les cônes se

» sont ouverts autant que possible, on les enlève, et

» on les place dans l'espèce de baratte dont nous

» avons parlé, pour en tirer les semences qui pour-

» raient y être restées. »

L'appareil décrit en dernier lieu a été perfectionné en disposant sur chaque claie un couvercle mobile, qu'on ferme pendant la nuit et quand il pleut, et que l'on ouvre lorsqu'il fait beau, plus ou moins, suivant la hauteur du soleil. Afin que ce couvercle renvoie mieux les rayons calorifiques sur les cônes, on en peint la face inférieure d'une couleur blanche avec vernis.

L'extraction des semences par la chaleur artificielle a lieu encore, d'après un autre système, dans les bâtiments construits exclusivement pour cet objet. On trouvera la description d'un établissement de ce genre, avec des détails intéressants sur les manipulations auxquelles donnent lieu l'extraction, le désailement et la conservation des graines résineuses, dans les Annales forestières , tome II, année 1843, page 505. Nous renvoyons le lecteur à cet article qui est de feu M. Rich, gérant de la sécherie de graines forestières que l'Administration des forêts avait établie à Haguenau (Bas-Rhin).

Lorsqu'on veut désailer les graines d'épicéa, on les humecte, et, après les avoir mises dans un sac qu'on ne remplit qu'au quart, on les frotte fortement

jusqu'à ce que les ailes s'en détachent K Ensuite^ après les avoir étendues dans un lieu très aéré, afin de hâter la dessiccation, on les nettoie entièrement au moyen du van.

Le désailement de la graine est avantageux parce que le transport est rendu plus facile, par la diminution du volume et du poids, en second lieu la semence désailée se sème et se recouvre mieux, et l'on ne risque pas autant de la voir dispersée par les vents. Mais, en général, les graines qui ont subi cette opération, surtout quand on se les procure par le commerce, se conservent moins bien que celles qui sont munies de leurs ailes. Dans les établissements (principalement dans ceux d'Allemagne) où il se prépare de grandes quantités de semence pour la vente, on met quelquefois la graine en tas, après l'avoir bien humectée, et on la laisse ainsi jusqu'à ce que, en y enfonçant la main, on sente une légère chaleur; c'est alors que les ailes s'en détachent avec le plus de facilité. On conçoit aisément qu'un tel procédé prédispose les graines à la germination, et que, si le semis est retardé, il puisse s'en trouver un grand nombre qui ont perdu leur faculté germinative.

La graine d'épicéa peut, rigoureusement, se con-

» On peut éviter d'humecter la graine (ce qui vaut toujours mieux) en étendant les sacs, remplis comme il est dit, sur Taire d'une grange et les frappant avec des fléaux à battre le grain.

556 DES REPEUPLEMENTS

server trois ou quatre ans, en lui donnant les mêmes soins qu'à celle du sapin.

750. Examen de la graine. — La graine d'épicéa de bonne qualité, comme celle de sapin, est ferme et bien remplie ; son odeur, en l'ouvrant, est fraîche, résineuse, et, écrasée sur l'ongle, cette graine y laisse une substance grasse, d'une apparence oléagi* neuse. La couleur de cette graine est brun rougeâtre.

Un litre de semence ailée d'épicéa doit peser de 125 à 140 grammes; désailée, cette graine pèse, par litre, de 400 à 430 grammes.

751 . Exécution du semis. — Le labour par bandes alternes ou par pots convient, en général, au semis d'épicéa comme au semis de sapin. Quoique le jeune plant ne soit pas aussi délicat que celui de cette dernière essence, il a besoin, cependant, surtout aux expositions chaudes, de quelque ombrage ; le couvert au contraire lui est très défavorable. Quand le terrain se trouvera garni de myrtilles, de bruyères, etc., il suffira de les conserver dans les bandes ou dans les places qu'on laisse en friche; dans le cas contraire, c'est-à-dire, si le terrain était entièrement nu, il faudrait mêler une demi-semaille d'avoine ou d'orge à la graine.

