‹ Cours élémentaire de culture des bois créé à l'École forestière de NancyChapitre 82 sur 118 · CHÊNE OCCIDENTAL · texte numérisé non relu

CHÊNE OCCIDENTAL

Longtemps confondu avec le chêne liège, le chêne occidental se rencontre peu dans la région méditerranéenne et habite particulièrement les bords de l'Océan depuis Bayonne jusqu'à la Gironde. Le long du golfe de Gascogne, il forme de vastes forêts, seul ou mélangé avec le pin maritime.

Climat, situation» exposition. — C'est un arbre des- climats doux plutôt que chauds; on le trouve dans les plaines et il prospère encore jusqu'à 400 m. d'altitude. C'est surtout sur les pentes méridionales et abritées qu'il se plaît.

Terrain. — Il recherche principalement les terrains de transport, siliceuxouargilo-siliceuxdes landes.

Floraison et fructification. — La floraison est monoïque et amentacée pour les mâles ; les fleurs paraissent en juin; les glands qui leur succèdent ne sont mûrs qu'en septembre de l'année suivante. L'arbre de-

vient fertile vers Tàge de 25 à 30 ans et fructifie presque tous les ans.

Jeunes plants. — Les jeunes plants sont assez robustes, mais l'ombrage leur est favorable et ils se trouvent bien du mélange avec le pin maritime dont le couvert est très léger.

Feuillas^e. — Les feuilles sont petites, légèrement dentées, et persistent jusqu'à l'entier développement de celles de l'année suivante. La tête de l'arbre, très rameuse, fournit un couvert assez épais.

Racines. — Le chêne occidental pivote et trace. Les racines latérales, qui s'étendent au loin, sont disposées à drageonner.

Croissance et durée. La croissance de cet arbre est assez rapide; vers l'âge de cent ans,, il peut atteindre deux mètres de circonférence; il ne prend qu'une hauteur de 15 à 20 mètres et ne dépasse guère 4 mètres de tour. Sa longévité est prolongée.

Qualités et usagées. — Gomme le chêne liège, le chêne occidoîitnl fournit un bois qui se tourmente beaucoup et siij)porte mal les alternatives de sécheresse et d'humidité : c'est donc un mauvais bois de construction ou de travail; il est au contraire très estimé pour le chauffage et donne un excellent charbon.

Il est surtout cultivé pour son écorce qui produit un liège aussi estimé que celui du chêne liège.

Renvoi du n^ 475, page 232.

En posant le principe que la possibilité des coupes de régénération doit toujours être basée sur le volume, les auteurs du Cours de culture laissent entrevoir qu'à la rigueur les coupes d'ensemencement pourraient être réglées par contenance.

C'est en effet ce qui a lieu pour quelques sapinières de l'arrondissement de Remiremont, à titre d'essai seulement et dans des conditions tout à fait exceptionnelles.

Dans cette région des Vosges, située sous un rude climat, les repeuplements naturels.tardent à se produire, soit que la graine parvienne rarement àmaturité, soit par suite d'accidents qui compromettent le succès des semis; au début, la croissance est d'ailleurs très lente; les jeunes plants de hêtre et de sapin ont, à un degré remarquable, la faculté de supporter le couvert, dans un état de végétation latente, pendant 20, 30 et même 40 années, puis de se développer rapidement s'ils viennent à être dégagés avec les précautions nécessaires.

Il fallait tenir compte de ces particularités daus l'aménagement et fixer à 40 ans la durée des périodes mesurée aux lenteurs du réensemencement naturel ; mais,

comme l'âge moyen des peuplements ne permettait pas

d'adopter une révolution de plus de 120 ans, chaque affectation eût ainsi compris le tiers de la série, c'est-àdire une étendue beaucoup trop grande.

En effet, sous le couvert de la coupe sombre, la végétation est à peine sensible ; les semis ne manifestent réellement leur existence qu'après avoir été dégagés; on comprend dès lors que la gradation des âges, dans les nouveaux peuplements, dépend de la marche que Ton imprime aux coupes secondaires et définitives. — Assises çà et là, sans ordre, suivant les hasards du repeuplement, ces exploitations laissent souvent, après leur passage, «des bouquets de jeunes bois confusément môléSi dont les âges extrêmes présentent un écart d'autant plus grand que la période est plus longue.

Il s'agissait d'éviter cette irrégularité de consistance, qui perpétuerait, en quelque sorte dans les affectations, l'aspect et les inconvénients du jardinage, et préparerait, pour la 2® révolution, des bois plus ou moins éloignés de l'âge d'exploitabilité.

