Racines. — Dans la première jeunesse, le
54 DBS CLIMATS,
pivot est presque aassi prononcé que celui du chêne et muni de peu de racines latérales ; mais celles*ci ne tardent pas à se multiplier , sans toutefois s'étaler au loin> tandis que le pivot s'arrête complètement. Parvenu à maturité, Parbre pre'sente des racines assez fortes qui tracent dans les couches supérieures du sol et ne s'enfoncent jamais comme celles du chêne. Parfois elles produisent quelques drageons, mais qui sont généralement chétifset d'une végétatation languissante.
120. Croissance et durée. — La croissance du hêtre, dans les quinze premières années est fort lente; mais aussitôt qu'il a pris umpeu de consistance, il devient robuste, et s'élance avec assez de rapidité. En sol convenable , il s'élève à plus de 40 mètres , prend jusqu'à 1 mètre et un mètre 50 centimètres de diamètre à la base , et prospère quelquefois pendant 300 ans.
d21. Qualités et usages. — Le hêtre n'est guère propre à la charpente ; son bois ne résiste ni à l'humidité ni aux variations de l'atmosphère. On n'a pu remployer jusqu'à présent à cet usage qu'en opérant sa dessiccation parfaite, et en le soumettant au feu jusqu'à ce que sa surface fût un peu charbonnée. Il sert cependant à quelques pièces de constructions de vaisseaux, soit celles qui sont entièrement à couvert, soit celles qui restent sous eau.
Du reste, son bois est d'une utilité générale. C'est un des meilleurs bois de fente ; il est employé par
les menuisiers, les ébénistes, les charrons, les carrossiers , les tourneurs , les layetîers et les boisseliers. On en fait des rames de bâtiments de mer, des manches de marteaux de forge et autres usines. Le sabollage qu'on en tire forme un commerce considérable. Il est à observer qu'on ne peut fendre le hêtre que lorsqu'il est verf, mais que , pour l'employer, il faut lui faire subir une dessiccation complète, car il prend beaucoup de retrait.
Le hêtre fournit un excellent chauffage et un charbon très-recherché.
La faine, mêlée avec le ^land, sert à nourrir les porcs et à les engraisser ; on en retire par ce moyen un produit souvent considérable. Le panage , lorsqu'il y a suffisamment de glands et de faines , peut être mis en adjudication ; c'est une ressource trèsprécieuse, surtout pour les pays pauvres en grains. On ramasse aussi la faîne pour en extraire l'huile qui est très-bonne à manger lorsqu'elle est pressée à froid. Cette huile est meilleure à brûler et donne moins d'odeur que d'autres huiles ; elle est employée avec succès dans l'économie domestique et dans les ' arts.
ARTICLE III
Le Châtaignier.
122. he châtaignier commun (cBSidLïïeaL vulgaris, Lamark) , est un arbre remarquable par son beau
feuillage et son port majestueux^ par sa grande utilité et par une croissance des plus rapides^ On ne trouve en France, et même en Europe, qu^une seule espèce de ce genre. Quant aux variétés., qui ne sont dues qu^au climat et à la culti^re, elles ne se distinguent que par la grosseur et le goût du fruit*
123. Climat, situation, bxpositioih. — On rencontre le châtaignier dans toute la France » excepté dans les départements du Nord» Un climat un peu chaud paraît donner plus de solidité à son bois [24], et plus de qualité à son fruit;, ce ^imat lui est même nécessaire, car cet arbre fleurissant plus tard que les autres essences, sa fructiScation a besoin d'une température douce pour arriver à une maturité parfaite. Il est constant d^ailleurs quMl supporte mal les froids rigoureux., et c'e&t, à ce qu^on prétend ^ l'hiver de 1709 qui a généralement détruit les châtaigniers , très-Communs autrefois en Frajaee.