Le jeune plant, restant très petit les premières années, a souvent beaucoup à souffrir des herbes qui envahissent les semis. Quand on aura à combattre cet inconvénient, on devra d'abord aug-

menler la largeur des bandes ou des pots et ensuite faire enlever les herbes avant Tautomne, soit en les arrachant, soit en les fauchant, toutes les fois qu'on le pourra sans trop de frais. Parfois la conservation du semis est à ce prix.

La graine n'a besoin d'être enterrée que de 4 à 6 millimètres ; on peut même se contenter de la mêler à la terre avec un râteau en bois. Semée au printemps, qui est la saison préférable, elle lève au bout de cinq ou six semaines.

Pour le semis partiel, 13 à 15 kilogrammes de semences ailées, et 10 à 12 kilogrammes de semences désailées, suffiront par hectare. Pour un semis en plein, il faudrait ajouter moitié en sus.

ARTICLE XIV

Semis du pin sylvestre.

752. Récolte et conservation. — Ce qui a été dit de la récolte des cônes d'épicéa s'applique entièrement à la récolte des cônes de pin sylvestre.

L'extraction des semences se fait à l'aide des appareils qui ont été décrits dans l'article précédent; mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut,' on a aussi construit des bâtiments exclusivement destinés à cet objet, auxquels on a donné le nom de sécheries de graines forestières. L'administration des forêts pos-

558 DES REPEUPLEMENTS

sèdait, dans la forêt de Haguenau (Bas-Rhin), un établissement de ce genre qui lui fournissait tous les ans des semences de pin en quantités considérables.

On se sert plus particulièrement, pour la préparation des graines de pin sylvestre, des sécheries par la chaleur artificielle dont nous avons parlé plus haut, en renvoyant, pour la description de ces établissements, aux Armai es forestières. Nous renouvelons ici ce même renvois

Le désailement de la graine de pin a lieu comme nous l'avons expliqué pour la graine d'épicéa.

La semence de pin sylvestre peut aussi se conserver pendant trois ou quatre ans ; mais, dans ce cas, il ne faut pas la désailer. Elle se conserverait encore plus sûrement si on la laissait enfermée dans les cônes, et si on ne récoltait ceux-ci qu'à la fin de l'hiver.

753. Examen de la graine. — Les caractères qui indiquent la bonne qualité des semences sont absolument les mêmes pour le pin sylvestre que pour l'épicéa, avec cette différence, que les semences de pin sont noires ou blanches ; parmi ces dernières il s*en trouve un plus grand nombre de vaines que parmi les autres. On fera donc bien , lorsqu'on achètera des graines, et que les blanches seront en majorité, de les éprouver avec d'autant plus de soin.

La semence de pin sylvestre doit peser, par litre, de 120 à 140 grammes, si elle est ailée; et de 440 à 500 grammes, si elle est dépouillée de ses ailes.

754. Exécution ,du semis. — Le labour à donner au terrain pour le semis du pin sylvestre est le même que celui qui convient pour le semis de Tépicéa, sauf qu'il n'est pas nécessaire de ménager autant Tabri. Dans les pentes méridionales couvertes de bruyères, où souvent on sème le pin, il est essentiel de prendre une précaution particulière, en préparant le sol ; c'est de creuser les bandes ou les trous jusqu'à la couche de terre inférieure au terrain noir qui se trouve à la surface, et que l'on nomme communément terre de bruyère. En répandant la graine dans ce terreau sans aucune consistance, impropre à retenir l'humidité, et qui, par sa couleur, s'échauffe à un haut degré, les semis manquent presque* toujours* Souvent d'ailleurs la terre de bruyère contient un principe acide qui fait avorter complètement la germination •.