C'est pourquoi l'on a adopté les dispositions suivantes :

La révolution a été partagée en 6 périodes de 20 ans. La première affectation doit être entièrement régénérée en 20 ans, autant que possible par voie de régénération naturelle; mais, comme la période est trop courte, eu égard aux conditions climatériques, on admet qu'après un ceilain temps écoulé sans résultats satisfaisants, le

parterre des coupes sombres sera repeuplé artiâciellement.

Dans cette affectation, la possibilité de toutes les coupes de régénération est d'ailleurs basée sur le volume.

Durant la même période, de véritables coupe sombres, assises de proche en proche par vingtième de surface, parcourent la totalité de la 2« affectation. Si Ton prévoit une année fertile, on prépare le sol par bandes ou sillons ; mais, quel que soit l'état des semis ainsi obtenus ou de ceux qui existaient fortuitement avant le passage des coupes sombres, on doit s'abstenir de les dégager; c'est en deuxième période seulement que les exploitations prendront la forme de coupes claires et définitives. On espère qu'à cette époque, il sera possible de les asseoir régulièrement et de réaliser la gradation des âges, en dégageant les semis de proche en proche, sans interruption.

On suivra d'ailleurs la même marche jusqu'à la fin de la révolution, c'est-à-dire que chaque affectation sera régénérée à son tour normal d'exploitation, après avoir été traitée en coupes sombres pendant les 20 années pré cédentes.

En termes plus généraux, la combinaison dont il vient d'être parlé peut être résumée de la manière suivante :

La révolution étant de 120 ans, et la durée normale de la période devant être fixée à 40 ans, on a partagé

chaque alfectation en deux parties égales correspondant à deux sous-périodes de 20 ans.

Sauf la portion affectée à la première moitié de la première période et qui doit être régénérée par le concours des procédés naturels et artificiels, chaque aflTectation est régénérée en 40 ans par voie de réensemencement naturel.

On n'a donc dérogé à la méthode ordinaire qu'en deux points :

1° En réglant par contenance la possibilité des coupes sombres :

2^ En laissant écouler un intervalle de 20 ans entre la

première coupe sombre et la première coupe secondaire, dans chaque affectation.

Contre l'application de ce mode particulier de régénération dans les sapinières, on objecte :

Que le matériel des coupes sombres sera exploité prématurément;

Que les produits de la première période seront supérieurs à ceux du surplus de la révolution.

Ces objections sont plus ou moins fondées suivant les circonstances, aussi l'emploi du système en question ne peut-il se justifier qu'en présence de difficultés exceptionnelles, quand les lenteurs duréensemencement naturel commandent d'adopter de très longues périodes.

Pour la grande majorité de nos sapinières, la règle n'en subsiste pas moins de baser sur le volume la pos-

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sibilité dos coupes principales scrupuleusement circonscrites dans l'affectation qui est en tour normal de régénération.

Renvoi du n<> 616, page 279.

Nos plus importantes forêts de pin sylvestre étaient anciennement soumises au mode à tire et aire. Ce traitement leur fut appliqué jusque vers 1820, époque à laquelle on lui substitua la méthode naturelle, au moins en ce qui concerne les coupes principales. Dans ces coupes, on réservait un certain nombre d'arbres dans le but d'obtenir le réensemencement du terrain et, pour mieux assurer la régénération naturelle, on imposait aux adjudicataires la charge d'arracher les myrtilles, les mousses, etc., et de donner au sol une légère culture par bandes alternes.

Tel est, en peu de mots, le traitement qui était autrefois appliqué à ces forêts, dans lesquelles on trouve aujourd'hui des peuplements provenant de semis naturels, parfaitement complets et de tous les âges antérieurs à 1840.

La faculté d'imposer des travaux sur les coupes ayant été supprimée (il y a 30 ans environ), on cessa de cultiver le parterre des coupes d'ensemencement. Mais bien-

tôt on s'aperçut que ces coupes ne se repeuplaient pas, ou qu'elles se repeuplaient mal, ou que, tout au moins, il fallait attendre trop longtemps avant d'obtenir un semis suffisamment complet. Dès lors, on prit le parti de recourir à des repeuplements artificiels.