Le châtaignier se plait. particulièrement ourles <eoteaux et sur les montagnes d'une élévation moyenne. Il réussit moins dans les plajoes , et Pon doit éviter de le placer sur les grandes hauteurs et dans les fonds humides.
Les pentes entièrement exposées au midi ne lui conviennent pas, surtout dans «les localités où l'on a des gelées printanières à craindre. Cet arbre , ayant une végétation très^précoce, est souvent victime de ces gelées, lorsque, à l'entrée du printemps , le soleil hâte le développement des bourgeons. Il est
donc préférable de le cultiver aux expositions de FEst et du Nord-Est.
1Î4. Terrain. •— Les terres légères , mais substantielles et profondes, sont celles où il prospéré le mtux ; mais on le voit réussir aussi dans les sols secs et sablonneux. Dans ceux qui sont légèrement homidës , il a une végétation extraordinaire , mais son bois a moins de qualité [66] et^ ayant plus souvent à souffrir des gelées printanières , il se ereuse bien plus tôt que dans les autres terrains. En gênérai) les terres trop tompactés, humides ou marécageuses, sont contraires au châtaignier, et il se refuse, dit-on, à croître dans les sols calcaires, ou du moins il y croît mal.
125. Floraison' ET fructification. — La floraison est monoïque ou même polygame , car certains châtoos mâles supportent à leur base des fleurs femelles ou hermaphrodites. Les fleurs paraissent dans le mdis de juin et quelquefois en juillet seulement. Le irait mûrit tard et ne se récolte, dans les climats tempérés, que vers le milieu ou la fin de novembre. Sa maturité ne devance cette époque que dans les climats plus chauds , ou lorsque Pété et Pautomne ont eu une température élevée. Les châtaignes sont plus lourdes que le gland, et sont enveloppées d'un brou fort épais armé de pointes, qu'on appelle aussi hérisson ; elles y sont ordinairement à deux et même à trois. Le marron^ la plus grosse des châtaignes, y est presque toujours seul.
58 DBS GtlMATS.
Le châtaignier porle fruit même très-jeune.
126. Jeunes plants. — On peut entièrement coinparer les plants de châtaignier à ceux du chêne. Ils sont robustes dès leur naissance et ne prospèrent pas à Tombre^ mais ils sont , plus que les jeunes chênes, sensibles aux froids.
1 27. Feuillage. — Les feuilles du châtaignier sont grande et abondantes ; elles forment un ombrage assez épais.
128. Racines. •*— Bien que lQ^ châtaignier ne soit pas aussi pivotant que le chêne , il Pest cependant beaucoup plus que le hêtre. Ses racines sont fortes et nombreuses, elles ont toules une tendance à s^enfoncer dans le sol , où elles pénètrept volontiers jusqu^à un mètre et plus de profondeur. Ordinairement le pivot cesse de s'allonger dès que Parbre ne croît plus sensiblement en hauteur, et souvent même il meurt tout à fait. Les racines latérales drageon* nent facilement.
129. Gaoissangb tx 0urëe. — La croissance du châtaignier est très-rapide dès sa jeunesse et se soutient fort longtemps. A l'âge de 60 à 70 ans, ses dimensions sont déjà celles d^un chêne de J50 à 140 ans. Sous le rapport de la durée, cet arbre présente les exemples les plus étonnants. Le plus gros châtaignier que l'on connaisse est celui dit des ceni chevaux,-qm se trouve près du mont Etna en Sicile, el dont le tronc, entièrement creux à la vérité, mesure 50 mètres de circonférence ; sa naissance se perd
dans les temps les plus reculés. D^autres châtaigaiers moins vieux ont été mesurés à la grosseur de iO à i& mètres. En général, celte essence présente Pincon- Téoient de se creuser y sans toutefois que sa durée ait à en souffrir, mais il en résulte que l^s fortes pièces de châtaignier sont extrêmement rares.