Comme les graines de l'épicéa, celles du pin sylvestre ne doivent être recouvertes que de 4 à 6 millimètres ; il suffît même de les mêler à la terre à l'aide du

» Ce principe est Tacide acétique. On a proposé, pour le neutraliser, d'employer l'écobuage qui par les cendres qu'il produit, atteindrait ce but. Ce procédé peut être suffisant pour certaines plantes qui exigent peu d'humidité et pour la culture desquelles on retourne entièrement la terre, de manière à mêler la couche de terreau à l'élément minéralogique du sol. Mais, pour les semis d'essences forestières, il ne saurait en être de môme ; car, tout en enlevant au terreau un principe nuisible, les cendres ajouteraient d'ailleurs à son trop de légèreté et à son défaut d'hygroscopicité [702].

560 DES REPEUPLEMENTS

râteau. Ordinairement les jeunes plants paraissent au bout de quatre à six semaines, lorsque le semis a été fait au printemps, ainsi que cela est à conseiller; mais souvent aussi, quand les graines ont été trop recouvertes ou trop échauffées dans Textraction, elles ne germent que la seconde année.

Dans quelques parties de l'Allemagne, où les semences de pin sont très abondantes, on est dans Tusage de semer tout simplement les cônes dans les bandes ou dans les trous préparés à cet effet ; puis, dès qu'au printemps la chaleur commence à agir sur les écailles, on remue fortement les cônes avec un râteau afin d'en faire tomber les graines et de distribuer celles-ci le plus également possible. Ce procédé a d'abord l'avantage d'économiser les frais d'extraction et de désailement des semences ; en second lieu, celles-ci sont généralement de meilleure qualité ; et enfin, les cônes qui recouvrent le sol peuvent donner quelque abri aux plants naissants. Mais, d'un autre côté, on perd une partie des graines, parce qu'on ne réussit jamais à les faire sortir toutes des cônes ; elles ne sont pas aussi également réparties sur le terrain, et, pour le transport, les cônes sont plus encombrants.

Les quantités de semences de pin sylvestre à employer, par hectare, pour un semis partiel sont :

Semences ailées. ... 12 à 14 kilog. Semences désailées. . 9 à H id. Cônes 18 à 20 hectolitres.

ARTICLE XV

Semis du pin maritime.

755. Récolte et conservation. — Ce que nous avons dit, sous ce rapport, de Tépicéa et surtout du pin sylvestre, s'applique entièrement au pin maritime.

756. Examen de la graine. — La graine de ce pin est beaucoup plus grosse que celle du précédent ; sa couleur est gris ou brun mat sur une face, et d'un noir luisant sur l'autre; elle doit d'ailleurs présenter les mêmes caractères que la graine du pin sylvestre.

757. Exécution du semis. — Les différents modes de labour que nous connaissons sont tous applicables au pin maritime. On se sert assez généralement de la charrue pour la façon à donner à la terre, et de la herse pour recouvrir le semis. — La graine, d'ailleurs, étant plus grosse, a besoin d'être enterrée davantage.

La quantité de semences à employer par hectare varie. — En Sologne, par exemple* (voir le rapport déjà cité de M. A. Brongniart), on emploie pour un semis en plein, depuis 10 jusqu'à 30 kil., sans doute, selon la qualité de la graine et aussi selon que l'on a en vue la création d'un bois plus ou moins touffu. Nous

ït ■.

562 DES REPEUPLEMENTS

pensons que 15 à 18 kil. de semences ailées et 12 à 14 kil. de semences désailées doivent suffire, attendu que la graine du pin maritime est généralement de très bonne qualité. Pour les semis partiels, il y aurait lieu de diminuer ces quantités d'un tiers.