La facile exécution et le succès, pour ainsi dire assuré, de cette opération, d'une part; l'insuccès des coupes d'ensemencement dans les terrains non préparés, d'autre part, firent naître, peu à peu, la conviction qu'il y avait intérêt à substituer, d'une manière générale, le repeuplement artificiel à la régénération naturelle. Mais on ne tarda pas à reconnaître que le nouveau mode de régénération ne donnait pas des résultats meilleurs que ceux que l'on obtenait anciennement , et, comme il est beaucoup plus coûteux, on revint tout naturellement à l'ancienne pratique des coupes d'ensemencement et à la préparation du sol de ces coupes.

Une culture très légère, un simple grattage de la mousse qui recouvre les terrains secs, l'ouverture de bandes ou de sillons dans les sols trop fortement enherbés ou couverts de myrtilles, suffit pour assurer la régénération naturelle des coupes dans un bref délai.

Les repeuplements que l'on obtient ainsi ne sont pas ordinairement aussi épais, aussi drus que ceux que l'on peut avoir en semant à la main. Mais ils présentent, sur ceux-ci, plusieurs avantages importants : en effet, les jeunes plants du pin sylvestre sont très robustes et

croissent avec rapidité dans la première jeunesse, s'ils sont un peu clair-semés ; leurs branches basses s'étalent, leur pied devient fort et trapu, et, peu à peu, le massif se forme et se serre jusqu'à donner un peuplement très complet avant d'arriver à l'état de gaulis. Les semis naturels (probablement parce qu'ils sont moins serrés) échappent presque tous à la maladie grave de la défoliation qui atteint généralement les semis artificiels, et en retarde souvent le développement pendant plusieurs années.

Enfin, malgré l'avantage qu'il pourrait y avoir à pratiquer une éclaircie forte dans les fourrés, la difficulté de procéder en grand à cette opération délicate empêche d'y recourir, et les semis artificiels, trop serrés au début, ne présentent plus quand arrive l'état de gaulis, que des tiges étiolées et souvent sans avenir.

Renvoi du n^ 548, page 308.

Dans les futaies jardinées en voie de transformation, l'usage a prévalu de régler par contenance les coupes jardinatoires destinées à faire disparaître les bois que l'on ne pourrait laisser sur pied, jusqu'à ce que les coupes de régénération vinssent les atteindre.

Selon que le dépérissement de ces bois est plus ou moins rapide, on parcourt deux ou trois fois, durant chaque période, les affectations qui ne sont pas en tour de régénération ; les coupes sont assises de proche en proche, par contenances égales, et l'on procède en même temps à l'enlèvement des perches dominées et sans avenir.

De cette manière, on ne réalise pas toujours l'égalité des produits annuels; mais c'est là un point secondaire; l'essentiel est d'exploiter à propos les arbres surannés ou nuisibles, en évitant toute appréciation à long terme. Suivant les conseils du Cours de culture [544], il s'agit, en pareil cas, de recourir aux moyens les plus simples, les plus larges et les plus expéditifs.

Renvoi du n^ 549, page 317.

Le jardinage rationnel, tel que l'enseigne le Cours de culture [549], a rencontré dans la pratique de sérieuses difficultés en ce qui concerne la périodicité des coupes. En effet, la marche des accroissements étant fort irrégulière dans les forêts de l'espèce, il est rarement pos" sible de préciser le temps dans lequel les arbres d'une certaine catégorie de diamètre parviendront à la gros-

seur requise pour être réputés exploitables; et cette donnée fût-elle même acquise avec une approximation suffisante, le rapport soutenu n'en serait pas moins établi sur une base bien précaire.

Il faut donc le reconnaître : on n'a fait et l'on ne pouvait faire que de vaines tentatives pour équilibrer les produits, à long terme, dans les forêts jardinées. C'est que la solution du problème est subordonnée à la condition de trouver, sur toute l'étendue de la série jardinée, des bois de tous âges confusément mêlés dans des proportions constantes, c'est-à-dire un état de consistance à peu près imaginaire.

A ce point de vue, comme à celui de la quantité et de la qualité des produits, le jardinage parait devoir être exclu des forêts grandes ou petites, sauf les cas exceptionnels où la situation commande d'y maintenir constamment l'état de massif, dans un intérêt de conservation ou d'abri.

En pareil cas, le forestier intervient uniquement, soit pour enlever les arbres brisés, morts ou parvenus à un degré de maturité très avancé, soit pour favoriser l'essor des jeunes peuplements destinés à perpétuer l'état de boisement.