150. Qualités et usages. — Le châtaignier offre un bois très-propre à la charpente. Quoique plus léger que le chêne, il a presque autant de force que lui, et Ton prétend qu'il Tégale en durée.
Dans sa jeunesse, il est très*liant et propre à faire des cercles ; plus tard, son bois fournit des échalas de toute dimension , et , pour cet usage , on le préfère au chêne.
Le châtaignier est un bon bois de fente ; en Italie, on en fabrique des douves qui , dit-on , sont d'une qualité supérieure à celle du chêne. On ne connaît pas assez, en France, tous les usages auxquels il est propre, parce que lesforêls de cette essence s'exploitent généralement fort jeunes, et que les arbres qu'on laisse vieillir ne âont cultivés que comme fruitiers, et ne se coupent ordinairement qu'après leur entier dépérissement.
Le châtaignier est moins estimé pour le chauffage que le chêne , et, il est sujet à jeter des éclats. Son charbon est un peu léger et ne pourrait servir à la fonte du minerai ; mais on l'emploie avec avantage k forger le fer.
La châtaigne est un fruit excellent ; dans plusieurs
parties de la France^ elle forme la principale nourriture des habitants des campagnes.
On a observé ^ dans plusieurs bâtiments très-anciens^ des bois de châtaignier bien conservés et intacts. Cette observation a été contredite , et Ton a prétendu que ces pièces de charpente étaient de chéne^ de Pespêce appelée pédoncule.. Quoi' qu' en soit^ on ne peut contester la végétation rapide de cet arbre , la bonté de son bois , son utilité pour la construction et l'ouvrage , ainsi que Pexcellence- de son fruit; et, sous ces divers rapports, il est digne de toute Pattention du forestier.
AUfnCLS IV. * •
L'Orme.
131 . VOrme champêtre (ulmus campestris, Linné) est un des arbres les plus utiles de nos forêts , mais on ne Vy rencontre que très-rarement comme essence dominante. Il présente un grand nombre de variétés ou de variations qui se rattachent toutes les unes aux autres par une multitude de transitions. Les types principaux entre toutes ces variétés sont :
1a Orme à larges feuilles (ulmus campestris laiifolia).
luOrme à petites feuilles (ulrnu^ campestris parvi* folia).
Cette dernière présente elle-même deux variations principales , Yorme tortillard, et Vorme fongueux.
DES SOLS, DES BSSBI*<CBS. 61
Les variétés à larges feuilles sonHes moins estimées pour la qualité du bois> et il faut, par conséquent , cultiver de préférence les variétés à petites feuilles. En tête de ces dernières se place Vorme tortillard^
132. Climat^ situation, exposition. — Le climat tempéré est 'celui où Porme prend son plus fort développement. La grande chaleur ne lui convient pas; il s^accommode ipieux du froid, et Pon rencontre sur d^assez grandes hauteurs Porme à larges feuiU les • Lorsque le terrain lui est favorable, il vient aussi bien en plaine qu^en montagne. Depuis Sully qui a étendu la culture de cet arbre en France, il a été particulièrement planté sur les grandes routes , dans le voisinage des communes^.des églises, des cimetières, et sur les remparts des places fortes. Quoique infiniment utile, il est moins commun dans les forêts.
Dans les situations élevées, il se plait aux aspects du Midi et. du Couchant, tandis que dans les régions bass^ , on le voit prospérer davantage aux expositions du Nord et de PEst.
133. Terkain. — Cet arbre n'est pas difficile sur le choix du terrain ; il ne craint que les sols trop argileux, ou trop arides, ou marécageux. Un sol frais sans être humide accélère sa végétation et n'ôterien à la bonté de son bois. Il croit avec une extrême rapidité dans les sols un peu humides, mais il y perd en qualité ce qu'il gagne en accroissement.