La culture du pin maritime a pris, dans plusieurs contrées de Touest et du centre de la France (notamment dans le Maine et la Sologne), une très grande extension , par suite des produits particuliers que fournit cet arbre [319]. Mais c'est sur les bords de rOcéan et surtout dans les Landes et dans la Gironde qu'elle acquiert une importance de premier ordre. On sait que, dans ces départements, s'étend sur le littoral depuis l'embouchure de la Gironde jusqu'à celle de l'Adour, une région, appelée les dunes du golfe de Gascogne^ qui occupe un espace d'environ 240 kil. de longueur sur une largeur moyenne de 5 kilom. Le sol de cette région, exclusivement composé d'un sable quartzeux très ténu que les marées de l'Océan déposent sur la plage devient tellement mobile, dès qu'il se dessèche, que les vents le soulèvent et l'emportent au loin. Le plus léger obstacle, tel qu'un petit accident de terrain, un arbre, quelques touffes de genêt ou de gourbet [arundo arenaria]^ suffit souvent pour arrêter les sables dans leur marche ; ils s'accumulent alors d'autant plus vite et forment des amas d'autant plus forts que les dépôts laissés par les lames sont plus considérables, et que les vents soufflent plus longtemps dans la même direction.

Telle est la formation des dunes^ dont la hauteur et la forme diffèrent nécessairement en raison des conditions sous lesquelles elles se sont élevées; on en rencontre qui ont de 20 à 50 et même jusqu'à 100 mètres de haut.

C'est par un système mixte de travaux de clayonnage et de reboisement en pin maritime que l'on est parvenu à arrêter, partout à peu près, la marche des sables qui menaçait les communes voisines et leur territoire, et c'est une des gloires du corps des ponts et chaussées à qui le Gouvernement a confié au début cette grande œuvre dont le service forestier est aujourd'hui chargé, d'avoir pu presque l'achever et d'avoir successivement amélioré et tellement simplifié les procédés employés, qu'ils sont aujourd'hui à la portée de toutes les personnes qui peuvent avoir à s'occuper du boisement des sables mouvants.

Mais si intéressante que soit pour le forestier, comme pour l'ingénieur, l'étude approfondie de ces procédés, nous sortirions du cadre que nous nous sommes tracé pour la rédaction de ce cours, si nous entreprenions de les exposer ici en détail. Nous renvoyons donc le lecteur, curieux d'étudier cette question, aux principaux écrits où elle est traitée, savoir :

1. Mémoire sur les dunes, par Brémontier, inspecteur général des ponts et chaussées (réimprimé dan3 les Annales des ponts et chaussées, année 1833, page 145).

564 DES REPEUPLEMENyS

2. Notice sur la fixation des dunes, par M. Lefort, ingénieur des ponts et chaussées [Annales des ponts et chaussées, année 1831, page 320).

3. Mémoire sur les dunes du golfe de Gascogne^ par M. Laval, ingénieur en chef, directeur des ponts et chaussées [Annales des ponts et chaussées, année 1847, page 218) ^

4. Notice sur le pin maritime, par M. Lorentz, administrateur des forêts [Annales forestières, année 1842, page 57).

5. La dune littorale, par M. de Vasselot de Régné [Revue des eaux et forêts, année 1875).

ARTICLE XVI

Semis du pin larioio et du pin d'Alep.

758. Récolte et conservation. — Les règles données dans les deux précédents articles, concernant

» Ce mémoire fort remarquable, quoique moins étendu que celui de l'illustre Brémontier, fait parfaitement connaître la formation des dunes et les procédés employés pour les fixer, d'après les perfectionnements les plus récents.

Si nous passons sous silence le semis des pins à crochets et d'Autriche, ce n'est pas (ainsi qu'on a pu s'en convaincre par la description que nous avons donnée de ces deux arbres) que nous en méconnaissions l'importance, mais bien parce que nous ne possédons aucune donnée certaine sur les particularités que pourrait présenter l'opération. Il est très probable,

ce double objet, sont applicables aux deux pins dont il s'agit.

759. Examen de la graine. — Les graines du laricio et celles du pin d'Alep sont à peu près d'égale grosseur et tiennent le milieu, sousr ce rapport, entre les graines du pin maritime et celles du pin sylvestre. Les premières ont une couleur jaune terne et les secondes sont d'une nuance brun foncé. — Ces semences doivent présenter les mêmes caractères que les précédentes.