Or, le moyen le plus simple, le plus sûr d'obtenir ces résultats, serait de parcourir chaque année toute la série

jardinée en coupant les bois parvenus au terme de l'exploitabilité physique. Mais cette manière de procéder

serait fort pénible si on l'appliquait à des forêts de certaine étendue; rexploitation de produits disséminés à de grandes distances occasionnerait d'ailleurs une forte dépense ; il est donc souvent nécessaire de consacrer plusieurs années à ces exploitations et d'en régler la périodicité proportionnellement aux contenances à parcourir.

Toutefois, la période de rotation doit être courte pour éviter toute appréciation lointaine sur la longévité des bois, et afin que, dans l'intervalle de deux coupes sur un point quelconque, les produits ne puissent pas être dépréciés par un dépérissement imprévu.

On remplit ces conditions en fixant, par exemple, à 12 ans la périodicité des coupes jardinatoiresdans les forets de plus de 100 hectares, et en réduisant cette périodicité jusqu'à la rendre annuelle, biennale ou triennale, s'il s'agit d'opérer sur de faibles étendues.

Ce point établi, la marche des exploitations consiste uniquement, pour les bois de l'Etat, à diviser l'étendue boisée en autant de parties égales qu'il y a d'années dans la période de rotation; les agents d'exécution ont ensuite pleine faculté de faire, dans les limites de chaque coupe, toutes les exploitations compatibles avec la conservation des massifs.

Quant aux forêts appartenant ^ des communes ou à des particuliers, sans poursuivre le rapport soutenu à long terme, il convient cependant d'équilibrer les pro-

duits, dans une certaine mesure, pendant le cours de chaque période de rotation.

Les dispositions à prendre dans ce but, peuvent être résumées ainsi qu'il suit :

1» Fixer d'après la contenance de la série quelle doit être la périodicité des coupes ;

2^ Partager la série en parcelles comme il est dit au Cours de culture [549] ;

3® Déterminer le diamètre que les arbres doivent avoir atteint pour être réputés exploitables ;

4<> Au début de chaque période, dénombrer et cuber, séparément dans chaque parcelle, les arbres qui ont atteint ou dépassé le diamètre adopté comme limite ; puis divisant ce matériel par le nombre d'années de la période, déduire le volume annuel moyen que l'on peut exploiter;

5® Répartir les parcelles entre les années de la période, proportionnellement aux volumes que l'on y a trouvés, en s'attachant à former chaque contingent annuel, soit d'une parcelle entière, soit d'une partie aliquote de parcelle, soit de plusieurs parcelles réunies, de telle sorte que les produits diffèrent le moins possible du volume annuel moyen ;

6° N'exploiter dans chaque coupe annuelle que les arbres ayant atteint ou dépassé le diamètre adopté, et même réserver ceux dont l'enlèvement compromettrait

l'intégrité du massif, faute déjeunes bois en quantité suffisante pour fermer les vides.

70 Exploiter en outre, quelle que soit leur grosseur, les bois morts ou tout à fait dépérissants.

Ce règlement de possibilité, fondé sur les contenances

équivalentes, est compatible avec l'établissement d'un

quart en réserve; il suffit pour ceïa de former autant,

de contingents annuels qu'il y a d'années dans la période, plus un tiers,

Renvoi du n^' 660, page 331.

Dans la pratique, on s'abstient généralement de passer par une révolution transitoire quand il s'agit de transformer les futaies précédemment soumises au mode dit à tire et aire. Limitées, pendant la première période, aux bois dépérissants ou parvenus à un degré de maturité très avancé, les extractions d'anciennes réserves, dans la plupart des cas, n'ont pas donné d'assez grands produits pour compromettre le rapport soutenu.

On n'a recours à une période transitoire que quand la révolution adoptée étant plus longue que celle des roupes il tire et aire, il convient d'attendre que les

bois de première aflTectation soient devenus exploitables.

Renvois des n^ 597 et 600, pages 375 et 380.

Quand on procède au balivage dans les taillis composés d'essences mélangées, il est bien rare de rencontrer, surtout dans les forêts situées en bon fonds, le nombre de brins de chêne nécessaire à l'entretien d'une réserve convenable en sujets de cette essence.

Les auteurs de la culture attribuent cette pénurie des baliveaux de franc-pied à la difficulté que les jeunes plants de chêne éprouvent à s'élever au milieu des bois blancs, des morts-bois et des rejets de bois dur qui les encombrent et les dominent, bientôt après l'exploitation du taillis.