IZk. Flouaison et fructification. — Les fleurs de Porme paraissent avant le développement des
63 DES CLIIUTS,
feuilles, dans les premiers jours du printemps. Elles sont hermaphrodites , et ordinairement très-abondantes. La maturité des graines a lieu dès la fin dfî mai ou le commencement de juin. La semence est très-petite, entourée d^une membrane circulaire fort légère ; elle est disséminée au loin par les vents, dés sa maturité. Les ormes sont en général fertiles en graines , et commencent très-jeunes à en porter. 135. Jeuhbs ?LiNTS. — Le tempérament des jeo- >lants est robuste. Un premier abri peut leur être , parce qu^ils lèvent pendant les chaleurs de ; mais ensuite on peut les abandonner à enxles.
■6.' FBtiiLLAGK. — Les feuilles de l'orme sont roabondanles et donnent un couvert assez épais. - M. Raci»bs.— tI^ radnes fortes et nombreuses ndeot au loin. Lorsque le terrain est profond, ae pivote autant que le chêne, mais il poussé néme temps un grand nombre de racines laté- I. Celte faculté de.tracer lui permet de prospéencore dans les ferruins qui ont peu de fond, racines de l'orme produisent de nombreux dra-
58. Croissance et ouréb. — L'orme est remarble par la promptitude de sa croissance; il s'élève le très-grande hauteur et prend une grosseur 'idérable. Sa vie s'étend à plusieurs siècles. Une grande quantité d'ormes, plantés sous le minisde Sully, existent encore et sont en bon état ^roissance.
159. QuAUTEs ET USAGES. — Le bois d'orme est très-dar. On pent l'employer à la charpente, quoiqu'il soit, pour cet usage, inférieur au chêne et au châtaignier. Il sert dans les chantiers de la marine pour les carènes des vaisseaux , pour les pompes et pour toutes les parties qui sont sous eau.
L'orme est un des meilleurs bois de travail. Le tortillard est surtout recherché pour le charronnage, et pour tous les ouvrages qui exigent de la aolidilé* L'artillerie l'emploie de préférence à tout autre pour les affûts de canon , les voitures , etc. L'ébéoisterie en tire un excellent parti poiir les meulles ; son grain est fin^ sa couleur agréablement nuancée, et il prend un beau poli. Sa fibre , très-serrée et coriace , le rend utile à tous les ouvrages exposés au frottement, tcJs que les vis de pressoir , les écrous , les roues d'engrenage. On en fabrique aussi des arbres et des roues de moulin.
Le chaufiPage de l'orme est assez estimé lorsqu'il est complètement sec, mais il n'est pas de première qualité; il en est de même de son charbon.
La cendre de l'orme est une de celles des arbres forestiers qui fournissent le plus de potasse.
Les feuilles peuvent être employées comme fourrage ; les bêtes à cornes et les bêtes & laine les mangent volontiers.
64 DBS CLIHàTS,
140. 11 n'y a qu'une seule espèce de frêne qui il indigène dans nos foréis ; c'est le frêne conmufrt L efcv« (fraxinus excelsior , Limnè). On le trouve -dinairement parsemé entre les antres bois , et ce est que par «iception qu'on le voit former l'essence traînante.
141. Clihat, srriTA.TioN, extositioh. — C'est dans s dimafs tempérés que le frénè prend le plus bel Kiroissement , mais il réussit aossi dans de plus goureust
On le rencontre dans les plaines et dans les valns, dans les pentes et sur des plateaux d'une éléiliou assez considérable. Toutefois , les deux preîéres situations , et surtout les vallées ombreuses
fraicbes, sont celles qu'il préfère.
Les expositions méridionales sont dé&vorabks i
croissance.
143. Terrain. — Lessols [wofonds, frais et assez visés sont les plus convenables au frêne; aussi est- ; dans les prairies et sur le bord des ruisseaux qu'on li voit prendre les dimensions les plus fortes. Ce- :ndant il ne se plaît pas dans les terrains maréca- !ux. L'argile et le sable sec lui sont absolument mtraires.