760. Exécution du semis. — Les procédés de semis de ces deux essences sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués pour l'épicéa et le pin sylvestre, sauf à enterrer la graine un peu plus, attendu sa grosseur. — La quantité de semence à employer par hectare ne nous est pas positivement connue par l'expérience; mais on peut à cet égard juger par analogie et en tenant compte de la qualité de la graine.

Il est probable que pour un semis partiel, il suffirait d'employer :

Semences ailées. ... 14 à 16 kilog.

Semences désailées. . 11 à 13 id.

au surplus, que ce que nous avons dit au sujet du semis du pin sylvestre pourra s'appliquer, d'une manière générale, au semis des deux essences dont il s'agit.

568 DES REPEUPLEMENTS

la maturité. Les moyens de conservation sont les mêmes que pour les autres graines résineuses .

765. Examen de la graine. — Ces graines doivent être d'un brun clair et présenter du reste les mêmes caractères que celles du pin sylvestre.

766. Exécution du semis. — Ce que nous avons dit à cet égard, dans l'article précédent, du pin pinier et du cembro , s'applique entièrement au pin du Lord. Les graines n'ont pas besoin d'être enterrées à plus de 6 à 8 millimètres.

ARTICLE XIX

Semis du mélèze.

767. Récolte et conservation. — La récolte des cônes, Textraclion des graines et leur désailement se font de la manière qui a été indiquée pour le pin sylvestre et l'épicéa. Lorsqu'on le pourra , il sera préférable d'attendre le printemps pour la récolte.

Dans l'opération de l'extraction, il est essentiel de ne donner qu'une chaleur très modérée , ce qui nécessite un plus long séjour des cônes sur les claies. Une chaleur trop grande fait suinter la résine à travers les écailles, et les enduit au point qu'elles ne peuvent plus s'ouvrir.

Lorsqu'on donne à la semence de mélèze les soins que nous avons déjà indiqués pour les autres graines

résineuses, elle peut se conserver plusieurs années, moins longtemps, cependant, que les semences de pin sylvestre et d'épicéa. Aussi est-il préférable de ne pas tarder à remployer.

768. Examen de la graine. — Mêmes caractères que la graine du pin sylvestre [753]. La semence du mélèze doit être jaunâtre et peser, par litre, 160 à 175 grammes si elle est ailée, et 500 à 550 grammes si elle est dépouillée de ses ailes.

769. Exécution du semis. — Les règles que nous avons données à cet égard pour le semis de Tépicéa, sont tout à fait applicables au semis du mélèze. Toutefois, comme la graine de cette dernière essence est en général fort chère, et qu'il est assez difficile de s'en procurer des quantités considérables, on préfère, la plupart du temps, semer d'abord en pépinière, et employer ensuite la plantation pour les repeuJ3lements à exécuter en forêt. Souvent aussi on mélange la graine de mélèze avec d'autres graines de bois résineux ou feuillus, ce qui est d'autant plus à propos que le mélange, ainsi qu'on l'a vu plus haut [533], convient particuHèrement à cette essence. La semence de mélèze est ordinairement d'assez mauvaise qualité; si l'on voulait en faire un semis par bandes ou par trous, il ne faudrait pas l'épargner; 16 à 18 kil. de graine ailée, et 12 à 15 kil. de graines sans aile, seraient nécessaires, par hectare. Semée au printemps, cette graine lève au bout de quatre ou six semaines.

570 DES REPEUPLEMENTS

ARTICLE XX

Semis du oèdre dn Liban. ^ } If U

no. Nous avons fait connaître, dans le premier livre de ce cours [386], Tépoque de la dissémination naturelle du cèdre. En cueillant les cônes à la fin d'août ou de septembre (selon que la température reste sèche ou devient pluvieuse), on pourra les conserver à* volonté jusqu'au moment où Ton se proposera de semer, car la graine, renfermée dans les cônes, se maintient en parfait état pendant plusieurs années. — Pour extraire la semence, il suffit de laisser les cônes séjourner dans l'eau pendant 24 à 36 heures. Les écailles se détachent alors de leur axe avec une grande facilité, et il n'y a plus qu'à en séparer la graine à l'aide d'un crible.