Afin d'assurer les ressources nécessaires au balivage, on prescrit de planter une quantité suffisante déjeunes chênes après chaque exploitation du taillis ; puis on recommande de donner à ces plantations tous les soins nécessaires pour les mener à bien, notamment en pratiquant des nettoiements et des éclaircies, dans le but de les dégager du couvert qui peut nuire à leur développement.

Si ces presoriptions étaient bien comprises et appliquées avec suite, elles produiraient le résultat que Ton poursuit. Mais elles ont, à nos yeux, un inconvénient qui n'a certainement pas échappé aux auteurs delà culture, c'est de recourir à des repeuplements artificiels, toujours fort coûteux, pour assurer la régénération du chêne dans les taillis d'essences mélangées.

Nous ne songeons pas à écarter les repeuplements artificiels, d'une manière absolue ; nous croyons seulement que, dans les taillis comme dans les futaies, on peut souvent éviter cette dépense, en prenant les précautions nécessaires : 1® pour assurer la production des semis naturels en quantité suffisante; 2» pour préserver ces semis, après l'exploitation du taillis, des dangers auxquels ils sont exposés.

Dans les taillis exploitables, où la réserve est constituée en chênes et hêtres, on trouvera presque toujours, sous le couvert des perchis, une certaine quantité de jeunes plants provenant de semis naturels. A la rigueur, cette quantité pourrait, la plupart du. temps, être considérée comme suffisante pour subvenir, ultérieurement, aux besoins du balivage. Mais on obtiendra sûrement un résultat plus complet et plus satisfaisant, en pratiquant, quelques années avant la coupe principale, une éclaircie dans laquelle on aura soin de dégager le sol de tout ce qui le couvre trop immédiatement, en un mot de relever le couvert, tout en se gardant d'interrompre

le massif. Lorsque les taillis sont ainsi préparés, les glands et les faînes se conservent parfaitement sous la feuille pendant Thiver qui suit la dissémination; tandis que ces semences moisissent, s'échauffent et pourrissent dans les peuplements plus jeunes , plus serrés, où le couvert des végétaux de toute espèce est plus rapproché du sol.

Que si, par exception et pour une cause quelconque, on n'a pas l'espoir d'obtenir des semis naturels sous le perchis, il faudra bien planter. "Mais alors, mieux vaut encore, selon nous, planter, deux ou trois ans avant l'exploitation, sous le couvert du taillis préalablement éclairci, que d'entreprendre le repeuplement après le récolement de la coupe. La plantation sous le couvert du perchis, dans un sol nettoyé d'herbes et bien ameubli, est plus facile, moins coûteuse et présente plus de chance de succès que lorsqu'on l'exécute dans un taillis nouvellement exploité. En tout cas, quand on plante, soit avant, soit après l'exploitation du taillis, il est bon d'adopter un certain ordre et de disposer les plants par bouquets ou en lignes, de façon à pouvoir les retrouver plus facilement, quand il faudra leur donner les soins nécessaires pour assurer leur développement.

Ces soins s'appliquent aussi bien aux brins provenant de semis naturels qu'aux sujets de plantation. Ils sont parfaitement indiqués par les auteurs de la culture, e consistent principalement dans la pratique des nettoie-

ments (Voir la note au bas de la page 378). Toutefois, nous croyons devoir insister sur la manière de procéder à cette opération, que Ton a trop négligée jusqu'ici, parce qu'elle ne procure point de revenus immédiats.

Afin que l'exécution en fut bien assurée, nous voudrions que les coupes de nettoiement dans les taillis fussent assises aussi régulièrement que les coupes principales et, qu'après son exploitation, chaque coupe de taillis fut nécessairement et obligatoirement parcourue en nettoiement à des époques fixes, par exemple, tous les deux, trois ou quatre ans, suivant la rapidité de la végétation, jusqu'à l'âge fixé pour la coupe d'éclaircie. Rien ne serait plus facile, nous en avons l'expérience, que de dresser les gardes à diriger ou à exécuter euxmêmes une opération qui ne demande ni dépense de force, ni beaucoup de savoir-faire. En effet, le nettoiement, comme nous l'entendons ici, ne consiste pas à extirper à la pioche les bois blancs et les morts-bois, ni même à les couper rez-terre à la serpe ou à la hache: il se réduit tout simplement, à dégager la tète des jeunes plants dont on veut favoriser le développement, en cassant ou en coupant, à une hauteur convenable, les tiges ou lesbranches des végétaux secondaires, qui nuisent ou menacent de nuire bientôt à la croissance des sujets à protéger.

Renvois des n^' 601 et 603, pages 382 et 384.

L'élagage, dans les forêts, ne s'applique guère qu'aux arbres qui ne croissent pas en massif. L'élagage des arbres réservés dans les taillis comprend deux opérations distinctes : l'émondage des branches gourmandes, et la suppression ou le raccourcissement de certaines branches de la cime.

Ainsi que le conseillent les auteurs de la culture, l'émondage des branches gourmandes doit toujours avoir lieu rez-tronc.On se sert, à cet effet, d'instruments bien tranchants et de formes très variées, auxquels on donne le nom d'émondoirs. En première ligne vient la serpe qui est l'instrument préféré de tous les ouvriers, et le seul qu'ils peuvent employer commodément, quand ils sont obligés de faire usage d'échelles, pour atteindre les branches à émonder. Après la serpe ordinaire, les émondoirs dont nous donnons ici le dessin nous paraissent les meilleurs. Le premier est une serpe en forme de croissant, à laquelle on ajuste un manche de longueur variable (2 à 4 mètres ordinairement); le second a la forme d'une spatule et s'emmanche comme la

serpe. L'un et l'autre peuvent servir indifféremment à

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rémondage rez-tronc des petites branches gourmandes ; mais lorsqu'il s'agit de retrancher une branche un peu forte, ayant, par exemple, 4 ou 5 centimètres de diamètre au point d'attache, on se sert, avec plus d'avantage, de l'émondoir en spatule. Dans ce cas, on appli-

.que le tranchant de l'instrument à la base de la branche, et, pendant qu'un homme soutient l'émondoir dans cette position, un autre ouvrier lui donne l'impulsion en frappant avec un maillet contre l'extrémité inférieure du manche. On obtient ainsi des plaies bien nettes, que l'on enduit de coaltar immédiatement après l'opération

et qui se ferment avec d'autant plus^ de rapidité que l'arbre est plus vigoureux.

L'émondage doit se faire aussitôt que les branches gourmandes apparaissent, c'est-à-dire pendant l'été qui suit l'abatage du taillis. Si l'opération ne peut pas être pratiquée dans ce délai, il sera particulièrement utile de la faire avant le développement des bourgeons de l'année suivante.

Un seul émondage suffira quelquefois pour débarrasser un arbre de ses branches gourmandes, et, dans tous les cas, le premier sera le plus important. — Mais un second émondage à 2 ans, 3 ans au plus d'intervalle, sera souvent utile ou même nécessaire. Rarement, on sera obligé de recommencer une troisième fois l'opération.

Appliqué avec soin et en temps opportun, l'émondage des branches gourmandes suffit presque toujours pour préserver du dépérissement la cime des arbres de réserve, et dispense d'avoir recours plus tard à la suppression de grosses branches. —Nous ferons remarquer, d'ailleurs , que l'opération de l'émondage est facile à pratiquer, qu'elle n'exige pas l'emploi d'ouvriers spéciaux difficiles à former, et qu'on peut en généraliser l'application dans toutes les forêts, grandes ou petites, sans aucun embarras, parce qu'elle ne demande ni beaucoup de temps, ni beaucoup de frais, ni beaucoup d'habileté. Le tout est d'agir en temps utile.

Outre l*émondage, toujours nécessaire, des branches gourmandes, il peut être utile de retrancher ou de raccourcir certaines branches de la cime. Ainsi, les branches mortes, par exemple, devront toujours être supprimées en même temps que Ton fera l'émondage des branches gourmandes. Il en sera de même des branches cassées par le vent ou par la chute d'arbres voisins. Il est bien certain, en effet, que si on laisse subsister ces branches mortes ou cassées, la pourriture qui a envahi les premières et qui menace d'envahir les autres, deviendra souvent la cause de la formation de gouttières; et, plus tard, de grisettes, qui atteindront le corps de Tarbre, et y produiront les ravages que l'on rencontre si souvent dans les réserves sur taillis et si)écialement dans les chène.^. Reste donc à savoir comment on procédera à cette amputation.

Pour les branches entièrement mortes, la section doit toujours avoir lieu rez-tronc, tandis que l'amputation peut se faire dans la partie restée vivante de la branche, quand l'extrémité seule est morte. —De même, oujmurra souvent se borner à supprimer une partie d'une branche vive et cassée en faisant la section à quelque distance au-dessous du point de fracture ; mais c'est à la condition expresse que la partie à conserver sera sus-

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ceptible de reconstituer une branche iitile'à Talimentation de l'arbre. Dans tout autre cas, Télagage devra se faire rez-tronc.