La semence se trouvant fortement humectée par le procédé d'extraction, il esta conseiller de la semer immédiatement. Toutefois, si l'on voulait différer le semis de quelques semaines, il faudrait faire sécher la graine, au soleil autant que possible, et l'étendre ensuite dans un lieu bien aéré en la faisant retourner fréquemment.

Les semis de cèdre ne se font qu'en pépinière ou en pots; la dernière manière est préférable, parce qu'elle permet de rentrer les jpunes plants en hiver

[387]. Après leur avoir fait subir une première transplantation, on pourra les placer définitivement en forêt. Si on n'a pas la facilité de les garantir du froid, il faudra attendre, pour les y planter, qu'ils aient atteint leur huitième année au moins [384].

ARTICLE XXI

Des semis mélangés.

771. Les semis mélangés deviennent utiles dans différents cas :

1"* Pour créer des forêts mélangées ;

2° Pour élever une essence sous l'abri d'une autre ou pour couvrir promptement le sol afin de l'empêcher de se détériorer ;

3"* Pour économiser une semence rare et d'un prix élevé.

772. Nous savons que les essences dont le mélange permanent est avantageux sont celles qui ont une croissance sensiblement égale, qui supportent même révolution et même mode de traitement, et dont les racines puisent la nourriture à différentes profondeurs du sol.

Dans le troisième et dans le quatrième livre de ce cours, nous avons indiqué les essences qu'il convient d'élever en mélange, soit pour la futaie, soit pourle tîiillis ; il suffira donc de consulter, pour cet

objet, les parties précitées [487, 497, 498, 504, 513, 533 et 617].

773. La propriété la plus importante des essences destinées à en abriter d'autres dans leur jeunesse ou à couvrir le sol, est d'avoir une croissance très rapide dès les premières années. Celles qui, dans ce but, conviennent le mieux , sont : parmi les bois feuillus, Torme, le bouleau, les érables, les saules et les peupliers i ; parmi les bois résineux, le pin sylvestre, le pin maritime, le pin laricio, le pin noir et le pin d'Alep. Mais, en général, les graines résineuses sont d'un prix trop élevé pour être employées à un tel usage, tandis qu'on se procure à très peu de frais, selon les localités, des graines de l'une ou de l'autre essence feuillue.

Ainsi que nous l'avons dit ailleurs [719], le genêl ou l'ajonc peuvent aussi être employés avec avantage.

Dès que Tessence protectrice a atteint son but, il convient de l'extraire. Dans les pays où le bois a de la valeur, le produit de cette extraction est souvent assez considérable pour faire rentrer le propriétaire, en très grande partie, dans ses avances. Aussi cette considération seule peut-elle dans beaucoup de cas, justifier le mélange des essences dans un semis.

* Ces deux dernières ne se multiplient d'ordinaire que par boutures.

774. Lorsque, pour économiser une graine rare ou chère, on la mélange avec une autre plus commune, la seule précaution à prendre dans le choix de cette dernière, est que les deux essences aient une végétation et des exigences à peu prt s semblables pendant les trente ou quarante premières années au moins, si c'est une futaie que l'on veut créer, et pendant une durée moindre, s'il ne s'agit que d'un taillis. En s'attachant ensuite, dans les éclaircies périodiques, à extraire l'essence supplémentaire, on réussira peu à peu à faire dominer entièrement la plus précieuse.

775. La manière d'exécuter des semis mélangés ne présente aucune particularité, si ce n'est que, après avoir déterminé les quantités à employer pour chaque espèce, il faut semer et recouvrir d'abord la semence qui demande à être enterrée davantage. Si, au contraire, les deux graines ont, sous ce rapport, les mêmes exigences, on les mélange avant de les semer, et ensuite le semis se fait comme à l'ordinaire

Page 1