Cette opération peut se faire avec une serpe ordinaire, ou avec une scie quand il s'agit d'attaquer une grosse branche. Mais, lorsqu'on se servira de la scie, il faudra nécessairement raviver et polir la plaie avec la , serpe et, dans tous les cas, recouvrir cette plaie d'une couche de coaltar. Inutile de dire que l'amputation d'une branche un peu forte devra toujours commencer par une entaille assez profonde dans le côté inférieur de la section.

Quant aux branches vives et intactes, nous croyons, qu'en général, il y a plus de mal que de bien à attendre d'une opération , si bien faite qu'elle soit , qui aurait pour objet de soumettre une partie d'entre elles à un système raisonné de suppression ou de raccourcissement, en vue d'améliorer la croissance ou la forme de l'arbre qui les porte.

Pour le chêne spécialement, nous partageons l'opinion que l'élagage en chicot est dangereux et qu'il vaut mieux couper rez-tronc toute branche que l'on est décidé à supprimer. Nous admettons aussi que les plaies faites au tronc peuvent se cicatriser , le plus souvent, avec

assez de rapidité pour soustraire le corps entier de l'arbre aux dangers des gouttières, des grisettes et des nœuds gâtés ; mais nous devons dire qne ces plaies, même les mieux recouvertes, laissent derrière elles des taches analogues à celles qui sont connues sous le nom de frottures ; que ces taches sont composées d'une ou plusieurs couches de bois mort, (mais non gâté) qui ne se ressoudent pas avec celles qui les recouvrent ; (fu'elles se retrouvent plus tard quand on débite l'arbre, et suffisent pour en déprécier la valeur ; que si, au contraire, on se fût abstenu d'élaguer, le débit de la pièce, en planches, en charpentes ou en marine, aurait accusé, à la place de ces plaies, un nœud sain qui n'aurait altéré en rien la qualité et le prix de la marclian- ^ dise. Nous pensons donc, qu'à moins d'exceptions, il faut se dispenser d'élaguer les branches vives et intactes de la tête des réserves.

Quelles sont ces exceptions?

On comprend que, dans un taillis exploité à une courte révolution, à 10 ou 15 ans, on puisse soumettre les jeunes réserves à l'opération de la taille, et nous conseillerions volontiers aux propriétaires particuliers d'user de ce procédé pour former leurs arbres, surtout s'ils pouvaient surveiller eux-mêmes l'opération, et la confier à des ouvriers intelligents et expérimentés.

On comprend aussi, que si un taillis est dominé par des arbres à couvert épais, comme des hêtres, on puisse

avoir intérêt, surtout quand le couvert est bas, à retrancher quelques-unes des branches inférieures, pour favoriser la croissance du sous-bois. En effet, au cas particulier du hêtre, Tarbre ne souffrira que peu sous le rapport de sa croissance et, en raison de l'emploi que Ton en fait, il ne subira, la plupart du temps, qu'une dépréciation insignifiante.

On comprend même que les branches inférieures de la tête d'un chêne, lorsqu'elles s'étalent démesurément et horizontalement, puissent être raccourcies sans danger; car, alors même que, par cette opération, la vitalité de la branche serait amoindrie ou tout à fait compromise, il n'y a, pour ainsi dire, point de risque à courir au point de vue de la formation d'une gouttière, puisque, par hypothèse, la branche a une direction horizontale.

Concluons. — L'arbre le plus précieux et le plus robuste de nos forêts, le chêne, est aussi celui qui est le plus facilement et le plus profondément atteint, dans la qualité de son bois, parles accidents de toutes sortes auxquels nos grandes essences sont exposées. Que Ton cherche à prévenir ces accidents, ou à en amoindrir les conséquences dans la mesure du possible, rien de mieux ; mais si l'on consulte les exploitants et tous ceux qui ont étudié le débit du chêne sous toutes les formes, tous s'écrieront, à propos de l'élagage des branches vives et intactes : ne touchez pas au chêne.

Renvoi du n^ 682, page 427.

A l'examen comparé des principales méthodes d'exploitation qu'il nous soit permis d'ajouter encore une considération à l'avantage de la futaie :

On sait avec quelle facilité les bois blancs (tremble, saule, aune et tilleul) ainsi que le bouleau, se propagent dans les taillis quand le sol est frais et fertile. — Cette invasion est d'autant plus rapide que les exploitations sont plus fréquemment répétées. Les rejets de bois durs peuvent lutter avec quelqu'avantage , mais les brins de semence périssent immanquablement étouffés, si, dès les premières années, la main du forestier ne vient pas à leur aide.

A défaut de ces soins, toujours coûteux et trop souvent négligés, on a vu s'opérer dans la nature des peuplements les transformations les plus radicales ; le tremble, le bouleau, les morts-bois régnent en maitres sur de vastes étendues autrefois habitées par le chêne.

Ces tristes résultats ne sont point à craindre dans les futaies ; les bois blancs s'y montrent quelquefois après la coupe secondaire ou définitive, mais c'est pour disparaître dans les éclaircies, si déjà les .coupes de nettoiement n'en ont pas fait justice.

§ 882, page 485.

Pour la conversion des taillis en futaie, le cours de culture indique trois modes de conversion différents :

/" mode. — Dès le début et au cours d'une révolution préparatoire, supprimer les exploitations de taillis, et leur substituer des coupes d'amélioration , (nettoiements, éclaircies, extraction de réserves dépérissantes), qui parcourront toute l'étendue de la série à convertir.

5* mode. — Dès le début et au cours d'une révolution préparatoire , traiter en coupes d'amélioration une partie des peuplements, et continuer parallèlement les exploitations de taillis dans le surplus de la série.

3^ mode, — Dans des conditions particulières de peuplement et, par conséquent , à titre exceptionnel , commencer immédiatement la régénération naturelle ou artificielle d'une partie de la série, et traiter parallèlement le surplus, soit par coupes d'amélioration, soit par coupes de taillis.

Ces trois modes de conversion ont été mis en pratique sur une assez grande échelle, et c'est le deuxième qui a prévalu.

Cette préférence, déjà conseillée par nos maîtres , s'explique aisément ; on y trouve en effet divers avantages :

Le plus essentiel, commund'ailleursauxdeux premier^

modes, c'est que la régénération, étant ajournée jusqu'à la fin d'une révolution préparatoire, s'effectuera plus facilement, parce que le- taillis sera parvenu à rage de fertilité; parce qu'il aura atteint l'élévation nécessaire pour le succès du repeuplement, et parceque le sol se sera amélioré par suite d'un couvert prolongé. Mais il y a aussi d'autres avantages que ne procure pas le premier mode de conversion et qui proviennent de la continuation temporaire des coupes de taillis dans une certaine portion de la série; (du quart aux trois quarts) savoir :

1» Suivant la part plus ou moins grande que l'on fait à cette catégorie de coupes , on [peut atténuer sensiblement l'inévitable diminution des revenus pendant la révolution préparatoire et même au-delà ;

2® On peut adopter , pour la première régénération de la série, une révolution transitoire différant peu de la révolution définitive qui correspond à l'exploitabilité de l'essence à faire prédominer.

Il est peut-être superflu d'ajouter que ces derniers avantages ne peuvent être réalisés sans inconvénient qu'à l'expresse condition de multiplier les arbres de réserve dans les coupes provisoires de taillis sous futaie, en vue d'entretenir et même d'améliorer la fertilité du sol.

Quant au troisième mode de conversion, l'expérience qu'on en a faite n'est pas pouren recommander l'emploi :

Quels que fussent le nombre et la fertilité des arbres de réserve, la régénération entreprise immédiatement, sans préparation, dans des taillis d'environ 30 ans , a rencontré de sérieux obstacles. Pour [assurer le succès des repeuplements naturels ou artificiels , on avait à lutter contre les rejets du taillis. Ce n'est qu'au prix d'efforts soutenus et à grands frais qu'on parvenait à dégager ces repeuplements. Souvent, faute d'assiduité et d'argent, il y a eu des mécomptes.

On a pensé mieux faire en extrayant les souches du taillis ; mais divers essais n'ont abouti qu'à montrer le danger d'un pareil expédient, surtout dans les sols maigres, dont la fertilité peut être compromise par tout retard dans le repeuplement.

La nécessité d'une préparation, plus ou moins longue, paraît donc s'imposer en tous cas, alors même que les bois blancs et morts-bois domineraient dans les taillis à convertir. Eclaircir peu à peu les peuplements ainsi composés ; les laisser s'élever autant que possible, même jusqu'à l'âge voisin du dépérissement, puis les mettre en coupes d'abri, et semer ou planter les essences qui doivent former la jeune futaie ; telle est la marche à suivre, la plus sûre et aussi la moins coûteuse. C'est celle queM.Tassya, tout le premier, recommandée dans la deuxième édition de ses études sur l'aménagement.

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